liste des ONG étudiées en france

MSFMédecins Sans Frontières
Pays de siègeFRANCE
Adresse du siège social8, rue Saint Sabin
75011 Paris
Téléphone33 (0)1 40 21 29 29
Fax33 (0)1 48 06 68 68
Courrielwebmaster@paris.msf.org
"Succursales" à l'étrangerSections opérationnelles : Belgique/Luxembourg, Espagne, Suisse et Pays-Bas
Sections partenaires : Allemagne, Australie, Autriche, Canada, Danemark, Grande-Bretagne, Hong-Kong, Italie Japon, Norvège, Suède, USA
Site Internethttp://www.paris.msf.org/
Date de création1971
Champs d'activité- Nutritionnel
- Médical
- Educatif
Niveau d'activitéAgence opérationnelle
Affichage confessionnelAucun
PérennitéPermanence
Proportions de financements privésBudgets par section nationale
MSF - ALLEMAGNE
93% d'un budget de € 44.6 millions en 2009
93% d'un budget de € 44.3 millions en 2008
98% d'un budget de € 45.7 millions en 2007
n.d. d'un budget de € 51.3 millions en 2006
100% d'un budget de € 78.6 millions en 2005
99% d'un budget de € 33.6 millions en 2004
100% d'un budget de € 18.9 millions en 2003
100% d'un budget de € 18.4 millions en 2002
100% d'un budget de € 22.3 millions en 2001
100% d'un budget de € 24.1 millions en 2000
93% d'un budget de € 14.1 millions en 1999
98% d'un budget de € 12.3 millions en 1998
97% d'un budget de € 2.8 millions en 1997
92% d'un budget de € 6.1 millions en 1996

MSF - AUTRICHE
100% d'un budget de € 13.2 millions en 2009
100% d'un budget de € 11.3 millions en 2008
100% d'un budget de € 10.6 millions en 2007
96% d'un budget de € 11.8 millions en 2006
95% d'un budget de € 12.6 millions en 2005
94% d'un budget de € 8.9 millions en 2004

MSF - BELGIQUE
84% d'un budget de € 151.2 millions en 2009
85% d'un budget de € 147.2 millions en 2008
83% d'un budget de € 132.6 millions en 2007
80% d'un budget de € 128 millions en 2006
79% d'un budget de € 140.4 millions en 2005
65% d'un budget de € 103.9 millions en 2004
70% d'un budget de € 106.4 millions en 2003
64% d'un budget de € 92.2 millions en 2002
68% d'un budget de € 110.3 millions en 2001
61% d'un budget de € 105 millions en 2000
59% d'un budget de € 104.5 millions en 1999
29% d'un budget de € 73.7 millions en 1993

MSF - CANADA
88% d'un budget de $ 28.3 millions en 2008
85% d'un budget de $ 23 millions en 2007
83% d'un budget de $ 20.8 millions en 2006
91% d'un budget de $ 20.5 millions en 2005
76% d'un budget de $ 12.6 millions en 2004
71% d'un budget de $ 9.8 millions en 2003
77% d'un budget de $ 8.5 millions en 2002

MSF - ESPAGNE
88% d'un budget de € 71.6 millions en 2009
90% d'un budget de € 71.1 millions en 2008
93% d'un budget de € 62.6 millions en 2007
96% d'un budget de € 51.3 millions en 2006
88% d'un budget de € 51.3 millions en 2005
86% d'un budget de € 40.9 millions en 2004
52% d'un budget de € 36.1 millions en 1993

MSF - ETATS-UNIS
100% d'un budget de $ 168 millions en 2008
100% d'un budget de $ 161.2 millions en 2007
100% d'un budget de $ 123.7 millions en 2006
100% d'un budget de $ 126 millions en 2005
100% d'un budget de $ 92 millions en 2004
100% d'un budget de $ 53.5 millions en 2003
97% d'un budget de $ 44.8 millions en 2002
95% d'un budget de $ 48.4 millions en 2001
97% d'un budget de $ 37.8 millions en 2000
100% d'un budget de $ 35.8 millions en 1999
100% d'un budget de $ 6.2 millions en 1995

MSF - FRANCE
94% d'un budget de € 176.1 millions en 2009
99% d'un budget de € 184.8 millions en 2008
99% d'un budget de € 165.6 millions en 2007
99% d'un budget de € 146.8 millions en 2006
94% d'un budget de € 145 millions en 2005
84% d'un budget de € 115.2 millions en 2004
88% d'un budget de € 95.4 millions en 2003
89% d'un budget de € 96.3 millions en 2002
92% d'un budget de € 90.2 millions en 2001
91% d'un budget de € 84.6 millions en 2000
84% d'un budget de € 75.1 millions en 1999
77% d'un budget de € 64.4 millions en 1998
65% d'un budget de € 57.2 millions en 1997
66% d'un budget de € 48.8 millions en 1996
71% d'un budget de € 53.7 millions en 1995
63% d'un budget de € 72.7 millions en 1994
58% d'un budget de € 57.9 millions en 1993
n.d. d'un budget de € 47.5 millions en 1992
57% d'un budget de € 56.2 millions en 1991
59% d'un budget de € 33.8 millions en 1990
63% d'un budget de € 25 millions en 1989

MSF - GRECE
100% d'un budget de € 5.8 millions en 2008
98% d'un budget de € 6.1 millions en 2007
98% d'un budget de € 7.9 millions en 2006
99% d'un budget de € 6.7 millions en 2005

MSF - HONG-KONG
100% d'un budget de $ 22.9 millions en 2008
100% d'un budget de $ 19.8 millions en 2007
100% d'un budget de $ 13.2 millions en 2006
100% d'un budget de $ 13.9 millions en 2005
99% d'un budget de $ 11.6 millions en 2004

MSF - ITALIE
100% d'un budget de € 40.6 millions en 2009
100% d'un budget de € 39.3 millions en 2008
100% d'un budget de € 35.8 millions en 2007
100% d'un budget de € 32.8 millions en 2006
99% d'un budget de € 40 millions en 2005
99% d'un budget de € 32 millions en 2004

MSF - JAPON
100% d'un budget de € 30.9 millions en 2009
100% d'un budget de € 23.4 millions en 2008
100% d'un budget de € 14.3 millions en 2007
100% d'un budget de € 14 millions en 2006
100% d'un budget de € 14.3 millions en 2005
99% d'un budget de € 11.3 millions en 2003

MSF - LUXEMBOURG
73% d'un budget de € 3.9 millions en 2009
66% d'un budget de € 18.1 millions en 2008
57% d'un budget de € 15.6 millions en 2007
60% d'un budget de € 18.5 millions en 2006
48% d'un budget de € 18.3 millions en 2005
49% d'un budget de € 14.9 millions en 2004
43% d'un budget de € 13.5 millions en 2003
45% d'un budget de € 11.6 millions en 2002
44% d'un budget de € 11 millions en 2001

MSF - NORVEGE
88% d'un budget de € 47.8 millions en 2008
72% d'un budget de € 20.4 millions en 2007
88% d'un budget de € 41.2 millions en 2006
55% d'un budget de € 17.2 millions en 2005
37% d'un budget de € 11.3 millions en 2004
44% d'un budget de € 7.9 millions en 2003
40% d'un budget de € 7.7 millions en 2002
38% d'un budget de € 5.7 millions en 2001
34% d'un budget de € 4.7 millions en 2000

MSF - PAYS-BAS
85% d'un budget de € 121.5 millions en 2009
88% d'un budget de € 130.4 millions en 2008
90% d'un budget de € 120.5 millions en 2007
84% d'un budget de € 122.2 millions en 2006
77% d'un budget de € 121.8 millions en 2005
71% d'un budget de € 96.4 millions en 2004
78% d'un budget de € 75.6 millions en 2003
44% d'un budget de € 48.1 millions en 1993

MSF - ROYAUME-UNI
99% d'un budget de € 22.5 millions en 2009
89% d'un budget de € 29 millions en 2008
90% d'un budget de € 27.3 millions en 2007
69% d'un budget de € 34.9 millions en 2006
52% d'un budget de € 36.9 millions en 2005
42% d'un budget de € 36 millions en 2004

MSF - SUISSE
82% d'un budget de € 75 millions en 2008
91% d'un budget de € 63.6 millions en 2007
89% d'un budget de € 59.9 millions en 2006
85% d'un budget de € 54.8 millions en 2005
78% d'un budget de € 41.2 millions en 2004
84% d'un budget de € 38 millions en 2003
87% d'un budget de € 37.2 millions en 2002
92% d'un budget de € 28.2 millions en 2001
90% d'un budget de € 31 millions en 2000
77% d'un budget de € 26.2 millions en 1999
100% d'un budget de € 3.1 millions en 1993
Pays d'interventionPlusieurs
Transparence5


- Historique -

-1971-1975, France : MSF réunit le GIMCU (Groupe d’intervention médico-chirurgical d’urgence) de Bernard Kouchner, créé en 1970 à la suite de l’expérience biafraise, et le SMF (Secours médical français), également fondé en 1970, en l’occurrence par Philippe Bernier et Raymond Borel du journal Tonus, organe de presse du groupe pharmaceutique Winthrop. Ancien responsable du service d'ordre de l'Union des étudiants communistes, Bernard Kouchner avait, en son temps, hébergé des clandestins algériens du Front de Libération Nationale ; en 1968, il était ensuite parti porter secours aux Biafrais et avait rompu la « loi du silence » du CICR ( Comité International de la Croix-Rouge) en dénonçant le blocus des troupes gouvernementales nigérianes. Ancien maquisard des Francs-Tireurs et Partisans dans le Lot en 1944, Philippe Bernier, lui, est un journaliste progressiste qui avait fait six mois de prison à Fresnes à cause de ses liens avec les Algériens du Front de Libération Nationale, puis qui avait été impliqué malgré lui et acquitté dans l'affaire de l'enlèvement et de l'assassinat du chef de l'opposition marocaine en exil, Mehdi Ben Barka, à Paris en 1965. Membre actif du comité central du parti gaulliste UDR (Union des démocrates pour la République), le premier président de MSF, Marcel Delcourt, démissionne en août 1973 pour se présenter aux élections législatives dans l'Eure et devenir conseiller du ministre des Affaires étrangères Michel Jobert. Il est remplacé par Max Récamier puis, en 1974-75, par Jacques Bérès, un homme de la " bande des Biafrais " qui l'emporte sur le " clan Tonus " et qui, avec Bernard Kouchner, veut promouvoir la médiatisation des actions de MSF. Ancien militant du groupe " Socialisme et Barbarie ", Jacques Bérès a déjà travaillé en zone de guerre : parti effectuer sa coopération militaire en 1967 à Saigon, il avait brièvement soigné des combattants du Viet-Cong lors de l'offensive du Têt, avant d'être expulsé par les autorités du Vietnam du Sud en mai 1968.

-1972-1978, Nicaragua : en décembre 1972, MSF-France obtient du ministre de la Défense, Michel Debré, le droit d’utiliser un Transall pour monter sa première mission " autonome " et venir au secours des victimes d’un tremblement de terre en collaboration avec les médecins militaires de l’EMIR (Element médical d’intervention rapide). Les volontaires arrivent trop tard, quatre jours après le séisme, et constatent que, sur place, l’épouse du président Anastasio Somoza revend les médicaments au marché noir. Aux dernières heures de la dictature, en 1978, MSF-France est de nouveau présent, cette fois aux côtés du FSLN (Front Sandiniste de Libération Nationale).

-1973, France : avec un budget qui dépasse à peine la vingtaine de milliers de francs en 1973, MSF souffre de sa faible capacité opérationnelle et s'interroge sur l'orientation de ses actions vers le développement ou l'urgence. Faute de mieux, l'association fournit surtout des médecins au CICR et à des ONG comme Medicus Mundi ou Terre des Hommes, pour qui elle commence à gérer un centre médico-chirurgical et une banque du sang au Bangladesh en janvier 1972. Les premières missions de MSF ne sont guère professionnelles. Lors de l'Ouragan Fifi au Honduras en 1974, Xavier Emmanuelli rapporte par exemple que les volontaires expatriés sur le terrain n'ont pas de médicaments adéquats et entravent les secours en détournant les sinistrés des centres équipés pour les soigner.

-A partir de septembre 1974, Irak : en septembre 1974, Bernard Kouchner monte une opération d’assistance financée et transportée par la résistance kurde des peshmargas du général Mustapha Barzani ; Philippe Bernier refuse d'encaisser les chèques de ce mouvement de lutte armée. Soucieuse de préserver son indépendance financière à l'égard des belligérants, l'association préfère s'investir dans la région avec ses propres fonds. Les financements affluent de toutes façons au moment de la première crise du Golfe, au risque de provoquer des gaspillages. A la différence des sections hollandaise et belge, MSF-France décide alors de ne pas ouvrir une mission au Koweït, pays déjà très largement aidé par les Américains après le départ des troupes d'occupation irakiennes en janvier 1991. L'organisation travaille en revanche depuis Bagdad, ce qui l'oblige à composer avec la dictature Saddam Hussein pour franchir les lignes de front et ravitailler le pays kurde au Nord. Ancien caïd et dealer de drogue à Montréal, son logisticien sur place, Marc Vachon, trafique des faux papiers pour alimenter en pétrole les réchauds que les Nations Unies ont fourni aux Kurdes d'Irak. Au ministère du pétrole à Bagdad, il parvient à acheter pour quinze dollars 15 000 litres d'essence subventionnée qu'il fait passer en contrebande dans le double plancher de camions Scania. Au total, il estime ainsi avoir convoyé un million de litres qui sont donnés à des ONG établies en pays kurde, à savoir ACF, l'IRC et Medico International. Mais, lors d'un convoi, un assistant est tué à bout portant par un commandant soupçonneux à un check-point. De plus, des chauffeurs kurdes disparaissent avec les camions, qu'ils revendent en Iran, tandis que les peshmargas prennent leur part pour financer leur lutte armée. Enfin, il faut bientôt fermer les missions de Bagdad et Bassorah car le régime de Saddam Hussein refuse de renouveler les visas des expatriés humanitaires. Dans le cadre de l'Opération Provide Comfort , MSF-France ne continue pas moins de travailler en étroite collaboration avec les soldats américains et français de l’Opération Libage, qui, du 6 avril au 28 juillet 1991, distribuent des secours au Kurdistan irakien depuis la Turquie, notamment à Cukurça. En effet, l'organisation, qui n'est bientôt plus présente dans la capitale, a moins besoin de préserver sa neutralité et de ménager le gouvernement Saddam Hussein, à la différence du Comité international de la Croix-Rouge, qui remet à MSF son dispensaire de Dashdan et qui cherche à se dissocier des troupes occidentales dans le Nord pour assurer la poursuite de ses programmes dans le Sud. Alors que le pays est sous embargo de la communauté internationale, les médecins sans frontières se méfient en outre de la propagande du régime, qui insiste sur l’impact sanitaire de ces sanctions économiques pour réclamer leur allégement et négocier un surcroît d’aide humanitaire. Contrairement à de nombreuses ONG, MSF refuse ainsi d’assister la population dans les zones sous contrôle du gouvernement Saddam Hussein dans la deuxième moitié des années 1990. Quand les troupes américaines débarquent à Bagdad en avril 2003, le mouvement décide en revanche de revenir sur place et deux de ses employés (dont le chef de mission de la section française) sont brièvement arrêtés par les services de sécurité de la dictature. A la différence d’Oxfam, de la Croix-Rouge française, d’ACF, de MDM, de HI, de PU, de Solidarités et d’EMDH, l’association ne prend pas publiquement position contre l’intervention militaire des Etats-Unis, estimant que son objectif n’est pas de condamner une guerre mais d’en soulager les effets sur le plan humanitaire ; selon Rony Brauman et Pierre Salignon, qui plus est, rien ne prouve que les bombes américaines soient plus dévastatrices que les exactions de la dictature Saddam Hussein. Après la victoire de Washington et l’effondrement du régime, l’association doute certes de son utilité sur place car les infrastructures de santé existent et la puissance occupante a l’obligation de les remettre en état de marche. Après des débats internes sur l’opportunité d’aider la population, MSF réduit finalement sa présence en dénonçant les obstructions des autorités américaines. Comme Oxfam ou le CAFOD et contrairement à Christian Aid ou SCF, la section anglaise de MSF, notamment, refuse les fonds en provenance d’Etats parties au conflit, en l’occurrence les subventions du gouvernement britannique. Incapable de soigner les blessés du fait de la disparition de son chef de mission Bernard Calas, la section française, quant à elle, s’en va fin avril 2003. Tandis que ses homologues belge et hollandais continuent de travailler à Bagdad, elle dénonce alors les organisations humanitaires qui exagèrent la situation afin de récolter des fonds. En juin 2007, le mouvement revient de toute façon travailler en pays kurde à l’hôpital de Souleymaniye.

-Janvier-mai 1975, Vietnam : alors que les Américains quittent le pays, MSF-France, qui n'a pas obtenu l'autorisation de se déployer dans le Nord communiste, travaille brièvement dans le camp d’Anh Loï à Saigon lors d’une mission financée par le ministère français des Affaires étrangères et la diaspora vietnamienne à Paris, à la demande d’une ONG proche du régime de Hanoï, Aide à l’enfance vietnamienne. Pressée par les autorités communistes, l’association doit bientôt partir.

-1975-1984, Liban : MSF-France intervient à la demande du Croissant Rouge palestinien et de l'imam Moussa Sadr, chef religieux de la communauté chiite qui, dans une lettre du 3 novembre 1975, propose de payer les billets d'avion et de financer le matériel médical de l'opération. L'association travaille alors à Beyrouth au cœur du quartier assiégé de Nabaa-Borj Hammond, une enclave chiite que les médecins doivent quitter au moment de la fermeture de l'hôpital, au plus fort des combats en juillet 1976. A partir de 1978, MSF-France se déploie ensuite en zone chrétienne à Beyrouth, Zahlé puis Deir el Kamar. En 1984, l'association finit par se retirer car la sécurité des volontaires n'est plus assurée.

-Mai 1976, Algérie : après avoir passé un accord avec le ministre de la Santé de la République Arabe Sahraoui Démocratique, dont le Maroc nie l’existence, MSF-France doit renoncer à travailler dans les camps de réfugiés de Tindouf, qui sont fermement contrôlés par les guérilleros du Front Polisario.

-A partir de décembre 1976, Thaïlande : MSF-France commence d’abord par travailler pour l’International Rescue Committee et World Vision dans les camps de réfugiés khmers et laotiens d’Aranyaprathet et Ban-Vinaï, puis pour Terre des Hommes dans ceux de Nam Yao et Chieng-Kong. L’association participe également au programme qui vise à transplanter en Guyane française 500 Hmong du Laos, sélectionnés d’après des critères d’aptitude médicale. Son assistance revêt bientôt une forte dimension politique car MSF dénonce non seulement le génocide commis par les Khmers rouges, mais aussi l’invasion du Cambodge par les Vietnamiens après le renversement du régime de Pol Pot en 1979. Après s’être retirée fin 1980 de Sakéo, un fief khmer rouge, l’association continue par ailleurs de ravitailler les camps de réfugiés cambodgiens qui servent de base arrière aux partisans « pro-américains » de Lon Nol. Le 2 février 1980 devant le pont frontalier de Poï-Pet sur la rivière Klong Luek, elle organise avec les médias une marche symbolique contre les troupes vietnamiennes qui occupent le Cambodge. Celles-ci, qui ont refusé l’assistance de MSF, veulent en effet superviser la distribution de l’aide alimentaire, détournent les vivres et refusent les secours à destination des camps de réfugiés tenus par les Khmers rouges si elles n’obtiennent pas au préalable une reconnaissance internationale du nouveau gouvernement en place à Phnom Penh. A Paris, la campagne de MSF est critiquée car elle a été menée sans consulter la base et a conduit à expulser Jean-Christophe Rufin, qui s’y était opposé. De plus, elle risque de provoquer une fermeture totale de la frontière, où passent encore depuis la Thaïlande les charrettes de ravitaillement des paysans de la région. En outre, il s’avère finalement qu’il n’y a pas de famine au Cambodge. L’affaire prend un tour idéologique car elle associe des Américains anti-communistes notoires, notamment le président de l’International Rescue Committee, Leo Cherne. A l’époque, certains volontaires de MSF-France dans le camp de Kao I Dang ne cachent pas non plus leurs opinions politiques, tels Patrice Franceschi, qui se battra aux côtés des moudjahidine en Afghanistan, ou Philippe de Dieuleveult, qui disparaîtra dans les rapides du fleuve Zaïre. Pour autant, MSF-France tente de ne pas encourager la lutte armée contre l’occupation vietnamienne et se retire assez vite des sites tenus par les « génocideurs » khmers rouges, limitant ses opérations aux autres camps de réfugiés.

-1977, France : MSF signe une convention avec HSF (Hôpital sans frontières), qui fournit des unités médicales mobiles transportées par des Transaal de l'armée de l'air. Fondée en 1976 par Tony de Graaff et Guy Barthélemy avec le soutien du Rotary International et du fabriquant d'armes Matra, cette association, émule de MSF, essuiera d’abord quelques échecs au Liban, d’où elle devra rapatrier son hôpital de campagne faute d’avoir obtenu un accord quant à un lieu d’implantation acceptable pour toutes les parties en lice. Dans son livre, Guy Barthélemy, qui s’était lié au Docteur Albert Schweitzer dans les années 1950, explique que HSF se déploiera cependant en 1979 dans les camps de réfugiés angolais de Sandoa au Sud du Zaïre et khmer rouge de Sakeo dans l’Ouest de la Thaïlande. L’association connaîtra finalement un destin bien différent de MSF et fermera ses portes en 2002, placée en liquidation judiciaire à cause de problèmes financiers.

