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-17 avril 1839, Grande-Bretagne : soutenue par les églises
progressistes, la Société britannique
et internationale contre l’esclavage est lancée
sous le nom de BFASS (British and Foreign Anti-Slavery
Society). L’initiative fait suite à la
création à Londres, le 22 mai 1787, d’un
Comité pour l’abolition du commerce des
esclaves. Appuyé par les tories au pouvoir à
l’époque, en l’occurrence le Premier
Ministre William Pitt et le député William
Wilberforce, celui-ci provenait essentiellement des
milieux quakers, qui en composaient la quasi-totalité
des douze membres à l’exception de son
président Granville Sharp et de deux autres personnalités.
En 1807, ledit Comité était ensuite devenu
un organisme semi-officiel, l’Institut Africain,
au moment où était votée une loi
dont il devait surveiller l’application et qui
abolissait le commerce des esclaves dans les colonies
de la Couronne britannique. Soucieux de diffuser l’exemple
abolitionniste et de promouvoir d’autres formes
de commerce avec le continent noir, l’Institut
Africain avait effectivement tenté de mettre
fin à la traite transatlantique et d’encourager
l’affranchissement des esclaves sur le modèle
de la Sierra Leone, dont la capitale, Freetown, avait
accueilli environ 14 000 personnes libérées
par la justice britannique entre 1772 et 1778. Mais
l’Institut n’avait pas lutté contre
l’esclavage " domestique " à
l’intérieur du continent noir et il ne
s’était guère préoccupé
du sort des affranchis laissés à eux-mêmes
après leur libération. En 1823 était
donc apparue une Société pour la modération
et l’abolition progressive de l’esclavage
dans l’Empire britannique, organisation où
l’on retrouvait des membres de la première
heure du Comité de 1787, avec Thomas Clarkson
et William Wilberforce, ainsi que des Quakers et des
notables comme Zachary Macaulay (un planteur de Jamaïque
qui allait fonder un journal, l’Anti-Slavery Reporter,
en 1825) et le député Thomas Fowell Buxton
(1786-1845). A coups de pétitions auprès
du Parlement, la Société obtint l’adoption
de mesures visant à améliorer les conditions
de vie et de travail des esclaves. Mais cela restait
très insuffisant au regard des objectifs d’émancipation
complète. En 1832, les militants les plus radicaux
du mouvement, qui avaient fondé une Agence du
Comité l’année d’avant, se
séparaient alors de la Société
de 1823 pour réclamer une abolition inconditionnelle
et immédiate de l’esclavage. Plutôt
que de rester à Londres, ils décidèrent
de porter le message dans les campagnes et rallièrent
à leur cause les femmes, qui, si elles n’avaient
pas le droit de vote, pouvaient signer des pétitions
; plus de 187 000 d’entre elles rejoignirent ainsi
la campagne de l’Agence du Comité. Leurs
efforts ne furent pas vains. Le 29 août 1833,
une nouvelle loi programmait l’affranchissement
graduel des esclaves au bout d’une période
d’apprentissage obligatoire de quatre à
six ans. Afin d’apaiser la colère des maîtres,
un tel dispositif permit pendant un temps de continuer
à exploiter une main d’œuvre gratuite,
y compris les enfants âgés de plus de six
ans ; il fut finalement supprimé en 1838.
-12 juin 1840, Grande-Bretagne : avec des délégués
venus de France et des Etats-Unis, la BFASS organise
à Londres la première convention mondiale
contre l’esclavage, qui se déroule dans
le Hall des Francs-maçons. La conférence permet d’élaborer une position commune mais révèle aussi les divergences d’opinion des deux côtés de l’Atlantique, notamment à propos du rôle des femmes dans l’Angleterre victorienne, qui pratique la ségrégation des sexes. Des déléguées américaines, noires comme blanches, sont ainsi reléguées au rang de spectateurs et ne peuvent pas voter lors des débats. Autre sujet de litige, les Etats-Unis, très critiqués à cause du statut servile des Noirs dans le Sud, acceptent mal de recevoir des leçons de l’ancien colonisateur britannique alors qu’ils comptent 1 350 sociétés contre l’esclavage en 1838, avec 120 000 à 250 000 membres actifs. Un député de la Caroline du Sud, cité par Betty Fladeland, dénonce par exemple les interférences d’un pays qui traite les Irlandais en " esclaves " et où, selon lui, les conditions de vie du prolétariat sont pires que celles des esclaves aux Etats-Unis !
