Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique
1290-1309
-1291, Palestine : devenu grand maître de l'Ordre en 1284, Jean de Villiers ne parvient pas à défendre la ville de Saint-Jean-d'Acre devant les troupes du sultan d'Egypte, El-Ashraf Khalil. A l'issue d'une bataille sanglante durant laquelle il est grièvement blessé le 28 mai 1291, il doit céder le dernier bastion du royaume chrétien après un siège de dix jours face à des assaillants très supérieurs en nombre. Les Hospitaliers quittent alors la Terre sainte avec les Templiers et les restes des forces franques. Ils embarquent pour Chypre, où le roi de l'île, Henri II de Lusignan, les installe à Limassol.
-1292, Chypre : repliés à Limassol et dans leur commanderie de Kolossi, les chevaliers de l'Ordre entreprennent de construire un hôpital, initialement pour soigner leurs propres blessés et les civils évacués de Saint-Jean-d'Acre. Ils tentent ainsi de reproduire l'organisation qu'ils avaient développée en Terre Sainte. Leur couvent, par exemple, est établi à Colos, près de Limassol, de la même façon que leurs moines résidaient au Manueth, un domaine en dehors d'Acre.
-1293, Chypre : élu grand maître de l'Ordre fin 1293, Odon (ou Eudes) de Pins est critiqué pour sa conduite indolente et est convoqué par le pape Boniface VIII en 1296. Il meurt avant d'avoir pu se rendre à Rome mais permet au Saint Siège de s'immiscer dans les affaires des chevaliers.
-A partir de 1296, Chypre : élu grand maître de l'Ordre en 1296, Guillaume de Villaret est bientôt critiqué par les Hospitaliers car il préfère rester en Europe. Alors que les chevaliers réunis à Marseille en 1297 lui avaient demandé de se rendre à Chypre d'ici 1299, il convoque à Avignon le prochain chapitre général (Parlement), prévu pour 1300. L'affaire manque de peu entraîner sa déposition. Guillaume de Villaret accepte alors de se plier aux exigences des chevaliers et tient finalement son chapitre général à Limassol en 1300. Désormais installé à Chypre, il participe la même année à une expédition du roi Henri II de Lusignan contre Alexandrie en Egypte et occupe brièvement Aradus, une île qui se trouve au large des côtes libanaises et qui sera reprise par les musulmans en 1303. En 1304, enfin, Guillaume de Villaret réécrit les statuts de l'Ordre afin de préciser les règles de convocation des chapitres généraux, qui ne doivent pas durer plus de dix jours et au cours desquels les chevaliers peuvent présenter leurs doléances, obtenir un recours et, le cas échéant, élire à vie leur grand maître.
-A partir de 1298, Grande-Bretagne : la victoire du roi Edouard I, qui met un terme aux velléités d'indépendance des Ecossais, attise l'hostilité de la population contre les Hospitaliers, qui ont soutenu les Anglais et qui continuent de payer un tribut à Londres. Le prieur de la commanderie de Torpichen, qui prend ce titre vers 1314, n'en a pas moins un siège qui lui revient de droit au Parlement de la région.
-1299, Chypre : les Hospitaliers se dotent d'une charge d'amiral dont les fonctions sont confiées à un Italien et précisées l'année suivante.
-1300, Italie : les chevaliers de l'Ordre ouvrent un établissement dans le port de Brindisi, tête de pont vers le Levant. Ils essaient également de renforcer leurs positions en Sicile, grenier qui leur permet de ravitailler Chypre avec l'assentiment parcimonieux des souverains de Naples.
-A partir de 1305, Chypre : Foulques de Villaret succède à son oncle Guillaume de Villaret et devient grand maître des Hospitaliers. L'année suivante, en 1306, il est convoqué à Rome par le pape Clément V avec son homologue des Templiers, Jacques de Molay, afin d'évoquer l'éventualité d'une fusion entre deux ordres dont le prestige s'est beaucoup érodé depuis la perte de la Terre Sainte. Le projet n'aboutit pas. A Chypre, les tensions entre les deux ordres prennent au contraire une nouvelle dimension quand les Hospitaliers se rangent du côté du roi Henri II de Lusignan, tandis que les Templiers soutiennent son frère, le régent Amaury, prince de Tyr. La fidélité à un monarque contesté, affaibli et malade signale en réalité la reconnaissance de l'Ordre pour l'accueil que ses chevaliers avaient reçu à la suite de la perte de Saint-Jean-d'Acre. Après l'assassinat du régent en 1310, le pays est au bord de la guerre civile et les Hospitaliers doivent alors se replier sur Famagouste pour obtenir le retour de Henri II, qui avait entre-temps été déposé par la noblesse locale et déporté en Arménie. Les troubles de Chypre poussent également les responsables de l'Ordre à se déployer sur Rhodes.
-1306, Italie : le pape Clément V permet aux Hospitaliers d'armer des navires sans l'autorisation du roi de Chypre, officialisant ainsi leur reconversion maritime. En effet, les chevaliers de l'Ordre ont dû changer de stratégie pour aller combattre les Sarazins, défendre les pèlerins en mer… et financer leurs activités en pillant le butin de l'ennemi. En 1165, ils avaient en l'occurrence armé leur premier navire, un dromon, pour transporter le pape Alexandre III de Montpellier en France à Messine en Sicile. Après avoir loué des bâtiments aux Catalans et aux Provençaux, ils avaient ensuite acquis leurs premiers vaisseaux de commerce à partir de 1230. Mais jusqu'alors, leurs activités militaires s'étaient surtout exercées à terre et les chevaliers n'avaient pas de marine de guerre.
-1307-1310, Grèce : en vertu d'un accord de partage passé le 27 mai 1306 avec Vignolo de Vigoli, un corsaire génois qui possède déjà les îles de Lango et Leros, des chevaliers de l'Ordre débarquent à Rhodes, où ils s'emparent du château de Philermos le 11 novembre 1307. Désireux d'épargner les chrétiens enfermés dans la ville avec les musulmans, ils prennent le temps d'assiéger les Turcs, qui finissent par capituler le 15 août 1310. Après que Foulques de Villaret soit revenu de Rome vers 1308, la possession de l'île permet alors aux chevaliers de mieux contrôler la circulation des vaisseaux ottomans afin de protéger les pèlerins qui voguent vers Jérusalem. Aussi entreprennent-ils de développer leur marine en capturant des esclaves pour faire avancer leurs galères.
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