liste des ONG étudiées en GRANDE-BRETAGNE

ASIAnti-Slavery International [Société Internationale Contre l’Esclavage]
Pays de siègeROYAUME-UNI
Adresse du siège socialThomas Clarkson House
The Stableyard
Broomgrove Road
London SW9 9TL
Téléphone44 (0)20 7501 8920
Fax44 (0)20 7738 4110
Courrielinfo@antislavery.org
"Succursales" à l'étranger0
Site Internethttp://www.antislavery.org
Date de création1839
Niveau d'activitéAgence opérationnelle
Affichage confessionnelAucun
PérennitéPermanence
Proportions de financements privésASI - ROYAUME-UNI
84% d'un budget de € 2.6 millions en 2008
81% d'un budget de € 2.5 millions en 2007
77% d'un budget de € 2.5 millions en 2006
89% d'un budget de € 2.5 millions en 2005
48% d'un budget de € 2 millions en 2004
47% d'un budget de € 1.6 million en 2003
51% d'un budget de € 1.5 million en 2002
42% d'un budget de € 1.5 million en 2001
47% d'un budget de € 1.1 million en 2000
57% d'un budget de € 0.7 million en 1999
51% d'un budget de € 1 million en 1998
58% d'un budget de € 0.8 million en 1997
45% d'un budget de € 0.5 million en 1996
45% d'un budget de € 0.5 million en 1995
Pays d'interventionPlusieurs
Transparence3


- Historique -


-17 avril 1839, Grande-Bretagne : soutenue par les églises progressistes, la Société britannique et internationale contre l’esclavage est lancée sous le nom de BFASS (British and Foreign Anti-Slavery Society). L’initiative fait suite à la création à Londres, le 22 mai 1787, d’un Comité pour l’abolition du commerce des esclaves. Appuyé par les tories au pouvoir à l’époque, en l’occurrence le Premier Ministre William Pitt et le député William Wilberforce, celui-ci provenait essentiellement des milieux quakers, qui en composaient la quasi-totalité des douze membres à l’exception de son président Granville Sharp et de deux autres personnalités. En 1807, ledit Comité était ensuite devenu un organisme semi-officiel, l’Institut Africain, au moment où était votée une loi dont il devait surveiller l’application et qui abolissait le commerce des esclaves dans les colonies de la Couronne britannique. Soucieux de diffuser l’exemple abolitionniste et de promouvoir d’autres formes de commerce avec le continent noir, l’Institut Africain avait effectivement tenté de mettre fin à la traite transatlantique et d’encourager l’affranchissement des esclaves sur le modèle de la Sierra Leone, dont la capitale, Freetown, avait accueilli environ 14 000 personnes libérées par la justice britannique entre 1772 et 1778. Mais l’Institut n’avait pas lutté contre l’esclavage " domestique " à l’intérieur du continent noir et il ne s’était guère préoccupé du sort des affranchis laissés à eux-mêmes après leur libération. En 1823 était donc apparue une Société pour la modération et l’abolition progressive de l’esclavage dans l’Empire britannique, organisation où l’on retrouvait des membres de la première heure du Comité de 1787, avec Thomas Clarkson et William Wilberforce, ainsi que des Quakers et des notables comme Zachary Macaulay (un planteur de Jamaïque qui allait fonder un journal, l’Anti-Slavery Reporter, en 1825) et le député Thomas Fowell Buxton (1786-1845). A coups de pétitions auprès du Parlement, la Société obtint l’adoption de mesures visant à améliorer les conditions de vie et de travail des esclaves. Mais cela restait très insuffisant au regard des objectifs d’émancipation complète. En 1832, les militants les plus radicaux du mouvement, qui avaient fondé une Agence du Comité l’année d’avant, se séparaient alors de la Société de 1823 pour réclamer une abolition inconditionnelle et immédiate de l’esclavage. Plutôt que de rester à Londres, ils décidèrent de porter le message dans les campagnes et rallièrent à leur cause les femmes, qui, si elles n’avaient pas le droit de vote, pouvaient signer des pétitions ; plus de 187 000 d’entre elles rejoignirent ainsi la campagne de l’Agence du Comité. Leurs efforts ne furent pas vains. Le 29 août 1833, une nouvelle loi programmait l’affranchissement graduel des esclaves au bout d’une période d’apprentissage obligatoire de quatre à six ans. Afin d’apaiser la colère des maîtres, un tel dispositif permit pendant un temps de continuer à exploiter une main d’œuvre gratuite, y compris les enfants âgés de plus de six ans ; il fut finalement supprimé en 1838.

