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Ordre de Malte / Ordine di Malta
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Historique

Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique




1530-1549


-1530, Malte : en vertu d'un acte signé le 24 mars 1530 par le roi Charles Quint et Philippe Villiers de L'Isle Adam, l'Ordre prend possession de l'archipel de Malte et de la ville de Tripoli en Libye, qui sont détachés de la Couronne de Sicile et d'Italie. Aussitôt arrivés dans l'île en octobre suivant, les chevaliers entreprennent de restaurer le fort Saint Ange et sont obligés de disperser leurs troupes pour tenir la place de Tripoli, dont le commandement est confié à Gaspard de Sangúzza. Philippe Villiers de L'Isle Adam, lui, a quelque peine à imposer la souveraineté de l'Ordre face à Charles Quint, qui veut lui imposer des taxes et lui interdire de battre monnaie. Toujours anxieux de repartir à la reconquête de Rhodes, il songe un moment à aller s'établir à Momon dans le Péloponnèse. Mais la médiation du pape Clément VII, qui a lui-même été un hospitalier, l'incite à rester à Malte après avoir trouvé un arrangement avec le roi Charles Quint, qui renonce à ses prétentions et l'autorise à rendre justice sur l'île. La souveraineté de la Couronne de Sicile reste purement nominale et le tribut des chevaliers se réduit à l'envoi, chaque année, d'un faucon symbolique. En contrepartie, l'Ordre s'engage à ne confier la charge d'amiral qu'à des Italiens et à ne jamais recevoir dans ses ports de bâtiments en guerre contre le royaume de Sicile
 
-1531, Malte : à la tête du dernier ordre monastique et chevaleresque qui a survécu au temps des Croisades, Philippe Villiers de L'Isle Adam, qui s'est installé sur la côte dans le fort Saint Ange, prend soin de se concilier la noblesse locale, dont il préserve les privilèges et qui vit au centre de l'île dans une capitale, Mdina, héritée de la période arabe. Des tensions apparaissent néanmoins. En effet, la noblesse maltaise n'est pas autorisée à intégrer l'Ordre avec le rang de chevalier car ses titres ne sont pas considérés comme assez anciens. Certains, explique Victor Mallia-Milanes, se plaignent également d'être exclus des positions de pouvoir car ils n'ont plus la maîtrise du gouvernement de l'île. De fait, l'Ordre veut éviter de voir se constituer une " Langue " maltaise qui serait susceptible de créer un pouvoir national. Après avoir reconnu treize fiefs existant déjà avant 1530, son grand maître, par exemple, n'annoblit que cinq familles locales entre 1531 et 1638, avant d'accélérer le rythme et de conférer 39 nouveaux titres entre 1638 et 1797.
 
-1532-1534, Malte : les chevaliers entreprennent de construire un hôpital auquel ils ajouteront une " infirmerie " dans la nouvelle ville de La Valette en 1575. En 1534, ils établissent par ailleurs en place une commission médicale pour inspecter les bateaux et les mettre en quarantaine en cas d'épidémie. Leurs infirmiers, précise Georges Robert, sont très souvent des débiteurs insolvables qui ont trouvé refuge dans les hôpitaux de l'Ordre pour échapper à leurs créanciers.
 
-1533, Malte : réunis à l'occasion d'un chapitre général, les chevaliers décident de financer l'Ordre en demandant à tous les prieurés, bailliages et commanderies de payer une taxe exceptionnelle de la moitié de leurs revenus pendant trois ans. Renouvelé en 1539 puis en 1543, cet impôt deviendra ensuite permanent sous le nom de responsions (" contributions ").
 
-1534, Malte : succédant à Philippe Villiers de L'Isle Adam, un Piémontais, Pietrino del Ponte, est élu grand maître de l'Ordre et participe avec succès à une expédition du roi Charles V pour rétablir un allié sur son trône à Tunis. Les chevaliers démontrent ainsi qu'ils n'ont pas complètement perdu leur force de frappe militaire. Mais leur flotte, coûteuse à entretenir, est désormais devenue trop importante. Ils revendent en conséquence les navires les plus gros, ou bien essaient de se reconvertir dans le transport de marchandises afin de rentabiliser leurs vaisseaux.
 
-1535-1536, Malte : à la mort de Pietrino del Ponte, Didier de Tholon Saint-Jalle est élu grand maître de l'Ordre alors qu'il se trouve encore en France. Malade, il meurt l'année suivante avant même d'avoir pu gagner son poste. A Malte, un Lieutenant, Jacques Pelliquen, assure l'intendance en son absence et décide d'attaquer avec succès la forteresse d'El Haid près de Tripoli en Libye.
 
-1536, Malte : un Espagnol, Juan de Homedes y Coscón, est élu grand maître de l'Ordre. Corrompu, il se préoccupe surtout d'enrichir sa famille et se laisse entraîner par le roi Charles Quint dans une désastreuse expédition militaire qui est conduite par l'amiral génois Andrea Doria contre la flotte ottomane de Khizir Khayr ad-Dîn, dit " Barberouse ", à Alger en 1541.
 
