|
-1971-1975,
France : MSF réunit le GIMCU (Groupe d’intervention
médico-chirurgical d’urgence) de Bernard
Kouchner, créé en 1970 à la suite
de l’expérience biafraise, et le SMF (Secours
médical français), également fondé
en 1970, en l’occurrence par Philippe Bernier
et Raymond Borel du journal Tonus, organe de
presse du groupe pharmaceutique Winthrop.
Ancien responsable du service d'ordre de l'Union des étudiants communistes, Bernard Kouchner avait, en son temps, hébergé des clandestins algériens du Front de Libération Nationale ; en 1968, il était ensuite parti porter secours aux Biafrais et avait rompu la « loi du silence » du CICR ( Comité International de la Croix-Rouge) en dénonçant le blocus des troupes gouvernementales nigérianes. Ancien maquisard des Francs-Tireurs et Partisans dans le Lot en 1944, Philippe Bernier, lui, est un journaliste progressiste qui avait fait six mois de prison à Fresnes à cause de ses liens avec les Algériens du Front de Libération Nationale, puis qui avait été impliqué malgré lui et acquitté dans l'affaire de l'enlèvement et de l'assassinat du chef de l'opposition marocaine en exil, Mehdi Ben Barka, à Paris en 1965. Membre actif du comité central du parti gaulliste UDR (Union des démocrates pour la République), le premier président de MSF, Marcel Delcourt, démissionne en août 1973 pour se présenter aux élections législatives dans l'Eure et devenir conseiller du ministre des Affaires étrangères Michel Jobert. Il est remplacé par Max Récamier puis, en 1974-75, par Jacques Bérès, un homme de la " bande des Biafrais " qui l'emporte sur le " clan Tonus " et qui, avec Bernard Kouchner, veut promouvoir la médiatisation des actions de MSF. Ancien militant du groupe " Socialisme et Barbarie ", Jacques Bérès a déjà travaillé en zone de guerre : parti effectuer sa coopération militaire en 1967 à Saigon, il avait brièvement soigné des combattants du Viet-Cong lors de l'offensive du Têt, avant d'être expulsé par les autorités du Vietnam du Sud en mai 1968.
-1972-1978, Nicaragua : en décembre 1972, MSF-France
obtient du ministre de la Défense, Michel Debré,
le droit d’utiliser un Transall pour monter sa première mission " autonome " et venir au
secours des victimes d’un tremblement de terre
en collaboration avec les médecins militaires
de l’EMIR (Element médical d’intervention
rapide). Les volontaires arrivent trop tard, quatre
jours après le séisme, et constatent que,
sur place, l’épouse du président
Anastasio Somoza revend les médicaments au marché
noir. Aux dernières heures de la dictature, en
1978, MSF-France est de nouveau présent, cette
fois aux côtés du FSLN (Front Sandiniste
de Libération Nationale).
-1973, France : avec un budget qui dépasse à peine la vingtaine de milliers de francs en 1973, MSF souffre de sa faible capacité opérationnelle et s'interroge sur l'orientation de ses actions vers le développement ou l'urgence. Faute de mieux, l'association fournit surtout des médecins au CICR et à des ONG comme Medicus Mundi ou Terre des Hommes, pour qui elle commence à gérer un centre médico-chirurgical et une banque du sang au Bangladesh en janvier 1972. Les premières missions de MSF ne sont guère professionnelles. Lors de l'Ouragan Fifi au Honduras en 1974, Xavier Emmanuelli rapporte par exemple que les volontaires expatriés sur le terrain n'ont pas de médicaments adéquats et entravent les secours en détournant les sinistrés des centres équipés pour les soigner.
-A partir de septembre 1974, Irak : en septembre 1974,
Bernard Kouchner monte une opération d’assistance
financée et transportée par la résistance
kurde
des peshmargas du général Mustapha Barzani ; Philippe Bernier refuse d'encaisser les chèques de ce mouvement de lutte armée. Soucieuse de préserver son indépendance financière à l'égard des belligérants, l'association préfère s'investir dans la région avec ses propres fonds. Les financements affluent de toutes façons au moment de la première crise du Golfe, au risque de provoquer des gaspillages. A la différence des sections hollandaise et belge, MSF-France décide alors de ne pas ouvrir une mission au Koweït, pays déjà très largement aidé par les Américains après le départ des troupes d'occupation irakiennes en janvier 1991. L'organisation travaille en revanche depuis Bagdad, ce qui l'oblige à composer avec la dictature Saddam Hussein pour franchir les lignes de front et ravitailler le pays kurde au Nord. Ancien caïd et dealer de drogue à Montréal, son logisticien sur place, Marc Vachon, trafique des faux papiers pour alimenter en pétrole les réchauds que les Nations Unies ont fourni aux Kurdes d'Irak. Au ministère du pétrole à Bagdad, il parvient à acheter pour quinze dollars 15 000 litres d'essence subventionnée qu'il fait passer en contrebande dans le double plancher de camions Scania. Au total, il estime ainsi avoir convoyé un million de litres qui sont donnés à des ONG établies en pays kurde, à savoir ACF, l'IRC et Medico International. Mais, lors d'un convoi, un assistant est tué à bout portant par un commandant soupçonneux à un check-point. De plus, des chauffeurs kurdes disparaissent avec les camions, qu'ils revendent en Iran, tandis que les peshmargas prennent leur part pour financer leur lutte armée. Enfin, il faut bientôt fermer les missions de Bagdad et Bassorah car le régime de Saddam Hussein refuse de renouveler les visas des expatriés humanitaires. Dans le cadre de l'Opération Provide Comfort , MSF-France ne continue pas moins de travailler en étroite
collaboration avec les soldats américains et
français de l’Opération Libage,
qui, du 6 avril au 28 juillet 1991, distribuent des
secours au Kurdistan irakien depuis la Turquie, notamment
à Cukurça.
En effet, l'organisation, qui n'est bientôt plus présente dans la capitale, a moins besoin de préserver sa neutralité et de ménager le gouvernement Saddam Hussein, à la différence du Comité international de la Croix-Rouge, qui remet à MSF son dispensaire de Dashdan et qui cherche à se dissocier des troupes occidentales dans le Nord pour assurer la poursuite de ses programmes dans le Sud. En avril 2003, le mouvement MSF se déploie de nouveau à Bagdad alors que les troupes américaines partent à l'assaut du régime ; deux employés sont brièvement arrêtés
par les services de sécurité de la dictature.
A la différence d’Oxfam, de la Croix-Rouge
française, d’ACF, de MDM, de HI, de PU,
de Solidarités et d’EMDH, l’association
ne prend pas publiquement position contre l’intervention
militaire des Etats-Unis, estimant que son objectif
n’est pas de condamner une guerre mais d’en
soulager les effets sur le plan humanitaire ; selon
Rony Brauman et Pierre Salignon, qui plus est, rien
ne prouve que les bombes américaines soient plus
dévastatrices que les exactions de la dictature
Saddam Hussein. Après la victoire de Washington
et l’effondrement du régime, l’association
doute de son utilité sur place
car les infrastructures de santé existent et la puissance occupante a l'obligation de les remettre en état de marche. Après des débats internes sur l'opportunité d'aider la population, MSF réduit finalement sa présence en dénonçant les obstructions des autorités américaines. Comme Oxfam
ou le CAFOD et contrairement à Christian Aid
ou SCF, la section anglaise de MSF, notamment, refuse
les fonds en provenance d’Etats parties au conflit,
en l’occurrence les subventions du gouvernement
britannique. En juin 2007, le mouvement revient cependant travailler en pays kurde à l’hôpital de Souleymaniye.
-Janvier-mai 1975, Vietnam : alors que les Américains quittent le pays, MSF-France, qui n'a pas obtenu l'autorisation de se déployer dans le Nord communiste, travaille brièvement
dans le camp d’Anh Loï à Saigon lors
d’une mission financée par le ministère
français des Affaires étrangères
et la diaspora vietnamienne à Paris, à
la demande d’une ONG proche du régime de
Hanoï, Aide à l’enfance vietnamienne.
Pressée par les autorités communistes,
l’association doit bientôt partir.
-1975-1984, Liban : MSF-France intervient à la demande du Croissant Rouge palestinien et de l'imam Moussa Sadr, chef religieux de la communauté chiite qui, dans une lettre du 3 novembre 1975, propose de payer les billets d'avion et de financer le matériel médical de l'opération. L'association travaille alors à Beyrouth au cœur du quartier assiégé de Nabaa-Borj Hammond, une enclave chiite que les médecins doivent quitter au moment de la fermeture de l'hôpital, au plus fort des combats en juillet 1976. A partir de 1978, MSF-France se déploie ensuite en zone chrétienne à Beyrouth, Zahlé puis Deir el Kamar. En 1984, l'association finit par se retirer car la sécurité des volontaires n'est plus assurée.
-Mai 1976, Algérie : après avoir passé
un accord avec le ministre de la Santé de la
République Arabe Sahraoui Démocratique,
dont le Maroc nie l’existence, MSF-France doit
renoncer à travailler dans les camps de réfugiés
de Tindouf, qui sont fermement contrôlés
par les guérilleros du Front Polisario.
-A partir de décembre 1976, Thaïlande :
MSF-France commence d’abord par travailler pour
l’International Rescue Committee et World
Vision dans les camps de réfugiés
khmers et laotiens d’Aranyaprathet et Ban-Vinaï,
puis pour Terre des Hommes dans ceux de Nam Yao et Chieng-Kong.
L’association participe également au programme
qui vise à transplanter en Guyane française
500 Hmong du Laos, sélectionnés d’après
des critères d’aptitude médicale.
Son assistance revêt bientôt une forte dimension
politique car MSF dénonce
non seulement le génocide commis par les Khmers rouges, mais aussi l'invasion du Cambodge par les Vietnamiens après le renversement du régime de Pol Pot en 1979. Après s'être retirée fin 1980 de Sakéo, un fief khmer rouge, l'association continue par ailleurs de ravitailler les camps de réfugiés cambodgiens qui servent de base arrière aux partisans « pro-américains » de Lon Nol. Le 2 février 1980 devant le pont frontalier de Poï-Pet sur la rivière Klong Luek, elle organise avec les médias une marche symbolique contre les troupes vietnamiennes qui occupent le Cambodge. Celles-ci, qui ont refusé l'assistance de MSF, veulent en effet superviser la distribution de l'aide alimentaire, détournent les vivres et refusent les secours à destination des camps de réfugiés tenus par les Khmers rouges si elles n'obtiennent pas au préalable une reconnaissance internationale du nouveau gouvernement en place à Phnom Penh. A Paris, la campagne de MSF est critiquée car elle a été menée sans consulter la base. De plus, elle risque de conduire à une fermeture totale de la frontière, où passent encore depuis la Thaïlande les charrettes de ravitaillement des paysans de la région. En outre, il s'avère finalement qu'il n'y a pas de famine au Cambodge. L'affaire prend un tour idéologique
car elle associe des Américains anti-communistes
notoires, notamment le président de l’International
Rescue Committee, Leo Cherne. A l’époque,
certains volontaires de MSF-France dans le camp de Kao
I Dang ne cachent pas non plus leurs opinions politiques,
tels Patrice Franceschi, qui se battra aux côtés
des moudjahidine en Afghanistan, ou Philippe de Dieuleveult,
qui disparaîtra dans les rapides du fleuve Zaïre.
