Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique
1150-1169
-A partir de 1152, Allemagne : l'Ordre, qui possède déjà des terres à Mailberg en Autriche depuis 1128, acquiert une église à Duisbourg dans le diocèse de Clèves vers 1152.
-1153, Italie : le pape Eugène III approuve la règle de l'Ordre des Hospitaliers. Dans un contexte où les pauvres et les malades sont identifiés au Christ, celui-ci se développe considérablement car l'offrande aux déshérités est considérée comme un moyen de racheter ses péchés et d'obtenir le salut de l'âme. L'Ordre bénéficie donc de nombreuses donations des rois de France ou d'Angleterre sous la forme de concessions foncières, de revenus fermiers ou d'exemptions de la taille. Les Hospitaliers jouissent également d'une partie des quêtes des églises et des dîmes des évêchés. En Terre Sainte, l'Ordre profite aussi du butin pris aux Sarrasins et de l'afflux de pèlerins qui vont à Jérusalem prononcer leurs quatre vœux de pauvreté, de chasteté, d'obéissance et d'hospitalité.
-A partir de 1154, Italie : l'Ordre, qui gère déjà un établissement de santé à Pise depuis 1113, ouvre un hôpital à Vérone en 1154. Il construit ensuite une hostellerie pour les pèlerins d'Asti en 1182, puis érige ou rénove les hôpitaux de Salice en Vénétie en 1199, du Saint Sépulcre à Florence en 1213 et de Sanquinario en Emilie en 1239. Sur le territoire de l'actuelle Italie, l'Ordre dispose alors de sept prieurés, en l'occurrence à Messine à partir de 1136, en Lombardie à partir de 1176, à Barletta à partir de 1179, à Venise à partir de 1198, à Rome à partir de 1215, en Toscane autour de Pise à partir de 1231 et à Capoue à partir de 1255. En 1230, le pape Grégoire IX ordonne par ailleurs à l'empereur Frédéric II de restituer les biens qu'il avait confisqués aux Hospitaliers en Sicile, suite à son excommunication temporaire du fait de ses errements en Terre Sainte. A partir de 1266 dans le sud de l'Italie, les chevaliers pâtissent cependant des guerres de Toscane et des malversations du prieur de France, Philippe d'Egly, qui a pris le parti de Charles Ier d'Anjou pour s'emparer du royaume de Naples, entraînant des représailles à l'encontre de l'Ordre.
-1155, Italie : le patriarche de Jérusalem se rend à Rome pour demander au pape Adrien IV d'abroger la bulle d'Anastase IV qui, l'année précédente, avait confirmé la protection spéciale dont jouissaient les Hospitaliers. Nombreux et récurrents, les conflits entre l'Ordre et l'Eglise portent en l'occurrence sur les droits paroissiaux, la perception des dîmes et les privilèges des chevaliers, qui sont habilités sur leurs terres à célébrer des offices, excommunier les déviants, administrer les derniers sacrements et enterrer les morts. Les évêques s'offusquent notamment de l'existence de prêtres indépendants du clergé paroissial et autorisés à pourvoir aux besoins spirituels des chevaliers comme de leurs vassaux et de leurs riches donateurs. Le patriarche de Jérusalem repart cependant bredouille, sans avoir obtenu du pape un règlement des litiges en sa faveur.
-1157, Palestine : en échange de leur protection militaire, le connétable de Jérusalem, Honfroi de Toron, abandonne aux Hospitaliers la moitié de son domaine de Banias. Les chevaliers sont cependant défaits par l'émir Nour-ed-Din (Nour ad-Din Mahmûd el Mâlik al Adil, 1118-1174), qui s'empare de la ville. Ils parviennent seulement à conserver leur château.
-1160, Palestine : suite au décès de Raymond du Puy, les Hospitaliers élisent un nouveau grand maître, Auger de Balben (également orthographié Balb', Balbis, Balbeio ou Balbeo), qui meurt bientôt et auquel succède brièvement Arnaud de Comps en 1162.