-1538-1545, Allemagne : le temps de la Réforme n'épargne pas l'Ordre et sept des treize commanderies du baillage de Brandebourg passent progressivement aux mains des protestants. Le mouvement s'accélère quand le prince Joachim II Hector de Brandebourg adopte officiellement la religion luthérienne en 1555. En 1545, le dernier bailli catholique de Brandebourg, Joachim d'Arnim, est ainsi contraint de céder sa dignité à un bourgeois protestant. Dès lors, les Hospitaliers ne parviendront jamais à reprendre possession de leurs biens et devront se contenter de nommer des titulaires " honoraires ". A partir du XVIIIème siècle, ceux-ci seront généralement des chevaliers suisses comme Ignace-Balthasar Rinck de Baldenstein, qui obtiendra une voix pour représenter l'Ordre de Malte lors du Recès de la Diète de l'Empire allemand en 1803 à Ratisbonne.
 
-1539-1541, Grande-Bretagne : accusés de trahison et d'insoumission du fait de leur opposition à la politique religieuse du roi Henri VIII, qui rompt avec le catholicisme romain, deux chevaliers de l'Ordre, Adrien Fortescue et Thomas Dingley, sont décapités le 9 juillet 1539. Tout juste de retour dans son pays après avoir servi sur les galères de Malte, David Gunstun est quant à lui pendu et écartelé pour les mêmes raisons le 12 juillet 1541. La papauté considérera qu'Adrien Fortescue et David Gunstun sont des martyrs, proclamés " bienheureux " les 13 mai 1895 et 15 décembre 1929 respectivement.
 
-1540-1559, Grande-Bretagne : avec la dissolution des monastères du pays, l'Ordre est officiellement supprimé par le roi Henri VIII, qui confisque toutes ses propriétés en 1540. Brièvement restauré par la reine Marie I en 1557, le prieuré d'Angleterre sera de nouveau révoqué avec le baillage d'Aigle et neuf commanderies au moment de l'avènement d'Elizabeth I deux ans plus tard. Victime de l'hostilité des protestants à l'égard de la papauté, l'Ordre n'existe alors plus que sur le papier, même s'il parvient pendant un temps à se maintenir en Ecosse, probablement jusqu'en 1564. A Malte, ce sont ainsi des chevaliers des " Langues " de Provence, d'Auvergne, de France, d'Italie, d'Aragon, de Castille et du Portugal qui, à tour de rôle, représentent l'Angleterre de manière assez factice lors des réunions du Chapitre général.
 
-1543, Malte : le Chapitre-général fixe à un tiers des revenus d'une commanderie sur une période de dix ans le montant des responsions (" contributions ") à envoyer au grand maître de l'Ordre. Ceci doit permettre aux Hospitaliers de financer leur ravitaillement qui, à l'époque, provient surtout des ports de Barcelone, Marseille, Gênes et Livourne.
 
-1547-1774, France : le Parlement de Paris revient sur une décision papale qui, en 1486, avait confié aux Hospitaliers un domaine, Montmorillon en Poitou, ayant appartenu à l'Ordre défunt du Saint Sépulcre. A partir de 1646, les chevaliers de Malte tentent alors des actions en justice pour récupérer le bien, qui, après maintes tribulations, leur sera finalement donné en vertu d'un brévet royal de 1774.
 
-A partir de 1548, Malte : l'Ordre, qui comptait quelques 3 000 esclaves au moment de la chute de Rhodes en 1522, reconstitue progressivement ses " stocks " pour faire avancer ses galères, cultiver ses terres, entretenir ses forteresses, creuser des fossés, construire des routes et servir de domestiques aux chevaliers. En effet, les chevaliers de Malte ne se contentent pas de délivrer les chrétiens détenus par les Turcs ou les Arabes, quelques milliers chaque année. Bien souvent, ils prennent aussi soin de capturer des hommes pour leur propre compte, quitte à en revendre certains aux rois de France. Selon Anne Brogini, Malte dénombre ainsi quelque 400 esclaves en 1548 et jusqu'à 1 800 en 1599, essentiellement des musulmans aux côtés de quelques juifs. Les chrétiens capturés à bord des navires turcs ou barbaresques, eux, doivent prouver leur religion avant d'être libérés. Mais beaucoup d'entre eux ne parviennent pas à convaincre leurs geoliers et sont maintenus dans un état servile, en particulier les convertis d'origine musulmane et les ressortissants des Balkans, de Grèce, d'Egypte et du Levant. En y ajoutant les enfants d'esclaves nés dans l'île et baptisés dès leur naissance, on estime qu'ils constituent environ 20% des captifs vivant à Malte au XVIème siècle. Les musulmans, eux, se convertissent très rarement car les chevaliers de l'Ordre préfèrent les revendre le plus rapidement possible afin de limiter les effectifs d'une population servile toujours susceptible de se révolter. De plus, les quelques Turcs devenus catholiques ne sont pas libérés et n'échappent pas à la chiourme des galères. Les sociétés islamiques, relève Elina Gugliuzzo, sont plus ouvertes à cet égard. En effet, elles assimilent plus facilement les convertis, notamment les chrétiens devenus " turcs par profession de foi ", qui peuvent obtenir des postes de commandement importants dans la flotte ottomane.