-1841, Grande-Bretagne : le Royaume Uni, la France, l’Autriche, la Prusse et la Russie signent un traité qui les autorisent à inspecter en haute mer les navires suspectés de transporter des esclaves.
-1843, Grande-Bretagne : à l’occasion d’une
autre convention mondiale contre l’esclavage,
la BFASS s’oppose au libre échange et défend
des positions protectionnistes. Selon elle, la baisse
des droits de douane entraînerait une hausse de
la demande britannique pour le sucre cubain et brésilien,
produit à faible coût grâce au travail
des esclaves encore autorisés en Amérique
latine. L’ouverture des frontières de l’Empire
colonial ruinerait également les plantations
de Jamaïque, où les esclaves ont été
affranchis et qui bénéficient de relations
commerciales privilégiées avec Londres.
Mais le protectionnisme douanier a aussi pour inconvénient
de renchérir le prix des importations de biens
de consommation courante, ce qui suscite le mécontentement
des couches populaires en Grande-Bretagne. En conséquence
de quoi, des dissidents quittent la BFASS pour fonder
un Comité Provisoire ayant l’ambition de
concilier libre commerce et abolition de l’esclavage.
-A partir de 1850, Grande-Bretagne : délaissant
la lutte contre la traite transatlantique, désormais
très réprimée, la BFASS commence
à dénoncer des formes d’exploitation
moins connues, telle l’importation en Jamaïque
de travailleurs gagés en Inde. L’organisation,
qui appelle au boycott des biens produits dans les pays
qui n’ont pas encore aboli l’esclavage,
connaît alors un certain déclin dans les
milieux populaires, plus préoccupés par
l’amélioration des conditions de vie du
prolétariat depuis que la Grande-Bretagne a interdit
la traite. La BFASS perd des membres et ses ressources
financières diminuent en conséquence.
-1861, Etats-Unis : les débuts de la guerre de sécession du Sud, qui refuse d’affranchir les esclaves noirs, prennent la BFASS de court. En Grande-Bretagne, bien des militants sont pacifistes et se refusent à soutenir militairement la cause du Nord abolitionniste ; quelques-uns ne restent pas insensibles à la propagande du Sud, qui dit lutter pour son indépendance et contre l’impérialisme yankee.
-1865, Etats-Unis : la fin de la guerre de sécession
et la victoire du Nord, qui a affranchi les Noirs, placent
la BFASS dans une situation difficile car celle-ci avait
appelé à un cessez-le-feu qui aurait en
l’occurrence fait le jeu des Confédérés
du Sud, favorables à l’esclavage. D’une
manière générale, le pacifisme
de l’organisation s’avère souvent
paradoxal quand il conduit à critiquer le gouvernement
britannique, dont la marine veille précisément
au respect des traités internationaux interdisant
le commerce des esclaves.
-1867, France : la BFASS participe à la tenue
d’une nouvelle convention contre l’esclavage
qui se déroule à Paris et qui, grâce
aux récits de l’explorateur britannique
David Livingstone, sensibilise l’opinion publique
à la traite des Noirs entre l’Afrique de
l’Est et le monde islamique. Au cours des années
1870, l’organisation va ainsi faire pression sur
Londres pour obliger le Khédive d’Egypte,
le Sultan de l’Empire ottoman et le Shah de Perse
à mettre fin au commerce d’esclaves dans
leur pays.
-1884-1885, Allemagne : sous prétexte de combattre
l’esclavage, la conférence de Berlin consiste
en fait à partager le continent noir entre les
grandes puissances européennes. La cause abolitionniste
se retrouve à servir d’alibi à la
colonisation de l’Afrique.
Les contradictions sont flagrantes du côté britannique, où la BFASS a soutenu la conquête du Soudan par le fameux général Charles Gordon (1833-1885) alors même que celui-ci levait une armée d'esclaves pour faire respecter l'interdiction de la traite.