-12 juin 1840, Grande-Bretagne : avec des délégués venus de France et des Etats-Unis, la BFASS organise à Londres la première convention mondiale contre l’esclavage, qui se déroule dans le Hall des Francs-maçons. La conférence permet d’élaborer une position commune mais révèle aussi les divergences d’opinion des deux côtés de l’Atlantique, notamment à propos du rôle des femmes dans l’Angleterre victorienne, qui pratique la ségrégation des sexes. Des déléguées américaines, noires comme blanches, sont ainsi reléguées au rang de spectateurs et ne peuvent pas voter lors des débats. Autre sujet de litige, les Etats-Unis, très critiqués à cause du statut servile des Noirs dans le Sud, acceptent mal de recevoir des leçons de l’ancien colonisateur britannique alors qu’ils comptent 1 350 sociétés contre l’esclavage en 1838, avec 120 000 à 250 000 membres actifs. Un député de la Caroline du Sud, cité par Betty Fladeland, dénonce par exemple les interférences d’un pays qui traite les Irlandais en " esclaves " et où, selon lui, les conditions de vie du prolétariat sont pires que celles des esclaves aux Etats-Unis !

-1841, Grande-Bretagne : le Royaume Uni, la France, l’Autriche, la Prusse et la Russie signent un traité qui les autorisent à inspecter en haute mer les navires suspectés de transporter des esclaves.

-1843, Grande-Bretagne : à l’occasion d’une autre convention mondiale contre l’esclavage, la BFASS s’oppose au libre échange et défend des positions protectionnistes. Selon elle, la baisse des droits de douane entraînerait une hausse de la demande britannique pour le sucre cubain et brésilien, produit à faible coût grâce au travail des esclaves encore autorisés en Amérique latine. L’ouverture des frontières de l’Empire colonial ruinerait également les plantations de Jamaïque, où les esclaves ont été affranchis et qui bénéficient de relations commerciales privilégiées avec Londres. Mais le protectionnisme douanier a aussi pour inconvénient de renchérir le prix des importations de biens de consommation courante, ce qui suscite le mécontentement des couches populaires en Grande-Bretagne. En conséquence de quoi, des dissidents quittent la BFASS pour fonder un Comité Provisoire ayant l’ambition de concilier libre commerce et abolition de l’esclavage.

-A partir de 1850, Grande-Bretagne : délaissant la lutte contre la traite transatlantique, désormais très réprimée, la BFASS commence à dénoncer des formes d’exploitation moins connues, telle l’importation en Jamaïque de travailleurs gagés en Inde. L’organisation, qui appelle au boycott des biens produits dans les pays qui n’ont pas encore aboli l’esclavage, connaît alors un certain déclin dans les milieux populaires, plus préoccupés par l’amélioration des conditions de vie du prolétariat depuis que la Grande-Bretagne a interdit la traite. La BFASS perd des membres et ses ressources financières diminuent en conséquence.

-1861, Etats-Unis : les débuts de la guerre de sécession du Sud, qui refuse d’affranchir les esclaves noirs, prennent la BFASS de court. En Grande-Bretagne, bien des militants sont pacifistes et se refusent à soutenir militairement la cause du Nord abolitionniste ; quelques-uns ne restent pas insensibles à la propagande du Sud, qui dit lutter pour son indépendance et contre l’impérialisme yankee.

-1865, Etats-Unis : la fin de la guerre de sécession et la victoire du Nord, qui a affranchi les Noirs, placent la BFASS dans une situation difficile car celle-ci avait appelé à un cessez-le-feu qui aurait en l’occurrence fait le jeu des Confédérés du Sud, favorables à l’esclavage. D’une manière générale, le pacifisme de l’organisation s’avère souvent paradoxal quand il conduit à critiquer le gouvernement britannique, dont la marine veille précisément au respect des traités internationaux interdisant le commerce des esclaves.

-1867, France : la BFASS participe à la tenue d’une nouvelle convention contre l’esclavage qui se déroule à Paris et qui, grâce aux récits de l’explorateur britannique David Livingstone, sensibilise l’opinion publique à la traite des Noirs entre l’Afrique de l’Est et le monde islamique. Au cours des années 1870, l’organisation va ainsi faire pression sur Londres pour obliger le Khédive d’Egypte, le Sultan de l’Empire ottoman et le Shah de Perse à mettre fin au commerce d’esclaves dans leur pays.

-1884-1885, Allemagne : sous prétexte de combattre l’esclavage, la conférence de Berlin consiste en fait à partager le continent noir entre les grandes puissances européennes. La cause abolitionniste se retrouve à servir d’alibi à la colonisation de l’Afrique. Les contradictions sont flagrantes du côté britannique, où la BFASS a soutenu la conquête du Soudan par le fameux général Charles Gordon (1833-1885) alors même que celui-ci levait une armée d'esclaves pour faire respecter l'interdiction de la traite.