-Mai-novembre 1978, Erythrée : à la demande de l’Eritrean Relief Association et avec le soutien logistique des chrétiens de la Croix-Rouge érythréenne du côté de l’EPLF (Eritrean People’s Liberation Front) et des musulmans du Croissant Rouge érythréen du côté de l’ELF (Eritrean Liberation Front), MSF-France tente d’ouvrir une mission chirurgicale dans les maquis des rebelles indépendantistes qui combattent les troupes éthiopiennes. Mais ses équipes n’ont pas accès aux populations civiles et elles ne peuvent soigner que des combattants, en l’occurrence ceux de l’EPLF au détriment de leurs rivaux de l’ELF. MSF-France décide alors de partir en laissant son matériel aux médecins de l’EPLF.

-1978-1982, France : à la suite de Max Récamier en 1975-76, de Bernard Kouchner en 1976-77 et de Jacques Bérès en 1977-78, MSF est présidé de 1978 à 1980 par Claude Malhuret, un ancien du Parti Socialiste Unifié (le PSU de Michel Rocard), puis par Francis Charhon en 1980-82 et par Xavier Emmanuelli en 1982-83, un docteur qui, en son temps, avait été expulsé du Parti communiste pour avoir soutenu les indépendantistes algériens du FLN (Front de Libération Nationale). Pendant cette période, MSF commence à développer la collecte de fonds afin d'assurer son indépendance financière. Après avoir bénéficié d'une campagne de publicité proposée gratuitement par l'agence Ecom International en 1977, l'association va bientôt, à partir de 1984, solliciter la générosité des Français avec des techniques de démarchage direct et de marketing. D'après Myriam Donsimoni, le budget de MSF, qui était de 730 000 francs en 1977, est multiplié par 36 entre 1978 et 1980. Refusant de faire appel à des sentiments misérabilistes, l’association prend alors soin de contrôler sa politique de communication, qui avait d’abord été confiée à des agences spécialisées et des photographes professionnels, par exemple dans le livre publié par Claude Malhuret et Xavier Emmanuelli en 1982. D’après Joelle Tanguy, directeur exécutif de MSF-USA à partir de 1994, la croissance du mouvement vient aussi de la multiplication des camps de réfugiés, où l’association intervient de façon prioritaire ; le nombre de réfugiés recensés dans le monde double de 1976 à 1979 puis, de nouveau, de 1979 à 1982.

-1979, France : un moment rédacteur en chef de l’Événement, un magazine créé en 1966 par Emmanuel d’Astier de la Vigerie, Bernard Kouchner, convaincu des mérites du « tapage médiatique » pour défendre les causes humanitaires, quitte MSF, qui l’a désavoué en s’opposant à l’envoi d’un bateau, l’Île de Lumière, chargé de recueillir les boat people vietnamiens en Mer de Chine. Selon Rony Brauman dans un entretien accordé à Aymeric Mantoux, le départ du fondateur le plus connu de l’ONG traduit l’affrontement de deux visions : l’une qui reste attachée à l’amateurisme militant des réseaux informels des débuts ; l’autre qui veut professionnaliser l’association en la dotant d’une véritable organisation. Après que la Malaisie a refusé de laisser accoster 2 564 boat people vietnamiens à Hai Kong le 15 novembre 1978, Bernard Kouchner a en l’occurrence formé en octobre 1979 un Comité dénommé « Un bateau pour le Vietnam » avec les intellectuels les plus en vue de la place parisienne, dont Jean-Paul Sartre et Raymond Aron, réconciliés pour l’occasion. Mais, dans un article intitulé « Un bateau pour Saint Germain des Prés », publié par le Quotidien du Médecin le 4 décembre 1979, Xavier Emmanuelli lui reproche de se donner en spectacle et de politiser la question face à un drame que l’intelligentsia française a trop longtemps refusé d’admettre et qui dure en fait depuis la prise du pouvoir par les communistes au Vietnam en 1975. L’opération risque en outre d’être instrumentalisée pour dénoncer les régimes totalitaires de l’Union soviétique et de ses alliés dans le tiers-monde. Sur le plan humanitaire, elle présente surtout l’inconvénient d’inciter d’autres boat people à prendre la mer, au risque de périr au cours d’un naufrage, d’une attaque de pirates ou par épuisement de leurs vivres. De plus, les camps de réfugiés sont déjà saturés, notamment celui de Songkhla dans le Sud de la Thaïlande. Un bateau, enfin, a peu de chances de repérer les frêles embarcations des Vietnamiens au milieu de tout un océan. L’Île de Lumière y renonce d’ailleurs assez vite pour se transformer en navire-hôpital, à l’instar de son équivalent allemand, le Port de Lumière, dont les consultations à bord nécessitent de pénibles va-et-vient depuis la terre ferme car le bâtiment est trop gros pour s’amarrer à l’archipel des Anambas.

-1980, Belgique : en novembre 1980, Philippe Laurent ouvre à Bruxelles la première section de MSF à l'étranger. Par crainte d'être dominée par les Américains, l'association, qui avait refusé en 1979 de s'implanter aux Etats-Unis, décide de consolider d'abord le mouvement en Europe. D'autres sections sœurs suivront en Suisse en 1981, aux Pays-Bas en 1984 (Artsen Zonder Grenzen), en Espagne (Médicos Sin Fronteras) et au Luxembourg en 1986, en Grèce en 1990, en Grande-Bretagne (Doctors Without Borders), en Australie, aux Etats-Unis, au Canada et en Allemagne (Ärzte Ohne Grenzen) en 1991, au Japon (Kokkyonakiishidan) en 1992, en Italie (Medici Senza Frontiere) en 1993, au Danemark (Læger Unden Grænser) en 1998, ainsi qu'en Norvège (Leger Uten Grenser), en Suède (Läkare Utan Gränser), etc. MSF-France, qui chapeaute New York, Dubaï et Tokyo, ne sera pas seul à superviser le lancement d'organisations sœurs : MSF-Suisse parrainera la section autrichienne ; MSF-Belgique, les sections italienne et scandinave ; MSF-Hollande se chargera d'encadrer les sections britannique, allemande et canadienne, cette dernière devant atteindre son indépendance financière en 2004. En 1991, le mouvement se dotera également d'un bureau de représentation au niveau international (d'abord à Bruxelles, puis à Genève à partir de 2004), tandis qu'un centre de collecte de fonds sera établi à Dubaï aux Emirats Arabes Unis en 1995. Sous l'égide d'un Conseil international établi à à Bruxelles et présidé chaque année à tour de rôle par une section européenne, l’ensemble de l’organisation se construira autour de règles éthiques communes quant à l’impartialité de l’action humanitaire. Vigilant, le bureau international de MSF, notamment, suspendra et remportera son procès à Athènes contre la section grecque, dont le président, Odysseus Boudouris, n’avait pas caché ses sympathies pour les Serbes sous prétexte de dénoncer les bombardements de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) au Kosovo en 1999. Ladite section sera finalement réintégrée au mouvement en 2005.

-Depuis 1980, Tchad : tandis que les combattants de Hissène Habré et de Goukouni Oueddeï se disputent le contrôle de la capitale, MSF utilise un Transall de l’armée française pour se rendre à Ndjaména en collaboration avec les médecins militaires de l’EMMIR (Equipe médicale mobile d’intervention rapide) en avril 1980. L’association travaille également dans les maquis de l’Est tenus par Hissène Habré, tandis que la section belge entreprend de reconstruire l’ensemble des structures hospitalières du pays avec des fonds de l’Union européenne en 1982. Défait en juin 1982, Goukouni Oueddeï s’enfuit dans le Nord du pays, où il forme un Gouvernement d’Unité Nationale Transitoire, le GUNT, avec le soutien de l’armée libyenne. En janvier 1984, deux volontaires belges de MSF dans la localité de Ziguey, Christian Delzenne et Marie-Chantal Roekens, sont alors enlevés et retenus pendant deux mois par les hommes de Goukouni Oueddeï, qui les accusent de travailler pour le gouvernement à Ndjaména. Par la suite, l’association se réinvestit massivement dans la région pour accueillir les réfugiés soudanais qui fuient la crise du Darfour à partir de 2003. La situation continue d’être très dangereuse et, en septembre 2006, des cavaliers armés attaquent et pillent un dispensaire de MSF à Koloy, une centaine de kilomètres au nord-est de Goz Beida. Un collaborateur local de l’association est tué sur le coup et sept autres sont portés disparus. Les belligérants continuent par ailleurs de détourner l’aide : d’après Clea Kahn et Elena Lucchi, ils prélèvent près de 3% d’un budget opérationnel de 3,5 millions d’Euros pour la seule section hollandaise de MSF en 2008.

-Depuis 1980, Afghanistan : MSF est une des premières ONG à engager des missions clandestines auprès des rebelles à partir de Peshawar et de la frontière pakistanaise. Emmenée par Gérard Kohout et Juliette Fournot, l'association envoie d'abord des médecins dans la province de Kunar avec le parti d'Anouar Halakadar, ce qui suscite la jalousie des islamistes du Hezb-e-Islami. Il faut bientôt composer avec les divers groupes qui combattent les troupes d'occupation soviétique ; depuis la vallée du Panchir, par exemple, Ahmed Shah Massoud veut empêcher l'accès au Herat, le fief de son rival Ismael Khan, tandis que les deux factions du Hezb-e-Islami, emmenées par Gulbuddin Hekmatyâr et Yunus Khales, se disputent le contrôle de l'aide. Les équipes de MSF ne peuvent se déplacer que sous la surveillance des moudjahidine. Elles doivent louer des mules au prix fort, engager le personnel imposé par les combattants, pratiquer la séparation des sexes, subir des vols et travailler sous la protection de gardes armés. Elles sont plusieurs fois prises en otage par des seigneurs de guerre qui confisquent les vivres et exigent qu'on soigne leurs hommes en priorité. Dans son autobiographie, une infirmière de MSF, Claire Constant, raconte par exemple comment, en janvier 1981, elle est retenue prisonnière par Hadji Nader, l'homme fort de Turkmen en pays hazara. De même en juillet 1986, dix médecins et infirmières de MSF sont pris en otage pendant un mois dans le Nouristan par des combattants du Hezb-e-Islami de Gulbuddin Hekmatyâr qui tentent de les négocier contre des livraisons d'armes avec le gouvernement pro-soviétique à Kaboul. L'affaire se reproduit le mois suivant, toujours dans le Nouristan avec des moudjahidine de Gulbuddin Hekmatyâr. En outre, après que Juliette Fournot a témoigné de la situation devant le Congrès américain le 4 mars 1985, les Etats-Unis commencent en 1986 à soutenir directement les factions qui combattent Moscou et le déversement de leur aide depuis le Pakistan précipite les détournements. D'après un rapport interne de MSF cité par Anne Vallaeys, 40% de l'aide acheminée à Peshawar sont revendus au profit des seigneurs de guerre afghans et des hauts fonctionnaires pakistanais corrompus. En Afghanistan, la situation ne s'améliore pas non plus. Lors de la prise de la ville de Bamian en 1988, le personnel soignant de MSF est attaqué par les Mustazaffin, un petit parti pro-iranien qui regroupe des sunnites et des chiites. L'organisation décide un retrait général du pays après l'assassinat, par des hommes masqués, d'un de ses logisticiens, Frédéric Galland, sans doute victime de conflits d'intérêts entre les commandants de Yaftal-a-Payin et Yaftal-Bala qui disputent à Basir Khaled le leadership du Badakhshan en avril 1990. Avec la chute du gouvernement pro-soviétique et l'entrée des moudjahidine à Kaboul en avril 1992, MSF revient ensuite en juin 1992 travailler en Afghanistan, soit dans des zones de combat, soit à l'occasion de catastrophes naturelles comme le tremblement de terre de Rostaq, qui fait plus de 2 300 morts dans le nord-est le 4 février 1998. Une fois Kaboul tombée aux mains des intégristes taliban le 26 septembre 1996, le nouveau pouvoir impose une application stricte du droit coranique, la charia. A la différence du CICR, MSF condamne publiquement les châtiments corporels de la loi islamique, assimilés à de la torture. Même si un suivi chirurgical serait préférable pour les condamnés, l'organisation interdit à son personnel de procéder à des amputations, mais elle l'autorise à soigner les victimes, quitte à donner l'impression qu'elle cautionne la charia. Une autre difficulté est que les taliban veulent séparer les hommes des femmes dans les structures médicales. Le 6 septembre 1997, un décret du ministre de la Santé contraint les femmes à être soignées dans le seul hôpital Rabia Balkhi, qui n'est pas encore complètement fonctionnel. Après des négociations menées par le CICR et les ONG, les taliban autorisent certes l'admission des femmes dans d'autres hôpitaux où les sexes sont séparés. Mais en avril 1998, les autorités, qui tentent de contrôler le recrutement du personnel local et de sélectionner les bénéficiaires de l'aide, obligent les ONG à se regrouper dans un quartier plus facile à surveiller. Refusant d'accepter les termes d'un accord qui, signé entre les Nations unies et les taliban le 14 mai, s'avère discriminant pour les femmes, les expatriés de MSF sont finalement expulsés par le régime le 20 juillet 1998. Les bombardements américains contre des camps d'Oussama ben Laden ne facilitent pas les choses et, en août, tous les expatriés des ONG en Afghanistan doivent de toute façon être évacués. Au cours des mois suivants, les travailleurs humanitaires, dont la plupart se sont repliés à Peshawar au Pakistan, essaient de négocier ensemble leur retour dans le pays en essayant de ne pas compromettre leur liberté d'accès aux bénéficiaires et le choix de leurs collaborateurs, notamment en ce qui concerne les femmes. MSF, pour sa part, préfère traiter seul avec les taliban, sans passer par l'intermédiaire des Nations unies. Daniel Byman considère que, ce faisant, les médecins sans frontières se soumettent aux diktats et aux rackets des talibans. Après les bombardements américains d'octobre 2001, qui obligent de nouveau l'association à évacuer ses expatriés, la relative stabilisation de la situation courant 2002 permet alors un redéploiement dans le pays. Mais les personnels expatriés de MSF sont bientôt renvoyés vers Hérat et Kaboul pour des raisons de sécurité, suite à l'assassinat d'un délégué du CICR, froidement abattu par des islamistes à Tirin Khot au nord de Kandahar le 27 mars 2003. L'organisation suspend l'ensemble de ses activités quand, le 2 juin 2004, deux employés locaux, une coordinatrice belge (Hélène de Beir), un logisticien néerlandais (Willem Kwint) et un docteur norvégien (Egyl Tynaes) de MSF-Hollande sont tués dans la province de Badghis, au nord-ouest, lors d’une embuscade revendiquée par les talibans mais vraisemblablement tendue par le chef local de la police, démis de ses fonctions peu auparavant. L’enquête des autorités n’ayant pas abouti, MSF se retire totalement du pays en août. Dans les régions de Mashhad et Zahedan en Iran, l’organisation continue néanmoins de s’occuper des réfugiés afghans, que le HCR et les autorités locales veulent renvoyer chez eux dans le cadre d’un programme de rapatriement pas toujours très volontaire. En 2009, MSF revient finalement en Afghanistan s’occuper de cliniques à Ahmed Shah Baba, à l’est de Kaboul, et Lashkargah, dans la provinde du Helmand. En l’occurrence, la situation sécuritaire ne s’est pas améliorée et l’organisation doit compter sur les contacts du CICR pour reprendre pied dans les zones rebelles. Sous la houlette de la section belge, qui coordonne ses actions dans le pays, le mouvement justifie néanmoins son retour en arguant que les talibans sont désormais mieux disposés à l’égard de ses opérations médicales. A l’approche d’élections présidentielles, le gouvernement souhaite en outre améliorer son image de marque et assouplit en conséquence les réglementations qui limitaient la capacité d’action des ONG humanitaires. Signé le 30 juin 2009, un protocole d’accord avec le ministère de la Santé autorise MSF à superviser elle-même ses opérations médicales, à soigner gratuitement toutes les victimes et à interdire les armes dans les structures hospitalières où elle travaille.

-Février 1981, Iran : après une entrevue avec l’ayatollah Ruhollâh Khomeyni, qui tente de renouer un dialogue diplomatique avec la France par le biais de l’association, MSF refuse de monter une mission incorporée à l’armée iranienne et exclusivement destinée à soigner les soldats en guerre contre l’Irak.

-Avril-décembre 1981, Turquie : deux volontaires de MSF-France, Luc Devineau et Manaïck Lanternier, sont accusés de soutenir les rebelles kurdes par la junte du général Kenan Evren au pouvoir à Ankara. Ils sont détenus pendant huit mois avant d’être libérés suite à des pressions diplomatiques.

-1982-1994, France : MSF est présidé par Rony Brauman. Né en 1950 à Jérusalem dans une famille juive originaire de Pologne dont le père, exilé en France, avait rejoint en 1948 la Haganah, embryon de la future armée israélienne, Rony Brauman est un ancien militant maoïste de la " gauche prolétarienne " en mai 1968. De par sa vocation humanitaire, l'association transcende cependant les clivages politiques. Le vice-président de MSF-France est Alain Dubos, un royaliste libéral, pied-noir expulsé de Tunisie en 1961 et ancien de l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète, opposée à l’indépendance de l’Algérie en 1962). Secrétaire général du bureau international de MSF à partir de 1991, Alain Destexhe, pour sa part, milite au parti libéral (PRL) et ralliera le Mouvement réformateur (MR) après avoir été élu sénateur au parlement belge en 1995.

-A partir de 1983, Angola : après avoir essuyé un refus du gouvernement MPLA (Mouvement pour la libération de l’Angola), qui ne veut pas de MSF dans les zones sous son contrôle, l’association démarre des opérations clandestines dans les maquis de l’UNITA (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola), rébellion qui a l’appui de Washington et du régime raciste de Pretoria. L’hostilité des autorités, soutenues par l’URSS, vient sans doute de la présence de MSF aux côtés des moudjahidine en lutte contre l’Armée rouge en Afghanistan. Qualifiée d’agence humanitaire de la Nouvelle Droite par des chercheurs comme David Sogge, l’association est d’autant plus suspecte de sympathies pour la guérilla que, dans une interview à l’Economist Development Report de juillet 1984, son président, Rony Brauman, vante les mérites de l’UNITA en matière de santé publique. Pendant plusieurs années, les relations entre MSF et le gouvernement à Luanda vont rester très tendues, y compris lorsque l’organisation est autorisée à travailler depuis la capitale. En juin 2002, deux mois après la signature d’un cessez-le-feu avec les rebelles de l’UNITA, MSF dénonce ainsi la stratégie de guerre du MPLA, qui a interdit l’accès des humanitaires dans les zones affamées, tenues par la rébellion, et qui songe à expulser l’association. Vilipendée à cause de l’indifférence de la communauté internationale et de la lenteur de réaction du Programme alimentaire mondial, l’ONU se plaint quant à elle de "l’arrogance" de MSF. L'association lui reproche en effet d'avoir bloqué et utilisé l'aide comme un instrument politique pour obliger le MPLA à organiser des élections et respecter les droits de l'homme. L'ONU demande alors aux bailleurs de ne plus financer MSF, coupable de s'être désolidarisée des autres ONG unies pour faire front contre les obstructions du gouvernement angolais. L'insécurité continue par ailleurs de gêner les opérations humanitaires. Le 29 novembre 2002, par exemple, un enfant, deux employés du ministère de la Santé et quatre collaborateurs angolais de MSF sont tués par l’explosion d’une mine sur la route entre Cunjamba et Mavinga dans le sud-est du pays. Le 9 mars 2003, encore, un chauffeur de l’association, Aderito Augusto, est lynché par des villageois sur la route de Luanda à Malange après avoir écrasé et tué une jeune fille.

-A partir de 1984, Guatemala : MSF-France est expulsé en 1984, officiellement pour des « raisons de sécurité ». L'association, qui revient dans le pays un an après, essaie ensuite d'accompagner le retour des réfugiés à partir de 1993 mais continue de se heurter aux intérêts locaux. Dans les bidonvilles de la capitale, par exemple, ses projets d'adduction font concurrence aux propriétaires des citernes de distribution d'eau. Dans les centres de santé, le coordinateur de MSF-Suisse met par ailleurs à jour le détournement de matériaux de construction fournis par l'Etat et, menacé de mort, il doit précipitamment quitter le Guatemala.

-1984-1995, Mozambique : MSF-France se déploie dans un pays ravagé par la guerre civile depuis son indépendance en 1975. D’inspiration marxiste, le Frelimo (Frente de Libertação de Mozambique), au pouvoir à Maputo, interdit d’intervenir dans les zones tenues par les rebelles de la Renamo, qui sont soutenus par le régime de l’apartheid à Pretoria. En parlant de guerre civile alors que les autorités dénoncent l’agression extérieure de l’Afrique du Sud, MSF suscite alors l’hostilité des autorités et est perçu comme une organisation de droite. Les relations sont d’autant plus tendues que, dans un article du Lancet, un docteur de MSF, Bernard Pécoul, dénonce le blocage des vivres dans le port de Maputo, et ce au moment où l’ambassade américaine déclare que la moitié de l’aide alimentaire n’arrive pas à destination. Dans un rapport publié en mars 1991, qui plus est, l’association accuse l’armée mozambicaine de détourner l’aide et de regrouper de force les populations civiles, prises en otage à proximité des garnisons pour servir de bouclier humain contre la guérilla. Après la signature d'accords de paix à Rome en décembre 1992, l'organisation peut certes se déployer plus facilement dans l'arrière-pays mais suspend ses opérations quand un docteur expatrié est blessé dans l'explosion d'une mine en février 1993. Constatant une nette amélioration de la situation sanitaire et nutritionnelle, MSF-France quitte ensuite le Mozambique en 1995.