-1888-1890, Belgique : après avoir initié
en Grande-Bretagne un débat parlementaire invitant
les gouvernements à organiser et financer une
conférence internationale sur l’esclavage,
la BFASS obtient un succès d’estime à
Bruxelles en 1890, où est signé le premier
traité prévoyant de lutter effectivement
contre la traite des Noirs par voie maritime ou terrestre,
à l’intérieur du continent africain.
Sous la houlette de son nouveau secrétaire général
depuis 1889, Henry Richard Fox Bourne (1837-1909), la
Société va alors se focaliser sur l’exploitation
des peuples indigènes par les puissances coloniales.
Cette nouvelle stratégie, qui conduit à
se préoccuper du sort des Indiens au Pérou
par exemple, amène la BFASS à se rapprocher
de la Société pour la protection des aborigènes,
l’APS (Aborigines Protection Society). Fondée
en 1839 par des Quakers, celle-ci avait paradoxalement
reçu le soutien du roi belge Léopold II,
célébré à la conférence
de Berlin de 1885 comme un philanthrope soucieux de
combattre l’esclavage et de civiliser le continent
noir avec son Association africaine internationale.
Or l’Etat Libre du Congo, créé en
1884 et placé sous la souveraineté personnelle
du roi, était rapidement devenu le domaine privé
des sociétés concessionnaires, qui y affamèrent
et y décimèrent la population africaine
à coups de travaux forcés. Aussi l’APS
devait-elle prendre ses distances avec Léopold
II et même finir par mener campagne contre lui
avec la BFASS et l’Association pour la réforme
au Congo du journaliste Edmund Dene Morel (1873-1924),
qui avait recueilli les témoignages des crimes
commis sur place.
-1897-1935, Ghana : l’APS soutient la création
de l’ARPS (Aborigines’ Rights Protection
Society), qui est fondée à Cape Coast
par le rédacteur en chef du Methodist Times,
le révérend Samuel Richard Brew Attoh-Ahuma
(1875-1921), et des chefs Fante de la côte qui
s’inquiètent des velléités
du colonisateur britannique de limiter leurs droits
coutumiers sur la terre suite à un projet de
loi en 1894. Composée de notables locaux tels
que Joseph Peter Brown, un homme d’affaires d’origine
royale, et John Mensah Sarbah, le premier avocat qualifié
du Ghana, l’association, qui publie un journal,
le Gold Coast Aborigines, est très légaliste
et utilise seulement les moyens constitutionnels à
sa disposition pour défendre les intérêts
des " indigènes ". Dépassée
par l’émergence d’un mouvement nationaliste
à partir des années 1920, elle disparaîtra
de la scène politique vers 1935.
-1909, Grande-Bretagne : la BFASS et l’APS fusionnent
et forment la Société contre l’esclavage et pour la protection des aborigènes, l’Anti-Slavery and Aborigines’ Protection Society, dont le
premier secrétaire général est
un ancien missionnaire baptiste en Afrique, le révérend
John Harris.
-1910-1912, Pérou : à Londres, la Société
relaie les plaintes de Benjamin Saldana Rocca contre
le richissime Julio Cesar Arana, qui a enregistré
sa compagnie en Angleterre et qui est accusé
de massacrer les Indiens d’Amazonie chargés
de récolter pour lui le caoutchouc dans la région
de la rivière Putamayo à la frontière
de l’Equateur, du Brésil et de la Colombie.
A l’instar de l’affaire du Congo, territoire
finalement confié à la Belgique en 1906,
le scandale suscite la création d’une commission
d’enquête gouvernementale qui, menée
par Roger Casement, rend son rapport au Parlement britannique
en 1912 et cite le chiffre de 30 000 morts liés
à l’exploitation du caoutchouc dans la
région depuis 1900.