-1888-1890, Belgique : après avoir initié en Grande-Bretagne un débat parlementaire invitant les gouvernements à organiser et financer une conférence internationale sur l’esclavage, la BFASS obtient un succès d’estime à Bruxelles en 1890, où est signé le premier traité prévoyant de lutter effectivement contre la traite des Noirs par voie maritime ou terrestre, à l’intérieur du continent africain. Sous la houlette de son nouveau secrétaire général depuis 1889, Henry Richard Fox Bourne (1837-1909), la Société va alors se focaliser sur l’exploitation des peuples indigènes par les puissances coloniales. Cette nouvelle stratégie, qui conduit à se préoccuper du sort des Indiens au Pérou par exemple, amène la BFASS à se rapprocher de la Société pour la protection des aborigènes, l’APS (Aborigines Protection Society). Fondée en 1839 par des Quakers, celle-ci avait paradoxalement reçu le soutien du roi belge Léopold II, célébré à la conférence de Berlin de 1885 comme un philanthrope soucieux de combattre l’esclavage et de civiliser le continent noir avec son Association africaine internationale. Or l’Etat Libre du Congo, créé en 1884 et placé sous la souveraineté personnelle du roi, était rapidement devenu le domaine privé des sociétés concessionnaires, qui y affamèrent et y décimèrent la population africaine à coups de travaux forcés. Aussi l’APS devait-elle prendre ses distances avec Léopold II et même finir par mener campagne contre lui avec la BFASS et l’Association pour la réforme au Congo du journaliste Edmund Dene Morel (1873-1924), qui avait recueilli les témoignages des crimes commis sur place.

-1897-1935, Ghana : l’APS soutient la création de l’ARPS (Aborigines’ Rights Protection Society), qui est fondée à Cape Coast par le rédacteur en chef du Methodist Times, le révérend Samuel Richard Brew Attoh-Ahuma (1875-1921), et des chefs Fante de la côte qui s’inquiètent des velléités du colonisateur britannique de limiter leurs droits coutumiers sur la terre suite à un projet de loi en 1894. Composée de notables locaux tels que Joseph Peter Brown, un homme d’affaires d’origine royale, et John Mensah Sarbah, le premier avocat qualifié du Ghana, l’association, qui publie un journal, le Gold Coast Aborigines, est très légaliste et utilise seulement les moyens constitutionnels à sa disposition pour défendre les intérêts des " indigènes ". Dépassée par l’émergence d’un mouvement nationaliste à partir des années 1920, elle disparaîtra de la scène politique vers 1935.

-1909, Grande-Bretagne : la BFASS et l’APS fusionnent et forment la Société contre l’esclavage et pour la protection des aborigènes, l’Anti-Slavery and Aborigines’ Protection Society, dont le premier secrétaire général est un ancien missionnaire baptiste en Afrique, le révérend John Harris.

-1910-1912, Pérou : à Londres, la Société relaie les plaintes de Benjamin Saldana Rocca contre le richissime Julio Cesar Arana, qui a enregistré sa compagnie en Angleterre et qui est accusé de massacrer les Indiens d’Amazonie chargés de récolter pour lui le caoutchouc dans la région de la rivière Putamayo à la frontière de l’Equateur, du Brésil et de la Colombie. A l’instar de l’affaire du Congo, territoire finalement confié à la Belgique en 1906, le scandale suscite la création d’une commission d’enquête gouvernementale qui, menée par Roger Casement, rend son rapport au Parlement britannique en 1912 et cite le chiffre de 30 000 morts liés à l’exploitation du caoutchouc dans la région depuis 1900.

-1912, Nigeria : l’Anti-Slavery Society reçoit des plaintes des Diobu de Port Harcourt, expropriés et menacés d’expulsion lors de la création de la ville par le colonisateur britannique en novembre 1912. Accusée de diffamation en novembre 1913, au prétexte qu’elle refuse de citer ses sources, l’organisation craint cependant d’être poursuivie en justice et renonce en mars 1914 à défendre les droits fonciers des autochtones car leurs chefs traditionnels ont signé des accords renonçant à leur souveraineté. Des considérations pratiques jouent également. L’Anti-Slavery Society n’a pas les moyens financiers d’engager une bataille juridique et d’envoyer sur le terrain des enquêteurs vérifier les allégations des plaignants. De plus, il existe des conflits d’intérêts. Ainsi, certains de ses membres sont directement concernés par le dossier et soulignent l’importance stratégique de l’établissement d’une ville à Port Harcourt. C’est notamment le cas de John Cavendish Lyttleton, un secrétaire aux colonies qui a monté les expéditions militaires de 1902 et 1910 pour ouvrir l’arrière-pays du Nigeria aux investissements britanniques.