-A partir de 1163, Turquie : dans l'ancienne province romaine de Cilicie près de Mopsueste (Mamistra, ou Misis), Bohémond III, prince d'Antioche, confirme le don du domaine de Sarata fait en 1149 aux Hospitaliers par son père Raymond de Poitiers. En échange de leur assistance militaire, le roi d'Arménie, Léon II, confie également en 1210 aux chevaliers de l'Ordre la ville côtière de Séleucie Trachée (Selefkeh, ou Silifke, dans la région de Mersin), la bourgade de Larande (Derindeh, ou Karaman, en Anatolie centrale), ainsi que le Château Neuf et le passage de la porte de fer Démir-Capou (Nimroud-Kalessi, dit " Camard ", à la frontière de l'actuelle Syrie). En 1226, le tuteur de la fille de Léon II, le régent Constantin de Barbaron, rachète cependant aux Hospitaliers le château de Selefkeh. Dès lors, leur commanderie d'Arménie dépérit, même si elle s'enrichit encore du don d'un domaine appelé Gouvaira dans la région de Mersin en 1233.
-A partir de 1164, Palestine : malgré ses engagements militaires, l'Ordre continue d'assurer l'entretien de l'hôpital de Jérusalem. A son retour de Terre Sainte en 1163, un voyageur juif, Rabbi Benjamin, décrit ainsi un établissement qui se compose de deux bâtiments, pour les hommes ou pour les femmes, et qui peut accueillir plus d'un millier de malades. Au contact de l'Orient, dont la médecine est plus développée qu'en Occident, les Hospitaliers de l'époque sont ainsi des pionniers alors qu'en Europe, les hôpitaux commencent seulement à se développer, de pair avec l'urbanisation du continent. Dans leurs établissements de Palestine, les chevaliers de l'Ordre refusent cependant d'accueillir les lépreux, qu'ils ne savent ni soigner ni isoler correctement à l'intérieur des villes. Maladie endémique et extrêmement contagieuse, la lèpre fait donc des ravages et son traitement sera laissé aux soins de l'Ordre de Saint-Lazare, qui a été fondé vers 1060.
-A partir de 1168, Syrie : Bohémond III, prince d'Antioche, confie de nombreux domaines aux Hospitaliers. Lorsque la principauté passe entre les mains du roi d'Arménie Léon II, le neveu qu'il y nomme donne également aux chevaliers la ville de Gibelet (Djebail) en 1207 et le château de La Vieille en 1210. Mais l'Ordre se retrouve bientôt mêlé aux querelles de succession qui déchirent le royaume. L'accusant d'avoir pris parti pour ses rivaux d'Arménie, Bohémond IV dessaisit les chevaliers du château d'Antioche et entreprend en 1222 de récupérer les domaines qui leur avaient été légués dans la région. Il faut deux interventions du pape en 1225 et 1226 pour y maintenir une présence hospitalière.
-1169, Palestine : à la suite d'une expédition malheureuse contre l'Egypte en 1168, Gilbert d'Assailly, qui avait été élu grand maître des Hospitaliers en 1163, est contesté pour avoir engagé des batailles sans consulter les chevaliers et avoir dépensé beaucoup d'argent à la construction sur la frontière de châteaux trop exposés aux attaques de l'ennemi. Le chef de l'Ordre abdique en conséquence et se retire pour vivre dans une grotte. Mais ses partisans l'obligent à réunir le chapitre général (Parlement) pour faire élire en 1170 un successeur d'origine auvergnate, Caste (ou Gaston) de Murols, dont la nomination est critiquée parce que la démission de Gilbert d'Assailly n'a pas été formellement approuvée par le pape. Lui succède ensuite un certain Joubert ou Jobert en 1172. Gilbert d'Assailly, lui, périra dans un naufrage en traversant la Manche pour essayer de gagner l'Angleterre en 1183.
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