-A partir d’avril 1984, Ethiopie : sachant son travail clandestin dans les maquis indépendantistes érythréens, MSF-France a des difficultés à obtenir du gouvernement à Addis-Abeba les autorisations nécessaires pour venir au secours des victimes de la famine en mars 1984. L'organisation, qui plus est, dénonce les déportations que la junte du colonel Mengistu Hailé Mariam entreprend en vue de vider le Nord du pays et de priver les guérillas du soutien de la paysannerie. L'association s'indigne en particulier de l'incendie criminel, en mars 1985, du camp d'Ibnet, qui contenait 50 000 déplacés, et des évacuations manu militari de Korem en décembre 1984 puis en octobre 1985. MSF-France condamne également l'utilisation de la logistique humanitaire pour opérer les transferts forcés de populations vers le Sud : au lieu de transporter de la nourriture à destination des zones affamées, les camions sont réquisitionnés par l'armée en vue de déporter les paysans du Nord. Désavoué par MSF-Belgique, qui reste sur place pour travailler au Tigré, MSF-France est expulsé en décembre 1985 ; ses biens sont confisqués au profit de la dictature ou remis aux équipes de Save the Children. Mais le scandale conduit les bailleurs de fonds européens et américains à menacer la junte d'arrêter leur aide, tandis que les déportations cessent après 1986. La chute du régime en 1991 permet à l'association de revenir dans le pays, en particulier au moment où démarre une guerre frontalière contre l'Erythrée en 1999. Les conditions de travail restent difficiles et l'organisation suspend ses activités dans la région somali de l'Ogaden quand un chauffeur est tué et un expatrié, Stéphane Courteheuse, blessé lors d'une attaque à main armée sur la route de Jijiga à Degah Bur le 7 février 2000. En juillet 2000, MSF refuse alors de lancer une campagne de collecte de fonds à propos d'une famine qui est très médiatisée par le nouveau régime et dont l'impact en termes de malnutrition est sciemment exagéré. En mai 2003, le mouvement critique cette fois le gouvernement pour avoir réinstallé sans aucune préparation 15 000 personnes qui avaient fui la sécheresse et qui, délogées du camp de Shewe, ont été laissées à elles-mêmes à Bidre dans la région de Bale. L’affaire coïncide en l’occurrence avec une controverse opposant l’organisation au gouvernement éthiopien à propos de l’introduction de nouveaux médicaments antipaludéens, plus onéreux mais plus efficaces. Lors d’une conférence de presse le 23 décembre 2003, le ministère de la Santé, Kebede Tadesse, dénonce ainsi "les charlatans de MSF qui prétendent être les seuls détenteurs de la connaissance médicale et scientifique". En juillet 2004, le gouvernement éthiopien se résout finalement à acheter avec l’aide des Nations Unies les traitements préconisés par l’association. Les problèmes ne sont pas terminés pour autant. Après l’expulsion du CICR d’Ogaden en juillet 2007, MSF se heurte de nouveau à des blocages de la part des autorités, qui lui refusent l’accès à la région et qui entreprennent d’affamer la population pour isoler les groupes rebelles. C’est la branche suisse du mouvement qui prend le relais en novembre suivant… et qui décide de se retirer de la localité de Fiiq en juillet 2008, toujours à cause d’entraves administratives. Les autres sections de MSF poursuivent cependant leurs programmes dans la région, au risque de contredire la position de leurs collègues helvétiques.

-1985, Mali : intervenue au moment de la sécheresse qui frappe le Sahel, MSF-Belgique refuse en janvier d'accéder à une demande du ministère de l'Intérieur qui veut organiser des distributions alimentaires dans les districts frontaliers de Bankass et Koro pour retenir la population dans le pays alors que se profile une courte guerre avec le Burkina Faso.

-1985-1994, Salvador : MSF-France est brièvement expulsé en mars 1985 et revient peu après dans le pays. L’association est très surveillée par l’armée. Quatre de ses volontaires sont arrêtés le 3 mars 1986, interrogés les yeux bandés et maintenus au secret avant d’être relâchés trois jours plus tard. En novembre 1989, encore, les autorités interdisent à MSF-France l’accès des régions tenues par la guérilla, qui vient de mener une grande offensive contre les troupes gouvernementales. En 1994, l’association décide finalement de fermer sa mission au Salvador, les négociations de paix étant bien engagées.

-1985-1989, France : reconnue comme une association d'utilité publique en juin 1985, MSF s'institutionnalise et, en juillet 1988, déménage son siège du boulevard Saint-Marcel dans le 13è arrondissement de Paris, où les locaux étaient devenus trop exigus, vers le quartier de la Bastille sur le terrain d'une ancienne menuiserie achetée et reconstruite pour 33 millions de francs. En 1985, l'association crée également avec le professeur Emmanuel Le Roy Ladurie et l’essayiste Jean-François Revel une Fondation « Libertés sans frontières » d’inspiration libérale et anti-tiers-mondiste sur le modèle de la Heritage Foundation, qui a financé la campagne électorale de Ronald Reagan. L’initiative, marquée à droite, est condamnée par la base et MSF-Belgique qui, en procès contre la maison mère à Paris, obtient le droit de garder son sigle (son fondateur, Philippe Laurent, rejoint Médecins du Monde en 1986). Présidée par Claude Malhuret, la Fondation " Libertés sans frontières " est finalement dissoute en avril 1989. Elle est alors remplacée par une Fondation plus neutre, qui porte le nom de " Médecins sans frontières " et qui, reconnue d’utilité publique en 1991, se dotera d’un centre de recherches en 1995.

-Mars 1986, France : membre du PR (Parti Républicain), Claude Malhuret démissionne de MSF pour devenir secrétaire d’État aux droits de l’homme du gouvernement Jacques Chirac. Il prend Jean-Christophe Rufin comme conseiller et obtient le départ de l’ambassadeur de France à Addis-Abeba, José Paoli, qui avait dénigré MSF lors de son expulsion par la junte éthiopienne fin 1985. D’après Olivier Weber, un journaliste du Point, Claude Malhuret hésite à quitter le gouvernement à cause de son désaccord avec la politique musclée du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, dont les « policiers voltigeurs » ont provoqué la mort de l’étudiant Malik Oussekine lors d’une manifestation à Paris en décembre 1986. Claude Malhuret deviendra ensuite député-maire de Vichy.

-A partir de 1987, France : un an après MDM, MSF ouvre une mission médicale dans l'Hexagone. La décennie suivante, l'association va de plus en plus s'investir sur le terrain français, même si certains de ses membres critiquent l'initiative de son ancien président Xavier Emmanuelli, qui entérine l'existence d'une médecine à deux vitesses en créant en 1993 un SAMU social (Service d'Action Médicale d'Urgence) en faveur des indigents. En 1999, MSF participe ensuite avec MDM à la mise en application de la loi sur la Couverture Maladie Universelle. Le nouveau dispositif garantit la prise en charge par le service public des personnes en situation précaire, y compris les étrangers sans titre de séjour, et permet à l'association de fermer son centre médico-social à Marseille en juin 2001. Mais cette aide médicale de l'Etat est menacée par des réformes en décembre 2002. Avec MDM, MSF lance alors une pétition contre l'exclusion des soins.

-Depuis 1987, Somalie : alors que le président Siyad Barre est de plus en plus menacé par les mouvements d’opposition armée, dix employés de MSF sont kidnappés par des rebelles en janvier 1987 à Tuj Walaje, dans le nord du pays, et emmenés en Ethiopie avant d’être relâchés deux semaines plus tard. Lors du départ du dictateur en janvier 1991, la plupart des agences d’aide évacuent ensuite Mogadiscio. MSF est, avec le CICR, une des seules organisations humanitaires à reprendre très vite ses programmes. Les conditions de sécurité ne cessent pas pour autant de se dégrader. A Mogadiscio, en particulier, l’association se fait régulièrement voler du matériel et doit réintégrer sous la menace un Somalien peu scrupuleux. Après l’assassinat d’un autre employé local, tué à bout portant par des bandits qui voulaient s’emparer de son véhicule en août 1991, MSF-France se résout à payer des escortes armées et recrute des jeunes qui ne sont pas toujours majeurs. Au cours de l’année 1991, l’association verse ainsi l’équivalent de $400 000 à Osman Ali "Ato", le bras droit du général Mohamed Farah Hassan "Aidid", un des principaux seigneurs de guerre de la capitale. Identifiée au clan des Habr Gedir, MSF-France, qui travaille dans l’hôpital du quartier de Medina, ne peut pas soigner les Abgal d’Ali Mahdi, le grand rival de Mohamed Farah Hassan "Aidid". En dehors de la capitale, les autres sections du mouvement ne sont pas non plus épargnées. Epicentre de la famine, Baidoa, notamment, connaît une situation de grande violence et l’organisation, qui finit par laisser une dizaine de soldats australiens s’installer de façon permanente dans l’enceinte de ses bureaux, y déplore la mort de deux gardes puis d’une infirmière somalienne lors d’attaques contre ses installations début 1993. MSF-Hollande, en particulier, se fait voler $35 000 par ses propres employés le 27 février 1993 et déplore la mort d’un de ses gardes armés, abattu par erreur par des casques bleus australiens à Baidoa le 26 mars suivant. En avril 1993, MSF-France décide donc de se retirer de Mogadiscio alors que l'opération de la paix menée par la Mission des Nations Unies en Somalie (UNOSOM) bat son plein. Cette année-là, MSF-Hollande annonce également son retrait de Baidoa le 4 mai, tandis que MSF-Belgique doit évacuer Kisimayo le 30 mars. Critiquée pour ne pas avoir consulté les autres ONG, l'association explique sa démarche dans un opuscule publié quatre mois plus tard par Rony Brauman : outre la question du racket de protection exercé par les combattants, la famine d'août 1992 à Baidoa était révolue, la militarisation de l'aide devenait problématique et le débarquement des GI's américains avait provoqué une réaction xénophobe dangereuse pour les travailleurs humanitaires. Le 27 juillet 1993, MSF-France introduit d'ailleurs un recours juridique auprès des Nations Unies pour protester contre les violations du droit commises par les casques bleus : la plainte est rejetée au motif que l'ONU ne reconnaît pas ces abus, a respecté sa charte et ne serait pas tenue d'appliquer les conventions de Genève dans un pays qui n'est pas officiellement en guerre. L'association continue cependant ses programmes dans d'autres régions de Somalie et un de ses docteurs est tué en 1997. Dans l'entité autonome du Puntland au Nord-est du pays en mai 2002, MSF-France est même la seule ONG à rester au milieu des combats à Bosaso, lorsque le colonel Abdullahi Yussuf s'empare de la ville. Malgré une certaine stabilisation politique, la région continue d’être ravagée par le banditisme. En témoigne l’enlèvement à Bosaso, le 26 décembre 2007, d’une médecin espagnole de MSF, Mercedes Garcia, et d’une infirmière argentine, Pilar Bauza, qui sont libérées le 3 janvier 2008. Dans la région de la Basse Juba, au Sud, l’association travaille également dans des conditions difficiles. Outre l’insécurité, il faut négocier en permanence avec le Kenya, qui craint une extension du conflit et qui, pour cette raison, interdit tous les vols à destination de la Somalie le 20 juin 2003, mobilisant MSF en vue d’obtenir deux semaines après une levée partielle de l’embargo. Le 9 juillet suivant, l’association doit par exemple interrompre ses activités dans la clinique de Mandera, sur la frontière du Kenya et de la Somalie, quand une attaque à la grenade fait un mort et quatre blessés parmi le personnel médical, dont un docteur hollandais. En septembre 2007, l’intensité des combats, qui opposent désormais les troupes éthiopiennes à des groupes islamistes, justifie néanmoins la reprise de programmes de chirurgie de guerre à Mogadiscio et Kisimayo. Des expatriés de MSF France et Hollande, respectivement, sont ainsi renvoyés sur le terrain à Dayniile, dans les quartiers nord de la capitale, et à Kisimayo dans un hôpital évacué à deux reprises par la section belge, en 1993 puis 2001. L’insécurité reste forte. Le 28 janvier 2008, un chirurgien kenyan, Victor Okumu, un logisticien français, Damien Lehalle, et un chauffeur somalien, Mohammed Bidhaan, sont tués avec un journaliste local, Hassankaafi Hared Ahmed, lors de l’explosion d’un engin piégé dans le village de Siyad au nord de Kisimayo. L’attentat suscite des manifestations populaires en faveur des victimes et conduit MSF à évacuer tous ses expatriés, quitte à continuer de travailler à distance depuis le Kenya. Plus au nord près de Rabdhure dans la région de Bakol, encore, trois employés belge, danois et somalien de l’organisation sont enlevés par des inconnus le 19 avril 2009. Le 13 octobre 2011, deux expatriées de MSF-Espagne, Montserrat Serra et Blanca Thiebaut, sont kidnappées par un groupe armé dans le camp de réfugiés somaliens d’Ifo à Dadaab au Kenya. Le 29 décembre 2011, un coordinateur belge, Philippe Havet, et un médecin indonésien, Andrias Karel Keiluhu, sont tués par un ancien employé somalien dans les bureaux de l’organisation à Mogadiscio.

-Novembre 1988, Honduras : présent dans le pays depuis 1980, MSF-France se retire des camps de réfugiés salvadoriens, qui servent de bases arrières aux guérilleros du FMLN (Front Farabundo Marti de Libération Nationale). Les occupants des camps avaient entamé une grève de la faim pour exiger davantage d’aide en dépit de conditions de vie supérieures à celles des autochtones des environs : les surplus étaient en réalité envoyés au FMLN au Salvador. La direction de MSF-France avait également eu quelques difficultés à préserver sa neutralité politique. Un de ses docteurs, une Espagnole, avait été tué par les troupes gouvernementales au Salvador, où elle était entrée clandestinement pour aller assister le FMLN. A l’inverse, MSF-France avait dû prêter ses véhicules aux autorités sanitaires du Honduras, qui s’en étaient servis pour aller endoctriner les réfugiés nicaraguayens contre les Sandinistes.

-Décembre 1988, Arménie : pour la première fois, MSF obtient l’accord de l’URSS afin de venir au secours des victimes d’un tremblement de terre qui a fait 20 000 morts. Malgré un esprit de compétition persistant avec MDM, qui arrive plus rapidement sur les lieux, le déploiement de l'association dans un pays du camp "socialiste" n'annonce pas seulement la fin de la guerre froide, mais aussi un bouleversement de l'action humanitaire sur des terrains où, jusqu'à présent, les médecins sans frontières étaient relativement isolés, en l'absence d'Etats et d'agences des Nations Unies.

-Mars 1989, Yémen : MSF intervient brièvement après des inondations en utilisant les secours envoyés par un avion de l’armée française dépêché par la Cellule d’urgence du ministère des Affaires étrangères à Paris.

-A partir de juin 1989, Chine : devant le refus des autorités de Pékin, MSF ne peut démarrer une opération de secours pour venir en aide aux victimes de la répression de la manifestation de Tien-an-men en juin 1989. En juillet 1991, l’organisation est en revanche autorisée à envoyer des équipes de secours à l’occasion d’inondations dans les provinces de Jiangsu, Hubei, Henan et Anhui. Mais elle se retire en janvier 2003 du Tibet faute de parvenir à s’entendre avec le ministère de la Santé, laissant à Save the Children le soin de poursuivre ses programmes sanitaires.

-Depuis décembre 1989, Soudan : à la suite de MSF-Hollande, expulsé de Wau en décembre 1987 après avoir assisté au massacre de déplacés dinka, MSF-France quitte le pays après la mort, le 21 décembre 1989, de deux volontaires (Jean-Paul Bescond et Laurent Fernet) dans un appareil d'Aviation sans frontières abattu en cours de vol par les rebelles ou les troupes gouvernementales, qui se combattent dans le Sud et veulent se débarrasser de témoins gênants. Revenu au Soudan, MSF-France est ensuite chassé en novembre 1994 des zones tenues par les guérilleros de la SPLA (Sudan People's Liberation Army), furieux d'apprendre que les photographies de leurs positions ont peut être été négociées avec la junte de Khartoum par le ministre de l'Intérieur à Paris, Charles Pasqua, en échange de l'extradition du terroriste Illitch Ramirez Sanchez, dit Carlos. De fait, raconte Marc Vachon, la compagnie aérienne utilisée par l'association, la Southern Air Transport, était la seule à survoler la région à basse altitude pour pouvoir photographier le terrain avec une meilleure résolution que par satellite. Résultat, trois employés de MSF-France sont retenus prisonniers par la SPLA de John Garang pendant trois semaines avant la fermeture de la mission. En juillet 1998 dans le Haut Nil occidental, MSF-Hollande doit également évacuer un hôpital ouvert à Ler en 1989 et attaqué et pillé par le SSUM (South Sudan United Movement), la milice pro-Khartoum du commandant Paulino Matiep. En janvier 1999, un autre hôpital de MSF-Hollande, à Kajo-Keijii dans l'Equatoria, est cette fois bombardé par les troupes gouvernementales. Le 21 août 2001, encore, le SSUM envahit la clinique de MSF-France à Bentiu et y kidnappe des combattants blessés qui s'étaient évadés après avoir été recrutés de force. Le 9 février 2002, enfin, un infirmier de MSF-Hollande, James Koang Mar, est tué lors d'un bombardement de l'armée qui fait cinq morts à Nimne, un centre d'accueil de personnes déplacées dans le Haut Nil occidental. D'une manière générale, les combats obligent à interrompre fréquemment les programmes humanitaires, à l'instar des équipes de la section hollandaise de MSF à Thonyor et Dablual au sud de Ler dans le Western Upper Nile en janvier 2003. Les détournements de l'aide sont organisés de manière systématique dans le cadre de l'Opération Lifeline Sudan (OLS), qui régule les interventions humanitaires sous la supervision du gouvernement de Khartoum et dont MSF-France a préféré se retirer après la famine de 1998, lorsque les secours ne sont jamais parvenus aux victimes. La SPLA n'est pas en reste et exerce de nombreuses pressions pour capter et contrôler l'aide humanitaire. En mars 2000, la rébellion va jusqu'à expulser les ONG qui, comme MSF-Hollande, refusent de signer un accord destiné à officialiser les « prélèvements » des combattants de John Garang. A partir de 2003, l'extension du conflit vers l'Ouest du Soudan, dans la région du Darfour, amène alors le mouvement MSF à organiser la plus grande intervention d'urgence de son histoire, avec un budget approchant les 40 millions d'Euros et le déploiement de 170 expatriés et 2 000 volontaires répartis sur 26 sites en 2004. Le problème est que les belligérants continuent de détourner l’aide : d’après Clea Kahn et Elena Lucchi, ils prélèvent plus de 4% d’un budget opérationnel de 2,7 millions d’Euros pour la seule section hollandaise de MSF en 2008. L’obstruction des autorités et les combats entre les rebelles, l’armée et les milices pro-gouvernementales Janjawid ne facilitent pas non plus la tâche. MSF-Espagne, par exemple, doit plusieurs fois évacuer ses équipes à cause d’affrontements ou de vols à main armée dans le Jebel Marra en novembre 2004 puis à Tawila et Shangil Tobay en juillet 2008. Le mouvement déplore également le meurtre d'un employé soudanais lors d'une attaque des troupes gouvernementales à Labado le 22 décembre 2004. En mai 2005, encore, le responsable de MSF-Hollande, Paul Foreman, et le coordinateur des opérations dans le Darfour, Vincent Hoedt, sont brièvement arrêtés et interrogés par les autorités après la publication d'un rapport dans lequel les militaires et les miliciens alliés au gouvernement sont désignés comme responsables de 80% des violences sexuelles contre les femmes. En pratique, l’organisation travaille plus facilement en zone rebelle si l’on en croit le témoignage d’une volontaire sur le terrain, Lisa French Blaker. Après de nombreuses attaques, le mouvement doit finalement suspendre en juillet 2006 la plupart de ses activités et constater l'impossibilité d'accéder aux victimes dans la région. Suite au mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale (CPI) contre le chef de l’Etat soudanais Omar el-Béchir le 5 février 2009, les sections hollandaise et française de MSF, en particulier, sont expulsées du Darfour. Restées sur place, les sections suisse, espagnole et belge ne sont pas épargnées par les tensions. Une semaine plus tard, l’infirmière canadienne Laura Archer, le médecin italien Mauro D’Ascanio, le coordinateur français Raphaël Méonier et un gardien soudanais, qui travaillaient tous pour MSF-Belgique, sont brièvement kidnappés par des hommes armés à Sherif Umra, une localité à l’ouest d’El-Fasher. Dans le Sud, la situation continue par ailleurs d’être très instable malgré la signature d’un accord de paix en janvier 2005. Conjuguées à un programme de désarmement controversé des milices hostiles à la SPLA, des combats entre deux clans nuer, les Lou et les Jikany, ensanglantent les Etats du Haut-Nil et du Jonglei en avril et mai 2006. Après une attaque qui contraint les équipes médicales et les patients de MSF à évacuer le village d’Ulang le 10 avril, la clinique de Pieri, gérée par la section hollandaise, est pillée et complètement détruite. Le 15 mai, l’organisation décide en conséquence de suspendre ses programmes et de rapatrier une partie du personnel dans les régions de Nasir, Pieri et Lankien.