-1913, Afrique du Sud : la Société s’oppose au Native Land Act qui, à l’instigation du colonisateur britannique, réserve 93 % des terres du pays aux Blancs et en exclut les paysans noirs, réduits au statut d’ouvriers agricoles. A Londres, le roi George V, qui désapprouve les critiques contre la politique britannique, démissionne alors de l’Anti-Slavery Society, dont il était le président d’honneur. D’une manière générale, l’organisation ne revendique pourtant pas l’indépendance des Africains et ne condamne pas la colonisation, dont elle cautionne l’œuvre civilisatrice et veut seulement limiter les abus.

-1914, Grande-Bretagne : l’alliance stratégique de Londres et de Bruxelles, en guerre contre l’Allemagne, oblige l’Anti-Slavery Society à mettre en sourdine ses attaques contre les exactions belges au Congo. Pour sa part, Edmund Dene Morel fonde alors un parti pacifiste, l’UDC (Union of Democratic Control), qui lui vaudra d’être emprisonné en 1917 mais qui exercera une certaine influence sur la scène politique, neuf de ses membres participant au gouvernement travailliste en 1924.

-1926-1939, Suisse : la Société appuie les travaux préparatoires de la Convention internationale de 1926 contre l’esclavage. De 1933 à 1939, elle participe ensuite au comité permanent qui est mis en place pour suivre l’application de la Convention et qui enquête plus particulièrement sur le Libéria.

-1930-1931, Suisse : la Société soutient la Convention n°29 de 1930 qui, sous l’égide du Bureau international du travail, interdit le travail forcé. L’année suivante, elle participe également à Genève aux travaux de la conférence internationale qu’organise Save the Children sur l’Afrique et où l’on débat aussi des trafics d’enfants.

-1939-1945, Grande-Bretagne : la Seconde Guerre mondiale se traduit par une sensible baisse d’activités de l’Anti-Slavery Society dans le monde colonial.

-1947, Grande-Bretagne : sous la conduite de Charles Wilton Wood Greenidge (1889-1972), son secrétaire général de 1942 à 1956, l’Anti-Slavery and Aborigines’ Protection Society adopte le nom abrégé d’Anti-Slavery Society. A l’époque, l’organisation continue de se situer dans une lignée impérialiste et ne soutient pas les mouvements de décolonisation. Son journal The Reporter, qui tire à 2 000 exemplaires en 1947, s’adresse officiellement aux lecteurs soucieux de défendre les " races faibles ". C’est à ce titre qu’ASI s’oppose à l’apartheid et aux tentatives d’annexion de la Namibie par l’Afrique du Sud, envoyant en délégation auprès du gouvernement britannique un pasteur anglican de Johannesburg, le révérend Michael Scott, qui rejoindra la direction de la Société en 1963.

-13 mai 1949, Etats-Unis : une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies crée un comité d’experts sur l’esclavage où l’on retrouve Charles Greenidge, le secrétaire d’ASI, mais qui n’a pas de caractère permanent.

-1950, Etats-Unis : confortée par l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1948, qui interdit expressément l’esclavage, l’Anti-Slavery Society obtient à New York un statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations Unies, l’ECOSOC (Economic and Social Council).

-1956-1962, Etats-Unis : suite au lobbying de l’Anti-Slavery Society, où Thomas Stanley Lane Fox-Pitt (1897-1989) vient de prendre la suite de Charles Greenidge, des protocoles additionnels à la Convention de 1926 étendent la notion d’esclavage au travail des enfants, au servage et à la mise en gage d’être humains pour rembourser une dette. L’organisation modifie son mandat en conséquence afin d’inclure les nouvelles dispositions du droit international, qui visent également les mariages forcés à partir de 1962.

-1957, Suisse : la Société, qui vient de prendre le nom de Société contre l’esclavage et pour la protection des droits de l’homme (Anti-Slavery Society for the Protection of Human Rights), soutient la Convention n°105 qui, signée sous l’égide de l’Organisation internationale du travail, interdit aux gouvernements d’utiliser le travail forcé comme instrument de répression politique, de développement économique, de rééducation pénale ou de discrimination raciale, sociale, nationale ou religieuse.

-1960, Grande-Bretagne : une fois le processus de décolonisation acquis et les pays africains sur la voie de l’indépendance, la Société commence à affirmer le droit à l’autodétermination des peuples indigènes. Au cours des années 1970, elle interviendra en faveur des Kurdes d’Irak, des Chittagong Hill Tracts du Bangladesh, des Indiens Aché du Paraguay, des Yanoama du Brésil et des habitants de Timor-Est après l’invasion de l’Indonesie.