Pour autant, MSF-France tente de ne pas encourager la
lutte armée contre l’occupation vietnamienne
et se retire assez vite des sites tenus par les "
génocideurs " khmers rouges, limitant ses
opérations aux autres camps de réfugiés.
-1977, France : MSF signe une convention avec HSF (Hôpital
sans frontières), qui fournit des unités
médicales mobiles transportées par des Transaal de l'armée de l'air. Fondée en 1976 par Tony de Graaff et Guy Barthélemy avec le soutien du Rotary International et du fabriquant d'armes Matra, cette association,
émule de MSF, essuiera d’abord quelques
échecs au Liban, d’où elle devra
rapatrier son hôpital de campagne faute d’avoir
obtenu un accord quant à un lieu d’implantation
acceptable pour toutes les parties en lice. Dans son
livre, Guy Barthélemy, qui s’était
lié au Docteur Albert Schweitzer dans les années
1950, explique que HSF se déploiera cependant
en 1979 dans les camps de réfugiés angolais
de Sandoa au Sud du Zaïre et khmer rouge de Sakeo
dans l’Ouest de la Thaïlande. L’association
connaîtra finalement un destin bien différent
de MSF et fermera ses portes en 2002, placée
en liquidation judiciaire à cause de problèmes
financiers.
-Mai-novembre 1978, Erythrée : à la demande
de l’Eritrean Relief Association et avec
le soutien logistique des chrétiens de la Croix-Rouge
érythréenne du côté de l’EPLF
(Eritrean People’s Liberation Front)
et des musulmans du Croissant Rouge érythréen
du côté de l’ELF (Eritrean Liberation
Front), MSF-France tente d’ouvrir une mission
chirurgicale dans les maquis des rebelles indépendantistes
qui combattent les troupes éthiopiennes. Mais
ses équipes n’ont pas accès aux
populations civiles et elles ne peuvent soigner que
des combattants, en l’occurrence ceux de l’EPLF
au détriment de leurs rivaux de l’ELF.
MSF-France décide alors de partir en laissant
son matériel aux médecins de l’EPLF.
-1978-1982, France : à la suite de Max Récamier en 1975-76, de Bernard Kouchner en 1976-77 et de Jacques Bérès en 1977-78, MSF est présidé de 1978 à 1980 par Claude Malhuret, un ancien du Parti Socialiste Unifié (le PSU de Michel Rocard), puis par Francis Charhon en 1980-82 et par Xavier Emmanuelli en 1982-83, un docteur qui, en son temps, avait été expulsé du Parti communiste pour avoir soutenu les indépendantistes algériens du FLN (Front de Libération Nationale). Pendant cette période, MSF commence à développer la collecte de fonds afin d'assurer son indépendance financière. Après avoir bénéficié d'une campagne de publicité proposée gratuitement par l'agence Ecom International en 1977, l'association va bientôt, à partir de 1984, solliciter la générosité des Français avec des techniques de démarchage direct et de marketing. D'après Myriam Donsimoni, le budget de MSF, qui était de 730 000 francs en 1977, est multiplié par 36 entre 1978
et 1980. Refusant de faire appel à des sentiments
misérabilistes, l’association prend alors
soin de contrôler sa politique de communication,
qui avait d’abord été confiée
à des agences spécialisées et des
photographes professionnels, par exemple dans le livre
publié par Claude Malhuret et Xavier Emmanuelli
en 1982. D’après Joelle Tanguy, directeur
exécutif de MSF-USA à partir de 1994,
la croissance du mouvement vient aussi de la multiplication
des camps de réfugiés, où l’association
intervient de façon prioritaire ; le nombre de
réfugiés recensés dans le monde
double de 1976 à 1979 puis, de nouveau, de 1979
à 1982.
-1979, France : un moment rédacteur en chef
de l’Événement, un magazine
créé en 1966 par Emmanuel d’Astier
de la Vigerie, Bernard Kouchner, convaincu des mérites
du «tapage médiatique» pour défendre
les causes humanitaires, quitte MSF, qui refusait l’envoi
d’un bateau, l’Île de Lumière,
chargé de recueillir les boat people vietnamiens
en Mer de Chine. Après la tragédie de
Hai Kong, lorsque la Malaisie refuse de laisser accoster
2564 boat people vietnamiens le 15 novembre 1978, Bernard
Kouchner forme le Comité "Un bateau pour
le Vietnam" en octobre 1979 et parvient à
rallier au projet les intellectuels les plus en vue
de la place parisienne, dont Jean-Paul Sartre et Raymond
Aron, réconciliés pour l’occasion.
Mais, dans un article intitulé "Un bateau
pour Saint Germain des Prés", publié
par le Quotidien du Médecin le 4 décembre
1979, Xavier Emmanuelli lui reproche de se donner en
spectacle et de politiser la question face à
un drame que l’intelligentsia française
a trop longtemps refusé d’admettre et qui
dure en fait depuis la prise du pouvoir par les communistes
au Vietnam en 1975. L’opération présente
surtout l’inconvénient d’inciter
d’autres boat people à prendre la mer,
au risque de périr au cours d’un naufrage,
d’une attaque de pirates ou par épuisement
de leurs vivres. De plus, les camps de réfugiés
sont déjà saturés, notamment celui
de Songkhla dans le Sud de la Thaïlande. Un bateau,
enfin, a peu de chances de repérer les frêles
embarcations des Vietnamiens au milieu de tout un océan.
L’Île de Lumière y renonce
d’ailleurs assez vite pour se transformer en navire-hôpital,
à l’instar de son équivalent allemand,
le Port de Lumière, dont les consultations
à bord nécessitent de pénibles
va-et-vient depuis la terre ferme car le bâtiment
est trop gros pour s’amarrer à l’archipel
des Anambas.
-1980, Belgique : en novembre 1980, Philippe Laurent ouvre à Bruxelles la première section de MSF à l'étranger. Par crainte d'être dominée par les Américains, l'association, qui avait refusé en 1979 de s'implanter aux Etats-Unis, décide de consolider d'abord le mouvement en Europe. D'autres sections sœurs suivront en Suisse en 1981, aux Pays-Bas en 1984 (Artsen Zonder Grenzen), en Espagne (Médicos Sin Fronteras) et au Luxembourg en 1986,
en Grèce en 1990, en Grande-Bretagne (Doctors Without Borders), en Australie, aux Etats-Unis, au Canada et en Allemagne (Ärzte Ohne Grenzen) en 1991, au Japon (Kokkyonakiishidan) en 1992, en Italie (Medici Senza Frontiere) en 1993, au Danemark (Læger Unden Grænser) en 1998, ainsi qu'en Norvège (Leger Uten Grenser), en Suède (Läkare Utan Gränser), etc. MSF-France, qui chapeaute New York, Dubaï et Tokyo, ne sera pas seul à superviser le lancement d'organisations sœurs : MSF-Suisse parrainera la section autrichienne ; MSF-Belgique, les sections italienne et scandinave ; MSF-Hollande se chargera d'encadrer les sections britannique, allemande et canadienne, cette dernière devant atteindre son indépendance financière en 2004.
En 1991, le mouvement se dotera également d'un bureau de représentation au niveau international (d'abord à Bruxelles, puis à Genève à partir de 2004), tandis qu'un centre de collecte de fonds sera établi à Dubaï aux Emirats Arabes Unis en 1995. Sous l'égide d'un Conseil international établi à à Bruxelles et présidé chaque année à tour de rôle par une section européenne, l’ensemble de l’organisation se construira
autour de règles éthiques communes quant
à l’impartialité de l’action
humanitaire. Vigilant, le bureau international de MSF,
notamment, suspendra et remportera son procès
à Athènes contre la section grecque, dont
le président, Odysseus Boudouris, n’avait
pas caché ses sympathies pour les Serbes sous
prétexte de dénoncer les bombardements
de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique
Nord) au Kosovo en 1999.
Ladite section sera finalement réintégrée au mouvement en 2005.
-Depuis 1980, Tchad : tandis que les combattants de Hissène
Habré et de Goukouni Oueddeï se disputent
le contrôle de la capitale, MSF utilise un Transall
de l’armée française pour se rendre
à Ndjaména en collaboration avec les médecins
militaires de l’EMMIR (Equipe médicale mobile d’intervention rapide) en avril 1980. L'association travaille également dans les maquis de l'Est tenus par Hissène Habré, tandis que la section belge entreprend de reconstruire l'ensemble des structures hospitalières du pays avec des fonds de l'Union européenne en 1982. Défait en juin 1982, Goukouni Oueddeï s'enfuit dans le Nord du pays, où il forme un Gouvernement d'Unité Nationale Transitoire, le GUNT, avec le soutien de l'armée libyenne. En janvier 1984, deux volontaires belges de MSF dans la localité de Ziguey, Christian Delzenne et Marie-Chantal Roekens, sont alors enlevés et retenus pendant deux mois par les hommes de Goukouni Oueddeï, qui les accusent de travailler pour le gouvernement à Ndjaména.
Par la suite, l'association se réinvestit massivement dans la région pour accueillir les réfugiés soudanais qui fuient la crise du Darfour à partir de 2003. La situation continue d'être très dangereuse et, en septembre 2006, des cavaliers armés attaquent et pillent un dispensaire de MSF à Koloy, une centaine de kilomètres au nord-est de Goz Beida. Un collaborateur local de l'association est tué sur le coup et sept autres sont portés disparus.