-1912, Nigeria : l’Anti-Slavery Society reçoit des plaintes des Diobu de Port Harcourt, expropriés et menacés d’expulsion lors de la création de la ville par le colonisateur britannique en novembre 1912. Accusée de diffamation en novembre 1913, au prétexte qu’elle refuse de citer ses sources, l’organisation craint cependant d’être poursuivie en justice et renonce en mars 1914 à défendre les droits fonciers des autochtones car leurs chefs traditionnels ont signé des accords renonçant à leur souveraineté. Des considérations pratiques jouent également. L’Anti-Slavery Society n’a pas les moyens financiers d’engager une bataille juridique et d’envoyer sur le terrain des enquêteurs vérifier les allégations des plaignants. De plus, il existe des conflits d’intérêts. Ainsi, certains de ses membres sont directement concernés par le dossier et soulignent l’importance stratégique de l’établissement d’une ville à Port Harcourt. C’est notamment le cas de John Cavendish Lyttleton, un secrétaire aux colonies qui a monté les expéditions militaires de 1902 et 1910 pour ouvrir l’arrière-pays du Nigeria aux investissements britanniques.
-1913, Afrique du Sud : la Société s’oppose
au Native Land Act qui, à l’instigation
du colonisateur britannique, réserve 93 % des
terres du pays aux Blancs et en exclut les paysans noirs,
réduits au statut d’ouvriers agricoles.
A Londres, le roi George V, qui désapprouve les
critiques contre la politique britannique, démissionne
alors de l’Anti-Slavery Society, dont il était
le président d’honneur. D’une manière
générale, l’organisation ne revendique
pourtant pas l’indépendance des Africains
et ne condamne pas la colonisation, dont elle cautionne
l’œuvre civilisatrice et veut seulement limiter
les abus.
-1914, Grande-Bretagne : l’alliance stratégique
de Londres et de Bruxelles, en guerre contre l’Allemagne,
oblige l’Anti-Slavery Society à mettre
en sourdine ses attaques contre les exactions belges
au Congo. Pour sa part, Edmund Dene Morel fonde alors
un parti pacifiste, l’UDC (Union of Democratic
Control), qui lui vaudra d’être emprisonné
en 1917 mais qui exercera une certaine influence sur
la scène politique, neuf de ses membres participant
au gouvernement travailliste en 1924.
-1926-1939, Suisse : la Société appuie
les travaux préparatoires de la Convention internationale
de 1926 contre l’esclavage. De 1933 à 1939,
elle participe ensuite au comité permanent qui
est mis en place pour suivre l’application de
la Convention et qui enquête plus particulièrement sur le Libéria.
-1930-1931, Suisse : la Société soutient la Convention n°29 de 1930 qui, sous l’égide du Bureau international du travail, interdit le travail forcé. L’année suivante, elle participe également à Genève aux travaux de la conférence internationale qu’organise Save the Children sur l’Afrique et où l’on débat aussi des trafics d’enfants.
-1939-1945, Grande-Bretagne : la Seconde Guerre mondiale
se traduit par une sensible baisse d’activités
de l’Anti-Slavery Society dans le monde colonial.
-1947, Grande-Bretagne : sous la conduite de Charles Wilton Wood Greenidge (1889-1972), son secrétaire général de 1942 à 1956, l’Anti-Slavery and Aborigines’ Protection Society adopte le nom abrégé d’Anti-Slavery Society. A l’époque, l’organisation continue de se situer dans une lignée impérialiste et ne soutient pas les mouvements de décolonisation. Son journal The Reporter, qui tire à 2 000 exemplaires en 1947, s’adresse officiellement aux lecteurs soucieux de défendre les " races faibles ". C’est à ce titre qu’ASI s’oppose à l’apartheid et aux tentatives d’annexion de la Namibie par l’Afrique du Sud, envoyant en délégation auprès du gouvernement britannique un pasteur anglican de Johannesburg, le révérend Michael Scott, qui rejoindra la direction de la Société en 1963.
-13 mai 1949, Etats-Unis : une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies crée un comité d’experts sur l’esclavage où l’on retrouve Charles Greenidge, le secrétaire d’ASI, mais qui n’a pas de caractère permanent.
-1950, Etats-Unis : confortée par l’article
4 de la Déclaration des Droits de l’Homme
de 1948, qui interdit expressément l’esclavage,
l’Anti-Slavery Society obtient à New York
un statut consultatif auprès du Conseil économique
et social des Nations Unies, l’ECOSOC (Economic
and Social Council).