-1963, Grande-Bretagne : le colonel Patrick Montgomery devient le nouveau secrétaire général de la Société, fonction qu’il occupe jusqu’en 1980. En 1978, le secrétaire général prendra le titre de directeur et le personnel, réduit à deux personnes, sera étoffé.

-1966, Etats-Unis : les Nations unies publient un rapport spécial qui confirme la persistance des pratiques d’esclavage, officiellement abolies en Arabie Saoudite et dans les émirats du Golfe en 1963. L’Anti-Slavery Society milite alors en faveur de l’établissement d’un comité de suivi qui n’a pas le soutien du gouvernement britannique car le projet est récupéré par le bloc soviétique, les Etats d’Amérique latine et certains pays africains comme la Tanzanie pour condamner un allié de Londres, en l’occurrence le régime d’apartheid en Afrique du Sud, assimilé à une forme particulière d’esclavage.

-1970, Grande-Bretagne : l’arrière arrière petit-fils de William Wilberforce, un lord, prend la présidence de l’Anti-Slavery Society, qu’il avait rejointe en 1934. Dans la foulée d’Amnesty International, qui date de 1961, la stratégie d’action de l’organisation connaît à cette époque une inflexion majeure. Dans un rapport de 1968 adressé aux Nations Unies et cité par John Carey, ASI regrette en effet que, depuis 1946, sa politique de discrétion n’a pas été couronnée de succès. Elle constate qu’il lui faut désormais médiatiser ses enquêtes à grands renforts de publicité. Contrecoup de cette nouvelle politique et de son ton plus offensif, ASI est accusée de diffamation aux Nations Unies et manque de peu perdre son statut à l’ECOSOC en 1978.

-1973, Paraguay : alertée par l’anthropologue Mark Munzel, la Société commence à se soucier du sort des Aché, des nomades indiens exploités et menacés d’extinction dans le sud-est du pays. En septembre 1973 à la tribune des Nations Unies, ASI décide alors d’accuser nommément le Paraguay de violations massives des droits de l’homme, une procédure peu usitée en dehors du cas du régime d’apartheid en Afrique du Sud.

-1975, Suisse : aux Nations unies, le comité de suivi sur les pratiques d’esclavage, que réclame l’Anti-Slavery Society depuis 1966, voit enfin le jour à Genève. Parmi ses membres se trouve le Britannique Ben Whitaker, qui vient d’ASI et a été directeur du Minority Rights Group. D’après des sources onusiennes citées par William Korey, presque toutes les informations du comité de suivi proviennent initialement de la Société.

-1979, Grande-Bretagne : la proclamation de l’Année internationale de l’enfance permet à la Société de mettre en valeur sa campagne contre le travail des mineurs. Après avoir lancé en 1975 puis 1977 des enquêtes sur l’exploitation des enfants dans l’industrie textile et la fabrication artisanale de tapis au Maroc et en Asie du Sud, ASI a obtenu en 1978 un financement de la Fondation Ford pour publier des rapports plus exhaustifs qui couvrent la Colombie, l’Inde, le Portugal, Hong Kong, l’Italie, la Malaisie, l’Afrique du Sud, l’Espagne et la Thaïlande. Le couronnement de ces efforts va être l’adoption par l’Assemblée générale des Nations Unies de la Convention sur les droits de l’enfant, le 20 novembre 1989.

-A partir de 1980, Emirats Arabes Unis : les autorités fédérales prennent des mesures visant à interdire le recrutement d’enfants pour les courses de chameaux, très prisées dans le pays. En pratique, les organisateurs de courses continuent cependant de faire venir de jeunes jockeys en provenance d’Asie, notamment du Bengladesh. Sensibilisée à la question, l’Anti-Slavery Society va alors démarrer une campagne en vue de mettre fin à ces pratiques.

-1981, Etats-Unis : à la grande satisfaction d’ASI, les Nations unies créent un groupe de travail sur les peuples indigènes.

-1987, Australie : la Société est chargée par le gouvernement fédéral à Canberra de rendre un rapport sur le statut des aborigènes.

-A partir de novembre 1990, Grande-Bretagne : la Société prend le nom abrégé d’ASI (Anti-Slavery International) afin de renforcer la visibilité d’une organisation qui connaît un certain déclin, avec 3 employés et 1 143 adhérents en 1988. Une femme venue d’Oxfam, Lesley Roberts, prend la direction de la Société et la modernise. Jusqu’alors, il n’y avait pas de plan financier, de budget ou de fonds de retraite pour les employés, et les minutes des réunions du comité général n’étaient pas divulguées au personnel. Avant d’être remplacée par un ancien d’Amnesty International, Mike Dottridge, en 1996, Lesley Roberts entreprend de refondre l’organisation, qui comprend jusqu’à dix employés et compte désormais 1 600 adhérents.