-Depuis 1980, Afghanistan : MSF est une des premières
ONG à engager des missions clandestines auprès
des rebelles à partir de Peshawar et de la frontière pakistanaise. Emmenée par Gérard Kohout et Juliette Fournot, l'association envoie d'abord des médecins dans la province de Kunar avec le parti d'Anouar Halakadar, ce qui suscite la jalousie des islamistes du Hezb-e-Islami. Il faut bientôt composer avec les divers groupes qui combattent les troupes d'occupation soviétique ; depuis la vallée du Panchir, par exemple, Ahmed Shah Massoud veut empêcher l'accès au Herat, le fief de son rival Ismael Khan, tandis que les deux factions du Hezb-e-Islami, emmenées par Gulbuddin Hekmatyâr et Yunus Khales, se disputent le contrôle de l'aide. Les équipes de MSF ne peuvent se déplacer que sous la surveillance des moudjahidine. Elles doivent louer des mules au prix fort, engager le personnel imposé par les combattants, pratiquer la séparation des sexes, subir des vols et travailler sous la protection de gardes armés. Elles sont plusieurs fois prises en otage par des seigneurs de guerre qui confisquent les vivres et exigent qu'on soigne leurs hommes en priorité. Dans son autobiographie, une infirmière de MSF, Claire Constant, raconte par exemple comment, en janvier 1981, elle est retenue prisonnière par Hadji Nader, l'homme fort de Turkmen en pays hazara. De même en juillet 1986, dix médecins et infirmières de MSF sont pris en otage pendant un mois dans le Nouristan par des combattants du Hezb-e-Islami de Gulbuddin Hekmatyâr qui tentent de les négocier contre des livraisons d'armes avec le gouvernement pro-soviétique à Kaboul. L'affaire se reproduit le mois suivant, toujours dans le Nouristan avec des moudjahidine de Gulbuddin Hekmatyâr. En outre, après que Juliette Fournot a témoigné de la situation devant le Congrès américain le 4 mars 1985, les Etats-Unis commencent en 1986 à soutenir directement les factions qui combattent Moscou et le déversement de leur aide depuis le Pakistan précipite les détournements. D'après un rapport interne de MSF cité par Anne Vallaeys, 40% de l'aide acheminée à Peshawar sont revendus au profit des seigneurs de guerre afghans et des hauts fonctionnaires pakistanais corrompus. En Afghanistan, la situation ne s'améliore pas non plus. Lors de la prise de la ville de Bamian en 1988, le personnel soignant de MSF est attaqué par les Mustazaffin, un petit parti pro-iranien qui regroupe des sunnites et des chiites. L'organisation décide un retrait général du pays après l'assassinat, par des hommes masqués, d'un de ses logisticiens, Frédéric Galland, sans doute victime de conflits d'intérêts entre les commandants de Yaftal-a-Payin et Yaftal-Bala qui disputent à Basir Khaled le leadership du Badakhshan en avril 1990. Avec la chute du gouvernement pro-soviétique et l'entrée des moudjahidine à Kaboul en avril 1992, MSF revient ensuite en juin 1992 travailler en Afghanistan, soit dans des zones de combat, soit à l'occasion de catastrophes naturelles comme le tremblement de terre de Rostaq, qui fait plus de 2 300 morts dans le nord-est le 4 février 1998. Une fois Kaboul tombée aux mains des intégristes taliban le 26 septembre 1996, le nouveau pouvoir impose une application stricte du droit coranique, la charia. A la différence du CICR, MSF condamne publiquement les châtiments corporels de la loi islamique, assimilés à de la torture. Même si un suivi chirurgical serait préférable pour les condamnés, l'organisation interdit à son personnel de procéder à des amputations, mais elle l'autorise à soigner les victimes, quitte à donner l'impression qu'elle cautionne la charia. Une autre difficulté est que les taliban veulent séparer les hommes des femmes dans les structures médicales. Le 6 septembre 1997, un décret du ministre de la Santé contraint les femmes à être soignées dans le seul hôpital Rabia Balkhi, qui n'est pas encore complètement fonctionnel. Après des négociations menées par le CICR et les ONG, les taliban autorisent certes l'admission des femmes dans d'autres hôpitaux où les sexes sont séparés. Mais en avril 1998, les autorités, qui tentent de contrôler le recrutement du personnel local et de sélectionner les bénéficiaires de l'aide, obligent les ONG à se regrouper dans un quartier plus facile à surveiller. Refusant d'accepter les termes d'un accord qui, signé entre les Nations unies et les taliban le 14 mai, s'avère discriminant pour les femmes, les expatriés de MSF sont finalement expulsés par le régime le 20 juillet 1998. Les bombardements américains contre des camps d'Oussama ben Laden ne facilitent pas les choses et, en août, tous les expatriés des ONG en Afghanistan doivent de toute façon être évacués. Au cours des mois suivants, les travailleurs humanitaires, dont la plupart se sont repliés à Peshawar au Pakistan, essaient de négocier ensemble leur retour dans le pays en essayant de ne pas compromettre leur liberté d'accès aux bénéficiaires et le choix de leurs collaborateurs, notamment en ce qui concerne les femmes. MSF, pour sa part, préfère traiter seul avec les taliban, sans passer par l'intermédiaire des Nations unies.
Daniel Byman considère que, ce faisant, les médecins sans frontières se soumettent aux diktats et aux rackets des talibans. Après les bombardements américains d'octobre 2001, qui obligent de nouveau l'association à évacuer ses expatriés, la relative stabilisation de la situation courant 2002 permet alors un redéploiement dans le pays. Mais les personnels expatriés de MSF sont bientôt renvoyés vers Hérat et Kaboul pour des raisons de sécurité, suite à l'assassinat d'un délégué du CICR, froidement abattu par des islamistes à Tirin Khot au nord de Kandahar le 27 mars 2003. L'organisation suspend l'ensemble de ses activités quand deux employés locaux, une coordinatrice belge (Hélène de Beir), un logisticien néerlandais (Willem Kwint) et un docteur norvégien (Egyl Tynaes) de MSF-Hollande sont tués
(vraisemblablement par le chef de la police sur place, démis de ses fonctions peu avant) lors d'une embuscade dans la province de Badghis au nord-ouest le 2 juin 2004. L'enquête des autorités n'ayant pas abouti, MSF se retire totalement du pays en août. Dans les régions de Mashhad et Zahedan en Iran, l'organisation continue néanmoins de s'occuper des réfugiés afghans, que le HCR et les autorités locales veulent renvoyer chez eux dans le cadre d'un programme de rapatriement pas toujours très volontaire. En 2009, MSF revient finalement en Afghanistan s’occuper de cliniques à Ahmed Shah Baba, à l’est de Kaboul, et Lashkargah, dans la provinde du Helmand.
-Février 1981, Iran : après une entrevue
avec l’ayatollah Ruhollâh Khomeyni, qui
tente de renouer un dialogue diplomatique avec la France
par le biais de l’association, MSF refuse de monter
une mission incorporée à l’armée
iranienne et exclusivement destinée à
soigner les soldats en guerre contre l’Irak.
-Avril-décembre 1981, Turquie : deux volontaires
de MSF-France, Luc Devineau et Manaïck Lanternier,
sont accusés de soutenir les rebelles kurdes
par la junte du général Kenan Evren au
pouvoir à Ankara. Ils sont détenus pendant
huit mois avant d’être libérés
suite à des pressions diplomatiques.
-1982-1994, France : MSF est présidé
par Rony Brauman. Né en 1950 à Jérusalem dans une famille juive originaire de Pologne dont le père, exilé en France, avait rejoint en 1948 la Haganah, embryon de la future armée israélienne, Rony Brauman est un ancien militant maoïste de la " gauche prolétarienne " en mai 1968. De par sa vocation humanitaire, l'association transcende cependant les clivages politiques. Le vice-président
de MSF-France est Alain Dubos, un royaliste libéral,
pied-noir expulsé de Tunisie en 1961 et ancien
de l’OAS (Organisation de l’Armée
Secrète, opposée à l’indépendance
de l’Algérie en 1962). Secrétaire
général du bureau international de MSF
à partir de 1991, Alain Destexhe, pour sa part,
milite au parti libéral (PRL) et ralliera le
Mouvement réformateur (MR) après avoir
été élu sénateur au parlement
belge en 1995.
-A partir de 1983, Angola : après avoir essuyé
un refus du gouvernement MPLA (Mouvement pour la libération
de l’Angola), qui ne veut pas de MSF dans les
zones sous son contrôle, l’association démarre
des opérations clandestines dans les maquis de
l’UNITA (Union nationale pour l’indépendance
totale de l’Angola), rébellion qui a l’appui
de Washington et du régime raciste de Pretoria.
L’hostilité des autorités, soutenues
par l’URSS, vient sans doute de la présence
de MSF aux côtés des moudjahidine en lutte
contre l’Armée rouge en Afghanistan. Qualifiée
d’agence humanitaire de la Nouvelle Droite par
des chercheurs comme David Sogge, l’association
est d’autant plus suspecte de sympathies pour
la guérilla que, dans une interview à
l’Economist Development Report de juillet
1984, son président, Rony Brauman, vante les
mérites de l’UNITA en matière de
santé publique. Pendant plusieurs années,
les relations entre MSF et le gouvernement à
Luanda vont rester très tendues, y compris lorsque
l’organisation est autorisée à travailler
depuis la capitale. En juin 2002, deux mois après
la signature d’un cessez-le-feu avec les rebelles
de l’UNITA, MSF dénonce ainsi la stratégie
de guerre du MPLA, qui a interdit l’accès
des humanitaires dans les zones affamées, tenues
par la rébellion, et qui songe à expulser
l’association. Vilipendée à cause
de l’indifférence de la communauté
internationale et de la lenteur de réaction du
Programme alimentaire mondial, l’ONU se plaint
quant à elle de "l’arrogance"
de MSF.
L'association lui reproche en effet d'avoir bloqué et utilisé l'aide comme un instrument politique pour obliger le MPLA à organiser des élections et respecter les droits de l'homme. L'ONU demande alors aux bailleurs de ne plus financer MSF, coupable de s'être désolidarisée des autres ONG unies pour faire front contre les obstructions du gouvernement angolais. L'insécurité continue par ailleurs de gêner les opérations humanitaires. Le 29 novembre 2002, par exemple, un enfant, deux employés du ministère de la Santé et quatre collaborateurs angolais de MSF sont tués par l’explosion d’une mine sur la route entre Cunjamba et Mavinga dans le sud-est du pays. Le 9 mars 2003, encore, un chauffeur de l’association, Aderito Augusto, est lynché par des villageois sur la route de Luanda à Malange après avoir écrasé et tué une jeune fille.
-A partir de 1984, Guatemala : MSF-France est expulsé en 1984, officiellement pour des « raisons de sécurité ». L'association, qui revient dans le pays un an après, essaie ensuite d'accompagner le retour des réfugiés à partir de 1993 mais continue de se heurter aux intérêts locaux. Dans les bidonvilles de la capitale, par exemple, ses projets d'adduction font concurrence aux propriétaires des citernes de distribution d'eau. Dans les centres de santé, le coordinateur de MSF-Suisse met par ailleurs à jour le détournement de matériaux de construction fournis par l'Etat et, menacé de mort, il doit précipitamment quitter le Guatemala.
-1984-1995, Mozambique : MSF-France se déploie
dans un pays ravagé par la guerre civile depuis
son indépendance en 1975. D’inspiration
marxiste, le Frelimo (Frente de Libertação
de Mozambique), au pouvoir à Maputo, interdit
d’intervenir dans les zones tenues par les rebelles
de la Renamo, qui sont soutenus par le régime
de l’apartheid à Pretoria. En parlant de
guerre civile alors que les autorités dénoncent
l’agression extérieure de l’Afrique
du Sud, MSF suscite alors l’hostilité des
autorités et est perçu comme une organisation
de droite. Les relations sont d’autant plus tendues
que, dans un article du Lancet, un docteur de MSF, Bernard
Pécoul, dénonce le blocage des vivres
dans le port de Maputo, et ce au moment où l’ambassade
américaine déclare que la moitié
de l’aide alimentaire n’arrive pas à
destination. Dans un rapport publié en mars 1991,
qui plus est, l’association accuse l’armée
mozambicaine de détourner l’aide et de
regrouper de force les populations civiles, prises en
otage à proximité des garnisons pour servir
de bouclier humain contre la guérilla. Après la signature d'accords de paix à Rome en décembre 1992, l'organisation peut certes se déployer plus facilement dans l'arrière-pays mais suspend ses opérations quand un docteur expatrié est blessé dans l'explosion d'une mine en février 1993. Constatant une nette amélioration de la situation sanitaire et nutritionnelle, MSF-France quitte ensuite le Mozambique en 1995.
