Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique
1310-1329
-A partir de 1310, Grèce : les Hospitaliers de Rhodes s'emparent des îles de Tilos en 1310, de Leros en 1319 puis de Cos en 1337. Ils contrôlent également Kastellórizo, Alimnia, Chálki, Symi, Nissiros et Kalymnos.
-1311, Grèce : à Rhodes, les chevaliers de l'Ordre construisent un premier hôpital provisoire et s'empressent de fortifier la ville. A la différence de Chypre, où régnait déjà un roi chrétien, Rhodes permet aux Hospitaliers de mettre en place leur propre administration. Leur ordre religieux et militaire devient ainsi une sorte de " république aristocratique " qui frappe sa propre monnaie et entretient des relations diplomatiques avec les autres Etats. Les chevaliers, qui disposaient simplement de droits féodaux en Terre Sainte, peuvent désormais jouir d'une souveraineté plus affirmée qu'à Malte deux siècles plus tard sur un territoire qui dépend théoriquement de l'Espagne et de la Couronne de Sicile. Le développement de leurs activités de corsaires en Méditerranée, souligne Alain Blondy, leur permet également d'augmenter leurs revenus et d'échapper à " l'obsolescence de l'esprit de croisade " qui frappe d'autres ordres militaires liés à un souverain alors que s'essouffle le système de la chevalerie médiévale.
-1312, Italie : une bulle du pape Clément V supprime l'Ordre des Templiers et confie une partie de leurs biens aux Hospitaliers. La décision du Saint-Siège permet d'assurer la continuité de " l'œuvre sainte " des Hospitaliers, de compenser la perte de leurs domaines de Saint-Jean-d'Acre et de soustraire les possessions des Templiers à l'avidité des rois. En pratique, cependant, le transfert de propriétés se heurte à des résistances. Au lieu de reverser aux Hospitaliers les biens confisqués aux Templiers, par exemple, le roi Jacques II d'Aragon crée en 1317 un nouvel Ordre, Montesa, qui hérite de toutes les possessions des Templiers… et des Hospitaliers dans la région de Valence. Depuis Rhodes, les chevaliers doivent alors engager de coûteux procès pour affirmer leurs droits à travers toute l'Europe. La dévolution des biens des Templiers leur permet néanmoins de double la taille de leur patrimoine, qui augmente de 250 commanderies au XIIIè siècle à 604 au début du XVIè siècle, jusqu'à 671 à la veille de la Révolution française malgré la nécessité de fusionner les domaines trop petits et la perte des terres d'Allemagne, passées sous l'autorité du baillage de Brandebourg pendant la Réforme protestante. En réalité, les Hospitaliers s'enrichissent tant et si bien que, dès 1302, ils doivent commencer à regrouper leurs nombreuses commanderies sous l'égide de prieurés puis de grands prieurés.
-A partir de 1314, Grèce : à Rhodes, les chevaliers de l'Ordre décident de construire un hôpital plus solide dont les travaux débutent en 1440 et sont achevés entre 1478 et 1489. Celui-ci accueille également les enfants abandonnés, pendant que les pèlerins de passage sont traités à l'hospice Sainte Catherine. L'établissement fonctionne à plein lorsqu'il accueille les blessés évacués de Bulgarie après la bataille de Nicopolis en 1396. Mais en 1453, la chute de Constantinople met un terme aux efforts des chevaliers de l'Ordre en vue d'établir des hôpitaux en Turquie.
-1316, Grèce : accusé de despotisme et de luxure, le grand maître de l'Ordre à Rhodes, Foulques de Villaret, est déposé par les chevaliers, qui élisent à sa place un homme moins orgueilleux, Maurice de Paganac. Les deux prétendants au gouvernement de l'île sont alors convoqués à Rome et suspendus par le pape Jean XXII, qui confie en 1318 la direction de l'institution à un intérimaire, le lieutenant-général Gérard de Pins. Ecarté, Maurice de Paganac s'en va mourir à Montpellier. Répudié par le pape en 1319, Foulques de Villaret finira quant à lui ses jours à Curemonte près de Meyssac en Haut-Quercy, où il s'éteint en 1327.
-1317-1319, Portugal : au lieu de reverser aux Hospitaliers les biens confisqués aux Templiers, le roi Denis Ier, en conflit avec la papauté, décide de créer un nouvel Ordre, le Real Ordem dos Cavaleiros de Nosso Senhor Jesus Cristo, qui hérite de toutes les possessions de son prédécesseur. Ce dernier a en fait accueilli les chevaliers du Temple sous un autre nom, ce qui ne l'empêche pas d'être reconnu par le pape Jean XXII en 1319.
-A partir de 1318, Allemagne : le Brandebourg, où l'Ordre s'est doté d'une première commanderie en 1160, réunit ses domaines pour former un grand baillage en vertu d'un accord conclu à Cremmen le 23 janvier 1318. En 1323, il s'autonomise et élit son propre praeceptor generalis, Gebhard von Bortefelde. Celui-ci et ses successeurs, qui prennent le titre de Herrenmeister vers 1332, s'affranchissent bientôt de la tutelle du prieur d'Allemagne et du Grand Maître à Rhodes. Le 11 juin 1382, les chevaliers de justice (Rechtsritter) et d'honneur (Ehrenritter) du Bailliage de Brandebourg négocient alors l'Accord dit de Heimbach pour se voir reconnaître le droit de choisir leur propre gouverneur et ses commandants, les précepteurs. A l'exception d'une contribution annuelle qui doit être reversée à Rhodes, ce compromis les exempte également des levées d'impôts qui frappent le prieuré d'Allemagne, dont les frères ne peuvent plus librement acquérir des propriétés dans le Brandebourg.
-1319, Grèce : Hélion de Villeneuve devient officiellement grand maître de l'Ordre à Rhodes à la suite du lieutenant-général Gérard de Pins, qui vient de repousser une tentative d'invasion des Turcs de la principauté du Menteche dans le sud-ouest de l'Anatolie. La victoire remportée contre la flotte de l'émirat d'Aydin autour de l'île de Chios conforte alors le prestige des Hospitaliers comme rempart de l'Occident chrétien contre les musulmans.
-1320, Norvège : le pape Jean XXII doit intervenir pour ordonner la restitution aux Hospitaliers de terres qui leur ont été confisquées par le roi. Les chevaliers ont en effet refusé de céder leurs biens au monarque en échange de compensations au Danemark.
-1324, Grande-Bretagne : à Londres, un acte du Parlement confirme le droit de l'Ordre de mettre la main sur les propriétés confisquées aux Templiers et récupérées par des barons locaux. Les Hospitaliers ne doivent pas moins se lancer dans de coûteux procès pour obtenir gain de cause, notamment à Eagle dans le Lincolnshire.
-1327, France : réunis à Montpellier, les Hospitaliers, qui viennent de se doter d'une nouvelle règle en 1325, décident de confirmer la division de l'Ordre en nations appelées " langues ". Cette répartition répond d'abord à des considérations pratiques de communication car les frères parlent de moins en moins le latin et se regroupent plutôt par affinités linguistiques. Mais elle met fin à l'unité conventuelle de l'Ordre et prête le flanc aux interférences politiques des différents royaumes dont relèvent les chevaliers. Au nombre de sept selon un décret capitulaire de 1301, puis de huit en 1462, les " langues " constituent en réalité des zones linguistiques pas toujours très homogènes, plutôt que des entités administratives ou des circonscriptions territoriales. Les Latins -Français compris- dominent car les Allemands préfèrent rejoindre les chevaliers teutoniques ou se convertir au protestantisme, tandis que les Anglais restent peu nombreux.
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