-A partir de 1992, Pakistan : une loi interdit le servage mais est peu suivie d’effets, notamment dans le Sindh. ASI appuie alors les efforts de son partenaire local, la HRCP (Human Rights Commission of Pakistan), en vue de faire appliquer la législation existante. Prêchant le dialogue avec les autorités, celui-ci dénonce en 1995 les propos belliqueux d’Ehsan Ullah Khan, le leader du BLLF (Bonded Labour Liberation Front), dont les exagérations discréditent la campagne des ONG modérées contre le servage.

-1993-1998, Grande-Bretagne : suite à la publication de son rapport sur les nouvelles formes d’esclavage en Angleterre, ASI soutient la campagne dite Kalayaan en vue d’interdire aux employeurs de confisquer les papiers d’identité des domestiques immigrés à leur service. Par peur d’être déportés, ces derniers évitent en effet d’aller à la police se plaindre des mauvais traitements dont ils sont victimes. Pour éviter cela, les services d’immigration britanniques leur accordent à partir de juillet 1998 des visas de travail qui ne dépendent plus de l’accord de l’employeur.

-1994-1997, Grande-Bretagne : ASI abrite le secrétariat de la Campagne contre le tourisme sexuel en Asie, qui est lancée cette année-là en vue d’obtenir la promulgation, en mars 1997, d’une loi punissant les ressortissants britanniques coupables de pédophilie à l’étranger.

-1995, Grande-Bretagne : ASI devient l’équivalent britannique d’une SARL (Société à responsabilité limitée). Pendant longtemps, l’organisation avait été une exception car elle bénéficiait, grâce à son ancienneté, des avantages fiscaux du statut caritatif habituellement refusé par les autorités aux associations de défense des droits de l’homme, considérées comme trop politiques. Obtenu à une époque où la législation était moins stricte, ledit statut a été remis en cause quand Anti-Slavery a changé de nom en 1990.

-1997, Brésil : suite à une action de préemption des autorités fédérales en vue de racheter une plantation dont le propriétaire maltraitait les ouvriers à Flor de Mata dans l’Etat de Pará, ASI se prononce en faveur de la confiscation pure et simple des terres où se pratiquent des formes modernes d’esclavage. Bien que le gouvernement ne soit pas favorable à de telles procédures, un projet de loi prévoit, en décembre 1997, de modifier le code pénal et d’interdire aux employeurs de retenir leur personnel par la force ou en confisquant leurs papiers d’identité.

-1998, Grande-Bretagne : soucieuse de veiller à l’élimination du travail des enfants dans les firmes du tiers-monde qui sous-traitent pour les grandes multinationales occidentales, ASI rejoint l’Initiative pour le commerce équitable, qui réunit des ONG, des syndicats et des entreprises socialement responsables. Les efforts en ce sens se poursuivent également à Genève, où, en 1999, une Convention de l’Organisation internationale du travail interdit les pires formes de travail des enfants.

-1999, Philippines : avec une fondation locale établie en 1991, le Visayan Forum, ASI fait campagne pour l’adoption par le Parlement d’une charte dite Batas Kasambahay afin de réglementer le travail des domestiques en interdisant l’exploitation des enfants.

-18-28 octobre 2000, Soudan : après avoir commandité un premier rapport en août 1997, ASI envoie dans le Sud du Darfour une délégation mener une mission d’enquête " guidée " par un organisme gouvernemental, le CEAWC (Committee for the Eradication of Abduction of Women and Children). Au Nord, la junte islamiste au pouvoir à Khartoum, en guerre contre le Sud, se refuse à parler d’esclavage et n’admet que des disparitions ou des enlèvements par les milices arabes proches de l’armée. Au Sud, des organisations intégristes chrétiennes tiennent des discours extrémistes sur les velléités de " génocide " par les musulmans. La position d’ASI se situe entre les deux. Réaliste, la Société critique à la fois les lacunes du gouvernement et les pratiques de CSI (Christian Solidarity International) ou CSW (Christian Solidarity Worldwide), qui rachètent les "esclaves", au risque d’enrichir les tortionnaires et de favoriser toutes sortes de fraudes. Dans un rapport envoyé à l'ONU en juin 1991, ASI conteste également le chiffre de 20 000 esclaves et parle plutôt d'un millier de captifs très dispersés sur le territoire.