-A partir d’avril 1984, Ethiopie : sachant son travail clandestin dans les maquis indépendantistes érythréens, MSF-France a des difficultés à obtenir du gouvernement à Addis-Abeba les autorisations nécessaires pour venir au secours des victimes de la famine en mars 1984. L'organisation, qui plus est, dénonce les déportations que la junte du colonel Mengistu Hailé Mariam entreprend en vue de vider le Nord du pays et de priver les guérillas du soutien de la paysannerie. L'association s'indigne en particulier de l'incendie criminel, en mars 1985, du camp d'Ibnet, qui contenait 50 000 déplacés, et des évacuations manu militari de Korem en décembre 1984 puis en octobre 1985. MSF-France condamne également l'utilisation de la logistique humanitaire pour opérer les transferts forcés de populations vers le Sud : au lieu de transporter de la nourriture à destination des zones affamées, les camions sont réquisitionnés par l'armée en vue de déporter les paysans du Nord. Désavoué par MSF-Belgique, MSF-France est expulsé en décembre 1985 ; ses biens sont confisqués au profit de la dictature ou remis aux équipes de Save the Children. Mais le scandale conduit les bailleurs de fonds européens et américains à menacer la junte d'arrêter leur aide, tandis que les déportations cessent après 1986. La chute du régime en 1991 permet à l'association de revenir dans le pays, en particulier au moment où démarre une guerre frontalière contre l'Erythrée en 1999. Les conditions de travail restent difficiles et l'organisation suspend ses activités dans la région somali de l'Ogaden quand un chauffeur est tué et un expatrié, Stéphane Courteheuse, blessé lors d'une attaque à main armée sur la route de Jijiga à Degah Bur le 7 février 2000. En juillet 2000, MSF refuse alors de lancer une campagne de collecte de fonds à propos d'une famine qui est très médiatisée par le nouveau régime et dont l'impact en termes de malnutrition est sciemment exagéré. En mai 2003, le mouvement critique cette fois
le gouvernement pour avoir réinstallé
sans aucune préparation 15 000 personnes qui
avaient fui la sécheresse et qui, délogées
du camp de Shewe, ont été laissées
à elles-mêmes à Bidre dans la région
de Bale. L’affaire coïncide en l’occurrence
avec une controverse opposant l’organisation au
gouvernement éthiopien à propos de l’introduction
de nouveaux médicaments antipaludéens,
plus onéreux mais plus efficaces. Lors d’une
conférence de presse le 23 décembre 2003,
le ministère de la Santé, Kebede Tadesse,
dénonce ainsi "les charlatans de MSF qui
prétendent être les seuls détenteurs
de la connaissance médicale et scientifique".
En juillet 2004, cependant, le gouvernement éthiopien
se résout à acheter avec l’aide
des Nations Unies les traitements préconisés
par l’association. Après l’expulsion du CICR d’Ogaden en juillet 2007, MSF se heurte de nouveau à des blocages de la part des autorités, qui lui refusent l’accès à la région et qui entreprennent d’affamer la population pour isoler les groupes rebelles. C’est la branche suisse du mouvement qui prend le relais en novembre suivant… et qui décide de se retirer de la localité de Fiiq en juillet 2008, toujours à cause d’entraves administratives.
-1985, Mali : intervenue au moment de la sécheresse qui frappe le Sahel, MSF-Belgique refuse en janvier d'accéder à une demande du ministère de l'Intérieur qui veut organiser des distributions alimentaires dans les districts frontaliers de Bankass et Koro pour retenir la population dans le pays alors que se profile une courte guerre avec le Burkina Faso.
-1985-1994, Salvador : MSF-France est brièvement
expulsé en mars 1985 et revient peu après
dans le pays. L’association est très surveillée
par l’armée. Quatre de ses volontaires
sont arrêtés le 3 mars 1986, interrogés
les yeux bandés et maintenus au secret avant
d’être relâchés trois jours
plus tard. En novembre 1989, encore, les autorités
interdisent à MSF-France l’accès
des régions tenues par la guérilla, qui
vient de mener une grande offensive contre les troupes
gouvernementales. En 1994, l’association décide
finalement de fermer sa mission au Salvador, les négociations
de paix étant bien engagées.
-1985-1989, France :
reconnue comme une association d'utilité publique en juin 1985, MSF s'institutionnalise et, en juillet 1988, déménage son siège du boulevard Saint-Marcel dans le 13è arrondissement de Paris, où les locaux étaient devenus trop exigus, vers le quartier de la Bastille sur le terrain d'une ancienne menuiserie achetée et reconstruite pour 33 millions de francs. En 1985, l'association crée également avec le professeur Emmanuel Le Roy Ladurie
et l’essayiste Jean-François Revel une
Fondation « Libertés sans frontières
» d’inspiration libérale et anti-tiers-mondiste
sur le modèle de la Heritage Foundation,
qui a financé la campagne électorale de
Ronald Reagan. L’initiative, marquée à
droite, est condamnée par la base et MSF-Belgique qui, en procès contre la maison mère à Paris, obtient le droit de garder son sigle (son fondateur, Philippe Laurent, rejoint Médecins du Monde en 1986). Présidée par Claude Malhuret, la Fondation " Libertés sans frontières " est finalement dissoute
en avril 1989. Elle est alors remplacée par une
Fondation plus neutre, qui porte le nom de " Médecins
sans frontières " et qui, reconnue d’utilité
publique en 1991, se dotera d’un centre de recherches
en 1995.
-Mars 1986, France : membre du PR (Parti Républicain),
Claude Malhuret démissionne de MSF pour devenir
secrétaire d’État aux droits de
l’homme du gouvernement Jacques Chirac. Il prend
Jean-Christophe Rufin comme conseiller et obtient le
départ de l’ambassadeur de France à
Addis-Abeba, José Paoli, qui avait dénigré
MSF lors de son expulsion par la junte éthiopienne
fin 1985. D’après Olivier Weber, un journaliste
du Point, Claude Malhuret hésite à
quitter le gouvernement à cause de son désaccord
avec la politique musclée du ministre de l’Intérieur
Charles Pasqua, dont les « policiers voltigeurs
» ont provoqué la mort de l’étudiant
Malik Oussekine lors d’une manifestation à
Paris en décembre 1986. Claude Malhuret deviendra
ensuite député-maire de Vichy.
-A partir de 1987, France :
un an après MDM, MSF ouvre une mission médicale dans l'Hexagone. La décennie suivante, l'association va de plus en plus s'investir sur le terrain français, même si certains de ses membres critiquent l'initiative de son ancien président Xavier Emmanuelli, qui entérine l'existence d'une médecine à deux vitesses en créant en 1993 un SAMU social (Service d'Action Médicale d'Urgence) en faveur des indigents. En 1999, MSF participe ensuite avec MDM à la mise en application de la loi sur la Couverture Maladie Universelle. Le nouveau dispositif garantit la prise en charge par le service public des personnes en situation précaire, y compris les étrangers sans titre de séjour, et permet à l'association de fermer son centre médico-social à Marseille en juin 2001. Mais cette aide médicale de l'Etat est menacée par des réformes en décembre 2002. Avec MDM, MSF lance alors une pétition contre l'exclusion des soins.
-Depuis 1987, Somalie : alors que le président
Siyad Barre est de plus en plus menacé par les
mouvements d’opposition armée, dix employés
de MSF sont kidnappés en 1987 et emmenés
en Ethiopie avant d’être relâchés
deux semaines plus tard. Lors du départ du dictateur
en janvier 1991, la plupart des agences d’aide
évacuent ensuite Mogadiscio. MSF est, avec le
CICR, une des seules organisations humanitaires à
reprendre très vite ses programmes. Les conditions
de sécurité ne cessent pas pour autant
de se dégrader. A Mogadiscio, en particulier,
l’association se fait régulièrement
voler du matériel et doit réintégrer
sous la menace un Somalien peu scrupuleux. Après
l’assassinat d’un autre employé local,
tué à bout portant par des bandits qui
voulaient s’emparer de son véhicule en
août 1991, MSF-France se résout à
payer des escortes armées et recrute des jeunes qui ne sont pas toujours majeurs. Au cours de l’année 1991, l’association verse ainsi l’équivalent de $400 000 à Osman Ali "Ato", le bras droit du général Mohamed Farah Hassan "Aidid", un des principaux seigneurs de guerre de la capitale. Identifiée au clan des Habr Gedir, MSF-France, qui travaille dans l’hôpital du quartier de Medina, ne peut pas soigner les Abgal d’Ali Mahdi, le grand rival de Mohamed Farah Hassan "Aidid". En dehors de la capitale, les autres sections du mouvement ne sont pas non plus épargnées. Epicentre de la famine, Baidoa, notamment, connaît une situation de grande violence et l’organisation, qui finit par laisser une dizaine de soldats australiens s’installer de façon permanente dans l’enceinte de ses bureaux, y déplore la mort de deux gardes puis d’une infirmière somalienne lors d’attaques contre ses installations début 1993. MSF-Hollande, en particulier, se fait voler $35 000 par ses propres employés le 27 février 1993 et déplore la mort d’un de ses gardes armés, abattu par erreur par des casques bleus australiens à Baidoa le 26 mars suivant. En avril 1993, MSF-France décide donc de se retirer de Mogadiscio alors que l'opération de la paix menée par la Mission des Nations Unies en Somalie (UNOSOM) bat son plein. Cette année-là, MSF-Hollande annonce également son retrait de Baidoa le 4 mai, tandis que MSF-Belgique doit évacuer Kisimayo le 30 mars. Critiquée pour ne pas avoir consulté les autres ONG, l'association explique sa démarche dans un opuscule publié quatre mois plus tard par Rony Brauman : outre la question du racket de protection exercé par les combattants, la famine d'août 1992 à Baidoa était révolue, la militarisation de l'aide devenait problématique et le débarquement des GI's américains avait provoqué une réaction xénophobe dangereuse pour les travailleurs humanitaires. Le 27 juillet 1993, MSF-France introduit d'ailleurs un recours juridique auprès des Nations Unies pour protester contre les violations du droit commises par les casques bleus : la plainte est rejetée au motif que l'ONU ne reconnaît pas ces abus, a respecté sa charte et ne serait pas tenue d'appliquer les conventions de Genève dans un pays qui n'est pas officiellement en guerre. L'association continue cependant ses programmes dans d'autres régions de Somalie et un de ses docteurs est tué en 1997. Dans l'entité autonome du Puntland au Nord-est du pays en mai 2002, MSF-France est même la seule ONG à rester au milieu des combats à Bosaso, lorsque le colonel Abdullahi Yussuf s'empare de la ville. Malgré une certaine stabilisation politique, la région continue d’être ravagée par le banditisme. En témoigne l’enlèvement à Bosaso, le 26 décembre 2007, d’une médecin espagnole de MSF, Mercedes Garcia, et d’une infirmière argentine, Pilar Bauza, qui sont libérées le 3 janvier 2008. Dans la région de la Basse Juba, au Sud, l’association travaille également dans des conditions difficiles. Outre l’insécurité, il faut négocier en permanence avec le Kenya, qui craint une extension du conflit et qui, pour cette raison, interdit tous les vols à destination de la Somalie le 20 juin 2003, mobilisant MSF en vue d’obtenir deux semaines après une levée partielle de l’embargo. Le 9 juillet suivant, l’association doit par exemple interrompre ses activités dans la clinique de Mandera, sur la frontière du Kenya et de la Somalie, quand une attaque à la grenade fait un mort et quatre blessés parmi le personnel médical, dont un docteur hollandais. En septembre 2007, l’intensité des combats, qui opposent désormais les troupes éthiopiennes à des groupes islamistes, justifie néanmoins la reprise de programmes de chirurgie de guerre à Mogadiscio et Kisimayo. Des expatriés de MSF France et Hollande, respectivement, sont ainsi renvoyés sur le terrain à Dayniile, dans les quartiers nord de la capitale, et à Kisimayo dans un hôpital évacué à deux reprises par la section belge, en 1993 puis 2001. L’insécurité reste forte. Le 28 janvier 2008, un chirurgien kenyan, Victor Okumu, un logisticien français, Damien Lehalle, et un chauffeur somalien, Mohammed Bidhaan, sont tués avec un journaliste local, Hassankaafi Hared Ahmed, lors de l’explosion d’un engin piégé dans le village de Siyad au nord de Kisimayo. L’attentat suscite des manifestations populaires en faveur des victimes et conduit MSF à évacuer tous ses expatriés, quitte à continuer de travailler à distance depuis le Kenya. Plus au nord près de Rabdhure dans la région de Bakol, encore, trois employés belge, danois et somalien de l’organisation sont enlevés par des inconnus le 19 avril 2009.
