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Médecins Sans Frontières
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Historique

Médecins Sans Frontières - Historique




Années 2000


-Janvier 2000, Guinée Équatoriale : MSF-France suspend ses opérations en dénonçant la « cupidité » d’un gouvernement qui entrave les efforts des agences humanitaires.

-Février 2000, Madagascar : MSF-France se retire de la province de Toliara en condamnant publiquement les autorités pour avoir bloqué les secours à destination des victimes d’une épidémie de choléra.

-Juillet 2000, Colombie : MSF ferme un programme médical dans la province du Choco après l’enlèvement d’un volontaire libéré six mois plus tard. La section espagnole du mouvement continue cependant de gérer des dispensaires à Los Altos de Cazucà dans la municipalité de Soacha, une banlieue de Bogotá qui accueille des populations déplacées par le conflit. Mais les infrastructures que MSF-Espagne y construit restent sous-utilisés, voire inutilisées, car les autorités n'y envoient pas de personnel médical.

-A partir de 2001, Russie : suite à l’enlèvement, en juillet 1997, d’un administrateur de MSF, Christophe André, qui était parvenu à s’échapper trois mois plus tard, un autre volontaire, Kenny Gluck, se fait kidnapper en janvier 2001 en Tchétchénie, où les indépendantistes combattent les troupes de Moscou. La multiplication des demandes de rançon et des rackets conduit MSF-France à se retirer, laissant le champ libre aux militaires russes qui, responsables de nombreuses exactions, souhaitent le départ de témoins gênants. L’association revient en Tchétchénie en mai 2002. Mais en août 2002, l’organisation doit de nouveau suspendre ses activités en Tchétchénie, en Ingouchie et au Daguestan, où ont été enlevés Nina Davydovitch, responsable de l’ONG russe Druzhba, puis Arjan Erkel, chef de mission hollandais de MSF-Suisse à Makhachkala (l’un et l’autre seront relâchés par la suite, Nina Davydovitch en janvier 2003, Arjan Erkel en avril 2004 après que les Pays-Bas ont versé une rançon d'un million d'euros, somme dont ils demandent d'ailleurs le remboursement à MSF-Suisse sous peine de poursuivre l'organisation en justice et de la priver des subventions de La Haye). Dans un rapport rendu public le 6 mai 2003 à Moscou, l’association dénonce la politique russe de rapatriement forcé des réfugiés tchétchènes en Ingouchie. En interdisant la construction de maisons dans les camps d’Ingouchie, le gouvernement de Vladimir Poutine souhaite en effet canaliser et mieux contrôler l’aide humanitaire à l’intérieur des frontières de la République de Tchétchénie, officiellement « pacifiée » par les armes. Les relations de MSF avec Moscou deviennent très difficiles et, le 30 septembre 2003, la section belge du mouvement doit cesser ses programmes contre la tuberculose dans les prisons de Sibérie suite au refus du ministère de la Santé d’autoriser l’emploi de traitements spéciaux pourtant conformes aux indications de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Constatant le retour effectif des réfugiés tchétchènes qui vivaient en Ingouchie, MSF se décide finalement à rouvrir un programme de soins à Grozny en 2005.

-A partir de 2002, Zimbabwe : arrivé dans le pays en octobre 2000, MSF-Hollande développe des programmes d'assistance aux victimes du sida alors que le gouvernement décrète officiellement en mai 2002 que la lutte contre l'épidémie est une urgence nationale. Cependant, à mesure que le régime de Robert Mugabe durcit sa répression contre l'opposition, les relations avec les autorités se tendent et l'association doit parfois interrompre ses activités, par exemple à l'hôpital d'Inyathi dans le district de Bubi de la province de Matebeland North en septembre 2001. En octobre 2005, MSF-Hollande ne décide pas moins de fournir des soins aux squatters qui ont été chassés des villes par le gouvernement lors de l'Opération Murambatsvina (« Chassez la saleté ») deux mois plus tôt. Ce faisant, l'association prend le risque de soutenir et conforter les camps où la population déplacée a été regroupée de force. L’assistance humanitaire, relate Michael Wines, renforce en effet le régime en lui permettant de se débarrasser des bidonvilles susceptibles de rejoindre l’opposition et de se soulever contre le président Robert Mugabe. A meilleure preuve, le gouvernement oblige les ONG à travailler en milieu rural et non urbain. De plus, le souci de rester dans le pays oblige les humanitaires à se taire. De crainte de compromettre les programmes de MSF-Hollande au Zimbabwe, la section belge du mouvement, active en Afrique du Sud, renonce ainsi en décembre 2009 à s’associer à une déclaration qui condamne les exactions de la dictature Robert Mugabe.