-Février 2002, Népal : suite aux pressions d’ASI et de son partenaire local, l’organisation BASE (Backward Society Education), le gouvernement de Katmandou passe une loi interdisant le servage des kamaiya.

-A partir de 2005, Niger : Ilguilas Weila, le responsable d’une importante ONG locale contre l’esclavage, Timidria, et cinq de ses collègues sont emprisonnés à Niamey le 5 mai 2005. Ils sont accusés d’avoir propagé de fausses informations sur l’esclavage et d’avoir tenté de détourner 3,5 millions d’euros versés par ASI pour réhabiliter des serfs affranchis. En mars de cette année, les militants de Timidria avaient organisé une cérémonie de libération de 7 000 esclaves dans le village d’Inates à près de 300km au nord-ouest de la capitale. Mais la cérémonie avait été annulée suite à des pressions du gouvernement sur le chef du village. Dans un communiqué public, la directrice d’ASI, Mary Cunneen, condamne alors le gouvernement du Niger et demande la libération immédiate et inconditionnelle d’Ilguilas Weila. L’organisation prend ensuite la défense d’Hadijatou Mani, une fille d’esclave vendue à l’âge de douze ans. En octobre 2008, elle parvient à obtenir que, pour la première fois, une cour régionale africaine, le tribunal de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest), condamne l’Etat nigérien à verser des dommages et intérêts à la jeune femme en raison de son incapacité à protéger un de ses citoyens.


- Commentaire -


1) Le mandat
-ASI dit être la plus vieille organisation internationale de protection des droits de l’homme et revendique une filiation directe avec la BFASS, dont elle dispose d’un fonds d’archives. Elle a cependant perdu beaucoup d’influence depuis la fin du XIXè siècle, lorsqu’elle dominait la scène mondiale des droits de l’homme. Concurrencée par une multitude d’autres organisations plus généralistes, au premier rang desquelles Amnesty International, ASI peine à convaincre de l’actualité de l’esclavage, qui est souvent perçu comme un phénomène révolu. Selon elle, l’esclavage se distingue bien des autres violations des droits de l’homme. Un esclave se définit par les caractéristiques suivantes : il est contraint de travailler par la force physique ou la menace psychologique ; il appartient à un ‘employeur’ qui contrôle ses mouvements ; il est traité comme une marchandise, ce qui le prive de sa dignité humaine. Outre la persistance de formes traditionnelles de la traite, qui consiste à vendre ou acheter des individus, l’organisation distingue plusieurs types d’esclavage moderne : le servage ; la mise en gage de débiteurs ; les travaux forcés ; l’exploitation sexuelle et le travail des enfants à des fins commerciales ; le trafic d’êtres humains ; les mariages forcés et précoces…

2) Le fonctionnement
-ASI utilise trois principaux registres d’action pour lutter contre l’esclavage. Le premier consiste à faire pression en ce sens sur les organisations internationales et les gouvernements. Le second vise à soutenir des projets de recherche sur le sujet. Le troisième, enfin, est d’aider financièrement et juridiquement des associations locales à mieux médiatiser leur témoignage et leur combat contre l’esclavage. Forte de son expérience et de sa connaissance des rouages internes des organisations intergouvernementales, ASI relaie le travail de ses partenaires et développe des programmes d’information pour sensibiliser le grand public. A la différence d’Amnesty International, en revanche, elle envoie rarement des missions enquêter sur le terrain et ne publie pas de rapport annuel, en l’occurrence sur l’esclavage. Faute de moyens, ASI n’agit pas non plus auprès des tribunaux pour veiller à l’application des conventions internationales interdisant toute forme d’esclavage.

-Dans le monde existent des organisations plus récentes aux objectifs assez similaires, tels le Comité contre l’esclavage moderne en France ou Free the Slaves aux Etats-Unis, une association fondée en 2000 par Kevin Bales, un ancien membre du conseil d’administration d’ASI. Celles-ci n’entretiennent pas entre elles de lien organique, structurel ou financier et ne travaillent pas toujours en réseau.