-Depuis 1990, Libéria : alors que le pays s’enfonce dans la guerre et que s’écroule la dictature de Samuel Doe à Monrovia, MSF intervient d’abord depuis la frontière ivoirienne en utilisant les secours envoyés par des avions de l’armée française dépêchés par la Cellule d’urgence du ministère des Affaires étrangères à Paris. Dans les territoires aux mains des guérilleros de Charles Taylor, deux véhicules de MSF sont ensuite bombardés en avril 1993 par des avions nigérians des forces d’interposition de l’Ecomog (Ecomomic Community of West African States’ Monitoring Group), qui ont imposé un blocus contre les rebelles. Les Nigérians reprochent en effet à l'association de ravitailler les rebelles ; à Ganta, par exemple, les entrepôts de MSF sont gardés par des enfants-soldats de Charles Taylor, les small boys. L'association parvient néanmoins à opérer aussi depuis la capitale, Monrovia, qui est tenue par l'Ecomog et où les guérilleros sont finalement autorisés à entrer sans avoir été désarmés après la signature d'accords de paix à Abuja au Nigeria en août 1995. En avril 1996, les installations de MSF à Monrovia sont complètement détruites lors des pillages et des combats qui opposent les diverses factions se disputant le pouvoir. Malgré l'élection de Charles Taylor en 1997 et le départ des troupes de l'Ecomog, la situation ne se stabilise pas vraiment et se dégrade sensiblement à partir de 2002. Après l'assassinat de trois employés d'ADRA en mars 2003, MSF-France évacue temporairement Toe Town dans le comté de Grand Gedeh près de la frontière ivoirienne. En mai, ses équipes du port de Harper, qui vient d'être pris par les rebelles opposés à Charles Taylor, doivent à leur tour quitter les lieux, en l’occurrence en marchant à pied jusqu’à Tabou sur la frontière ivoirienne. A Monrovia, MSF décide cependant de rester après l’évacuation des ressortissants étrangers par l’armée française le 9 juin. Contrairement à d’autres ONG, l’association ne demande pas une intervention militaire de la communauté internationale, notamment des Américains, car Washington soutient déjà les rebelles et n’est pas neutre dans le conflit.

-A partir de mai 1991, Sri Lanka : en mai 1991, une équipe de MSF est délibérément bombardée par l’armée sur une route du côté de Madhu. Présente dans le pays depuis 1986, l’association travaille du côté gouvernemental comme du côté des Tigres tamouls, soumis à un embargo. Mais elle a plus de facilités à protester contre les exactions de l’armée que contre celles des rebelles, qui verrouillent leur enclave et tiennent la population en otage. De ce fait, MSF est régulièrement accusé de collusion avec les Tigres tamouls par les autorités ou la presse de Colombo. Les rebelles, qui plus est, ont subtilisé des radios de l’association et voulu profiter de son ambulance pour avancer vers les positions ennemies : en minant une route, ils ont obligé MSF à changer d’itinéraire au dernier moment et ont éveillé la suspicion de l’armée, provoquant l’attaque de mai 1991. Résultat, l’association rencontre beaucoup de difficultés pour continuer de travailler et doit suspendre ses activités en juin 2003. En octobre 2006, encore, les sections espagnole et française de MSF sont expulsées sous prétexte d’infractions sur les visas d’immigration et la législation d’urgence des militaires.

-A partir d’octobre 1991, ex-Yougoslavie : à la différence du CICR, qui refuse de céder aux exigences des belligérants et de négocier un accès au terrain en échange du retrait de l'armée fédérale de casernes situées en Croatie, MSF évacue les blessés de la ville de Vukovar, attaquée par les troupes serbes. De retour d’une mission, deux infirmières et un médecin de l’association sont alors blessés en sautant sur une mine qui a délibérément été placée sous leur convoi le 18 octobre 1991. Lors du siège de Dubrovnik le mois suivant, MSF doit également céder au racket des forces serbes qui, sur 500 tonnes de vivres, en exigent 200 pour autoriser l’acheminement de l’aide aux habitants croates de la ville. Constatant bientôt qu’il n’y a plus de réelle urgence à Dubrovnik après l’évacuation des populations civiles, l’association décide de se tenir à l’écart et de secourir les réfugiés plutôt que d’intervenir au cœur du conflit. En Bosnie, c’est la section hollandaise qui prend le relais et qui, soumise aux bombardements des Serbes, doit temporairement retirer son équipe en juin 1992, tandis que les Belges couvrent la côte dalmate depuis Split. Pour leur part, les Français, qui avaient ouvert une mission à Sarajevo en mai 1991, commencent à travailler sur fonds propres au Kosovo en octobre 1992. A titre personnel, le président de MSF-France, Rony Braumann, dénonce dans les médias l'entreprise de purification ethnique du régime nationaliste serbe de Slobodan Milosevic et demande une intervention militaire de l'Europe en Bosnie, ce qui lui reprochent les sections belge et hollandaise présentes sur place, qui craignent des représailles. MSF-France ne décide pas moins d'intervenir dans le camp croate de Karlovac en mai 1993, puis avec les Belges dans les villes de Goradze, Zepa et Srebrenica en Bosnie orientale en novembre suivant. L'accès à l'enclave bosniaque de Srebrenica se négocie avec les Serbes en échange du montage de programmes humanitaires à Pale, le fief des nationalistes. La guerre se poursuit en 1994 et 1995 malgré le déploiement de casques bleus. Devant l'incapacité de la communauté internationale à forcer le blocus de Goradze, zone déclarée protégée par les Nations Unies et attaquée par les Serbes le 30 mars 1994, MSF demande le 18 avril suivant la démission du représentant spécial de l'ONU en Yougoslavie, Yasushi Akashi. Lors de la chute de Srebrenica en juillet 1995, un employé local de l’organisation, Meho Bosnjakovic, et 21 patients sur 128 sont tués. Parce qu'ils souhaitent préserver leur neutralité, les médecins sans frontières refusent les escortes armées de la FORPRONU (Force de protection des Nations Unies) en Bosnie et les financements directs de pays membres de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord). De même au Kosovo en 1999, ils cherchent à se dissocier des troupes de l'OTAN venues protéger les Albanais victimes de la répression des Serbes. En Macédoine, ils s'offusquent par exemple de trouver à l'intérieur des camps de réfugiés des militaires qui risquent d'attirer les attaquants serbes, notamment à Stenkovic 1 et 2, deux sites qui abritent 40 000 Kosovars et qui ont été construits par la 101ème brigade logistique de l'armée britannique avant d'être confiés à MSF et au CICR le 11 avril 1999. Pour ne pas devenir un sous-traitant des militaires, l'association arrête des financements en cours et ne veut plus recevoir de fonds des institutions des pays membres de l'OTAN, qui sont désormais parties prenantes au conflit. Bien qu'initialement favorable à l'intervention militaire de l'OTAN, MSF condamne ensuite l'incapacité de la communauté internationale à protéger les Serbes de la province, devenus minoritaires face à la majorité albanaise. En 2001, la section belge, qui était d'abord intervenue en Albanie en 1998 en se partageant le travail avec les Français au Monténégro et les Hollandais en Macédoine, se retire ainsi du Kosovo pour ne pas cautionner une politique d'aide jugée discriminante.

-1992, France : à Mérignac près de l’aéroport de Bordeaux, MSF ouvre une centrale d’achats où sont pré-positionnés des kits prêts à l’emploi et revendus à d’autres ONG avec une marge de 15%. Dès 1979, Jacques Pinel, un pharmacien de retour des camps de réfugiés en Thaïlande, avait proposé de rationaliser les commandes de médicaments et de fournitures grâce à des logisticiens qui allaient devenir la véritable force de frappe de l’organisation et constituer un bon quart des volontaires en mission. Une première centrale d’achats avait ainsi vu le jour en 1986. MSF-Belgique avait, pour sa part, monté une Unité d’intervention rapide capable d’acheminer dans l’urgence du matériel médical, parfois avec le concours des avions C-130 de la Force aérienne belge. Devenue une coopérative commerciale appelée Transfer en 1989, ce département logistique jouera, en Belgique, un rôle équivalent à celui de Mérignac en France, proposant ses services à des ONG comme Handicap International.

-A partir de 1993, Afrique du Sud : MSF-France poursuit d’abord à Johannesburg des programmes qui ne répondent pas vraiment à des besoins d’urgence mais qui justifient le maintien d’une mission servant de plate-forme logistique pour ravitailler le Mozambique et l’Angola en guerre, sans parler d’une présence symbolique au moment de l’élection de Nelson Mandela et de l’arrivée au pouvoir de l’ANC (African National Congress) en avril 1994. Après être parti en 1995, MSF-France revient dans le pays pour aider à lutter contre le sida. Implantée au Cap dans une région aux mains de l’opposition, qui critique la politique de santé de l’ANC, elle travaille notamment à la clinique de Khayelitsha et est autorisée à importer de Thaïlande des médicaments génériques. L’association soutient alors la TAC (Treatment Action Campaign), une ONG sud-africaine lancée par Zackie Achmat et d’autres victimes du sida le 10 décembre 1998, jour des droits de l’homme. Dans le cadre de sa campagne internationale pour l’accès aux médicaments essentiels, MSF contribue ainsi à faire reculer dix-huit grandes firmes pharmaceutiques qui voulaient intenter un procès au gouvernement sud-africain pour empêcher la fabrication à meilleur prix de traitements du sida encore sous licence. Le 19 avril 2001, trente-neuf laboratoires retirent finalement leur plainte à propos d’une loi de 1997 qui autorisait l’utilisation de médicaments génériques sans payer les brevets les plus onéreux. Réunie à Cancún au Mexique, la cinquième conférence ministérielle de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) imposera ensuite en août 2003 un moratoire sur les licences qui sera pérennisé à Hongkong en décembre 2005 et qui accordera la priorité aux questions de santé publique par rapport au droit de la propriété intellectuelle. Concrètement, les accords bilatéraux ou régionaux des Etats-Unis permettront cependant de contourner ces dispositions. De plus, les demandes de dérogation pour exporter des médicaments génériques s’avèreront si complexes qu’elles seront pratiquement impossibles à mettre en œuvre, au grand dam de MSF.

-1994, France : Philippe Biberson est élu président de MSF avant d’être remplacé en 2000 par Jean-Hervé Bradol, un ancien militant de la Ligue communiste révolutionnaire. Ancien vice-président de MSF entre 1990 et 1993, Jean-Christophe Rufin, pour sa part, démissionne du cabinet de Lucette Michaud-Chevry, ministre délégué à l’Action humanitaire et aux Droits de l’homme, et entre au cabinet du ministre de la Défense François Léotard. Nommé ambassadeur de France au Sénégal par le président Nicolas Sarkozy en août 2007, il intègrera ensuite en juillet 2011 l'équipe de campagne de la candidate socialiste Martine Aubry pour les élections présidentielles. Xavier Emmanuelli, quant à lui, deviendra Secrétaire d’État à l’Action humanitaire d’Urgence du président Jacques Chirac en mai 1995, poste qu’il occupera jusqu’en juin 1997.

-Avril 1994-décembre 1995, Rwanda : après avoir brièvement évacué sa mission à Kigali entre le 11 et le 13 avril, cinq jours après l’assassinat du président Juvénal Habyarimana, MSF-France revient travailler au milieu des massacres, quitte à devoir aussi soigner des blessés militaires. Une centaine de ses employés sont tués parce qu’ils sont tutsi, notamment le 20 avril au centre hospitalier universitaire de Kigali, où une infirmière enceinte est découpée à la machette, puis, le 22 avril, à l’hôpital de Butare, où cinq autres collaborateurs locaux sont exécutés par les miliciens hutu. A la frontière de la Tanzanie, relève James Orbinski, un convoi d’expatriés autorisé à quitter le pays doit abandonner sur place le personnel rwandais qui l’accompagnait : 17 sont aussitôt massacrés, les 23 restant disparaissent à jamais. A Bruxelles dans le journal De Morgen du 24 avril, le président de MSF-Belgique, Réginal Moreels, est un des premiers à qualifier les événements de génocide. En dépit des risques qu'une telle dénonciation fait peser sur les équipes à Kigali, l'association démarre une grande campagne publique et demande une intervention militaire de la communauté internationale pour mettre fin aux atrocités. A Paris dans les journaux Le Monde du 18 mai puis du 23 juin, MSF-France affirme que l’on n’arrête pas un génocide avec des médecins. Lorsque des réfugiés commencent à affluer vers le Zaïre, l’association utilise ainsi des avions de l’armée française pour transporter depuis Bangui (Centrafrique) et Nairobi (Kenya) des expatriés et des vivres vers les camps de Goma et Bukavu. Un des commandants déployés sur le terrain dans le cadre de l'Opération Turquoise, le colonel Patrice Sartre, fournit des équipements et des équipes du génie pour construire des cliniques. A Kigali, MSF utilise par ailleurs les véhicules et les abris des casques bleus des Nations Unies pour pouvoir se déplacer et se loger dans la capitale, où les combats font rage depuis que certains quartiers sont tombés entre les mains des rebelles du FPR (Front patriotique rwandais). Le problème est que l’organisation est prise entre deux feux. D’un côté, elle est perçue comme pro-tutsi par l’armée gouvernementale car elle a dénoncé le génocide en cours ; de l’autre, elle n’a pas meilleure réputation auprès du FPR du fait des liaisons dangereuses que la France entretient avec les partisans hutu du président Juvénal Habyarimana. Une telle situation oblige le personnel de MSF à adopter un profil bas, à abandonner son logo et à revêtir l’insigne de la Croix-Rouge. Pour ne pas compromettre sa neutralité, l’organisation refuse alors de laisser l’ancien ministre de l’Action humanitaire, Bernard Kouchner, se faire photographier à ses côtés lors d’une visite impromptu à Kigali en mai 1994. Au vu du rôle ambigu de la France, qui a continué d’armer les tueurs hutu et facilité leur exfiltration vers le Zaïre, MSF condamne bientôt l’ensemble de l’Opération Turquoise et obtiendra par la suite la mise en place d’une mission d’enquête parlementaire sous l’égide du député socialiste Paul Quilès en 1998 : nombre d’auditions se feront en l’occurrence à huis clos, sans permettre d’impliquer le gouvernement Edouard Balladur, au pouvoir à l’époque des faits. En attendant, l’association continue de soigner les survivants du génocide après l’arrivée au pouvoir du FPR à Kigali en juillet 1994. Mais ses relations avec le nouveau régime se détériorent rapidement. En avril 1995, MSF-France doit évacuer l’hôpital du camp de Kibeho, dont les habitants hutu sont exterminés par les troupes tutsi du FPR. Avec 29 morts et 48 disparus, l’association déplore à cette occasion un bilan très lourd au sein de son personnel local : 60% seulement sont identifiés comme survivants. Sous prétexte d’inefficacité et d’espionnage, MSF-France est alors expulsé en décembre 1995 après avoir dénoncé les conditions de détention des suspects du génocide de 1994 et le massacre de Kibeho. Le matériel de l’association est confisqué et récupéré par les autorités.

-Décembre 1994-novembre 1996, Zaïre, Tanzanie : témoin dans ses cliniques de l’exécution de patients soupçonnés de sympathies tutsi, MSF-France demande en vain l’arrestation des criminels de guerre et des « génocideurs » hutu qui ont infiltré les camps de réfugiés en vue de préparer la reconquête du Rwanda après la chute du régime de Juvénal Habyarimana. Un fractionnement des camps en entités plus petites faciliterait le contrôle de la situation. Et l’intervention d’une force de police internationale permettrait peut-être de mettre fin au règne de la terreur des miliciens. Pour ne pas soutenir ces derniers, MSF-France préfère se retirer à partir de novembre 1994. Les sections hollandaise, belge, suisse et espagnole du mouvement décident, elles, de rester au Zaïre, arguant que leur présence permettra d’améliorer les conditions d’accès aux populations dans le besoin. Elles n’en sont pas moins soumises au même dilemme, qui consiste à ravitailler des criminels de guerre pour soigner le reste de la population. D’après Linda Polman, notamment, la section belge doit verser $11 000 de taxes mensuelles aux extrémistes hutu dans les camps. Avec les Hollandais, les Suisses et les Espagnols, elle partira donc à son tour courant 1995. Dans un communique du 4 novembre 1996, le mouvement demande alors une intervention militaire de la communauté internationale pour protéger les réfugiés maltraités par les génocideurs et pourchassés par les forces de Laurent Kabila et leurs alliés du FPR (Front patriotique rwandais).

-A partir de juillet 1995, ex-Yougoslavie : le déploiement des humanitaires dans l’enclave de Srebrenica inquiète MSF car il entretient l’illusion d’une protection des Nations Unies, qui laissent finalement les forces serbes massacrer les Bosniaques encerclés. MSF demande alors une enquête sur la passivité des casques bleus au moment du drame (basé à Potocari, le bataillon hollandais, notamment, avait refusé de prêter assistance aux médecins surchargés dans la ville assiégée). En 1999, l'ONU " dégage en touche " et recommande aux États membres de mener leurs propres investigations. La mission d'enquête parlementaire française, qui commence ses auditions en décembre 2000 et rend ses conclusions en novembre 2001, fait reposer sur le bataillon néerlandais la responsabilité de ne pas avoir déclenché de frappes aériennes pour protéger les civils. En janvier 2003 aux Pays-Bas, une semblable commission d’enquête parlementaire ne dédouane pas totalement le gouvernement à La Haye mais renvoie la balle en accusant le général français Bernard Janvier, à l’époque commandant des forces de l’ONU en Bosnie, de ne pas avoir autorisé à temps les frappes aériennes contre les Serbes.

-A partir de 1996, Burundi : alors que les Etats voisins imposent un embargo contre le régime du major Pierre Buyoya, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en juillet 1996, MSF négocie dès août son ravitaillement aérien depuis le Kenya sans coordonner ses efforts avec les Nations Unies, qui essaient de trouver une solution pour l'ensemble des agences humanitaires et ne parviennent à leurs fins qu'en avril 1997. L'organisation hésite à se retirer du pays car, depuis février 1996, l'armée à dominante tutsi parque les paysans hutu dans des sites insalubres. L'association ne veut pas être complice d'une politique de regroupement forcé et refuse de participer à la création des camps en construisant des infrastructures sanitaires. Les diverses sections du mouvement fournissent seulement une assistance médicale et sont de toutes façons chassées de ces camps, dont elles demandent la fermeture. En 1999, c'est cette fois de leur propre chef que MSF-France et Belgique interrompent leurs programmes dans la province de Bujumbura-Rural, dénonçant la tactique de la terre brûlée des militaires burundais. Le positionnement géographique des médecins sans frontières est un autre problème. En septembre 2000 puis novembre 2002, rapporte la presse locale, des habitants de la province de Makamba se plaignent par exemple que l'association emploie des Burundais venus de la capitale et ait déménagé ses bureaux dans la localité de Rutovu, à l'écart des populations sinistrées et des zones à risques. MSF-Belgique, notamment, privilégie la province de Karusi, devenue une place forte hutu après les pogroms de 1993, plutôt que Bururi, un fief tutsi où il n'est guère politiquement correct d'intervenir. L'insécurité oblige de toutes façons à interrompre fréquemment les programmes. Après avoir été attaqué et volé à Ngozi le 10 mai 2001, MSF-France rapatrie pour un temps son personnel à Bujumbura. En novembre 2001, encore, les activités de MSF-France sont suspendues pendant deux mois, en l'occurrence dans la province de Kayanza. En voulant introduire de nouveaux traitements anti-paludéens qui n'ont pas encore été avalisés par le gouvernement, l'organisation s'oppose en effet au ministre de la Santé Jean Kamana, qui souhaite d'abord écouler des stocks devenus obsolètes, et aux " mafias du médicament ", qui importent plus que nécessaire pour revendre les surplus en contrebande dans les pays voisins. A Nairobi, l'organisation publie par ailleurs un rapport dont l'intitulé (" Burundi, un pays sans soins ") suscite l'ire des autorités à Bujumbura, qui expulsent le chef de la mission MSF-France. Autre sujet de litige, MSF est favorable à la gratuité des soins et contrevient à la politique gouvernementale de recouvrement des coûts, qui vise à assurer l'autonomie financière des services de santé. Tandis que le ministère de la Santé veut standardiser les prix, les sections française, belge, suisse et hollandaise de MSF souhaitent appliquer des forfaits adaptés à la capacité de paiement des patients (entre 50 et 100 francs burundais par consultation en 2003). La négociation est d'autant plus difficile que les structures médicales fournies en médicaments par les ONG n'échappent pas à la corruption : selon la presse locale en 2003, les intrants que MSF-Belgique distribue gratuitement aux dispensaires de la province de Karusi sont ainsi revendus aux déplacés…

-A partir de janvier 1997, Congo-Kinshasa : dans la région de Bukavu et Shabunda, MSF-France arrête de rechercher et secourir les Rwandais pourchassés par l’APR (Armée patriotique rwandaise) de Paul Kagamé et l’AFDL (Alliance des Forces démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre) de Laurent-Désiré Kabila. Partis à l’attaque de Kinshasa, ceux-ci utilisent en effet la présence des organisations humanitaires pour attirer, localiser et massacrer les réfugiés cachés dans la forêt. Soucieux de ne pas voir se reproduire à rebours le génocide de 1994, l'association demande en vain une intervention militaire de la communauté internationale. MSF-Hollande, pour sa part, finit par évacuer ses expatriés de Bukavu lorsque la guerre reprend en septembre 1998. L'association, raconte Zoë Marriage, doit négocier son retour en payant $85 000 de « compensations », officiellement à ses seize employés locaux, en réalité aux autorités rebelles du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie), qui contrôle la province et taxe les ONG. En 1999, le mouvement entreprend ensuite de travailler en Ituri dans la région de Bunia où les armées d’occupation rwandaise et ougandaise enflamment bientôt le conflit entre les milices locales des Hema et des Lendu. Malgré le déploiement de l'ONU, l'insécurité oblige l'organisation à évacuer son personnel à plusieurs reprises, en 1999, 2000, 2001, 2003, 2005 et 2006 . Début 2000, raconte par exemple Johan Pottier, MSF-Hollande est attaquée et doit quitter la région, accusée par la rumeur d'avoir fourni des armes aux Lendu et introduit le choléra pour tuer les Hema ! En juin 2003, encore, le mouvement critique l'Opération Artémis qui, sous la coupe de l'Union européenne et des militaires français, ne sécurise que la ville de Bunia, laissant sans protection les populations civiles des alentours. Deux employés de MSF-France (un chauffeur et un expatrié, Marc Gallinier) sont par ailleurs enlevés le 2 juin 2005, battus et retenus pendant dix jours par des miliciens près de Gina. Et en août 2006, c'est un dispensaire à Geti, près de la frontière ougandaise, qui est attaqué et pillé par les Lendu du FRPI (Forces de résistance patriotique en Ituri). Depuis la clinique d'Anuarite à Kitenge dans le Nord du Katanga en mars 2004, les médecins sans frontières, qui sont témoins de l'assassinat d'une femme venue leur demander de l'aide, dénoncent également les exactions des milices Mai-Mai et des Forces armées congolaises. Dans le Nord du Kivu, l'association doit par ailleurs interrompre ses programmes à Kabati, où ses bureaux sont attaqués et pillés par des hommes en uniforme le 18 janvier 2005. Alors que les combats dans la région reprennent en janvier 2006, MSF est plusieurs fois contraint d'évacuer, fermer et déménager ses cliniques à Kanyabayonga, Kibiridzi, Katwiguru et Rutshuru. En octobre 2008, l’organisation parvient cependant à maintenir une équipe à l’hôpital de Rutshuru près de Kiwandja au moment où toutes les autres ONG préfèrent se replier pour fuir les rebelles de Laurent Nkunda qui se sont emparés de la localité.