-A partir de 2003, Israël/Palestine : actif dans le pays depuis 1989, MSF consolide sa présence dans les territoires occupés et y mène surtout des programmes de soutien psychologique. Selon Didier Fassin et Estelle d’Halluin, l’organisation cherche surtout à témoigner sur les violences israéliennes car elle ne répond pas réellement à des besoins urgents dans une région qui dispose déjà de médecins et où le conflit fait peu de morts toutes proportions gardées. Si bien que MSF-France, qui ne travaille pas en Israël, paraît biaisé et doit présenter des excuses aux donateurs qui avaient menacé de lui retirer leur soutien financier à la suite d’un article jugé tendancieux dans le bulletin de l’association. Les problèmes viennent également du côté palestinien quand, en janvier 2006, des élections législatives portent au pouvoir le Hamas, mouvement islamiste considéré comme terroriste. Pour ne pas financer le nouveau gouvernement, les Etats-Unis, le Canada, l'Union européenne et le Japon décident alors de suspendre leur aide bilatérale à l'Autorité palestinienne et d'en déléguer une partie aux ONG. Soucieux de préserver son indépendance et de ne pas servir d’auxiliaire social à la politique étrangère des Etats occidentaux, MSF décide en conséquence de se démarquer publiquement de ces sanctions et refuse toute subvention de l'Union européenne et des Etats-Unis pour l’année à venir, la totalité de ses opérations dans les territoires palestiniens étant financée par des dons privés. Dans la bande de Gaza, où le Hamas s’est emparé du pouvoir en juin 2007, une bonne partie de son personnel local est cependant favorable aux laïcs du Fatah, qui continue de contrôler la Cisjordanie. L’association se heurte par ailleurs à des difficultés avec Israël, qui accentue son embargo, au risque d’entraver le passage de l’aide, et où un des employés palestiniens de MSF est arrêté en avril 2007, accusé de favoriser le terrorisme.

-2004-2008, Italie : après deux ans d’activités sur l’île de Lampedusa, MSF est interdit de séjour en avril 2004 dans le « centre d’accueil » où sont enfermés les immigrants clandestins venus d’Afrique. En octobre 2008, l’organisation doit finalement cesser complètement ses consultations médicales faute d’être parvenue à trouver un accord avec le ministère de l’Intérieur italien.

-2005, Niger : MSF dénonce les ravages d’une famine rampante. L’association critique notamment les lenteurs et les ciblages erronés du PAM (Programme alimentaire mondial), qui rechigne à distribuer des vivres gratuits pour ne pas achever de ruiner l’agriculture locale. Ce faisant, l’organisation se heurte aux autorités, qui veulent initialement minimiser l’ampleur de la malnutrition, et doit rapatrier une infirmière, Annick Cousin, qui avait refusé de laisser entrer armés les gardes du corps de la ministre de la Femme, Zeinabou Ousmane Moulaye, lors d’une visite officielle improvisée dans un centre thérapeutique de Dan-Issa près de la ville de Maradi en juin 2005. MSF travaille par ailleurs dans le nord du pays autour d’Agadez et de Dagaba, où des combats sporadiques opposent l’armée à des rebelles touarègues. Après le vol de trois de ses véhicules tout-terrain en octobre 2007, l’organisation doit quitter la région à la demande des autorités. En juillet 2008, le gouvernement lui interdit également l’accès de Maradi et menace de l’expulser totalement du pays en octobre suivant, accusant MSF d’exagérer « le nombre d’enfants mal nourris afin d’obtenir des fonds supplémentaires ».

-2006, Népal : revenu dans le pays en juillet 2005, MSF-France travaille dans le district de Rukum du côté gouvernemental, à Sallé, et rebelle, à Rukumkot. Auparavant, l’organisation avait déjà tenté de secourir les victimes du conflit opposant la monarchie à une guérilla maoïste, mais un de ses employés en poste à Jumla avait été déporté en janvier 2004, accusé de collusion avec les insurgés.

-A partir de 2007, Centrafrique : venu en mars 2006 secourir les populations victimes de conflits entre groupes rebelles et forces armées gouvernementales, MSF s’implante à Paoua dans le nord-ouest du pays. La situation est très instable et une logisticienne de la section française du mouvement, Elsa Serfass, est tuée par balles dans une embuscade de l’APRD (Armée Populaire pour la Restauration de la Démocratie) lors d’une mission exploratoire dans la région le 11 juin 2007. Le 26 avril 2014, encore, une attaque de rebelles de l’Alliance Séléka contre un hôpital de MSF à Boguila, dans le nord, fait 16 morts dont trois employés locaux de l’ONG.