-Novembre 1988, Honduras : présent dans le pays
depuis 1980, MSF-France se retire des camps de réfugiés
salvadoriens, qui servent de bases arrières aux
guérilleros du FMLN (Front Farabundo Marti de
Libération Nationale). Les occupants des camps
avaient entamé une grève de la faim pour
exiger davantage d’aide en dépit de conditions
de vie supérieures à celles des autochtones
des environs : les surplus étaient en réalité
envoyés au FMLN au Salvador. La direction de
MSF-France avait également eu quelques difficultés
à préserver sa neutralité politique.
Un de ses docteurs, une Espagnole, avait été
tué par les troupes gouvernementales au Salvador,
où elle était entrée clandestinement
pour aller assister le FMLN. A l’inverse, MSF-France
avait dû prêter ses véhicules aux
autorités sanitaires du Honduras, qui s’en
étaient servis pour aller endoctriner les réfugiés
nicaraguayens contre les Sandinistes.
-Décembre 1988, Arménie : pour la première
fois, MSF obtient l’accord de l’URSS afin
de venir au secours des victimes d’un tremblement
de terre qui a fait 20 000 morts. Le déploiement de l'association dans un pays du camp " socialiste " n'annonce pas seulement la fin de la guerre froide, mais aussi un bouleversement de l'action humanitaire sur des terrains où, jusqu'à présent, les médecins sans frontières étaient relativement isolés, en l'absence d'Etats et d'agences des Nations Unies.
-Mars 1989, Yémen : MSF intervient brièvement
après des inondations en utilisant les secours
envoyés par un avion de l’armée
française dépêché par la
Cellule d’urgence du ministère des Affaires
étrangères à Paris.
-A partir de juin 1989, Chine : devant le refus des autorités de Pékin, MSF ne peut démarrer une opération de secours pour venir en aide aux victimes de la répression de la manifestation de Tien-an-men en juin 1989. En juillet 1991, l’organisation est en revanche autorisée à envoyer des équipes de secours à l’occasion d’inondations dans les provinces de Jiangsu, Hubei, Henan et Anhui. Mais elle se retire en janvier 2003 du Tibet faute de parvenir à s’entendre avec le ministère de la Santé, laissant à Save the Children le soin de poursuivre ses programmes sanitaires.
-Depuis décembre 1989, Soudan :
à la suite de MSF-Hollande, expulsé de Wau en décembre 1987 après avoir assisté au massacre de déplacés dinka, MSF-France quitte
le pays après la mort, le 21 décembre
1989, de deux volontaires (Jean-Paul Bescond et Laurent Fernet) dans un appareil d'Aviation sans frontières abattu en cours de vol par les rebelles ou les troupes gouvernementales, qui se combattent dans le Sud et veulent se débarrasser de témoins gênants. Revenu au Soudan, MSF-France est ensuite chassé en novembre 1994 des zones tenues par les guérilleros de la SPLA (Sudan People's Liberation Army), furieux d'apprendre
que les photographies de leurs positions ont peut être été négociées avec la junte de Khartoum par le ministre de l'Intérieur à Paris, Charles Pasqua, en échange de l'extradition du terroriste Illitch Ramirez Sanchez, dit Carlos. De fait, raconte Marc Vachon, la compagnie aérienne utilisée par l'association, la Southern Air Transport, était la seule à survoler la région à basse altitude pour pouvoir photographier le terrain avec une meilleure résolution que par satellite. Résultat, trois employés de MSF-France sont retenus prisonniers par la SPLA
de John Garang
pendant trois semaines avant la fermeture de la mission. En juillet 1998 dans le Haut Nil occidental, MSF-Hollande doit également évacuer
un hôpital ouvert à Ler en 1989 et attaqué et pillé par le SSUM (South Sudan United Movement), la milice pro-Khartoum du commandant Paulino Matiep. En janvier 1999, un autre hôpital de MSF-Hollande, à Kajo-Keijii dans l'Equatoria, est cette fois bombardé par les troupes gouvernementales. Le 21 août 2001, encore, le SSUM envahit la clinique de MSF-France à Bentiu et y kidnappe des combattants blessés qui s'étaient évadés après avoir été recrutés de force. Le 9 février 2002, enfin, un infirmier de MSF-Hollande, James Koang Mar, est tué lors d'un bombardement de l'armée qui fait cinq morts à Nimne, un centre d'accueil de personnes déplacées dans le Haut Nil occidental. D'une manière générale, les combats obligent à interrompre fréquemment les programmes humanitaires, à l'instar des équipes de la section hollandaise de MSF à Thonyor et Dablual au sud de Ler dans le Western Upper Nile en janvier 2003. Les détournements de l'aide sont organisés de manière systématique dans le cadre de l'Opération Lifeline Sudan (OLS), qui régule les interventions humanitaires sous la supervision du gouvernement de Khartoum et dont MSF-France a préféré se retirer après la famine de 1998, lorsque les secours ne sont jamais parvenus aux victimes.
La SPLA n'est pas en reste et exerce de nombreuses pressions pour capter et contrôler l'aide humanitaire. En mars 2000, la rébellion va jusqu'à expulser les ONG qui, comme MSF-Hollande, refusent de signer un accord destiné à officialiser les « prélèvements » des combattants de John Garang. A partir de 2003, l'extension du conflit vers l'Ouest du Soudan, dans la région du Darfour, amène alors le mouvement MSF à organiser la plus grande intervention d'urgence de son histoire, avec un budget approchant les 40 millions d'Euros et le déploiement de
170 expatriés et 2 000 volontaires répartis sur 26 sites en 2004. L'obstruction des autorités et les combats entre les rebelles, l'armée et les milices pro-gouvernementales Janjawid ne facilitent pas la tâche. MSF-Espagne, par exemple, doit plusieurs fois évacuer ses équipes à cause d’affrontements ou de vols à main armée dans le Jebel Marra en novembre 2004 puis à Tawila et Shangil Tobay en juillet 2008. Le mouvement déplore également le meurtre d'un employé soudanais lors d'une attaque des troupes gouvernementales à Labado le 22 décembre 2004. En mai 2005, encore, le responsable de MSF-Hollande, Paul Foreman, et le coordinateur des opérations dans le Darfour, Vincent Hoedt, sont brièvement arrêtés et interrogés par les autorités après la publication d'un rapport dans lequel les militaires et les miliciens alliés au gouvernement sont désignés comme responsables de 80% des violences sexuelles contre les femmes.
En pratique, l’organisation travaille plus facilement en zone rebelle si l’on en croit le témoignage d’une volontaire sur le terrain, Lisa French Blaker. Après de nombreuses attaques, le mouvement doit finalement suspendre en juillet 2006 la plupart de ses activités et constater l'impossibilité d'accéder aux victimes dans la région. Suite au mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale (CPI) contre le chef de l’Etat soudanais Omar el-Béchir le 5 février 2009, les sections hollandaise et française de MSF, en particulier, sont expulsées du Darfour. Restées sur place, les sections suisse, espagnole et belge ne sont pas épargnées par les tensions. Une semaine plus tard, l’infirmière canadienne Laura Archer, le médecin italien Mauro D’Ascanio, le coordinateur français Raphaël Méonier et un gardien soudanais, qui travaillaient tous pour MSF-Belgique, sont brièvement kidnappés par des hommes armés à Sherif Umra, une localité à l’ouest d’El-Fasher. Dans le Sud, la situation continue par ailleurs d’être très instable malgré la signature d’un accord de paix en janvier 2005. Conjuguées à un programme de désarmement controversé des milices hostiles à la SPLA, des combats entre deux clans nuer, les Lou et les Jikany, ensanglantent les Etats du Haut-Nil et du Jonglei en avril et mai 2006. Après une attaque qui contraint les équipes médicales et les patients de MSF à évacuer le village d’Ulang le 10 avril, la clinique de Pieri, gérée par la section hollandaise, est pillée et complètement détruite. Le 15 mai, l’organisation décide en conséquence de suspendre ses programmes et de rapatrier une partie du personnel dans les régions de Nasir, Pieri et Lankien.
-Depuis 1990, Libéria : alors que le pays s’enfonce
dans la guerre et que s’écroule la dictature
de Samuel Doe à Monrovia, MSF intervient d’abord
depuis la frontière ivoirienne en utilisant les
secours envoyés par des avions de l’armée
française dépêchés par la
Cellule d’urgence du ministère des Affaires
étrangères à Paris. Dans les territoires
aux mains des guérilleros de Charles Taylor,
des véhicules de MSF sont ensuite bombardés
début 1993 par des avions nigérians des
forces d’interposition de l’Ecomog (Ecomomic
Community of West African States’ Monitoring Group),
qui ont imposé un blocus contre les rebelles.
Les Nigérians reprochent en effet à l'association de ravitailler les rebelles ; à Ganta, par exemple, les entrepôts de MSF sont gardés par des enfants-soldats de Charles Taylor, les small boys. L'association parvient néanmoins à opérer aussi depuis la capitale, Monrovia, qui est tenue par l'Ecomog et où les guérilleros sont finalement autorisés à entrer sans avoir été désarmés après la signature d'accords de paix à Abuja au Nigeria en août 1995. En avril 1996, les installations de MSF à Monrovia sont complètement détruites lors des pillages et des combats qui opposent les diverses factions se disputant le pouvoir. Malgré l'élection de Charles Taylor en 1997 et le départ des troupes de l'Ecomog, la situation ne se stabilise pas vraiment et se dégrade sensiblement à partir de 2002. Après l'assassinat de trois employés d'ADRA en mars 2003, MSF-France évacue temporairement Toe Town dans le comté de Grand Gedeh près de la frontière ivoirienne. En mai, ses équipes du port de Harper, qui vient d'être pris par les rebelles opposés à Charles Taylor, doivent à leur tour quitter les lieux, en l’occurrence
en marchant à pied jusqu’à Tabou
sur la frontière ivoirienne. A Monrovia, MSF
décide cependant de rester après l’évacuation
des ressortissants étrangers par l’armée
française le 9 juin. Contrairement à d’autres
ONG, l’association ne demande pas une intervention
militaire de la communauté internationale, notamment
des Américains, car Washington soutient déjà
les rebelles et n’est pas neutre dans le conflit.