-A partir de 1997, Etats-Unis : sur les recommandations de Juan Somavia, l'ambassadeur du Chili en poste auprès de l'ONU à New York, MSF fait partie, le 12 février 1997, des premières ONG consultées par le Conseil de sécurité des Nations Unies, avec le CICR, Oxfam et CARE. L'association en profite pour déplorer l'utilisation de l'aide humanitaire comme un substitut à l'action politique dans l'Afrique des Grands Lacs au moment du génocide rwandais de 1994. Rejointe par SCF, une deuxième entrevue de ce type aura lieu en octobre 1998 à propos du Soudan plus spécifiquement. En octobre 2001, encore, MSF, Oxfam, Global Witness et Amnesty International présenteront au Conseil de sécurité une analyse de la situation humanitaire au Libéria. De même, le 24 mai 2004, le coordinateur de MSF au Soudan, Ton Koene, est invité à témoigner de la crise au Darfour.

-A partir de 1997, Congo-Brazzaville : arrivé dans le pays au moment où la guerre civile fait rage, MSF-France intervient à l'hôpital Makelekele dans les quartiers sud de la capitale, que l'association est obligée d'évacuer en avril 1998. Refusant des financements de l'ambassade de France à Brazzaville, l'organisation revient sur les lieux en mars 1999 et s'interroge sur les risques que présente son programme médical en attirant les civils pendant que les milices continuent de piller les environs. A la suite du CICR en janvier 2006, MSF-Hollande doit également suspendre ses activités dans la région du Pool, en l'occurrence dans les districts de Kindamba, Mindouli et Vindza, après avoir été victime de plusieurs attaques à main armée.

-1998, Timor-Est : MSF est expulsé par les autorités indonésiennes, qui occupent cette ancienne colonie portugaise indépendante depuis 1975.

-A partir de 1998, Sierra Leone : contrairement à ses habitudes, MSF refuse de se retirer de la ville de Bo alors que les Nations Unies décident, pour une fois, d’un retrait collectif afin de faire pression sur les guérilleros du RUF (Revolutionary United Front), responsables de nombreuses exactions contre les civils. La position de MSF, qui est présent dans le pays depuis 1986, contrecarre les tentatives de coordination. En décembre 1999, plusieurs volontaires de MSF sont alors détenus par le RUF, qui les accuse de soutenir un programme de démobilisation auquel les rebelles sont hostiles. Dans un communiqué, MSF affirme pourtant ne jouer aucun rôle dans le processus de désarmement, quitte à se désolidariser des efforts dans ce domaine. L’organisation accuse au contraire les Nations Unies de négocier avec les chefs du RUF la livraison d’aide en échange de leur démobilisation. Pour ne pas compromettre sa neutralité, MSF refuse également d'utiliser les véhicules militaires de la Mission des Nations Unies en Sierra Leone, l'UNAMSIL, qui commence à se déployer en dehors de la capitale en 2000. L'association se plaint notamment des pressions de la communauté internationale, qui, pour des raisons financières, veut hâter le processus de rapatriement des réfugiés et des déplacés sierra léonais en les obligeant à quitter les camps.

-Octobre 1998, Corée du Nord : faute d’avoir librement accès à la population, MSF se retire d’un pays où l’organisation était présente depuis 1995. Contrairement à d’autres ONG qui considèrent que leur présence contribue à consolider la paix en prévenant un effondrement du régime, l’association se refuse en effet à participer au processus de sélection des populations dignes de vivre ou condamnées à mourir d’inanition. Après s’être retirée, elle dénonce les distributions du Programme alimentaire mondial sur lesquelles l’ONU n’a aucun contrôle, au risque de se rendre complice du système d’oppression de Pyongyang. MSF essaie aussi de secourir les réfugiés nord-coréens arrivés clandestinement en Chine.

-Octobre 1999, Norvège : MSF est récompensé du prix Nobel de la paix, qui est remis à son président international James Orbinski lors d’une cérémonie à Oslo au cours de laquelle le mouvement vilipende les abus de la Russie en Tchétchénie. Fort de sa notoriété, l’association lance une campagne internationale pour l’accès aux médicaments essentiels dans les pays en développement.

-Janvier 2000, Guinée Équatoriale : MSF-France suspend ses opérations en dénonçant la « cupidité » d’un gouvernement qui entrave les efforts des agences humanitaires.

-Février 2000, Madagascar : MSF-France se retire de la province de Toliara en condamnant publiquement les autorités pour avoir bloqué les secours à destination des victimes d’une épidémie de choléra.

-Juillet 2000, Colombie : MSF ferme un programme médical dans la province du Choco après l’enlèvement d’un volontaire libéré six mois plus tard. La section espagnole du mouvement continue cependant de gérer des dispensaires à Los Altos de Cazucà dans la municipalité de Soacha, une banlieue de Bogotá qui accueille des populations déplacées par le conflit. Mais les infrastructures que MSF-Espagne y construit restent sous-utilisés, voire inutilisées, car les autorités n'y envoient pas de personnel médical.

-A partir de 2001, Russie : suite à l’enlèvement, en juillet 1997, d’un administrateur de MSF, Christophe André, qui était parvenu à s’échapper trois mois plus tard, un autre volontaire, Kenny Gluck, se fait kidnapper en janvier 2001 en Tchétchénie, où les indépendantistes combattent les troupes de Moscou. La multiplication des demandes de rançon et des rackets conduit MSF-France à se retirer, laissant le champ libre aux militaires russes qui, responsables de nombreuses exactions, souhaitent le départ de témoins gênants. L’association revient en Tchétchénie en mai 2002. Mais en août 2002, l’organisation doit de nouveau suspendre ses activités en Tchétchénie, en Ingouchie et au Daguestan, où ont été enlevés Nina Davydovitch, responsable de l’ONG russe Druzhba, puis Arjan Erkel, chef de mission hollandais de MSF-Suisse à Makhachkala (l’un et l’autre seront relâchés par la suite, Nina Davydovitch en janvier 2003, Arjan Erkel en avril 2004 après que les Pays-Bas ont versé une rançon d'un million d'euros, somme dont ils demandent d'ailleurs le remboursement à MSF-Suisse sous peine de poursuivre l'organisation en justice et de la priver des subventions de La Haye). Dans un rapport rendu public le 6 mai 2003 à Moscou, l’association dénonce la politique russe de rapatriement forcé des réfugiés tchétchènes en Ingouchie. En interdisant la construction de maisons dans les camps d’Ingouchie, le gouvernement de Vladimir Poutine souhaite en effet canaliser et mieux contrôler l’aide humanitaire à l’intérieur des frontières de la République de Tchétchénie, officiellement « pacifiée » par les armes. Les relations de MSF avec Moscou deviennent très difficiles et, le 30 septembre 2003, la section belge du mouvement doit cesser ses programmes contre la tuberculose dans les prisons de Sibérie suite au refus du ministère de la Santé d’autoriser l’emploi de traitements spéciaux pourtant conformes aux indications de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Constatant le retour effectif des réfugiés tchétchènes qui vivaient en Ingouchie, MSF se décide finalement à rouvrir un programme de soins à Grozny en 2005.

-A partir de 2002, Zimbabwe : arrivé dans le pays en octobre 2000, MSF-Hollande développe des programmes d'assistance aux victimes du sida alors que le gouvernement décrète officiellement en mai 2002 que la lutte contre l'épidémie est une urgence nationale. Cependant, à mesure que le régime de Robert Mugabe durcit sa répression contre l'opposition, les relations avec les autorités se tendent et l'association doit parfois interrompre ses activités, par exemple à l'hôpital d'Inyathi dans le district de Bubi de la province de Matebeland North en septembre 2001. En octobre 2005, MSF-Hollande ne décide pas moins de fournir des soins aux squatters qui ont été chassés des villes par le gouvernement lors de l'Opération Murambatsvina (« Chassez la saleté ») deux mois plus tôt. Ce faisant, l'association prend le risque de soutenir et conforter les camps où la population déplacée a été regroupée de force. L’assistance humanitaire, relate Michael Wines, renforce en effet le régime en lui permettant de se débarrasser des bidonvilles susceptibles de rejoindre l’opposition et de se soulever contre le président Robert Mugabe. A meilleure preuve, le gouvernement oblige les ONG à travailler en milieu rural et non urbain. De plus, le souci de rester dans le pays oblige les humanitaires à se taire. De crainte de compromettre les programmes de MSF-Hollande au Zimbabwe, la section belge du mouvement, active en Afrique du Sud, renonce ainsi en décembre 2009 à s’associer à une déclaration qui condamne les exactions de la dictature Robert Mugabe.

-A partir de 2003, Israël/Palestine : actif dans le pays depuis 1989, MSF consolide sa présence dans les territoires occupés et y mène surtout des programmes de soutien psychologique. Selon Didier Fassin et Estelle d’Halluin, l’organisation cherche surtout à témoigner sur les violences israéliennes car elle ne répond pas réellement à des besoins urgents dans une région qui dispose déjà de médecins et où le conflit fait peu de morts toutes proportions gardées. Si bien que MSF-France, qui ne travaille pas en Israël, paraît biaisé et doit présenter des excuses aux donateurs qui avaient menacé de lui retirer leur soutien financier à la suite d’un article jugé tendancieux dans le bulletin de l’association. Les problèmes viennent également du côté palestinien quand, en janvier 2006, des élections législatives portent au pouvoir le Hamas, mouvement islamiste considéré comme terroriste. Pour ne pas financer le nouveau gouvernement, les Etats-Unis, le Canada, l'Union européenne et le Japon décident alors de suspendre leur aide bilatérale à l'Autorité palestinienne et d'en déléguer une partie aux ONG. Soucieux de préserver son indépendance et de ne pas servir d’auxiliaire social à la politique étrangère des Etats occidentaux, MSF décide en conséquence de se démarquer publiquement de ces sanctions et refuse toute subvention de l'Union européenne et des Etats-Unis pour l’année à venir, la totalité de ses opérations dans les territoires palestiniens étant financée par des dons privés. Dans la bande de Gaza, où le Hamas s’est emparé du pouvoir en juin 2007, une bonne partie de son personnel local est cependant favorable aux laïcs du Fatah, qui continue de contrôler la Cisjordanie. L’association se heurte par ailleurs à des difficultés avec Israël, qui accentue son embargo, au risque d’entraver le passage de l’aide, et où un des employés palestiniens de MSF est arrêté en avril 2007, accusé de favoriser le terrorisme.

-2004-2008, Italie : après deux ans d’activités sur l’île de Lampedusa, MSF est interdit de séjour en avril 2004 dans le « centre d’accueil » où sont enfermés les immigrants clandestins venus d’Afrique. En octobre 2008, l’organisation doit finalement cesser complètement ses consultations médicales faute d’être parvenue à trouver un accord avec le ministère de l’Intérieur italien.

-2005, Niger : MSF dénonce les ravages d’une famine rampante. L’association critique notamment les lenteurs et les ciblages erronés du PAM (Programme alimentaire mondial), qui rechigne à distribuer des vivres gratuits pour ne pas achever de ruiner l’agriculture locale. Ce faisant, l’organisation se heurte aux autorités, qui veulent initialement minimiser l’ampleur de la malnutrition, et doit rapatrier une infirmière, Annick Cousin, qui avait refusé de laisser entrer armés les gardes du corps de la ministre de la Femme, Zeinabou Ousmane Moulaye, lors d’une visite officielle improvisée dans un centre thérapeutique de Dan-Issa près de la ville de Maradi en juin 2005. MSF travaille par ailleurs dans le nord du pays autour d’Agadez et de Dagaba, où des combats sporadiques opposent l’armée à des rebelles touarègues. Après le vol de trois de ses véhicules tout-terrain en octobre 2007, l’organisation doit quitter la région à la demande des autorités. En juillet 2008, le gouvernement lui interdit également l’accès de Maradi et menace de l’expulser totalement du pays en octobre suivant, accusant MSF d’exagérer « le nombre d’enfants mal nourris afin d’obtenir des fonds supplémentaires ».

-2006, Népal : revenu dans le pays en juillet 2005, MSF-France travaille dans le district de Rukum du côté gouvernemental, à Sallé, et rebelle, à Rukumkot. Auparavant, l’organisation avait déjà tenté de secourir les victimes du conflit opposant la monarchie à une guérilla maoïste, mais un de ses employés en poste à Jumla avait été déporté en janvier 2004, accusé de collusion avec les insurgés.

-2007, Centrafrique : venu en mars 2006 secourir les populations victimes de conflits entre groupes rebelles et forces armées gouvernementales, MSF s'implante à Paoua dans le nord-ouest du pays. La situation est très instable et une logisticienne de la section française du mouvement, Elsa Serfass, est tuée par balles dans une embuscade de l’APRD (Armée Populaire pour la Restauration de la Démocratie) lors d'une mission exploratoire dans la région le 11 juin 2007.

-Mai 2008, France : une femme, Marie-Pierre Allié, accède pour la première fois à la présidence de MSF.

-Mars 2009, Malte : MSF dénonce des conditions de détention inacceptables et suspend ses opérations dans le camp de Hal Far où sont retenus les émigrés clandestins qui tentent de gagner les rivages du continent européen.

-2010, Haïti : déjà présent dans le pays, le mouvement MSF perd 52 collaborateurs locaux lors du séisme qui ravage Port-au-Prince en janvier 2010. L’organisation ne tente pas moins de secourir les rescapés, y compris dans les bidonvilles infestés de gangs. En mars, deux collaboratrices tchèque et belge de MSF-Suisse sont ainsi enlevées dans le quartier de Petionville et détenues pendant une semaine, sans qu’on sache si leur libération est due au versement d’une rançon.

-2011-2012, Libye : MSF intervient à partir de mars pour aider les victimes des combats qui opposent les insurgés de Benghazi aux forces du colonel Mouammar Kadhafi. Dans un pays où elle n’avait pas de représentant sur place, l’organisation ouvre d’abord un bureau à Tripoli et parvient à travailler dans tous les camps en présence. Le 19 mai 2011, les différentes sections nationales du mouvement publient alors une lettre commune pour dénoncer le double langage des Etats européens qui, d’un côté, refoulent les « boat-people » libyens et, de l’autre, prétendent intervenir à titre humanitaire en vue de renverser militairement le régime au pouvoir à Tripoli. Après la chute de Mouammar Kadhafi, MSF n’est pas autorisé par les combattants du CNT (Conseil national de transition) à aller secourir la population lors du siège de Syrte en septembre 2011. En janvier 2012, l’organisation décide alors de suspendre son activité médicale dans les prisons de Misrata car des personnes traitées par ses soins sont renvoyées devant leurs tortionnaires pour être à nouveau torturées.

-2012, Syrie : après avoir vainement espéré être autorisé à soigner les victimes de la répression du régime de BacharAl-Assad, MSF-France se décide en janvier 2012 à dénoncer la persécution des praticiens qui soignent les opposants. Le CICR, lui, reste silencieux en dépit des compromissions du croissant Rouge syrien. Dans un communiqué du 17 février 2012, MSF-France s’oppose par ailleurs à l’idée de créer des corridors humanitaires militarisés afin de pouvoir aller soigner les victimes. Selon sa présidente Marie-Pierre Allié, cela ne permettrait pas « de soustraire le personnel et les structures de soins aux logiques de guerre et de répression ». Au contraire, des corridors militarisés en feraient une cible. « Si la France entend soutenir militairement l’opposition syrienne, ajoute-t-elle, il serait à la fois hypocrite et dangereux qu’elle le fasse au nom de la protection des blessés et du personnel médical ».


- Commentaire -

1) Le mandat
-Intervenant essentiellement dans l’urgence, MSF n’a pas vocation à faire du développement et à former les médecins des pays du Sud. A Ndjaména en 1983, explique par exemple Éric Goemaere, l’association a refusé de créer un centre universitaire hospitalier alors même qu’elle recevait les fonds de la coopération destinés au ministère de la santé tchadien. A plus long terme, l’organisation travaille cependant sur l’accès aux médicaments essentiels et sur des pandémies comme le sida. En Ouganda de 1986 à 2002, elle a notamment mené un programme de lutte contre la maladie du sommeil qui, selon Peter Redfield, allait l’engager dans des perspectives d’action d’un tout autre ordre. Pour des raisons de rentabilité, le laboratoire Aventis avait en effet arrêté de produire de 1995 à 2001 le médicament à base d’eflornithine qui permettait de traiter cette pandémie. En mars 2003, MSF a donc lancé avec l’Institut Pasteur et l’Organisation mondiale de la Santé une Fondation contre les « maladies négligées », délaissées par la recherche pharmaceutique parce que touchant des populations pauvres et non-solvables. Au-delà de l'urgence, il est en outre arrivé que certaines sections du mouvement s'occupent de reconstruire les infrastructures hospitalières à l'échelle d'un pays entier avec des budgets supérieurs à ceux des ministères de la Santé localement, à l'instar de MSF-Belgique au Burundi à partir de 2000. Après la chute de la dictature de Sekou Touré en Guinée Conakry, par exemple, MSF-France a, en 1987, pris en charge l'intégralité du système sanitaire national à la demande du nouveau ministre de la Santé, dont l'association avait financé le rapatriement depuis son exil en France. A cette époque, les trois quarts des programmes de l'organisation dans le monde duraient plus de quatre ans.

-Historiquement, l’originalité de MSF est d’avoir développé un devoir d’ingérence humanitaire et revendiqué son autonomie en faisant directement appel aux médias et à l’opinion publique, quitte à enfreindre le respect des souverainetés nationales et à « court-circuiter » les Etats. L’association, qui a reçu le prix des droits de l’homme décerné par le Conseil de l’Europe en 1992, s’est construite en réaction à la bureaucratisation du CICR et aux présupposés idéologiques des organisations tiers-mondistes qui défendaient la collectivité des pauvres et non la victime en tant qu’individu. Aujourd’hui, les différentes sections du mouvement se sont spécialisées sur des créneaux différents : l’urgence médicale pour la française, le développement de la santé publique pour la belge, le plaidoyer en faveur des droits de l’homme pour la hollandaise…

-A mesure qu'elle se développait, l'organisation a fini par rejoindre le mode opératoire du CICR. Menacée d’un procès, elle a certes dû changer son logo au début des années 1990, après avoir été accusée de plagier et compromettre l’emblème de la Croix-Rouge. Sur le terrain, elle n’en a pas moins adopté la plupart des dispositions du code de conduite du CICR. Un directeur du Comité international de la Croix-Rouge, Paul Grossrieder, en témoigne à sa manière. « Au début, écrit-il, des choix politiques ont empêché MSF d'être impartial, par exemple aux côtés des moudjahiddin contre l'Armée Rouge en Afghanistan. La nature clandestine de certaines activités n'a pas non plus permis de mener des opérations à une grande échelle. Mais les choses ont changé par la suite. Maintenant, les méthodes et techniques de MSF sont beaucoup plus proches de celles du CICR, qui a aussi adopté un style moins formel en s'inspirant des « sans-frontiéristes ». Seule demeure une véritable différence : le devoir de témoignage des collaborateurs de MSF par opposition à la discrétion des délégués du CICR qui veulent préserver leur accès aux lieux de détentions et aux camps de prisonniers de guerre ».

-Aujourd’hui, MSF est désormais convaincu que, dans certains cas, son silence sert davantage l’intérêt des victimes. Dans le Sud de la Somalie en 2009 et 2010, par exemple, l’association préfère se taire pour éviter l’expulsion qui frappe d’autres ONG accusées de prosélytisme par les islamistes. Bien qu’elle ait engagé les troupes de l’Union africaine à cesser de bombarder les quartiers résidentiels de Mogadiscio, elle ne demande donc pas aux insurgés d’arrêter de se servir de la population civile comme bouclier humain. Au Yémen lors de la rébellion houtiste de 2009, remarque pour sa part Michel-Olivier Lacharité, l’association choisit également de ne pas dénoncer les bombardements gouvernementaux dont ses équipes ont été témoins. Pour ne pas compromettre la poursuite de ses opérations, MSF ne juge pas non plus utile d’enjoindre publiquement les belligérants de garantir la sécurité de son personnel et d’épargner l’hôpital où elle travaille, quitte à devoir évacuer discrètement les lieux. Accusé de dénoncer uniquement les violences de l’armée et pas des rebelles, le mouvement doit même se rétracter et démentir les problèmes d’accès au terrain pour être autorisé par le gouvernement à reprendre ses programmes fin 2009. Tout comptes faits, il s’avère qu’au Yémen, le CICR a été plus hardi lorsqu’en 1967, il a publiquement dénoncé des bombardements aériens et chimiques que ses délégués sur le terrain avaient observés et pu prouver.