3) Les relations avec les forces politiques
-Avec une approche très institutionnelle et légaliste, ASI est essentiellement un lobby qui, historiquement, a d’abord concentré ses efforts sur le Parlement britannique puis sur les organisations intergouvernementales. Malgré de nombreux désaccords, la Société a souvent reçu un soutien de Londres et a toujours été bien introduite dans les cercles du pouvoir. Tandis que la BFASS était parrainée par le roi Edouard VII en 1900, l’APS contribuait par exemple à l’élaboration d’une anthropologie qui devait ensuite servir à renseigner le colonisateur sur les populations qu’il administrait. En 1843, des dissidents de l’APS formaient ainsi la Société ethnologique de Londres, premier embryon de l’Institut royal d’anthropologie en 1871. L’APS, pour sa part, publiait le Colonial Intelligence de 1874 à 1882 et l’Aborigines Friend de 1901 à 1903. Après s’être montrés réticents aux projets de rapatriement massif des esclaves américains pour coloniser le continent noir dans les années 1830, les abolitionnistes ont largement soutenu le projet impérialiste de la Grande-Bretagne. Ainsi que l’expliquent Margaret Keck et Kathryn Sikkink, " ils n’y ont pas vu de contradictions et ont sincèrement cru que la colonisation permettrait de propager le christianisme, les valeurs occidentales et le commerce légal ".

-Ancrée à l’origine dans les milieux progressistes des Eglises britanniques non-conformistes, notamment quakers, Anti-Slavery a ensuite développé une rhétorique contre l’esclavage et l’exploitation qui, d’une certaine manière, se rattachait à un courant de pensée marxiste. Mais la Société a puisé sa véritable force dans la bourgeoisie " éclairée ". Sur le plan politique, il est difficile d’y repérer des orientations partisanes bien précises. D’un côté, elle n’a jamais explicitement dénoncé les camps de travaux forcés en URSS pendant la guerre froide ; de l’autre, elle a entrepris de lutter contre le goulag chinois dans les années 1990.

4) Les relations avec les forces économiques
-ASI collabore parfois avec les syndicats pour dénoncer l’exploitation des travailleurs et des enfants, notamment dans l’industrie textile avec l’ITGLWF (International Textile, Garment and Leather Worlers’ Federation).

5) Les financements
-Sur le plan financier, ASI bénéficie à présent d’une assez bonne diversité de ses ressources. La majorité des subventions publiques sont cependant limitées à un projet spécifique, réduisant la marge de manœuvre de l’organisation. Les budgets sont calculés du 1er avril au 31 mars de l’année suivante. Ainsi le chiffre cité pour l’année 2001 démarre le 1er avril 2001.


- Sources écrites -


-Rapports annuels d’Anti-Slavery International (2003, 2002, 1999, 1998, 1997).
-Ackerson, Wayne [2005], The African Institution (1807-1827) and the antislavery movement in Great Britain , Lewiston (N.Y.) : Edwin Mellen Press, 246p.
-Bales, Kevin [1999], Disposable people : new slavery in the global economy, Berkeley, University of California Press, 298p.
-Beigbeder, Yves [1991], The role and status of international humanitarian volunteers and organizations : the right and duty to humanitarian assistance, Dordrecht, M. Nijhoff, 414p.
-Carey, John [1970], UN protection of civil and political rights, New York, Syracuse University Press, 205p.
-Coupland, Reginald [1964], The British Anti-Slavery Movement, London, Frank Cass, 255p.
-Fladeland, Betty [1972], Men and Brothers : Anglo-American Antislavery Cooperation, Urbana, University of Illinois Press, 478p.
-Keck, Margaret & Sikkink, Kathryn [1998], Activists beyond borders : advocacy networks in international politics, Ithaca (N.Y.), Cornell University Press, 227p.
-Korey, William [1998], NGOs and the universal declaration of human rights : a curious grapevine, Basingstoke, Macmillan, 638p.
-Morel, Edmund Dene [1906], Red rubber : the story of the rubber slave trade flourishing on the Congo in the year of grace 1906, Londres, T. F. Unwin, 213p.
-Morel, Edmund Dene [1904], King Leopold's rule in Africa, Londres, W. Heinemann, 466p.
-Morel, Edmund Dene [1903], The Congo slave state. A protest against the new African slavery and an appeal to the public of Great Britain, of the United States, and of the continent of Europe, Liverpool, J. Richardson & Sons, Printers, 112p.
-Ofonagoro, Walter Ibekwe [1979], Trade and imperialism in Southern Nigeria, 1881-1929, New York, Nok, 429p.
-Swartz, Marvin [1971], The Union of Democratic Control in British politics during the First World War,
Oxford, Clarendon Press, 267p.
-Vergès, Françoise [2001], Abolir l'esclavage : une utopie coloniale : les ambiguïtés d'une politique humanitaire, Paris, A. Michel, 229p.


- Droit de réponse -

L’Observatoire remercie Anti-Slavery International de sa coopération. Une première version de la partie “historique” de ce profil a été discutée lors d’une entrevue le 1er décembre 2003 avec David Ould, Directeur adjoint de l’organisation.

Rédacteur de la fiche et date de Mise à jour : D.R. & M.-A.M. 13-07-2009

 
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