-A partir de 2008, Yémen : après une mission exploratoire menée en juillet 2007, MSF-France entreprend de soigner les victimes du conflit qui oppose les rebelles houthistes aux troupes du gouvernement dans la région de Saada. A l’occasion d’inondations en mars 1989, l’organisation était déjà intervenue brièvement dans le pays en utilisant les secours envoyés par un avion de l’armée française dépêché par la Cellule d’urgence du ministère des Affaires étrangères à Paris. Mais la guerre de Saada implique un engagement plus important. Pour ne pas compromettre la poursuite de ses opérations, d’abord, MSF décide de ne pas dénoncer les bombardements gouvernementaux de Dahyan en mai 2008, Al Tahl en septembre 2009 et Razeh en octobre 2009. Elle estime en effet que ses déclarations publiques entraveraient l’accès aux victimes et n’inciteraient pas plus les belligérants à faire preuve de retenue. A Paris, explique Michel-Olivier Lacharité, certains voient dans cette autocensure un véritable reniement identitaire. Sur place, l’organisation est de toute façon obligée de suspendre ses activités à plusieurs reprises, par exemple lorsqu’elle doit transférer ses patients à Saada en septembre 2009. Ses équipes doivent notamment évacuer Razeh après la mort d’un employé de MSF, tué par une explosion sur le toit de son domicile le 12 octobre 2009, et le bombardement trois jours après de l’hôpital, qui était pourtant clairement marqué du sigle de l’ONG. Pour continuer à soigner les blessés, l’organisation appelle alors à une trêve, en vain. Son programme d’Al Tahl, fermé, est simplement remplacé par une antenne chirurgicale éloignée à Mandabah en zone gouvernementale sur la frontière avec l’Arabie Saoudite. Pour être autorisée à poursuivre ses activités et échapper à la menace de l’expulsion, MSF doit même se rétracter et revenir sur des déclarations qui, dans le cadre d’un palmarès des crises oubliées, manquaient de neutralité parce qu’elles pointaient surtout les exactions de l’armée, plutôt que des rebelles houthistes. Résultat, l’ONG se retrouve malgré elle à nier les difficultés d’accès aux victimes lorsqu’elle présente ses excuses au gouvernement en décembre 2009. Sur place, les relations ne sont pas meilleurs avec les rebelles, qui s’emparent de Saada en mars 2011 et qui veulent contrôler toutes les activités humanitaires en y plaçant leurs hommes et en gérant eux-mêmes les dons de médicaments. Après avoir refusé de licencier un infirmier à la demande des insurgés, MSF se voit interdire de recourir à des expatriés et de travailler avec les fonctionnaires des hôpitaux publics. Les sections française et espagnole de MSF doivent finalement interrompre leurs programmes en septembre 2011, respectivement à Saada et Razeh. Elles quittent la région quand leurs bureaux sont perquisitionnés par les milices houthistes le mois suivant, ce qui ne les empêche pas de poursuivre leurs activités médicales en dehors des zones insurgées, en l’occurrence dans les gouvernorats d’Amran, Al Daleh, Abyan et Aden. L’intervention des troupes d’une coalition menée par l’Arabie Saoudite complique encore davantage la situation et un hôpital de MSF dans le district de Hidan de la province septentrionale de Saada est bombardé le 26 octobre 2015. Bien que signalées aux autorités militaires et clairement marquées d’un emblème peint sur le toit et visible du ciel, les installations sont entièrement détruites et une personne est blessée. Le 2 décembre 2015, encore, une clinique mobile de MSF est touchée par un missile qui fait neuf blessés à Taëz. Et le 20 janvier 2016, un autre hôpital de l’ONG est bombardé à Razeh dans la région de Saada, vraisemblablement par les forces de la coalition, lors d’une attaque qui tue quatre personnes et en blesse dix autres, dont deux employés retrouvés dans un état critique.
 
-Mai 2008, France : une femme, Marie-Pierre Allié, accède pour la première fois à la présidence de MSF. Un médecin franco-libanais et d’origine arménienne, Mego Terzian, lui succédera en juin 2013.

-Mars 2009, Malte : MSF dénonce des conditions de détention inacceptables et suspend ses opérations dans le camp de Hal Far où sont retenus les émigrés clandestins qui tentent de gagner les rivages du continent européen.