-A partir de mai 1991, Sri Lanka : en mai 1991, une équipe de MSF est délibérément bombardée par l’armée sur une route du côté de Madhu. Présente dans le pays depuis 1986, l’association travaille du côté gouvernemental comme du côté des Tigres tamouls, soumis à un embargo. Mais elle a plus de facilités à protester contre les exactions de l’armée que contre celles des rebelles, qui verrouillent leur enclave et tiennent la population en otage. De ce fait, MSF est régulièrement accusé de collusion avec les Tigres tamouls par les autorités ou la presse de Colombo. Les rebelles, qui plus est, ont subtilisé des radios de l’association et voulu profiter de son ambulance pour avancer vers les positions ennemies : en minant une route, ils ont obligé MSF à changer d’itinéraire au dernier moment et ont éveillé la suspicion de l’armée, provoquant l’attaque de mai 1991. Résultat, l’association rencontre beaucoup de difficultés pour continuer de travailler et doit suspendre ses activités en juin 2003. En octobre 2006, encore, les sections espagnole et française de MSF sont expulsées sous prétexte d’infractions sur les visas d’immigration et la législation d’urgence des militaires.
-A partir d’octobre 1991, ex-Yougoslavie : à
la différence du CICR, qui refuse de céder
aux exigences des belligérants
et de négocier un accès au terrain en échange du retrait de l'armée fédérale de casernes situées en Croatie, MSF évacue
les blessés de la ville de Vukovar, attaquée
par les troupes serbes. De retour d’une mission,
deux infirmières et un médecin de l’association
sont alors blessés en sautant sur une mine qui
a délibérément été
placée sous leur convoi le 18 octobre 1991. Lors
du siège de Dubrovnik le mois suivant, MSF doit
également céder au racket des forces serbes
qui, sur 500 tonnes de vivres, en exigent 200 pour autoriser
l’acheminement de l’aide aux habitants croates
de la ville. Constatant bientôt qu’il n’y
a plus de réelle urgence à Dubrovnik après
l’évacuation des populations civiles, l’association
décide de se tenir à l’écart
et de secourir les réfugiés plutôt
que d’intervenir au cœur du conflit. En Bosnie,
c’est la section hollandaise qui prend le relais et qui, soumise aux bombardements des Serbes, doit temporairement retirer son équipe en juin 1992, tandis que les Belges couvrent la côte dalmate depuis Split. Pour leur part, les Français, qui avaient ouvert une mission à Sarajevo en mai 1991, commencent à travailler sur fonds propres au Kosovo en octobre 1992. A titre personnel, le président de MSF-France, Rony Braumann, dénonce dans les médias l'entreprise de purification ethnique du régime nationaliste serbe de Slobodan Milosevic et demande une intervention militaire de l'Europe en Bosnie, ce qui lui reprochent les sections belge et hollandaise présentes sur place, qui craignent des représailles. MSF-France ne décide pas moins d'intervenir dans le camp croate de Karlovac en mai 1993, puis avec les Belges dans les villes de Goradze, Zepa et Srebrenica en Bosnie orientale en novembre suivant. L'accès à l'enclave bosniaque de Srebrenica se négocie avec les Serbes en échange du montage de programmes humanitaires à Pale, le fief des nationalistes. La guerre se poursuit en 1994 et 1995 malgré le déploiement de casques bleus.
Devant l'incapacité de la communauté internationale à forcer le blocus de Goradze, zone déclarée protégée par les Nations Unies et attaquée par les Serbes le 30 mars 1994, MSF demande le 18 avril suivant la démission du représentant spécial de l'ONU en Yougoslavie, Yasushi Akashi. Parce qu'ils souhaitent préserver leur neutralité, les médecins sans frontières refusent les escortes armées de la FORPRONU (Force de protection des Nations Unies) en Bosnie et les financements directs de pays membres de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord). De même au Kosovo en 1999, ils cherchent à se dissocier des troupes de l'OTAN venues protéger les Albanais victimes de la répression des Serbes. En Macédoine, ils s'offusquent par exemple de trouver à l'intérieur des camps de réfugiés des militaires qui risquent d'attirer les attaquants serbes, notamment à Stenkovic 1 et 2, deux sites qui abritent 40 000 Kosovars et qui ont été construits par la 101ème brigade logistique de l'armée britannique avant d'être confiés à MSF et au CICR le 11 avril 1999. Pour ne pas devenir un sous-traitant des militaires, l'association arrête des financements en cours et ne veut plus recevoir de fonds des institutions des pays membres de l'OTAN, qui sont désormais parties prenantes au conflit. Bien qu'initialement favorable à l'intervention militaire de l'OTAN, MSF condamne ensuite l'incapacité de la communauté internationale à protéger les Serbes de la province, devenus minoritaires face à la majorité albanaise.
En 2001, la section belge, qui était d'abord intervenue en Albanie en 1998 en se partageant le travail avec les Français au Monténégro et les Hollandais en Macédoine, se retire ainsi du Kosovo pour ne pas cautionner une politique d'aide jugée discriminante.
-1992, France : à Mérignac près
de l’aéroport de Bordeaux, MSF ouvre une
centrale d’achats où sont pré-positionnés
des kits prêts à l’emploi et revendus
à d’autres ONG avec une marge de 15%. Dès
1979, Jacques Pinel, un pharmacien de retour des camps
de réfugiés en Thaïlande, avait proposé
de rationaliser les commandes de médicaments
et de fournitures grâce à des logisticiens
qui allaient devenir la véritable force de frappe
de l’organisation et constituer un bon quart des
volontaires en mission. Une première centrale
d’achats avait ainsi vu le jour en 1986. MSF-Belgique
avait, pour sa part, monté une Unité d’intervention
rapide capable d’acheminer dans l’urgence
du matériel médical, parfois avec le concours
des avions C-130 de la Force aérienne belge.
Devenue une coopérative commerciale appelée Transfer en 1989, ce département logistique jouera, en Belgique, un rôle équivalent à celui de Mérignac en France, proposant ses services à des ONG comme Handicap International.
-A partir de 1993, Afrique du Sud : MSF-France poursuit
d’abord à Johannesburg des programmes qui
ne répondent pas vraiment à des besoins
d’urgence mais qui justifient le maintien d’une
mission servant de plate-forme logistique pour ravitailler
le Mozambique et l’Angola en guerre, sans parler
d’une présence symbolique au moment de
l’élection de Nelson Mandela en avril 1994.
Après être parti en 1995, MSF-France revient
dans le pays pour aider à lutter contre le sida.
Depuis sa clinique de Khayelitsha au Cap, où
elle est autorisée à importer de Thaïlande
des médicaments génériques, l’association
soutient notamment la TAC (Treatment Action Campaign),
une ONG sud-africaine lancée par Zackie Achmat
et d’autres victimes du sida le 10 décembre
1998, jour des droits de l’homme. Dans le cadre
de sa campagne internationale pour l’accès
aux médicaments essentiels, MSF contribue ainsi
à faire reculer dix-huit grandes firmes pharmaceutiques
qui voulaient intenter un procès au gouvernement
sud-africain pour empêcher la fabrication à
meilleur prix de traitements du sida encore sous licence.
Le 19 avril 2001, trente-neuf laboratoires retirent
finalement leur plainte à propos d’une loi de
1997 qui autorisait l’utilisation de médicaments
génériques sans payer les brevets les
plus onéreux. Réunie à Cancún au Mexique, la cinquième conférence ministérielle de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) imposera ensuite en août 2003 un moratoire sur les licences qui sera pérennisé à Hongkong en décembre 2005 et qui accordera la priorité aux questions de santé publique par rapport au droit de la propriété intellectuelle. Concrètement, les accords bilatéraux ou régionaux des Etats-Unis permettront cependant de contourner ces dispositions. De plus, les demandes de dérogation pour exporter des médicaments génériques s’avèreront si complexes qu’elles seront pratiquement impossibles à mettre en œuvre, au grand dam de MSF.
-1994, France : Philippe Biberson est élu président
de MSF avant d’être remplacé en 2000 par
Jean-Hervé Bradol, un ancien militant de la Ligue communiste révolutionnaire. Ancien vice-président
de MSF entre 1990 et 1993, Jean-Christophe Rufin, pour
sa part, démissionne du cabinet de Lucette Michaud-Chevry,
ministre délégué à l’Action
humanitaire et aux Droits de l’homme, et entre
au cabinet du ministre de la Défense François
Léotard. Xavier Emmanuelli, quant à lui,
deviendra Secrétaire d’État à
l’Action humanitaire d’Urgence du président
Jacques Chirac en mai 1995, poste qu’il occupera
jusqu’en juin 1997.
-Avril 1994-décembre 1995, Rwanda : après avoir brièvement évacué sa mission à Kigali entre le 11 et le 13 avril, cinq jours après l’assassinat du président Juvénal Habyarimana, MSF-France revient travailler au milieu des massacres, quitte à devoir aussi soigner des blessés militaires. Une centaine de ses employés sont tués parce qu’ils sont tutsi, notamment le 20 avril au centre hospitalier universitaire de Kigali, où une infirmière enceinte est découpée à la machette, puis, le 22 avril, à l’hôpital de Butare, où cinq autres collaborateurs locaux sont exécutés par les miliciens hutu. A la frontière de la Tanzanie, relève James Orbinski, un convoi d’expatriés autorisé à quitter le pays doit abandonner sur place le personnel rwandais qui l’accompagnait : 17 sont aussitôt massacrés, les 23 restant disparaissent à jamais. A Bruxelles dans le journal De Morgen du 24 avril, le président de MSF-Belgique, Réginal Moreels, est un des premiers à qualifier les événements de génocide. En dépit des risques qu'une telle dénonciation fait peser sur les équipes à Kigali, l'association démarre une grande campagne publique et demande une intervention militaire de la communauté internationale pour mettre fin aux atrocités. A Paris dans les journaux Le Monde du 18 mai puis du 23 juin, MSF-France
affirme que l’on n’arrête pas un génocide
avec des médecins. Lorsque des réfugiés
commencent à affluer vers le Zaïre, l’association
utilise ainsi des avions de l’armée française
pour transporter depuis Bangui (Centrafrique) et Nairobi
(Kenya) des expatriés et des vivres vers les
camps de Goma et Bukavu.