-1956-1962, Etats-Unis : suite au lobbying de l’Anti-Slavery
Society, où Thomas Stanley Lane Fox-Pitt (1897-1989) vient de prendre la suite de Charles Greenidge, des protocoles additionnels à la Convention
de 1926 étendent la notion d’esclavage
au travail des enfants, au servage et à la mise
en gage d’être humains pour rembourser une
dette. L’organisation modifie son mandat en conséquence
afin d’inclure les nouvelles dispositions du droit
international, qui visent également les mariages
forcés à partir de 1962.
-1957, Suisse : la Société, qui vient de prendre le nom de Société contre l’esclavage et pour la protection des droits de l’homme (Anti-Slavery Society for the Protection of Human Rights), soutient la
Convention n°105 qui, signée sous l’égide
de l’Organisation internationale du travail, interdit
aux gouvernements d’utiliser le travail forcé
comme instrument de répression politique, de
développement économique, de rééducation
pénale ou de discrimination raciale, sociale,
nationale ou religieuse.
-1960, Grande-Bretagne : une fois le processus de décolonisation acquis et les pays africains sur la voie de l’indépendance, la Société commence à affirmer le droit à l’autodétermination des peuples indigènes. Au cours des années 1970, elle interviendra en faveur des Kurdes d’Irak, des Chittagong Hill Tracts du Bangladesh, des Indiens Aché du Paraguay, des Yanoama du Brésil et des habitants de Timor-Est après l’invasion de l’Indonesie.
-1963, Grande-Bretagne : le colonel Patrick Montgomery devient le nouveau secrétaire général de la Société, fonction qu’il occupe jusqu’en 1980. En 1978, le secrétaire général prendra le titre de directeur et le personnel, réduit à deux personnes, sera étoffé.
-1966, Etats-Unis : les Nations unies publient un rapport
spécial qui confirme la persistance des pratiques
d’esclavage, officiellement abolies en Arabie
Saoudite et dans les émirats du Golfe en 1963.
L’Anti-Slavery Society milite alors en faveur
de l’établissement d’un comité
de suivi qui n’a pas le soutien du gouvernement
britannique car le projet est récupéré
par le bloc soviétique, les Etats d’Amérique
latine et certains pays africains comme la Tanzanie
pour condamner un allié de Londres, en l’occurrence
le régime d’apartheid en Afrique du Sud,
assimilé à une forme particulière
d’esclavage.
-1970, Grande-Bretagne : l’arrière arrière
petit-fils de William Wilberforce, un lord, prend la
présidence de l’Anti-Slavery Society, qu’il
avait rejointe en 1934. Dans la foulée d’Amnesty International, qui date de 1961, la stratégie d’action de l’organisation connaît à cette époque une inflexion majeure. Dans un rapport de 1968 adressé aux Nations Unies et cité par John Carey, ASI regrette en effet que, depuis 1946, sa politique de discrétion n’a pas été couronnée de succès. Elle constate qu’il lui faut désormais médiatiser ses enquêtes à grands renforts de publicité. Contrecoup de cette nouvelle politique et de son ton plus offensif, ASI est accusée de diffamation aux Nations Unies et manque de peu perdre son statut à l’ECOSOC en 1978.
-1973, Paraguay : alertée par l’anthropologue Mark Munzel, la Société commence à se soucier du sort des Aché, des nomades indiens exploités et menacés d’extinction dans le sud-est du pays. En septembre 1973 à la tribune des Nations Unies, ASI décide alors d’accuser nommément le Paraguay de violations massives des droits de l’homme, une procédure peu usitée en dehors du cas du régime d’apartheid en Afrique du Sud.
-1975, Suisse : aux Nations unies, le comité de suivi sur les pratiques d’esclavage, que réclame l’Anti-Slavery Society depuis 1966, voit enfin le jour à Genève. Parmi ses membres se trouve le Britannique Ben Whitaker, qui vient d’ASI et a été directeur du Minority Rights Group. D’après des sources onusiennes citées par William Korey, presque toutes les informations du comité de suivi proviennent initialement de la Société.
