Ordre de Malte / Ordine di Malta - Commentaires
09) La capacité d'analyse
-A notre connaissance, les diverses branches humanitaires de l'Ordre n'ont jamais publié d'analyse critique de leurs activités sociales. On ne sait pas non plus si leurs programmes sont évalués, soit en interne, soit par des tierces parties, en particulier pour ce qui est des actions menées à l'international. Les problèmes ne manquent pas. Au début des années 2020, l'Ordre de Malte France aurait ainsi constaté des détournements de fonds et renoncé à un projet financé par l'AFD (Agence française de développement) au Congo Brazzaville. Pour autant, le mouvement ne communique pas au public les analyses des dysfonctionnements de l'aide que MSF (Médecins sans frontières) a coutume de diffuser en ligne. Il est fort possible que celles-ci n'existent tout simplement pas, même en interne.
-La littérature académique est certes beaucoup plus riche quand il s'agit de traiter de l'Ordre de Malte en tant qu'Etat. Des historiens de toutes nationalités, tels que Cosimo Damiano Fonseca, Cosimo D'Angela, Maroma Camilleri, Léonce Celier, Karl Borchardt, Anthony Luttrell, Ekhard Schöffler ou Andrée Scufflaire, se sont notamment préoccupés de localiser, répertorier et rassembler les archives disponibles. Le Français Joseph Delaville Le Roulx, en particulier, a entrepris de compiler les documents les plus anciens dans un cartulaire général qui va jusqu'à l'année 1310. En effet, les archives de l'Ordre ont été dispersées dans des collections publiques, privées ou ecclésiales après la perte de Malte et l'occupation napoléonienne de l'Italie en 1798, qui a obligé les chevaliers à déposer leurs titres fonciers dans des registres séparés. Du fait des pilllages et des désordres révolutionnaires, certaines ont aussi été revendues au marché noir par des antiquaires peu scrupuleux. Historiquement, qui plus est, beaucoup étaient demeurées entre les mains des commanderies des différentes " langues ". Il a donc fallu attendre leur réinstallation à Rome en 1834 pour que les Hospitaliers tentent de rassembler des documents épars dans le palais qui leur servait d'ambassade auprès du Saint-Siège et qui abritait déjà leurs archives diplomatiques. Un pareil effort a ensuite été poursuivi au niveau étatique par les gouvernements post-indépendance de Chypre et de Malte. Il convient cependant de noter que certains ouvrages pseudo-historiques sont en réalité des panégyriques, des faux ou même des montages destinés à légitimer des ordres de chevalerie factices. C'est par exemple le cas des livres de Pierre Pasleau de Charnay, Charles Louis Thourot Pichel, Erik Reitzel-Nielsen ou Harrison Smith.
-Dans tous les cas, les archives disponibles ne concernent pas, ou très peu, les activités humanitaires de l'Ordre. La plupart portent plutôt sur des titres fonciers, des actes diplomatiques ou les arbres généalogiques des familles des chevaliers. Elles servent surtout à légitimer la perennité d'une organisation transnationale dont l'existence a plusieurs fois été menacée. En revanche, elles ne permettent guère de capitaliser sur les expériences acquises en matière de secourisme.
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