Un des commandants déployés sur le terrain dans le cadre de l'Opération Turquoise, le colonel Patrice Sartre, fournit des équipements et des équipes du génie pour construire des cliniques. A Kigali, MSF utilise par ailleurs les véhicules et les abris des casques bleus des Nations Unies pour pouvoir se déplacer et se loger dans la capitale, où les combats font rage depuis que certains quartiers sont tombés entre les mains des rebelles du FPR (Front patriotique rwandais). Le problème est que l’organisation est prise entre deux feux. D’un côté, elle est perçue comme pro-tutsi par l’armée gouvernementale car elle a dénoncé le génocide en cours ; de l’autre, elle n’a pas meilleure réputation auprès du FPR du fait des liaisons dangereuses que la France entretient avec les partisans hutu du président Juvénal Habyarimana. Une telle situation oblige le personnel de MSF à adopter un profil bas, à abandonner son logo et à revêtir l’insigne de la Croix-Rouge. Pour ne pas compromettre sa neutralité, l’organisation refuse alors de laisser l’ancien ministre de l’Action humanitaire, Bernard Kouchner, se faire photographier à ses côtés lors d’une visite impromptu à Kigali en mai 1994. Au vu du rôle ambigu de la France, qui a continué d’armer les tueurs hutu et facilité leur exfiltration vers le Zaïre, MSF condamne bientôt l’ensemble de l’Opération Turquoise et obtiendra par la suite la mise en place d’une mission d’enquête parlementaire sous l’égide du député socialiste Paul Quilès en 1998 : nombre d’auditions se feront en l’occurrence à huis clos, sans permettre d’impliquer le gouvernement Edouard Balladur, au pouvoir à l’époque des faits. En attendant, l’association continue de soigner les survivants du génocide après l’arrivée au pouvoir du FPR à Kigali en juillet 1994. Mais ses relations avec le nouveau régime se détériorent rapidement. En avril 1995, MSF-France doit évacuer l’hôpital du camp de Kibeho, dont les habitants hutu sont exterminés par les troupes tutsi du FPR. Avec 29 morts et 48 disparus, l’association déplore à cette occasion un bilan très lourd au sein de son personnel local : 60% seulement sont identifiés comme survivants. Sous prétexte d’inefficacité et d’espionnage, MSF-France est alors expulsé en décembre 1995 après avoir dénoncé les conditions de détention des suspects du génocide de 1994 et le massacre de Kibeho. Le matériel de l’association est confisqué et récupéré par les autorités.
-Décembre 1994-novembre 1996, Zaïre, Tanzanie :
témoin dans ses cliniques de l'exécution de patients soupçonnés de sympathies tutsi, MSF-France demande en vain l'arrestation des criminels de guerre et des « génocideurs » hutu qui
ont infiltré les camps de réfugiés
en vue de préparer la reconquête du Rwanda
après la chute du régime de Juvénal
Habyarimana. Un fractionnement des camps en entités
plus petites faciliterait le contrôle de la situation.
Et l’intervention d’une force de police
internationale permettrait peut-être de mettre
fin au règne de la terreur des miliciens. Pour
ne pas soutenir ces derniers, MSF-France préfère
se retirer à partir de novembre 1994. Les sections hollandaise, belge, suisse et espagnole du mouvement décident, elles, de rester au Zaïre, arguant que leur présence permettra d’améliorer les conditions d’accès aux populations dans le besoin. Elles partiront à leur tour courant 1995. Dans un communique du 4 novembre 1996, le mouvement demande alors une intervention militaire de la communauté internationale pour protéger les réfugiés maltraités par les génocideurs et pourchassés par les forces de Laurent Kabila et leurs alliés du FPR (Front patriotique rwandais).
-A partir de juillet 1995, ex-Yougoslavie : le déploiement
des humanitaires dans l’enclave de Srebrenica
inquiète MSF car il entretient l’illusion
d’une protection des Nations Unies, qui laissent
finalement les forces serbes massacrer les Bosniaques
encerclés. MSF demande alors une enquête
sur la passivité des casques bleus au moment
du drame (basé à Potocari, le bataillon hollandais, notamment, avait refusé de prêter assistance aux médecins surchargés dans la ville assiégée). En 1999, l'ONU " dégage en touche " et recommande aux États membres de mener leurs propres investigations. La mission d'enquête parlementaire française, qui commence ses auditions en décembre 2000 et rend ses conclusions en novembre 2001, fait reposer sur le bataillon
néerlandais la responsabilité de ne pas
avoir déclenché de frappes aériennes
pour protéger les civils. En janvier 2003 aux
Pays-Bas, une semblable commission d’enquête
parlementaire ne dédouane pas totalement le gouvernement
à La Haye mais renvoie la balle en accusant le
général français Bernard Janvier,
à l’époque commandant des forces
de l’ONU en Bosnie, de ne pas avoir autorisé
à temps les frappes aériennes contre les
Serbes.
-A partir de 1996, Burundi : alors que les Etats voisins imposent un embargo contre le régime du major Pierre Buyoya, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en juillet 1996, MSF négocie dès août son ravitaillement aérien depuis le Kenya sans coordonner ses efforts avec les Nations Unies, qui essaient de trouver une solution pour l'ensemble des agences humanitaires et ne parviennent à leurs fins qu'en avril 1997. L'organisation hésite à se retirer du pays car, depuis février 1996, l'armée à dominante tutsi parque les paysans hutu dans des sites insalubres. L'association ne veut pas être complice d'une politique de regroupement forcé et refuse de participer à la création des camps en construisant des infrastructures sanitaires. Les diverses sections du mouvement fournissent seulement une assistance médicale et sont de toutes façons chassées de ces camps, dont elles demandent la fermeture. En 1999, c'est cette fois de leur propre chef que MSF-France et Belgique interrompent leurs programmes dans la province de Bujumbura-Rural, dénonçant la tactique de la terre brûlée des militaires burundais. Le positionnement géographique des médecins sans frontières est un autre problème. En septembre 2000
puis novembre 2002, rapporte la presse locale, des habitants de la province de Makamba se plaignent par exemple que l'association
emploie des Burundais venus de la capitale et
ait déménagé ses bureaux dans la localité de Rutovu, à l'écart des populations sinistrées et des zones à risques. MSF-Belgique, notamment, privilégie la province de Karusi, devenue une place forte hutu après les pogroms de 1993, plutôt que Bururi, un fief tutsi où il n'est guère politiquement correct d'intervenir. L'insécurité oblige de toutes façons à interrompre fréquemment les programmes. Après avoir été attaqué et volé à Ngozi le 10 mai 2001, MSF-France rapatrie pour un temps son personnel à Bujumbura. En novembre 2001, encore, les activités de MSF-France sont suspendues pendant deux mois, en l'occurrence dans la province de Kayanza. En voulant introduire de nouveaux traitements anti-paludéens qui n'ont pas encore été avalisés par le gouvernement, l'organisation s'oppose en effet au ministre de la Santé Jean Kamana, qui souhaite d'abord écouler des stocks devenus obsolètes, et aux " mafias du médicament ", qui importent plus que nécessaire pour revendre les surplus en contrebande dans les pays voisins. A Nairobi, l'organisation publie par ailleurs un rapport dont l'intitulé (" Burundi, un pays sans soins ") suscite l'ire des autorités à Bujumbura, qui expulsent le chef de la mission MSF-France. Autre sujet de litige, MSF est favorable à la gratuité des soins et contrevient à la politique gouvernementale de recouvrement des coûts, qui vise à assurer l'autonomie financière des services de santé. Tandis que le ministère de la Santé veut standardiser les prix, les sections française, belge, suisse et hollandaise de MSF souhaitent appliquer des forfaits adaptés à la capacité de paiement des patients (entre 50 et 100 francs burundais par consultation en 2003). La négociation est d'autant plus difficile que les structures médicales fournies en médicaments par les ONG n'échappent pas à la corruption : selon la presse locale en 2003, les intrants que MSF-Belgique distribue gratuitement aux dispensaires de la province de Karusi sont ainsi revendus aux déplacés…
-A partir de janvier 1997, Congo-Kinshasa : dans la
région de Bukavu et Shabunda, MSF-France arrête
de rechercher et secourir les Rwandais pourchassés
par l’APR (Armée patriotique rwandaise)
de Paul Kagamé et l’AFDL (Alliance des
Forces démocratiques pour la Libération
du Congo-Zaïre) de Laurent-Désiré
Kabila. Partis à l’attaque de Kinshasa,
ceux-ci utilisent en effet la présence des organisations
humanitaires pour attirer, localiser et massacrer les
réfugiés cachés dans la forêt.
Soucieux de ne pas voir se reproduire à rebours le génocide de 1994,
l'association demande en vain une intervention militaire de la communauté internationale. MSF-Hollande, pour sa part, finit par évacuer ses expatriés de Bukavu lorsque la guerre reprend en septembre 1998. L'association, raconte Zoë Marriage, doit négocier son retour en payant $85 000 de « compensations », officiellement à ses seize employés locaux, en réalité aux autorités rebelles du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie), qui contrôle la province et taxe les ONG. En 1999, le mouvement entreprend ensuite de travailler en Ituri dans la région
de Bunia où les armées d’occupation
rwandaise et ougandaise enflamment bientôt le
conflit entre les milices locales des Hema et des Lendu.
Malgré le déploiement
de l'ONU, l'insécurité oblige l'organisation à évacuer son personnel à plusieurs reprises, en 1999, 2000, 2001, 2003, 2005 et 2006 . Début 2000, raconte par exemple Johan Pottier, MSF-Hollande est attaquée et doit quitter la région, accusée par la rumeur d'avoir fourni des armes aux Lendu et introduit le choléra pour tuer les Hema ! En juin 2003, encore, le mouvement critique l'Opération Artémis qui, sous la coupe de l'Union européenne et des militaires français, ne sécurise que la ville de Bunia, laissant sans protection les populations civiles des alentours. Deux employés de MSF-France (un chauffeur et un expatrié, Marc Gallinier) sont par ailleurs enlevés le 2 juin 2005, battus et retenus pendant dix jours par des miliciens près de Gina. Et en août 2006, c'est un dispensaire à Geti, près de la frontière ougandaise, qui est attaqué et pillé par les Lendu du FRPI (Forces de résistance patriotique en Ituri). Depuis la clinique d'Anuarite à Kitenge dans le Nord du Katanga en mars 2004, les médecins sans frontières, qui sont témoins de l'assassinat d'une femme venue leur demander de l'aide, dénoncent également les exactions des milices Mai-Mai et des Forces armées congolaises. Dans le Nord du Kivu, l'association doit par ailleurs interrompre ses programmes à Kabati, où ses bureaux sont attaqués et pillés par des hommes en uniforme le 18 janvier 2005. Alors que les combats dans la région reprennent en janvier 2006, MSF est plusieurs fois contraint d'évacuer, fermer et déménager ses cliniques à Kanyabayonga, Kibiridzi, Katwiguru et Rutshuru. En octobre 2008, l’organisation parvient cependant à maintenir une équipe à l’hôpital de Rutshuru près de Kiwandja au moment où toutes les autres ONG préfèrent se replier pour fuir les rebelles de Laurent Nkunda qui se sont emparés de la localité.
-A partir de 1997, Etats-Unis : sur
les recommandations de Juan Somavia, l'ambassadeur du Chili en poste auprès de l'ONU à New York, MSF fait partie, le 12 février 1997, des premières ONG consultées par le Conseil de sécurité des Nations Unies, avec le CICR, Oxfam et CARE. L'association en profite pour déplorer l'utilisation de l'aide humanitaire comme un substitut à l'action politique dans l'Afrique des Grands Lacs au moment du génocide rwandais de 1994. Rejointe
par SCF, une deuxième entrevue de ce type aura
lieu en octobre 1998 à propos du Soudan plus
spécifiquement.
En octobre 2001, encore, MSF, Oxfam, Global Witness et Amnesty International présenteront au Conseil de sécurité une analyse de la situation humanitaire au Libéria. De même, le 24 mai 2004, le coordinateur de MSF au Soudan, Ton Koene, est invité à témoigner de la crise au Darfour.