-Entre aide médicale et défense des droits de l’homme, la position de MSF a en fait évolué au cours du temps. Initialement, rappelle Fabrice Weissman, la première charte de l’association, en 1971, interdit « toute immixtion dans les affaires intérieures des Etats ». Placée sous le signe du secret médical, elle prohibe également l’expression publique de jugements favorables ou hostiles à des dirigeants ou à des événements en cours. De retour des camps de réfugiés cambodgiens à la frontière thaïlandaise, c’est paradoxalement Claude Malhuret, et non Bernard Kouchner, qui viole cet engagement de confidentialité lorsqu’il dénonce les crimes des Khmers Rouges à la télévision française en 1977. En 1992, le mouvement MSF révise alors sa charte pour supprimer son devoir de réserve en dépit des réticences des sections nationales qui s’inquiètent des risques de politisation d’une communication trop agressive. Les témoignages et les activités de plaidoyer se multiplient en conséquence, par exemple avec la campagne pour l’accès aux médicaments essentiels après l’obtention du prix Nobel en 1999. Conclu lors d’une réunion du conseil international de l’organisation à Athènes le 25 juin 2006, l’accord de La Mancha est censé harmoniser la politique de communication des différentes branches du mouvement afin de parler d’une seule voix. Mais la multiplication des opérations de la paix, l’établissement d’une Cour pénale internationale et les revers qui en découlent pour MSF au Soudan en 2009 mettent bientôt en évidence les tensions entre la poursuite d’activités médicales et un devoir de témoignage qui peut servir de preuve judiciaire, justifier des interventions militaires et compromettre l’accès aux victimes. Par un étrange retour de balancier qui témoigne peut-être de son succès, MSF paraît donc moins virulent aujourd’hui qu’autrefois.

2) Le fonctionnement interne
-A la différence des associations anglo-saxonnes, qui recrutent des permanents, MSF peut aisément recourir à des volontaires car le système médical français présente la particularité d’autoriser sans trop de difficultés les congés sans soldes. En outre, les jeunes diplômés en médecine sont plus disponibles à cause du chômage et de la quasi-gratuité d’un enseignement supérieur qui, contrairement aux Etats-Unis ou à la Grande Bretagne, oblige moins à contracter des emprunts pour financer ses études. Une telle latitude facilite la liberté de ton et la propension à témoigner, voire dénoncer. Mais le volontariat a aussi des inconvénients. A défaut d’être convenablement préparés, la plupart des expatriés, remarque Renée Fox, se forment sur le tas et s’avèrent ignorants des réalités sociales et culturelles des terrains où ils sont envoyés. L’organisation compte essentiellement sur leur idéalisme et leur débrouillardise pour pallier aux difficultés. Dans l’urgence, ensuite, la précipitation ne facilite pas la réflexion et la concertation : « l’action n’aime pas la démocratie », expliquait-on aux recrues selon le journaliste Jonathan Benthall. Pour préserver sa vie associative, MSF-France a donc dû prendre des dispositions en obligeant les volontaires expatriés à adhérer à l’organisation et à payer une cotisation automatiquement prélevée sur leur première indemnité. Depuis 1987, l’association a également interdit à ses salariés de voter en assemblée générale et de participer à l’élection du conseil d’administration, sachant que les permanents du siège disposent déjà d’un poids prépondérant dans les processus de décision au quotidien. Les autres sections du mouvement ne fonctionnent pas forcément ainsi et leurs procédures d’adhésion s’avèrent plus sélectives et cooptatives, notamment en Belgique et en Hollande. En France, relèvent Jacques Fontanel et al., les adhérents continuent pour leur part de se plaindre du poids prépondérant des « anciens » et d’un fonctionnement trop centralisé et trop autoritaire, qui laisse peu de place aux partenaires extérieurs. Les tensions ont parfois été telles qu’en novembre 2007, le conseil d’administration de l’association a dû changer de direction, suspendre les procédures de licenciement du département des opérations, ordonner un audit de la gouvernance du siège et répondre à des lettres de dénonciation en lançant une enquête sur des allégations d’abus.

-Autre difficulté liée au volontariat, la capitalisation d’expérience demeure un problème, malgré une indéniable professionnalisation. D’après Marc Payet, la moitié des volontaires quittent MSF-France après leur première mission à l’étranger. De l’aveu même de Xavier Crombé, un chercheur de la Fondation MSF à Paris, les connaissances accumulées « ne sont pas capitalisées par l’institution et se perdent avec le renouvellement des individus en charge du programme, sur le terrain comme au siège ». Le taux de rotation très rapide du personnel, remarquait par exemple l’ethnologue Tim Allen à Moyo dans le nord de l’Ouganda, ne permet pas aux nouveaux arrivants de profiter de l’expérience de leurs prédécesseurs sur le départ : un phénomène encore accentué par la tendance des expatriés à se couper de la population environnante et à se replier sur des « base-vie ». Dorothea Hilhorst et Schmiemann Nadja parlent à ce propos de « communautés fermées », où les volontaires n’ont quasiment aucune intimité. Les employés locaux, eux, ne sont pas très considérés dans une organisation qui accorde surtout de l’importance et du prestige au médecin et à l’expatrié, ainsi que le remarque Eric Comte, responsable des programmes à MSF-France. C’est seulement à l’assemblée générale de 2001 que les employés locaux de la section française ont été autorisés à devenir membres à part entière de l’association. Il est vrai que, sur le terrain, la présence d’expatriés reste indispensable pour assurer la neutralité de l’organisation et veiller à empêcher le détournement de son aide. Dans une étude présentée à la rencontre annuelle de l’AAA (American Anthropological Association) à Philadelphie le 2 décembre 2009, Randi Irwin expliquait ainsi comment, à Oujda sur la frontière entre l’Algérie et le Maroc, le remplacement du personnel expatrié par des docteurs marocains avait détérioré la qualité d’un programme de santé destiné à des immigrés sans papiers qui étaient régulièrement arrêtés par la police marocaine et renvoyés vers l’Algérie.

-La force de MSF, qui s’apprécie dans la rapidité de réaction en cas de crise humanitaire, vient plutôt de son centre de logistique, de formation et d’achat à Lézignan, près de Perpignan, où sont pré-positionnés et pré-conditionnés les kits d’urgence. MSF est la seule ONG française à disposer d’une telle structure, appelée Eurologistique. A l’occasion, celle-ci sert aussi à MDM, ACF et AMI. La section belge, pour sa part, dispose d'un dispositif assez similaire sous la forme d'une coopérative commerciale établie à Bruxelles sous le nom de Transfer. Dans le domaine de l'urgence, la réputation du mouvement n'est en tout cas plus à faire. Certains médecins sans frontières ont d'ailleurs mis leur expérience au service des organisations intergouvernementales. En 2000, Andre Griekspoor, qui avait travaillé pendant neuf ans pour MSF-Hollande au Soudan, au Rwanda, en Ethiopie et au Libéria, est ainsi entré au département des urgences de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Les performances logistiques du mouvement n'ont certes pas toujours été très bonnes. Improvisation et amateurisme ont notamment caractérisé la section française à ses débuts. Cité par Christian Troubé, un ancien de MSF, Francis Charon, qui a pris la direction de la Fondation de France en 1992, explique qu'à l'époque, « l'association filait des bagnoles à des gens qu'on connaissait à peine et qui les pétaient ! On remplissait un avion pour l'Ouganda en feuilletant les Pages Jaunes  » ! De fait, relate le journaliste Dan Bortolotti, MSF a parfois recruté de véritables « cow-boys » ou des « paumés » qui ne pouvaient pas s’intégrer dans leur société d’origine et qui ont adopté des attitudes colonialistes à l’égard des autochtones. Depuis lors, l'organisation s'est professionnalisée. Mais des problèmes demeurent, comme en témoigne Anne-Laure Maïola à propos du tremblement de terre du Cachemire au Pakistan en octobre 2005.

-La professionnalisation de MSF s’est traduite par une forte augmentation des postes dédiés à des tâches non opérationnelles au siège plutôt que sur le terrain, telles la collecte de fonds, le recrutement ou le lobbying. De pair avec une baisse du nombre de pays d’intervention, le rapport entre le nombre d’expatriés et le personnel du siège des différentes sections du mouvement a diminué de 2,5 en 1997 à 2 en 2001 selon Erwan Quéinnec. Dans les missions de terrain, en revanche, la proportion d’expatriés relativement aux employés locaux ne semble pas avoir fondamentalement changé ces dernières années. Elle reste une des plus élevées du monde des ONG internationales, traduisant l’importance accordée à la fonction de témoignage au niveau des volontaires. Selon Abby Stoddard et al., elle était de 11% en 2005, contre 2% et 3% pour World Vision et CARE.

-Précisément parce que MSF intervient au cœur des conflits armés, ses collaborateurs sont parfois attaqués par les belligérants. Plus nombreux et moins médiatisé que le cas des expatriés, le personnel local est en première ligne, à l’instar de ces deux ambulanciers tués à Sawat au Pakistan près de la frontière afghane en février 2009. A défaut de statistiques publiques sur le sujet, il semble cependant que la première cause de mortalité violente dans les rangs des collaborateurs de MSF soit due aux accidents. Rien qu’au Nigeria, par exemple, le Libérien Hawah Kamara et le Français Thomas Lamy disparaissent dans un crash aérien le 10 décembre 2005, alors qu’ils se rendaient à Port Harcourt. Un infirmier américain, Bradley Burlingham, meurt ensuite dans un accident de la route à Abuja le 5 septembre 2008. Début 2007, encore, un expatrié se noie au Zimbabwe.

3) Le fonctionnement en réseau
-MSF comprend différentes organisations soeurs de par le monde. En 2002, le mouvement se composait de cinq sections « opérationnelles » (France, Belgique/Luxembourg, Espagne, Suisse et Pays-Bas), indépendantes financièrement, juridiquement et sur le plan logistique. S'y ajoutaient douze sections « partenaires » (Allemagne, Australie, Autriche, Canada, Danemark, Grande-Bretagne, Hong-Kong, Italie Japon, Norvège, Suède, USA, ainsi que la Grèce et l'Irlande à partir de 2005 et 2006 respectivement ) chargées de sensibiliser le public, de recruter des volontaires, de collecter des fonds et, parfois, de mener des missions conjointes sur le terrain. En 2007, il était question de créer de nouvelles sections en Afrique du Sud et au Brésil afin de favoriser l'entrée des pays du Sud dans le mouvement. A la mesure de leurs moyens, sections "opérationnelles" et "partenaires" reversent entre 0,22% et 0,4% de leurs ressources au bureau international de MSF à Bruxelles. Chaque section nationale dispose par ailleurs d’associations spécialisées et plus ou moins intégrées, telles Epicentre en France, qui a été lancée en 1986 afin de former les volontaires et de réaliser des expertises épidémiologiques, l’AEDES (Agence européenne pour le développement et la santé) en Belgique, qui a été fondée en 1984 pour mener des recherches sur les questions de santé publique, ou HNI (HealthNet International) en Hollande, qui a été créée en 1992 pour soutenir la reconstruction des services de santé dans les régions en crise et qui a fusionné en 2005 avec une autre ONG hollandaise, la TPO (Transcultural Psychosocial Organization). Celles-ci s’appuient parfois sur des relais locaux, créés pour les besoins de la cause. A Goma au Congo-Kinshasa, par exemple, MSF-Hollande a établi en 1993 une ONG, l’ASRAMES (Association régionale d’approvisionnement en médicaments essentiels), qui a suppléé aux lacunes de l’Etat pour ravitailler les pharmacies et les services de santé du Kivu et de Maniema. Rattachée au réseau de HealthNet International, cette structure s’est divisée début 2004 en deux entités, l’ASRAMES-CAME (Centrale d'Approvisionnement en Médicaments Essentiels) et le CIF-Santé (Conseil Information Formation), une agence de consultants reprise par Novib. On peut s’interroger sur la pérennité et la qualité des ONG de la sorte. Tandis que MSF se désengageait du conseil d’administration de l’ASRAMES courant 2003, le département d’évaluation de la coopération hollandaise IOB (Inspectie Ontwikkelingssamenwerking en Beleidsevaluatie) notait que l’association n’était pas assez transparente, manquait de viabilité sur le plan financier et ne ravitaillait que les malades solvables, au détriment des plus pauvres. Dans le même ordre d’idées, au Libéria en octobre 1991, MSF-Belgique a participé au lancement d’une ONG locale, MERCI (Medical Emergency and Relief Cooperative International), qui n’a pas toujours réussi à éviter les trafics de médicaments.

-L’indépendance des diverses sections de MSF réduit les possibilités d’économies d’échelle et conduit souvent à dupliquer les équipements dans un même pays où se côtoient plusieurs branches du mouvement. En pareil cas, il existe certes une sorte de division du travail. Chaque intervenant prend soin de ne pas empiéter sur les programmes de l’autre. De plus, la coexistence de plusieurs sections nationales dans un même pays permet de maintenir la présence de MSF au cas où l’une d’entre elles serait expulsée par les autorités. Dans un cas de figure un peu semblable, MSF-Hollande se place par exemple sous les auspices de l’UNICEF et utilise son acronyme AzG (Artsen Zonder Grenzen) pour négocier en 1992 son entrée en Birmanie et se démarquer des autres sections qui avaient pu mener des opérations clandestines dans les territoires tenus par la guérilla karen. Sur le terrain, on n’assiste pas moins à des divergences qui vont parfois jusqu’à l’incohérence. Suite au typhon Nargis qui ravage la Birmanie en mai 2008, remarque ainsi Thierry Falise, la section suisse de MSF prend soin d’envoyer des expatriés dans tous ses convois de vivres afin de s’assurer que l’aide parvient bien aux victimes ; la section hollandaise, en revanche, adopte l’attitude inverse et confie le suivi de ses programmes aux employés locaux. Egalement relaté par Fiona Terry, le cas de la Birmanie est en l’occurrence emblématique. MSF-Hollande est en effet la première à s’être officiellement implantée dans le pays en 1992, après avoir entrepris de négocier un accord avec la junte trois ans plus tôt. A l’époque, les autres sections du mouvement continuent quant à elles d’assister les réfugiés birmans dans des camps en Thaïlande et déplorent les concessions de leurs collègues hollandais, qui ne sont pas autorisés à assister la minorité des Rohingyas et qui doivent se contenter de travailler dans les banlieues pauvres de Rangoon, d’abord à Shwepyithar, puis à Hlaing Thayar. Les programmes de MSF-Hollande suscitent d’autant plus de controverses qu’ils risquent d’accompagner la politique répressive du régime en entérinant la réinstallation forcée, dans des bidonvilles, de populations suspectées d’avoir soutenu les soulèvements étudiants de 1988. Bien que la section hollandaise parvienne finalement à s’établir dans l’Etat de Rakhine en 1993 et à ouvrir une base dans l’enclave musulmane et rohingya de Maungdaw en 1998, on lui reproche également de se concentrer sur des programmes de lutte contre le paludisme ou le sida, et donc de contribuer à dépolitiser le conflit en traitant des victimes de maladies, et non de répressions. MSF-Suisse, qui s’installe à Rangoon en 1999, n’est d’ailleurs pas non plus autorisée à intervenir dans les zones de combats quand elle négocie avec le gouvernement d’un Premier ministre plus compréhensif, Khin Nyunt, la possibilité de monter en 2004 une clinique dans l’Etat de Kayah. Dernière arrivée dans le pays, en 2000, la section française se heurte pour sa part à des difficultés qui tiennent à la fois à son engagement passé aux côtés des Karens et au durcissement de la junte après le renvoi de Khin Nyunt fin 2004. En mars 2006, elle se retire alors assez discrètement et laisse MSF-Hollande poursuivre un énorme programme médical qui traite davantage de malades du sida que le gouvernement et toutes les autres organisations d’aide réunies. Les positions des deux sections à propos de leur capacité à accéder aux victimes n’en paraissent que plus éloignées. Parallèlement, la section française commence en décembre 2008 à se désengager de son assistance aux sans-papiers birmans à Phang Nga en Thaïlande. Mais son retrait procède du constat selon lequel le gouvernement de Bangkok a pris le relais en étendant aux étrangers la prise en charge d’une partie des soins médicaux. A cet égard, la décision de la section française se distingue fondamentalement de son départ précipité, en mai 2009, du camp de Huay Nam Khao, dans la province de Petchabun, pour protester contre les entraves des autorités thaïlandaises, qui réduisent l’aide afin de procéder à l’expulsion forcée de quelque 4 000 Hmong vers le Laos.

-Les Français continuent de constituer la plus importante section du mouvement. Au milieu des années 2000, ils représentent un peu plus d’un tiers des quelques 3 000 expatriés envoyés sur des terrains de crise, avant les Belges, les Hollandais, les Espagnols, les Britanniques, les Canadiens, les Américains et les Australiens. En dépit de la puissance du volontariat aux Etats-Unis, les Américains restent sous-employés, peut-être parce que leur nationalité est devenue compromettante au vu de l’activisme militaire de l’administration George Bush. Des différences culturelles marquent par ailleurs le fonctionnement des différentes sections du mouvement. Les Français, relate le journaliste Dan Bortolotti, sont perçus comme passionnés, voire arrogants, tandis que les Hollandais sont plus techniciens, les Belges se situant entre les deux. A l’occasion de son quarantième anniversaire, le mouvement a en conséquence décidé d’aplanir ses différents en organisant chaque année une assemblée générale internationale. La première, qui se tient à Paris du 16 au 18 décembre 2011, prévoit ainsi de se doter d’un conseil d’administration et d’une association internationales qui doivent permettre de standardiser les procédures d’adhésion des nouvelles sections nationales, avec des demandes en provenance du Brésil, d’Argentine, du Kenya et d’Afrique du Sud.

-MSF a inspiré la création de nombreux émules parmi lesquels HSF (Hôpital sans frontières), fondée en 1976 par chirurgien, Guy Barthélemy, et un ancien responsable des relations publiques de Matra, Tony de Graaff, ou ASF (Aviation sans frontières), lancée en 1980 par trois pilotes, André Gréard, Gérard Similowski et Alain Yout. Le mouvement a parfois travaillé sur le terrain avec ces associations, à l'instar d'Aviation sans frontières en Ouganda en 1981. Il n'a en revanche aucun lien avec des organisations qui utilisent le même intitulé « sans-frontiériste », tels ASF (Avocats sans frontières) ou QSF (Quartiers sans frontières).

4) Les financements
-Dans la base de données de l’Observatoire, les budgets des sections MSF du Canada et de Hongkong sont convertis en dollars des Etats-Unis ; ceux du Japon, de Grande-Bretagne, de Suisse et de Norvège, en euros.

-MSF-France a pour politique de refuser les subventions de l’État français et d’essayer de s’affranchir des financements d’ECHO (European Community Humanitarian Office). Les autres sections nationales semblent moins regardantes à ce sujet. MSF-Belgique, notamment, travaille souvent avec des fonds gouvernementaux et son président de 1986 à 1994, Réginal Moreels, devait d’ailleurs devenir sénateur en 1995 puis secrétaire d’Etat et finalement ministre de la coopération de Bruxelles en 1999. Sur 231 millions de dollars de ressources pour l'ensemble du mouvement MSF en 1997 (contre 252 en 1996 et 306 en 1994), 46% provenaient de fonds publics. En 1999, encore, 26% des 304 millions d'euros récoltés par les différentes sections MSF provenaient de fonds publics. Ces chiffres étaient respectivement de 19% et 21% pour des budgets de 365,7 millions d'euros en 2002 et 373,8 en 2003. Il est question d’abaisser statutairement ce seuil à un maximum de 15%.

-Pour disposer de fonds propres, le mouvement fait donc appel à la générosité des particuliers. Après Greenpeace et Amnesty International, MSF a par exemple été une des premières ONG françaises à commencer à recruter des donateurs dans la rue, en l’occurrence à partir de 2003. Avec l’appui de la Fondation Rockfeller, un des principaux centres de collecte de fonds du mouvement se trouve aujourd’hui aux Etats-Unis, ce qui soulage MSF-France des efforts en la matière et lui permet de se concentrer sur ses terrains d’intervention, quitte à rendre l’association tributaire des desiderata du public américain. Au sein du mouvement, les autres sections opérationnelles semblent dépendre plus de leur marché national et Ian Smillie relevait par exemple que MSF-Hollande avait dépensé 37% de ses ressources privées à des fins de publicité et de marketing en 1990. Sur un marché où la compétition est très forte, MSF-Grande-Bretagne, elle, ne participe pas au Disasters Emergency Committee, un regroupement d'ONG qui lance des appels de fonds ad hoc en fonction des crises humanitaires. Elle y a sans doute intérêt car elle gagne plus à concurrencer seule un collectif qui redistribue l'argent collecté proportionnellement à l'importance budgétaire de ses organisations membres. En même temps, sa démarche contrecarre les efforts des " dissidents " qui ont fondé leur propre ONG (Merlin, membre du Disasters Emergency Committee) quand le mouvement MSF s'est opposé à ce que la section britannique devienne opérationnelle.

-Pour conforter ses fonds propres, MSF-France ne fait pas seulement appel à la générosité du public, mais aussi au mécénat d'entreprise. A partir de 1986, l'association obtient ainsi le soutien des PDG (Présidents Directeurs Généraux) de Péchiney, de Havas, des cognacs Martell, de Saint-Gobain, d'Alsthom et du groupe Ouest-France. Avec une SARL (Société à responsabilité limitée) appelée " 6-8 Assistance ", l'organisation labellise également des produits vendus dans les grandes surfaces : shampoings Mixa-Bébé de Roja Garnier (une filière de L'Oréal), céréales Kellog's, yaourts Gervais-Danone, stylos Waterman, etc. Ces efforts en direction du secteur privé correspondent en l'occurrence à un tarissement des ressources financières de MSF-France en 1987, suivi d'un premier déficit en 1988 qui oblige à restreindre les dépenses. A l’époque, ils suscitent d’ailleurs certaines critiques car ils reviennent à accorder des brevets de respectabilité à des firmes qui ne sont pas au-dessus de tout soupçon, telle la marque de chaussures Nike, accusée de sous-traiter sa production dans des filiales du tiers-monde ne respectant pas le droit du travail.

