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Ordre de Malte / Ordine di Malta
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Ordre de Malte / Ordine di Malta - Commentaires




02) Le fonctionnement interne


-Etabli en Palestine jusqu'en 1291, à Rhodes jusqu'en 1522, à Malte jusqu'en 1798 et, finalement, à Rome depuis 1834, l'Ordre constitue un exemple précoce d'organisation transnationale. Ainsi, il compte traditionnellement plus de chevaliers en dehors des territoires où il prétend exercer sa souveraineté. En revanche, il n'est guère démocratique et son fonctionnement est élitiste, voire endogamique si l'on en juge par le poids des grandes familles qui ont historiquement fourni ses grands maîtres : les Comps en 1162 et 1240, les Wignacourt en 1601 et 1690, les Pins en 1293, 1318 et 1355, les Villaret en 1296 et 1305, etc. Jusqu'en 2023, qui plus est, le Grand Maître est élu à vie et choisi parmi la noblesse des chevaliers dits de " justice " qui étaient autrefois les seuls autorisés à porter le titre de chevaliers et qui composent également les quatre membres de son Souverain Conseil. Le choix des candidats est donc restreint, ce qui ne facilite pas le renouvellement de l'organisation. Avant la réforme statutaire de 2023, le Vatican a ainsi poussé au relâchement des critères de sélection basés sur des quartiers de noblesse et le prononcé de vœux perpétuels au sein d'une institution qui est d'abord d'essence caritative et non pas monastique.
 
-Aux côtés d'une cour des comptes et de tribunaux spécialisés, l'Ordre dispose certes d'une constitution et d'une sorte de Parlement, le " Chapitre Général ", qui se réunissait tous les trois ans avant 1961, tous les cinq ans depuis lors. Cette instance délibère et assume une fonction législative. Elle élit par ailleurs le Grand Maître à la majorité simple. Mais elle n'est pas autorisée à prendre des décisions exécutives. Le Conseil du Gouvernement de l'Ordre, qui date de 1999, n'est guère plus démocratique. Il comprend des représentants issus des six grands-prieurés de Rome, de Lombardie-Vénétie, de Naples-Sicile, de Bohème, d'Autriche et d'Angleterre. Mais la charte constitutionnelle de 1961 et son amendement de 1997 ne précisent pas leur mode d'élection. De plus, ces représentants ne remplissent plus de fonctions prédéfinies, à la différence des Langues d'autrefois, qui avaient par exemple la charge de la marine pour l'Italie ou des finances pour la Provence. Quinze délégués des associations nationales siègent quant à eux au Parlement, le " Chapitre Général ", qui élit le Grand Maître à la majorité simple. Là aussi, cependant, la charte constitutionnelle de l'Ordre ne dit rien des critères de sélection qui pourraient encadrer leur charge en fonction du revenu ou des effectifs des associations concernées. De ce point de vue, le dispositif de l'organisation paraît encore plus alambiqué que celui du Comité de Genève, institution qui s'est délibérément déchargée sur une Fédération de la mission de représentation démocratique des sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge.
 
-Autre caractéristique de son conservatisme, l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem est traditionnellement dominé par hommes. Depuis quelques temps, cependant, il s'est ouvert aux femmes, essentiellement des épouses de chevaliers qui se sont affiliées en même temps que leur mari. En théorie, sa charte constitutive du 27 juin 1961 admet les membres de la gente féminine, sans préciser leur statut. En vertu d'un amendement du 30 avril 1997, des dames peuvent aussi entrer seules dans l'Ordre, qu'elles soient célibataires ou mariées mais admises sans leur mari. Elles sont alors acceptées comme des chevaliers laïcs ou de deuxième classe, qui prononcent des promesses en vue de " tendre à la perfection de la vie chrétienne ". A cela s'ajoutent des religieuses, notamment en Espagne dans les couvents de Zamora près de la frontière portugaise, de Salinas de Anana au Pays Basque, ou bien encore de Valldoreix dans la grande banlieue de Barcelone, un établissement qui remplace depuis 1973 des bâtiments hâtivement reconstruits à San Gervasio après la destruction du grand prieuré de Catalogne. En 2005, l'Ordre comptait ainsi un total d'environ 2 000 femmes pour 9 000 hommes.
 
-Dernier trait de son déficit démocratique, enfin, la gouvernance de l'organisation accorde peu de place aux nombreuses associations nationales et humanitaires qui ont assuré sa pérénnité à mesure que l'Europe se laïcisait et que des républiques remplaçaient les monarchies du XIXè siècle. Contrairement à des ONG comme MSF (Médecins sans frontières) ou MDM (Médecins du monde), les volontaires et les donateurs ne sont pas conviés à des assemblées générales qui, chaque année, fixeraient les grandes orientations de l'Ordre à Rome. Ces exercices de démocratie interne existent généralement au niveau des associations nationales. Mais le million de bénévoles et les quelques 80 000 permanents que l'Ordre a un moment revendiqué à l'échelle mondiale n'ont pas voix au chapitre lorsqu'il s'agit de demander des comptes au grand maître à Rome. Rien qu'en France, l'organisation disait pourtant compter près de 900 salariés dans l'Hexagone, plus de 1 200 collaborateurs à l'international et quelques 13 300 bénévoles en 2023. Cette année-là, l'Ordre revendiquait 52 000 professionnels, 95 000 bénévoles et 13 500 membres dans 11 prieurés et 48 associations nationales.