-1979, Grande-Bretagne : la proclamation de l’Année internationale de l’enfance permet à la Société de mettre en valeur sa campagne contre le travail des mineurs. Après avoir lancé en 1975 puis 1977 des enquêtes sur l’exploitation des enfants dans l’industrie textile et la fabrication artisanale de tapis au Maroc et en Asie du Sud, ASI a obtenu en 1978 un financement de la Fondation Ford pour publier des rapports plus exhaustifs qui couvrent la Colombie, l’Inde, le Portugal, Hong Kong, l’Italie, la Malaisie, l’Afrique du Sud, l’Espagne et la Thaïlande. Le couronnement de ces efforts va être l’adoption par l’Assemblée générale des Nations Unies de la Convention sur les droits de l’enfant, le 20 novembre 1989.
-A partir de 1980, Emirats Arabes Unis : les autorités
fédérales prennent des mesures visant
à interdire le recrutement d’enfants pour
les courses de chameaux, très prisées
dans le pays. En pratique, les organisateurs de courses
continuent cependant de faire venir de jeunes jockeys
en provenance d’Asie, notamment du Bengladesh.
Sensibilisée à la question, l’Anti-Slavery
Society va alors démarrer une campagne en vue
de mettre fin à ces pratiques.
-1981, Etats-Unis : à la grande satisfaction d’ASI, les Nations unies créent un groupe de travail sur les peuples indigènes.
-1987, Australie : la Société est chargée
par le gouvernement fédéral à Canberra
de rendre un rapport sur le statut des aborigènes.
-A partir de novembre 1990, Grande-Bretagne : la Société prend le nom abrégé d’ASI (Anti-Slavery International) afin de renforcer la visibilité d’une organisation qui connaît un certain déclin, avec 3 employés et 1 143 adhérents en 1988. Une femme venue d’Oxfam, Lesley Roberts, prend la direction de la Société et la modernise. Jusqu’alors, il n’y avait pas de plan financier, de budget ou de fonds de retraite pour les employés, et les minutes des réunions du comité général n’étaient pas divulguées au personnel. Avant d’être remplacée par un ancien d’Amnesty International, Mike Dottridge, en 1996, Lesley Roberts entreprend de refondre l’organisation, qui comprend jusqu’à dix employés et compte désormais 1 600 adhérents.
-A partir de 1992, Pakistan : une loi interdit le servage
mais est peu suivie d’effets, notamment dans le
Sindh. ASI appuie alors les efforts de son partenaire
local, la HRCP (Human Rights Commission of Pakistan),
en vue de faire appliquer la législation existante.
Prêchant le dialogue avec les autorités,
celui-ci dénonce en 1995 les propos belliqueux
d’Ehsan Ullah Khan, le leader du BLLF (Bonded
Labour Liberation Front), dont les exagérations
discréditent la campagne des ONG modérées
contre le servage.
-1993-1998, Grande-Bretagne : suite à la publication
de son rapport sur les nouvelles formes d’esclavage
en Angleterre, ASI soutient la campagne dite Kalayaan
en vue d’interdire aux employeurs de confisquer
les papiers d’identité des domestiques
immigrés à leur service. Par peur d’être
déportés, ces derniers évitent
en effet d’aller à la police se plaindre
des mauvais traitements dont ils sont victimes. Pour
éviter cela, les services d’immigration
britanniques leur accordent à partir de juillet
1998 des visas de travail qui ne dépendent plus
de l’accord de l’employeur.
-1994-1997, Grande-Bretagne : ASI abrite le secrétariat
de la Campagne contre le tourisme sexuel en Asie, qui
est lancée cette année-là en vue
d’obtenir la promulgation, en mars 1997, d’une
loi punissant les ressortissants britanniques coupables
de pédophilie à l’étranger.
-1995, Grande-Bretagne : ASI devient l’équivalent
britannique d’une SARL (Société à responsabilité limitée). Pendant
longtemps, l’organisation avait été
une exception car elle bénéficiait, grâce
à son ancienneté, des avantages fiscaux
du statut caritatif habituellement refusé par
les autorités aux associations de défense
des droits de l’homme, considérées
comme trop politiques. Obtenu à une époque
où la législation était moins stricte,
ledit statut a été remis en cause quand
Anti-Slavery a changé de nom en 1990.