-Les autres sections nationales de MSF font également appel au mécénat d'entreprise. Une particularité de MSF-Hollande est de se financer aussi grâce à la loterie nationale (à hauteur d'un cinquième de son budget sur la période 2000-2005). Les subventions du Jersey Overseas Aid sont certainement les plus discutables car les îles anglo-normandes recyclent l'argent sale des dictatures du tiers-monde, tel le Nigeria du général Sani Abacha entre 1993 et 1998. Le risque serait de voir des activités de MSF financées grâce au détournement des fonds publics dans des pays en développement où l'Etat n'investit pas ou peu dans les infrastructures médicales.

-Au vu de son indépendance financière relativement aux subventions gouvernementales, MSF-France a la capacité d’ouvrir sur ses fonds propres des missions humanitaires dans des pays peu couverts par les médias mais dont les besoins sont criants, tels l’Angola ou la Tchétchénie par rapport à l’Afghanistan en 2002, sans parler de programmes originaux et encore peu développés chez d’autres ONG, par exemple dans les prisons de Côte d’Ivoire et de Madagascar.

-A notre connaissance, le mouvement MSF n'a jamais connu de scandale financier. En janvier 2006, la section française prenait les devants et licenciait un comptable responsable d'un vol de 30 000 euros. MSF a par ailleurs apporté la preuve de sa grande intégrité en arrêtant assez vite de collecter des fonds en faveur des victimes du tsunami asiatique de décembre 2004. Spécialisée dans les secours d'urgence, l'association a argué qu'elle ne saurait utiliser cet argent à bon escient à moins de dévoyer son mandat et de se lancer dans des opérations de reconstruction en dehors de ses capacités. De fait, en Indonésie à Lamno dans la province d'Aceh, elle s'est lancée en mars 2005 dans des programmes qui n'étaient pas son coeur de métier et qui consistaient par exemple à financer des bateaux avec du bois coupé illégalement dans la forêt voisine. De plus, les besoins de la région étaient déjà largement couverts. A un moment donné, explique Kirsten Schulze, Aceh s'est même retrouvée avec plus de médecins que tout le reste de l'Indonésie ; l'offre a été telle qu'elle a littéralement balayé les dispensaires locaux (puskesmas) et que les services de santé en sont venus à se disputer le patient et à soigner des maladies sans aucun rapport avec le tsunami. En France, la position de MSF n'en a pas moins suscité un tollé de la part des autres ONG françaises, même si MDM et HI s'y sont finalement ralliés en demandant discrètement à leurs donateurs de réaffecter leurs fonds vers d'autres crises moins médiatisées mais tout aussi graves.

5) La politique de communication
-Le refus de rester silencieux face à des massacres, en particulier au moment du génocide rwandais de 1994, a conduit le mouvement à prendre parti et à s’interroger sur le sens de sa neutralité tel qu’il avait été intégré dans sa charte. Bien que MSF soit d’abord une ONG médicale, le témoignage est une composante essentielle de ses modalités d’actions. Contrairement au CICR, qui offre aux victimes une protection juridique et pas seulement une assistance matérielle, MSF peut intervenir avec moins de discrétion. Président de l’association entre 1982 et 1994, Rony Brauman s’en explique dans un ouvrage collectif dirigé par Marie-José Domestici-Met. Selon lui, la dénonciation des exactions résulte d’abord des témoignages que les volontaires du mouvement recueillent sur le terrain. MSF n’est pas une organisation de défense des droits de l’homme. La dénonciation des « violations massives et répétées » des principes humanitaires ne porte que sur les pays où l’association est présente. De plus, le témoignage ne doit pas porter préjudice aux victimes. Alors que MDM met davantage l’accent sur les droits de l’homme en tant que tels, MSF défend ainsi le respect d’un droit humanitaire dont la finalité est essentiellement pratique et dont l’universalité doit simplement structurer le débat sans gêner l’action sur le terrain, quitte à s’adapter et à faire des compromis si l’on en croit un document interne de 1999, cité par Dorothea Hilhorst et Schmiemann Nadja. L’indépendance d’action de l’organisation, remarque Peter Redfield, pousse cependant à parler au nom des victimes sans leur en avoir demandé la permission et sans avoir été élu ou mandaté par elles. De plus, la dénonciation des abus des belligérants compromet parfois la poursuite des programmes humanitaires. Les témoignages recueillis sur le terrain, notamment, peuvent avoir une portée judiciaire et une utilité policière. A propos des massacres au Darfour, deux responsable de MSF ont ainsi été arrêtés en mai 2005 après avoir publié un rapport incriminant l’armée gouvernementale et participé à une réunion de la fondation MacArthur avec des représentants de la CPI (Cour pénale internationale). Par la suite, ce sont toutes les équipes de médecins sans frontières qui, assimilées à des informateurs, ont dû interrompre leurs activités et quitter le pays quand le procureur Luis Moreno Ocampo a lancé un mandat d’arrêt contre le chef de l’Etat soudanais Omar el-Béchir en février 2009.

-La position de MSF à l’égard des tribunaux pénaux internationaux ou nationaux a en fait évolué au cours du temps, à mesure que la CPI se mettait en place. En 1992, expliquent Françoise Bouchet-Saulnier et Fabien Dubuet, le président de la section française, Rony Brauman, et la directrice des opérations, Brigitte Vasset, ont d’abord refusé de témoigner à charge dans le procès politique qui se tenait à Addis-Abeba contre les anciens responsables de la dictature de Mengistu Hailé Mariam. A partir de 1994, l’organisation a également évité de travailler avec le TPIY (Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie), arguant que son témoignage mettrait en danger la vie de son personnel sur le terrain sans permettre pour autant d’identifier et de prouver la culpabilité des auteurs de crimes de guerre ; au mieux, la participation des ONG allait simplement masquer la résistance des Etats à coopérer avec la Cour. L’association a néanmoins utilisé une disposition du règlement de procédure pour transmettre des documents qui pouvaient servir à faciliter les enquêtes, mais pas à nourrir les dossiers d’accusation. Fin 1996, l’organisation a aussi aidé le TPIY à identifier le corps d’un de ses employés tués en Bosnie, Meho Bosnjakovic. Son rapport sur l’expulsion des Albanais du Kosovo début 1999 a par ailleurs été utilisé par le procureur du Tribunal. L’année suivante, encore, MSF a transmis à la Cour des certificats médicaux des anciens détenus maltraités et des éléments de preuve concernant les cadavres retrouvés au Kosovo, entre autres pour faciliter leur identification par les familles. En 2004, enfin, un membre de l’association a décidé à titre personnel de témoigner pour défendre l’ancien chef militaire bosniaque de Srebrenica, Naser Oric.

-Suivant les circonstances, la position de MSF a ainsi pu varier du tout au tout. Début 1997, par exemple, la section française du mouvement a demandé et obtenu que le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) auditionne Rony Zacharias, son coordinateur à Butare, qui avait été témoin de l’assassinat ciblé du personnel médical tutsi au moment du génocide. L’association a justifié cette dérogation par le caractère exceptionnel des massacres et par le fait que le témoignage de son collaborateur visait à exposer un contexte général et non à apporter des éléments de preuve contre un ou plusieurs accusés. Par la suite, MSF-France a également participé à la mission d’enquête parlementaire qui s’est montée en 1998 à propos du Rwanda. Son chef de mission à Kigali au moment du génocide de 1994, Jean-Hervé Bradol, a notamment profité de son audition à Paris pour démentir la version officielle des autorités et affirmer avoir vu des soldats français prendre part à des opérations de la police locale en 1993. Dans le même ordre d’idées, MSF-France a transmis au TPIR en 1999 un rapport confidentiel sur les exactions du FPR (Front patriotique rwandais) : en vain, d’ailleurs, puisque la Cour a renoncé à poursuivre les hommes de Paul Kagamé et à entendre les casques bleus témoins du massacre de Kibeho en 1995, ceci pour apaiser les tensions ethniques et faciliter l’effort de réconciliation nationale…

-A partir de 2003, en revanche, l’ensemble du mouvement MSF a refusé de coopérer avec la Cour spéciale pour la Sierra Leone, estimant que ce tribunal n’était pas suffisamment indépendant de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. L’organisation s’est alors contentée de transmettre des rapports déjà publiés, mais pas des documents internes. En 2005, elle a par ailleurs imposé l’anonymat pour laisser témoigner un collaborateur expatrié qui en avait exprimé le souhait. Cette même année, MSF devait également protester contre la participation des enquêteurs de la CPI aux réunions du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) dans le nord de l’Ouganda. Adoptée en avril 2004, la doctrine du mouvement à l’égard de la Cour pénale internationale a finalement énoncé un principe de subsidiarité selon lequel l’organisation fournirait des preuves uniquement si les faits étaient d’une gravité exceptionnelle et si ses informations ne pouvaient être obtenues ailleurs. A moins d’une demande explicite des patients concernés, l’association a évidemment décidé de conserver sous le sceau du secret médical les informations individuelles sur les victimes et de ne pas transmettre à la CPI de listes nominatives de témoins. Sachant que, contrairement au CICR, le mouvement n’impose pas de clause de confidentialité à ses employés, il n’interdit cependant pas à un de ses membres de témoigner à titre personnel. En pareil cas, il lui fournit un soutien juridique et veille à conserver son anonymat afin de protéger ses collègues restés sur le terrain.

-Au fil du temps, MSF s’est ainsi éloigné des positions adoptées lorsque l’association faisait partie de la coalition d’ONG qui demandait l’établissement d’une Cour pénale internationale en 1998. Deux ans après, son refus de témoigner dans des procédures judiciaires paraissait déjà contredire sa demande d’une enquête sur le massacre de Srebrenica. A l’époque, MSF-France a proposé de faire auditionner Pierre Salignon, son ancien responsable de programme au moment de l’attaque serbe, et a beaucoup participé au montage de la mission parlementaire, à tel point que l’association a obtenu la mise à l’écart de François Léotard, pressenti pour être rapporteur mais décrié comme ministre de la défense pendant la guerre en Bosnie. Sur son site Internet, l’organisation a également mis en ligne des documents confidentiels qui contredisaient ou complétaient les déclarations des officiels français. Un tel activisme a nourri le paradoxe décrit par Françoise Bouchet-Saulnier et Fabien Dubuet « entre d’une part les prises de paroles publiques de MSF dénonçant certains crimes ainsi que son soutien à la création de la Cour pénale internationale, et d’autre part sa méfiance quand il s’agit de coopérer directement avec les tribunaux mis en place ».

-Différentes approches existent en réalité au sein des sections nationales du mouvement. Les Hollandais et les Belges, notamment, privilégient le traitement juridique des témoignages, au risque de ralentir la publication des informations. Ils ont par exemple reproché aux Français d’avoir diffusé dans la précipitation un rapport qui devait faire la Une du journal Libération du 30 avril 1999 et qui dénonçait les exactions serbes contre les Albanais du Kosovo. La position de la section française est qu’il n’aurait servi à rien de divulguer ces informations après les événements. Mais la publication du rapport a donné le sentiment d’une concurrence médiatique avec MDM, qui, installé à la frontière entre le Kosovo et la Macédoine, bénéficiait d’une meilleure couverture télévisuelle. De plus, les témoignages recueillis par MSF-France ont contribué à légitimer l’intervention militaire de l’OTAN contre les Serbes (à la même époque, l’association a précisément refusé pour ces raisons de publier un rapport sur les exactions de l’armée indonésienne au Timor oriental, avec des informations susceptibles de justifier une opération armée de la communauté internationale). L’association, remarque le directeur de CARE-Australie Steve Pratt, a paru d’autant plus proche de l’Armée de Libération du Kosovo que, sur place, elle travaillait beaucoup avec les Albanais de la Société de la Mère Teresa à Pristina. En outre, relève Didier Fassin, elle a donné le sentiment d’adopter deux poids, deux mesures, en restant silencieuse à propos des exactions anti-serbes des rebelles kosovars une fois ceux-ci arrivés au pouvoir.

-Les positions publiques de MSF-France ont indéniablement été influencées par la trajectoire personnelle de ses dirigeants successifs. Ulcéré par le silence complice du CICR à propos de la Shoah pendant la Seconde Guerre mondiale, Bernard Kouchner a d’abord insisté sur la valeur du témoignage pour dénoncer des exactions, notamment à l’occasion de la famine du Biafra en 1968. Dans une interview publiée en 2007, Rony Brauman admet lui-même avoir été trop virulent à propos des massacres commis en Serbie en 1993-1994 parce qu’il était également marqué par les échecs de la neutralité humanitaire face au nazisme. Conscient que Bernard Kouchner avait été instrumentalisé par les rebelles biafrais pour propager la thèse d’un génocide et mobiliser la communauté internationale en faveur des sécessionnistes, il a cependant été plus mesuré concernant le Darfour à partir de 2003. Ses propres erreurs n’y sont pas pour rien non plus, puisque Rony Brauman avait organisé à la frontière thaïlandaise en 1980 une manifestation pour dénoncer une famine qui n’existait pas au Cambodge. Forte de son expérience en la matière, MSF-France a donc refusé de qualifier de génocide les massacres commis au Darfour à partir de 2003, assumant le risque d’être instrumentalisé par la junte de Khartoum pour récuser les critiques des organisations de défense des droits de l’homme.

-D'une manière générale, la politique de communication de MSF est très élaborée. En France, l'association jouit d'ailleurs d'un excellent taux de notoriété. Parmi les ONG humanitaires, son nom vient spontanément à l'esprit de 19% des sondés en 1986, 34% en 1988 et 50% en 2006 si l'on en croit des enquêtes citées par Chantal Verger et l'IFOP (Institut Français d'Opinion Publique). Bien souvent, le mouvement est également cité par les médias, quand ce ne sont pas directement ses volontaires qui jouent le rôle de correspondants de guerre. Pendant les vacances d'été, à une période où les rédactions des organes de presse manquent habituellement de personnel, le journal de bord d'un médecin sans frontières à Monrovia, publié dans Le Monde du 5 août 2003, tenait par exemple lieu de reportage à propos du Libéria. Cependant, la production d'analyses réalisées dans l'urgence a parfois amené MSF à rapporter des faits inexacts. Citée dans le journal Libération du 28 décembre 2004 à propos du tsunami en Asie, une responsable de l'association, Pauline Hirill, expliquait ainsi que « la récupération et le tri des cadavres est cruciale si on veut éviter les épidémies ». En réalité, les spécialistes savent que les morts « n'ont pas de potentiel épidémique », comme le reconnaissait d'ailleurs un médecin d'Epicentre, Philippe Guérin, dans un communiqué publié deux jours plus tard sur le site Internet de MSF-France.

-Sur le plan financier, MSF est une des organisations les plus transparentes qui soient. Non contente de fournir dans le détail les comptes de chacun de ses projets, elle est la seule ONG française à publier le salaire de ses dirigeants, à hauteur de 4 535 euros par mois pour le président en 2004. Le plus souvent, les autres associations publient la moyenne de leurs cinq ou dix plus hauts salaires, ce qui permet de niveler les montants que perçoivent leurs directeurs des opérations, des finances et des relations publiques, généralement les postes les mieux dotés. Un tel constat de transparence se retrouve dans d’autres pays. Aux Etats-Unis, MSF fait ainsi partie des rares ONG interrogées (37 sur un total de 196) à avoir accepté de répondre au questionnaire du DAP sur l’état de ses dépenses en faveur des victimes du tremblement de terre haïtien de janvier 2010.

-Afin d’améliorer encore sa transparence, le mouvement MSF réfléchit par ailleurs à l’idée de centraliser à l’échelle internationale les comptes et la diffusion des budgets des différentes organisations sœurs de par le monde. En 2004, seules les sections australienne et norvégienne ne mettaient pas leurs rapports financiers en ligne sur Internet. En 2007, c’était toujours le cas des sections australienne et suédoise. MSF-International gagnerait à s’améliorer de ce point de vue : sur le plan de la transparence, elle était en 2007 l’ONG la moins bien notée par l’équipe de Robert Lloyd, qui a ignoré les efforts des différentes sections nationales du mouvement. A en croire les résultats du One World Trust, le mouvement ne rendait pas non plus correctement de comptes à ses partenaires extérieurs, notamment en cas de plainte.

6) Les relations avec les forces politiques
-Les positions de MSF à propos d’un conflit armé ne relèvent pas d’une idéologie partisane à proprement parler. Dans son livre, Michèle Manceaux, qui travaillait pour MDM, s’étonnait par exemple qu’en 1985, MSF ait dénoncé les exactions de la junte marxiste en Ethiopie et non le bombardement de civils par la dictature militaire pro-américaine au Salvador. Mais les abus n’avaient pas la même ampleur et n’étaient pas de nature identique. En Ethiopie, c’est directement la logistique humanitaire qui était détournée à des fins militaires pour déporter la population vers le Sud, vider le Nord du pays et priver les guérillas du soutien de la paysannerie. La question qui se posait était de savoir si la poursuite de l’aide n’était pas contre-productive. Le propos n’était pas d’adopter l’attitude des gouvernementaux occidentaux qui, selon le journaliste Peter Gill, avaient adopté deux poids et deux mesures en condamnant d’emblée le programme de réinstallation d’Addis-Abeba alors même qu’au Soudan en 1984, ils soutenaient l’Opération Moïse d’exfiltration des Juifs éthiopiens, les Falasha, et fermaient les yeux sur la corruption de la dictature pro-américaine à l’époque au pouvoir à Khartoum.

-Contrairement à une idée répandue, la diversité des sensibilités personnelles et les activités politiques de certains membres du mouvement ne permettent pas non plus d’affirmer que MSF serait une organisation "de droite" ou MDM une association "de gauche". L’extension et l’internationalisation du mouvement ont sans doute désamorcé le risque de dérive idéologique qui avait menacé MSF-France au moment de l’affaire de la Fondation "Libertés sans frontières". D’un côté, l’engagement de MSF aux côtés des Palestiniens au Liban ou des Sandinistes au Nicaragua a fait dire à Paul Berman que l’association était « la branche médicale des mouvements de guérilla progressistes du monde entier ». De l’autre, quelques-unes des interventions de MSF à ses débuts ont pu prendre une coloration partisane et anticommuniste au Cambodge, en Ethiopie, en Afghanistan, en Russie et en Chine. Au moment de la famine éthiopienne de 1984, par exemple, l'association a dénoncé les exactions de la junte marxiste mais pas des guérillas du Nord, qui attaquaient les convois d'aide humanitaire pour obliger la population à quitter les régions tenues par le gouvernement et à venir chercher de la nourriture dans les zones « libérées ». De même en Afghanistan, MSF a critiqué les violations du droit humanitaire par l’Armée Rouge, mais pas par les moudjahidine. En URSS entre 1988 et 1989, encore, l’organisation a envoyé quatre missions clandestines pour recueillir les témoignages de citoyens internés malgré eux dans des asiles, dénoncer les abus de la médecine locale et s’opposer à la réintégration de la section soviétique de l’Association mondiale de psychiatrie, qui l’avait exclue de ses rangs en 1983. En Chine en 1989, MSF a également tenté de secourir les manifestants de Tien-an-men alors que la capitale était déjà largement pourvue en médecins. En Afghanistan à partir de 1980, l’association a aussi bravé les autorités communistes en arguant qu’une action de prévention humanitaire serait plus efficace à l’intérieur des zones tenues par les moudjahidine, plutôt qu’en "fin de parcours", dans les camps de réfugiés au Pakistan. D’après des analystes comme Helga Baitenmann, la décision de n’intervenir que du côté des "combattants de la liberté" traduisait en réalité un refus de négocier avec le gouvernement mis en place par les Soviétiques à Kaboul. Le caractère clandestin des opérations a obligé à corrompre les douaniers pakistanais et les passeurs afghans, alimentant tout un réseau mafieux de profiteurs de guerre. Et les caravanes de médicaments se sont greffées sur les transports d’armes de la rébellion. De plus, les opérations de MSF à l'époque étaient financées par des organisations américaines et anticommunistes, le National Endowment for Democracy et l'International Rescue Committee, qui soutenaient ouvertement les moudjahidine en lutte contre l'Armée Rouge. A sa manière, l’association a donc pu participer à l’entreprise de réarmement moral des néo-conservateurs de Washington. Entre 1983 et 1985, notamment, Claude Malhuret a plusieurs fois été invité aux Etats-Unis par un sénateur républicain, Gordon Humphrey, qui avait mis en place l’Opération Cyclone de la CIA (Central Intelligence Agency) pour financer la résistance afghane.

-Aujourd’hui, on peut également se demander pourquoi les médecins sans frontières, si virulents à propos de l’Ethiopie communiste en octobre 1985, n’ont pas été plus démonstratifs à propos de l’Ouganda, pays très bien coté par la Banque mondiale et les Etats-Unis. A partir de septembre 1996, les Acholi du Nord ont en effet été regroupés de force à l’intérieur de camps ravitaillés par les humanitaires et « protégés » par l’armée ougandaise en vue de vider les campagnes et d’isoler les rebelles de la LRA (Lord Resistance Army). Selon Adam Branch, certaines agences d’aide ont ainsi contribué à pérenniser et contrôler des sites qui, sans elles, n’auraient pu perdurer sans provoquer des émeutes locales ou des protestations jusque dans la capitale. Partant, elles ont légitimé la stratégie de Kampala et perpétué une crise humanitaire qui n’aurait pas eu lieu d’être si les paysans avaient été autorisés à retourner chez eux cultiver leurs terres. Au regard des Conventions de Genève de 1949, il s’agissait pourtant d’un crime de guerre du fait que des civils avaient été placés dans des camps contre leur volonté, qu’ils n’y avaient pas été protégés et que leur enfermement ne répondait à aucune nécessité militaire, par exemple au moment d’une offensive de l’armée ougandaise. Le silence de MSF-Hollande, qui intervenait dans la région à l’époque, n’en paraît que plus étonnant.