-A partir de 1997, Congo-Brazzaville :
arrivé dans le pays au moment où la guerre civile fait rage, MSF-France intervient à l'hôpital Makelekele dans les quartiers sud de la capitale, que l'association est obligée d'évacuer en avril 1998. Refusant des financements de l'ambassade de France à Brazzaville, l'organisation revient sur les lieux en mars 1999 et s'interroge sur les risques que présente son programme médical en attirant les civils pendant que les milices continuent de piller les environs. A la suite du CICR en janvier 2006, MSF-Hollande doit également suspendre ses activités dans la région du Pool, en l'occurrence dans les districts de Kindamba, Mindouli et Vindza, après avoir été victime de plusieurs attaques à main armée.
-1998, Timor-Est : MSF est expulsé par les autorités
indonésiennes, qui occupent cette ancienne colonie
portugaise indépendante depuis 1975.
-A partir de 1998, Sierra Leone : contrairement à
ses habitudes, MSF refuse de se retirer de la ville
de Bo alors que les Nations Unies décident, pour
une fois, d’un retrait collectif afin de faire
pression sur les guérilleros du RUF (Revolutionary
United Front), responsables de nombreuses exactions
contre les civils. La position de MSF, qui est présent
dans le pays depuis 1986, contrecarre les tentatives
de coordination. En décembre 1999, plusieurs
volontaires de MSF sont alors détenus par le
RUF, qui les accuse de soutenir un programme de démobilisation
auquel les rebelles sont hostiles. Dans un communiqué,
MSF affirme pourtant ne jouer aucun rôle dans
le processus de désarmement, quitte à
se désolidariser des efforts dans ce domaine.
L’organisation accuse au contraire les Nations
Unies de négocier avec les chefs du RUF la livraison
d’aide en échange de leur démobilisation. Pour ne pas compromettre sa neutralité, MSF refuse également d'utiliser les véhicules militaires de la Mission des Nations Unies en Sierra Leone, l'UNAMSIL, qui commence à se déployer en dehors de la capitale en 2000. L'association se plaint notamment des pressions de la communauté internationale, qui, pour des raisons financières, veut hâter le processus de rapatriement des réfugiés et des déplacés sierra léonais en les obligeant à quitter les camps.
-Octobre 1998, Corée du Nord : faute d’avoir
librement accès à la population, MSF se
retire d’un pays où l’organisation
était présente depuis 1995. Contrairement
à d’autres ONG qui considèrent que
leur présence contribue à consolider la
paix en prévenant un effondrement du régime,
l’association se refuse en effet à participer
au processus de sélection des populations dignes
de vivre ou condamnées à mourir d’inanition.
Après s’être retirée, elle
dénonce les distributions du Programme alimentaire
mondial sur lesquelles l’ONU n’a aucun contrôle,
au risque de se rendre complice du système d’oppression
de Pyongyang. MSF essaie aussi de secourir les réfugiés
nord-coréens arrivés clandestinement en
Chine.
-Octobre 1999, Norvège : MSF est récompensé du prix Nobel de la paix, qui est remis à son président international James Orbinski lors d’une cérémonie à Oslo au cours de laquelle le mouvement vilipende les abus de la Russie en Tchétchénie. Fort
de sa notoriété, l’association lance
une campagne internationale pour l’accès
aux médicaments essentiels dans les pays en développement.
-Janvier 2000, Guinée Équatoriale : MSF-France
suspend ses opérations en dénonçant
la « cupidité » d’un gouvernement
qui entrave les efforts des agences humanitaires.
-Février 2000, Madagascar : MSF-France se retire
de la province de Toliara en condamnant publiquement
les autorités pour avoir bloqué les secours
à destination des victimes d’une épidémie
de choléra.
-Juillet 2000, Colombie : MSF ferme un programme médical
dans la province du Choco après l’enlèvement
d’un volontaire libéré six mois
plus tard. La section espagnole du mouvement continue cependant de gérer des dispensaires à Los Altos de Cazucà dans la municipalité de Soacha, une banlieue de Bogotá qui accueille des populations déplacées par le conflit. Mais les infrastructures que MSF-Espagne y construit restent sous-utilisés, voire inutilisées, car les autorités n'y envoient pas de personnel médical.
-A partir de 2001, Russie : suite à l’enlèvement, en juillet 1997, d’un administrateur de MSF, Christophe André, qui était parvenu à s’échapper trois mois plus tard, un autre volontaire, Kenny Gluck, se fait kidnapper en janvier 2001 en Tchétchénie, où les indépendantistes combattent les troupes de Moscou. La multiplication des demandes de rançon et des rackets conduit MSF-France à se retirer,
laissant le champ libre aux militaires russes qui, responsables
de nombreuses exactions, souhaitent le départ
de témoins gênants. L’association
revient en Tchétchénie en mai 2002. Mais
en août 2002, l’organisation doit de nouveau
suspendre ses activités en Tchétchénie,
en Ingouchie et au Daguestan, où ont été
enlevés Nina Davydovitch, responsable de l’ONG
russe Druzhba, puis Arjan Erkel, chef de mission
hollandais de MSF-Suisse à Makhachkala (l’un
et l’autre seront relâchés par la
suite, Nina Davydovitch en janvier 2003, Arjan Erkel en avril 2004 après que les Pays-Bas ont versé une rançon d'un million d'euros, somme dont ils demandent d'ailleurs le remboursement à MSF-Suisse sous peine de poursuivre l'organisation en justice et de la priver des subventions de La Haye). Dans un rapport rendu
public le 6 mai 2003 à Moscou, l’association
dénonce la politique russe de rapatriement forcé
des réfugiés tchétchènes
en Ingouchie. En interdisant la construction de maisons
dans les camps d’Ingouchie, le gouvernement de
Vladimir Poutine souhaite en effet canaliser et mieux
contrôler l’aide humanitaire à l’intérieur
des frontières de la République de Tchétchénie,
officiellement « pacifiée » par les
armes. Les relations de MSF avec Moscou deviennent très
difficiles et, le 30 septembre 2003, la section belge
du mouvement doit cesser ses programmes contre la tuberculose
dans les prisons de Sibérie suite au refus du
ministère de la Santé d’autoriser
l’emploi de traitements spéciaux pourtant
conformes aux indications de l’OMS (Organisation
Mondiale de la Santé). Constatant le retour effectif des réfugiés tchétchènes qui vivaient en Ingouchie, MSF se décide finalement à rouvrir un programme de soins à Grozny en 2005.
-A partir de 2002, Zimbabwe : arrivé dans le pays en octobre 2000, MSF-Hollande développe des programmes d'assistance aux victimes du sida alors que le gouvernement décrète officiellement en mai 2002 que la lutte contre l'épidémie est une urgence nationale. Cependant, à mesure que le régime de Robert Mugabe durcit sa répression contre l'opposition, les relations avec les autorités se tendent et l'association doit parfois interrompre ses activités, par exemple à l'hôpital d'Inyathi dans le district de Bubi de la province de Matebeland North en septembre 2001. En octobre 2005, MSF-Hollande ne décide pas moins de fournir des soins aux squatters qui ont été chassés des villes par le gouvernement lors de l'Opération Murambatsvina (« Chassez la saleté ») deux mois plus tôt. Ce faisant, l'association prend le risque de soutenir et conforter les camps où la population déplacée a été regroupée de force. L’assistance humanitaire, relate Michael Wines, renforce en effet le régime en lui permettant de se débarrasser des bidonvilles susceptibles de rejoindre l’opposition et de se soulever contre le président Robert Mugabe. A meilleure preuve, le gouvernement oblige les ONG à travailler en milieu rural et non urbain.
-A partir de 2003, Israël/Palestine : actif dans le pays depuis 1989, MSF consolide sa présence dans les territoires occupés et y mène surtout des programmes de soutien psychologique. En janvier 2006, cependant, des élections législatives portent au pouvoir le Hamas, mouvement islamiste qui est placé sur la liste des organisations terroristes. Pour ne pas financer le nouveau gouvernement, les Etats-Unis, le Canada, l'Union européenne et le Japon décident alors de suspendre leur aide bilatérale à l'Autorité palestinienne et d'en déléguer une partie aux ONG. Soucieux de préserver son indépendance et de ne pas servir d'auxiliaire social à la politique étrangère des Etats occidentaux, MSF décide en conséquence de se démarquer publiquement de ces sanctions et refuse
toute subvention
de l'Union européenne et des Etats-Unis pour l'année à venir, la totalité de ses opérations dans les territoires palestiniens étant financée par des dons privés.
-2004-2008, Italie : après deux ans d’activités sur l’île de Lampedusa, MSF est interdit de séjour en avril 2004 dans le « centre d’accueil » où sont enfermés les immigrants clandestins venus d’Afrique. En octobre 2008, l’organisation doit finalement cesser complètement ses consultations médicales faute d’être parvenue à trouver un accord avec le ministère de l’Intérieur italien.
-2005, Niger : MSF dénonce les ravages d’une famine rampante. L’association critique notamment les lenteurs et les ciblages erronés du PAM (Programme alimentaire mondial), qui rechigne à distribuer des vivres gratuits pour ne pas achever de ruiner l’agriculture locale. Ce faisant, l’organisation se heurte aux autorités, qui veulent initialement minimiser l’ampleur de la malnutrition, et doit rapatrier une infirmière, Annick Cousin, qui avait refusé de laisser entrer armés les gardes du corps de la ministre de la Femme, Zeinabou Ousmane Moulaye, lors d’une visite officielle improvisée dans un centre thérapeutique de Dan-Issa près de la ville de Maradi en juin 2005. MSF travaille par ailleurs dans le nord du pays autour d’Agadez et de Dagaba, où des combats sporadiques opposent l’armée à des rebelles touarègues. Après le vol de trois de ses véhicules tout-terrain en octobre 2007, l’organisation doit quitter la région à la demande des autorités. En juillet 2008, le gouvernement lui interdit également l’accès de Maradi et menace de l’expulser totalement du pays en octobre suivant, accusant MSF d’exagérer « le nombre d’enfants mal nourris afin d’obtenir des fonds supplémentaires ».
-2006, Népal : revenu dans le pays en juillet 2005, MSF-France travaille dans le district de Rukum du côté gouvernemental, à Sallé, et rebelle, à Rukumkot. Auparavant, l’organisation avait déjà tenté de secourir les victimes du conflit opposant la monarchie à une guérilla maoïste, mais un de ses employés en poste à Jumla avait été déporté en janvier 2004, accusé de collusion avec les insurgés.
-2007, Centrafrique : venu en mars 2006 secourir les populations victimes de conflits entre groupes rebelles et forces armées gouvernementales, MSF s'implante à Paoua dans le nord-ouest du pays. La situation est très instable et une logisticienne de la section française du mouvement, Elsa Serfass, est tuée par balles dans une embuscade de l’APRD (Armée Populaire pour la Restauration de la Démocratie) lors d'une mission exploratoire dans la région le 11 juin 2007.
-Mai 2008, France : une femme, Marie-Pierre Allié, accède pour la première fois à la présidence de MSF.
-Mars 2009, Malte : MSF dénonce des conditions de détention inacceptables et suspend ses opérations dans le camp de Hal Far où sont retenus les émigrés clandestins qui tentent de gagner les rivages du continent européen. |