-1997, Brésil : suite à une action de
préemption des autorités fédérales
en vue de racheter une plantation dont le propriétaire
maltraitait les ouvriers à Flor de Mata dans
l’Etat de Pará, ASI se prononce en faveur
de la confiscation pure et simple des terres où
se pratiquent des formes modernes d’esclavage.
Bien que le gouvernement ne soit pas favorable à
de telles procédures, un projet de loi prévoit,
en décembre 1997, de modifier le code pénal
et d’interdire aux employeurs de retenir leur
personnel par la force ou en confisquant leurs papiers
d’identité.
-1998, Grande-Bretagne : soucieuse de veiller à
l’élimination du travail des enfants dans
les firmes du tiers-monde qui sous-traitent pour les
grandes multinationales occidentales, ASI rejoint l’Initiative
pour le commerce équitable, qui réunit
des ONG, des syndicats et des entreprises socialement
responsables. Les efforts en ce sens se poursuivent
également à Genève, où,
en 1999, une Convention de l’Organisation internationale
du travail interdit les pires formes de travail des
enfants.
-1999, Philippines : avec une fondation locale établie
en 1991, le Visayan Forum, ASI fait campagne pour l’adoption
par le Parlement d’une charte dite Batas Kasambahay
afin de réglementer le travail des domestiques
en interdisant l’exploitation des enfants.
-18-28 octobre 2000, Soudan : après avoir commandité
un premier rapport en août 1997, ASI envoie dans
le Sud du Darfour une délégation mener
une mission d’enquête " guidée
" par un organisme gouvernemental, le CEAWC (Committee
for the Eradication of Abduction of Women and Children).
Au Nord, la junte islamiste au pouvoir à Khartoum,
en guerre contre le Sud, se refuse à parler d’esclavage
et n’admet que des disparitions ou des enlèvements
par les milices arabes proches de l’armée.
Au Sud, des organisations intégristes chrétiennes
tiennent des discours extrémistes sur les velléités
de " génocide " par les musulmans.
La position d’ASI se situe entre les deux. Réaliste,
la Société critique à la fois les
lacunes du gouvernement et les pratiques de CSI (Christian
Solidarity International) ou CSW (Christian Solidarity
Worldwide), qui rachètent les "esclaves", au risque d’enrichir les tortionnaires
et de favoriser toutes sortes de fraudes.
Dans un rapport envoyé à l'ONU en juin 1991, ASI conteste également le chiffre de 20 000 esclaves et parle plutôt d'un millier de captifs très dispersés sur le territoire.
-Février 2002, Népal : suite aux pressions
d’ASI et de son partenaire local, l’organisation
BASE (Backward Society Education), le gouvernement de
Katmandou passe une loi interdisant le servage des kamaiya.
-A partir de 2005, Niger : Ilguilas Weila, le responsable d’une importante ONG locale contre l’esclavage, Timidria, et cinq de ses collègues sont emprisonnés à Niamey le 5 mai 2005. Ils sont accusés d’avoir propagé de fausses informations sur l’esclavage et d’avoir tenté de détourner 3,5 millions d’euros versés par ASI pour réhabiliter des serfs affranchis. En mars de cette année, les militants de Timidria avaient organisé une cérémonie de libération de 7 000 esclaves dans le village d’Inates à près de 300km au nord-ouest de la capitale. Mais la cérémonie avait été annulée suite à des pressions du gouvernement sur le chef du village. Dans un communiqué public, la directrice d’ASI, Mary Cunneen, condamne alors le gouvernement du Niger et demande la libération immédiate et inconditionnelle d’Ilguilas Weila. L’organisation prend ensuite la défense d’Hadijatou Mani, une fille d’esclave vendue à l’âge de douze ans. En octobre 2008, elle parvient à obtenir que, pour la première fois, une cour régionale africaine, le tribunal de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest), condamne l’Etat nigérien à verser des dommages et intérêts à la jeune femme en raison de son incapacité à protéger un de ses citoyens.
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