7) Les relations avec les forces militaires
-En principe, MSF essaie à tout prix de bien séparer les secours humanitaires des actions militaires menées dans le cadre d'opérations de la paix. En 2004, l'organisation a ainsi quitté l'Afghanistan et l'Irak pour protester contre les interférences des armées occidentales, et pas seulement pour des raisons de sécurité. En 1999 puis 2003, MSF-USA, notamment, s'est progressivement retiré d'un collectif d'ONG américaines, InterAction, qui avait désapprouvé le mélange des genres militaro-humanitaire au Kosovo mais envoyé au nom de tous ses membres une lettre incitant la Maison Blanche à intervenir dans la crise du Libéria. Soucieux de préserver sa neutralité, le mouvement n'est généralement pas favorable à la version coercitive de l'ingérence humanitaire telle qu'elle a pu être définie par Bernard Kouchner. Pour des raisons logistiques, MSF-France a cependant pu convoyer du matériel et des équipes dans des avions ou des hélicoptères de l'armée de l'air française au Nicaragua en 1972, au Tchad en 1980, au Yémen en 1989, au Libéria en 1990, au Kurdistan en 1991 au Rwanda en 1994 ou en Indonésie en 2005. L’association a également demandé l’intervention militaire de la communauté internationale au moment du génocide au Rwanda en 1994, des combats dans l’Est du Congo-Kinshasa en 1996 ou des massacres d'Albanais par les Serbes au Kosovo en 1999. En général, la position du mouvement se précise plutôt au cas par cas, de façon assez pragmatique, voire contradictoire, et revient souvent à critiquer la façon dont sont mises en œuvre les " opérations de la paix ", notamment sous l'égide des Etats-Unis en Somalie en 1991, de la France au Rwanda en 1994, de l'ONU en Bosnie en 1995 et de l'OTAN au Kosovo en 1999. Par le biais de son président Jean-Hervé Bradol, MSF-France s'est en particulier opposé aux projets d'interventions militaires au Libéria et au Darfour en 2003. Dans Le Monde du 14 septembre 2003, Jean-Hervé Bradol rappelait que "l'indépendance est essentielle au secouriste humanitaire pour être perçu par les belligérants comme ne participant pas aux hostilités. Le respect de ce principe impose de ne pas faire sien les projets visant à l'établissement d'un nouvel ordre politique international". Il critiquait ainsi la façon dont Washington manipulait le qualificatif de génocide en fonction de ses intérêts diplomatiques et stratégiques pour déclencher des interventions militaires. Les Etats-Unis, qui s'étaient refusés à employer le terme à propos du Rwanda en 1994, ont parlé de génocide à propos du Darfour en 2004, alors même que l'intention d'exterminer un groupe n'était pas plus évidente que l'existence de races dans un conflit censé opposer des "Arabes" à des "Africains". Dans Libération du 23 mars 2007, Jean-Hervé Bradol et Fabrice Weissman se sont à nouveau inquiétés du projet d'envoyer au Soudan des casques bleus de l'ONU après que le plus gros des massacres a déjà eu lieu, quitte à provoquer « un bain de sang » supplémentaire et à « miner l'une des opérations de secours les plus efficaces des vingt dernières années ».

-En dernier recours, lorsque l'intensité des combats empêche toute activité humanitaire, il arrive que des équipes de MSF se placent ponctuellement sous la protection des militaires déployés dans le cadre d'une mission de la paix. En mai 2003 à Bunia, le personnel de MSF-Suisse est ainsi allé trouver refuge dans le camp du bataillon uruguayen de la MONUC (Mission des Nations Unies au Congo), où il a établi une clinique provisoire. Un responsable de la mission de MSF-France en Côte d'Ivoire était quant à lui exfiltré d'Abidjan par les troupes de l'Opération Licorne au moment des violences anti-françaises de novembre 2004. De même lors de l'ouragan "Mitch" d'octobre 1998 en Amérique centrale, MSF, qui avait refusé de transporter ses secours dans des avions militaires, a sollicité l'armée américaine pour effectuer des missions de reconnaissances et retrouver un hélicoptère de médecins sans frontières perdu au-dessus du Honduras. Dans son étude sur les relations entre ONG et forces armées, Daniel Byman y voit là une preuve d'inconsistance.

8) Les relations avec les forces économiques
-La position du mouvement MSF à l’égard des acteurs économiques se concentre essentiellement sur des questions de santé publique et a évolué au cours du temps. Dans les années 1980, remarquent Jean-Hervé Bradol et Claudine Vidal, l’association a par exemple critiqué les projets d’industrialisation pharmaceutique du tiers-monde et les modèles maoïstes du « médecin aux pieds nus », considérant que seules les firmes privées avaient la capacité d’investir à long terme sur la recherche médicale. Au cours de la décennie suivante, l’organisation a en revanche vilipendé les effets dévastateurs du capitalisme pharmaceutique sur la santé publique, et elle a entrepris de soutenir la recherche médicale dans les pays en développement. L’association ne fait cependant pas partie de la mouvance altermondialiste à proprement parler, même si elle partage certaines préoccupations des forums sociaux mondiaux, notamment quant à l’accès des pays en développement aux médicaments essentiels. Il est arrivé que MSF collabore avec la Banque mondiale, qui a par exemple financé un programme de formation de médecins au Cambodge de 1999 à 2001. Depuis qu’il a lancé en 2003 une Fondation contre les « maladies négligées », remarque Peter Redfield, le mouvement s’est également rapproché des laboratoires pharmaceutiques et s’est institutionnalisé au risque de compromettre son indépendance d’action. Au Niger d’octobre 2003 à décembre 2004, MSF a par ailleurs investi dans une entreprise de Niamey, la STA (Société de transformation alimentaire), en vue de produire du Plumpy’nut, un aliment destiné à traiter la malnutrition à domicile.

-Si MSF bénéficie d’une réputation irréprochable en France, il n’en va pas toujours de même à l’étranger. Aux Etats-Unis en novembre 2004, une ONG de Washington, Public Interest Watch, a ainsi accusé l’association de diffuser des traitements au rabais contre le sida, sous prétexte d’employer des médicaments génériques et moins onéreux, en l’occurrence le Ranbaxy. De fait, le fabriquant concerné, basé à New Delhi en Inde, venait de retirer son produit de la circulation, de crainte qu’il ne renforce la résistance de la maladie à des traitements anti-rétroviraux. Au Nigeria, encore, MSF s’est retrouvé mêlé à une malheureuse affaire d’expérimentations du laboratoire pharmaceutique américain Pfizer, qui a provoqué la mort de onze enfants. Intervenue à l’occasion d’une épidémie de méningite en mars 1996, l’association menait certes ses propres programmes de vaccination et n’a supervisé en rien les tests de médicaments. Le responsable médical nigérian de l’époque, Idris Mohammed, rappelle d’ailleurs que MSF avait protesté contre les expérimentations et menacé de se retirer. Mais l’association travaillait dans le même hôpital à Kano, souvent avec les mêmes employés que Pfizer, ce qui a valu à la section hollandaise d’être expulsée par les autorités. Lorsque le gouvernement nigérian a lancé des poursuites judiciaires contre la compagnie pharmaceutique en juin 2007, le président de MSF-France, Jean-Hervé Bradol, a ensuite regretté une décision qui risquait, selon lui, de dissuader les laboratoires pharmaceutiques de poursuivre des essais thérapeutiques contre les maladies affectant les pays du Sud.

-La Canadienne Julie Laplante reproche quant à elle aux médecins sans frontières de promouvoir les médicaments pharmaceutiques comme une panacée et de négliger les savoirs locaux des populations du Sud. Intervenue à la demande du gouvernement brésilien lors d’une épidémie de choléra en 1991, MSF-Hollande a ainsi commencé en 1993 à former des agents de santé auprès des Indiens Madija-Kulina du Haut Jurua en Amazonie. La médecine moderne a alors supplanté les guérisseurs traditionnels, réduits au rôle d’herboristes, et les thérapies locales, considérées comme obsolètes. Résultat, la population est devenue incapable de se prendre en charge elle-même, sans pour autant parvenir à maîtriser des techniques nouvelles et peu adaptées au climat amazonien, par exemple avec des microscopes moisis par l’humidité et inaptes à identifier les formes de malaria. Incidemment, Julie Laplante note aussi que le programme de MSF-Hollande a exacerbé les tensions sociales avec les chamanes, dépossédés de leur pouvoir de guérison, et les chefs traditionnels, désormais concurrencés par des agents de santé détenteurs de l’unique radio ou bateau à moteur du village.

-Pour sa part, le vice-président de MSF-France de 2001 à 2003, Didier Fassin, a déploré le paradoxe qui consistait à demander aux Etats, aux institutions internationales et aux entreprises de diffuser des traitements anti-rétroviraux alors que l’association ne cherchait même à dépister le sida chez ses propres collaborateurs.

9) La capacité d’analyse
-Dans le champ humanitaire français, MSF est une des rares ONG à avoir un sens aigu de l’autocritique et à faire preuve d’une grande lucidité politique quant aux effets pervers que peuvent entraîner certains de ses programmes. Depuis le début, l’association n’a cessé de s’interroger sur la finalité et la justification de son aide à tel ou tel pays. La capacité d’analyse de MSF, qui s’est doté d’une fondation de recherches, témoigne d’un indéniable mûrissement, à la mesure du chemin parcouru. Sous la houlette de Rony Brauman, l’organisation a notamment contribué à clarifier le concept d’espace humanitaire en fonction de trois critères essentiels pour sa capacité d’accès au terrain, à savoir : la liberté d’évaluer les besoins ; la liberté de distribuer soi-même les secours afin d’en vérifier l’usage ; la liberté, enfin, de dialoguer en direct avec les victimes. De telles conditions ont permis à MSF d’affiner la qualité de ses programmes dans des environnements politiques et militaires tendus. Consciente des limites de l’action humanitaire, l’association s’est ainsi désengagée des situations où, manifestement, l'aide concourait à alimenter les belligérants, prolonger les conflits ou consolider une dictature. Cela a notamment été le cas en Ethiopie, en Somalie et en Corée du Nord. Parfois, MSF s'est aussi retiré de certains pays faute de fonds, sans avoir réussi à passer le relais à des opérateurs locaux. Au Cambodge après la transition démocratique de 1993, l'association a par exemple remis sur pied les hôpitaux publics. Mais, remarque Sabine Trannin, une fois les équipes de MSF reparties, ceux-ci « sont retombés dans l'état lamentable d'avant l'aide » : le matériel a été revendu au marché noir ; le personnel médical s'est laissé corrompre...

-D’une manière générale, l’association est censée intervenir dans des situations d’exception, notamment dans les régions qui connaissent de forts niveaux de violence. En revanche, elle se retire souvent des pays qui sortent d’un conflit et retournent à la « normale ». Au Katanga, par exemple, la section française de MSF s’est désengagée en 2007 d’un programme de vaccination et de soins médicaux entamé pour les réfugiés en 2000 et élargi à l’ensemble de la population à la demande des autorités locales. Mais l’association, expliquent Jean-Hervé Jézéquel et Camille Perreand, a été largement influencée par le discours des Nations Unies qui tablait sur une normalisation de la situation malgré la persistance de foyers épidémiques. Les autres sections de MSF, elles, sont restées sur place en continuant à mettre en œuvre une politique de recouvrement des coûts des soins afin de passer le relais aux autorités locales.

-De fait, les stratégies de retrait du mouvement n’ont pas toujours été très cohérentes. En Géorgie, relève Damien Helly, l’association a été accusée d’alimenter l’économie de la république sécessionniste d’Abkhazie après 1993. Si MSF a eu le courage de se retirer de pays comme l’Ethiopie en 1985 ou le Congo-Kinshasa en 1995, à un moment où l’aide humanitaire était en train d’envenimer la situation, l’organisation a choisi de rester au Zimbabwe en 2005 ou en Sierra Leone en 1998 alors même que la communauté internationale décidait de suspendre son assistance pour ne pas alimenter les dynamiques de conflit. Les contradictions sont flagrantes à l’échelle de régions comme le Sud de la Somalie, d’où l’association s’était retirée en 1993. Après le départ des casques bleus en 1995, MSF a repris ses activités dans le pays et continuait en 2009 de travailler à Mogadiscio depuis le Kenya. Sa position paraît d’autant plus étonnante qu’en 1993, l’association avait, somme toute, un meilleur accès aux victimes, ce qui lui permettait de mieux contrôler l’usage de ses secours. A l’époque, elle distribuait certes des vivres qui étaient davantage susceptibles d’être détournés, tandis qu’à Mogadiscio en 2009, elle se contentait de fournir des médicaments et de soigner quelques blessés. Mais dans le Sud, elle a vite été confrontée aux exigences croissantes des insurgés islamistes qui, en 2010, réclamaient le paiement d’une taxe annuelle de $40 000, le versement de frais d’enregistrement de $10 000 par projet, le licenciement du personnel féminin et un « impôt sur le revenu » équivalant à 5% du salaire des employés de l’ONG. Avec l’usure du temps, il est également possible que MSF soit devenu moins exigeant quant aux types d’espaces humanitaires dans lesquels il lui était possible d’intervenir.

-En matière de cohérence, le problème vient aussi d’un esprit de contradiction très poussé et du décalage existant avec d’autres opérateurs humanitaires. Souvent qualifié d’arrogant, le « splendide isolement » de MSF pénalise les efforts de coordination et de concertation. Le mouvement s’est par exemple retiré en 1998 du projet Sphere, initié par des ONG anglo-saxonnes en vue d’introduire des normes minimales dans la distribution des secours. Il a argué qu’au vu de sa rigidité, un tel dispositif allait restreindre les possibilités d’innovation et tirer les standards vers le bas parce qu’il reposait sur le plus petit dénominateur commun entre des organisations trop diverses. Ce faisant, MSF a donné le sentiment de n’appliquer que ses propres règles, édictées par ses soins. Dans le même ordre d’idées, l’association a lancé sa propre campagne pour l’accès aux médicaments afin de maîtriser ses activités de plaidoyer, plutôt que de se greffer sur les réseaux déjà existants des activistes de la santé. En 2007, encore, MSF était la seule ONG internationale à avoir refusé de participer aux travaux de l’équipe de Robert Lloyd et du One World Trust britannique sur la transparence des organisations humanitaires. Aux Etats-Unis, elle a aussi préféré quitter la plate-forme d’ONG InterAction pour ne pas se compromettre avec la coopération américaine et la politique étrangère de Washington. Sur le terrain, il y a, au mieux, un relatif partage des tâches et des territoires, par exemple avec le CICR, qui assurera la chirurgie quand MSF s’occupera de l’anesthésie, ou inversement. Pareille complémentarité vaudra également pour les ONG qui, telle Save the Children, travaillent moins dans l’urgence et à qui MSF remet parfois ses programmes au moment de quitter un pays.

-A l’intérieur même du mouvement, les différentes sections nationales n’ont pas encore vraiment harmonisé leurs stratégies sous la coupe du bureau international. Pendant longtemps, celles-ci ont collecté des fonds chacune de leur côté et elles n’ont pas toujours su éviter la duplication de projets, sans parler des surcoûts en termes d’économies d’échelles. A propos de la Côte d’Ivoire et de la Sierra Leone au début des années 2000, Michel Galy déplorait ainsi l’existence à Freetown de « trois implantations européennes de MSF sans coordination, avec des personnels différents [… dans le cadre d’une] sorte de géopolitique sauvage, au hasard des affinités, des disponibilités ou des proximités ». Pour sa part, Johanna Siméant a relevé de nombreuses incohérences sur le plan de la communication, de l’affectation des volontaires et de la logistique malgré un projet de fusion des deux plateformes française et belge de Lézignan et Anvers. En dénonçant les exactions des belligérants ou les détournements de l’aide, MSF-France, notamment, a pu gêner les activités d’autres sections nationales. En Roumanie après la chute du régime communiste, relate par exemple Gautier Pirotte, l’ONG a bruyamment quitté le pays sur un constat d’échec et d’immobilisme des partenaires locaux en 1995, tandis que son homologue belge décidait de rester plus discrètement. Au Burundi, rapportent encore Marc Le Pape et Isabelle Defourny, la section française a publié un rapport dérangeant qui lui a valu d’être expulsée en 2001. Sa lettre ouverte, qui questionnait l’attentisme des sections de MSF restées dans le pays, a alors suscité une controverse en interne. Les autres branches du mouvement ont en effet argué que leurs divergences ne provenaient pas de disputes à propos de la nécessité de mener une campagne de plaidoyer pour réformer les protocoles de lutte contre le paludisme, mais de l’attitude provocante de la section française, qui avait court-circuité les instances de décisions de l’organisation et choisi une politique de confrontation sans en aviser le bureau international. A propos du Darfour en 2004, des discordances sont également apparues entre les Hollandais et les Français, les premiers se disant favorables à une intervention militaire de la communauté internationale et les seconds s’y opposant parce qu’il ne s’agissait pas d’un génocide et qu’il valait mieux poursuivre les opérations de secours depuis que les combats avaient diminué d’intensité et que les diarrhées et la malnutrition étaient devenues les principales causes de mortalité.

-La coordination reste donc un défi essentiel. Dans le camp de Brazda en Macédoine lors de la crise du Kosovo en 1999, Timothy Cross, un militaire britannique de l’OTAN, regrette ainsi que MSF ait « refusé d’autoriser un médecin de MDM à opérer depuis "son" enceinte. Au beau milieu de dizaine de milliers de réfugiés, explique-t-il, j’ai assisté avec ébahissement à la querelle que se livraient les deux organisations, alors qu’on déployait drapeaux et bannières pour s’assurer que les médias véhiculeraient jusqu’aux foyers et bureaux du monde entier les images appropriées ». A propos du camp de Maela qui avait été monté en 1993 dans la région de la Burnt Forest pour accueillir les déplacés victimes des affrontements politiques au moment des élections présidentielles au Kenya en 1992, le témoignage du prêtre de la paroisse locale, cité par Monica Kathina Juma, est tout aussi éloquent. "Le Programme des Nations Unies pour le Développement, MSF-Belgique, MSF-France, le Conseil national des Chrétiens du Kenya, l’Eglise catholique, la Croix-Rouge, les organisations de défense des droits de l’homme, et que sais-je encore : ils étaient tous là, et chacun faisait ce qu’il voulait. Il n’y avait aucune coordination, aucune concertation, rien. Il n’était pas inhabituel de trouver une famille sans couvertures mais avec six bouteilles d’huile en provenance de six agences différentes. A la fin, le sort des déplacés était pire qu’à leur arrivée… Je pense que les agences de secours ont d’abord pensé à elles-mêmes, avant les victimes. L’aide a été très politisée et ceci n’a fait que multiplier les problèmes sur place : la prostitution infantile, le refus des déplacés de revenir chez eux, l’occupation illégale des terres cultivables, la dépendance alimentaire, etc. J’aurais vraiment préféré que toutes ces agences ne viennent pas du tout dans la région de la Burnt Forest. Aujourd’hui, la vulnérabilité des déplacés est plus grande qu’elle ne l’était au moment des événements".

-On peut finalement s’interroger sur la façon dont le mouvement apprécie la qualité de ses opérations. A notre connaissance, MSF n’a jamais fait l’objet d’évaluations indépendantes et rendues publiques. Certaines actions mériteraient pourtant d’être étudiées de près. En mai 1998, MSF et MDM ont ainsi poussé le gouvernement à amender une ordonnance de novembre 1945 en vue d’autoriser les étrangers malades à rester en France lorsqu’ils ne pouvaient pas être soignés correctement dans leur pays d’origine. Résultat paradoxal, remarque Miriam Ticktin, des sans papiers ont cherché à prolonger artificiellement leur maladie, voire à s’inoculer le sida, afin de justifier leur présence en France et d’éviter une expulsion ! Autre dégât collatéral, les cartes de séjour délivrées à titre humanitaire n’ont pas autorisé leurs détenteurs à travailler, quitte à les enfoncer dans la clandestinité et le marché noir. Enfin, l’Etat a profité du dispositif pour restreindre le droit d’asile et réduire le nombre de statuts de réfugiés qu’il accordait chaque année. En fait de légalisation, l’amendement de mai 1998 a contribué à précariser des étrangers vulnérables sur la base de titres de séjour laissés à la discrétion de l’administration.

-De tels effets pervers se retrouvent évidemment dans les pays en développement. Au Niger en 2005, relatent par exemple Benedetta Rossi et Barbara Cooper dans l’ouvrage de Xavier Crombé et Jean-Hervé Jézéquel, des mères ont pu délibérément provoquer l’amaigrissement de leurs enfants pour bénéficier des distributions de nourriture gratuite dans les centres de MSF. Elles leur ont administré des laxatifs afin d’obtenir une aide alimentaire en répondant aux critères cliniques de la malnutrition. Bien que limité à un petit nombre, leur comportement a appuyé l’argumentation du gouvernement nigérien, qui dénonçait une fabrication médiatique et la transformation d’une crise chronique en famine par la grâce de MSF.


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Droit de réponse -

Lors d’une entrevue accordée le 24 mars 2003, M. Jean-Hervé Bradol, président de MSF-France, n’a pas souhaité commenter ou faire corriger la partie « historique » de ce profil. L’Observatoire reste ouvert aux remarques des membres de l’association qui souhaiteraient apporter des précisions.

Rédacteur de la fiche et date de mise à jour : M.-A.P.d.M., 9-12-2012

 
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