Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique
1550-1569
-1550, Italie : sous l'égide du bailli de la Sengle, les Hospitaliers de Malte installent des tentes pour fournir des soins médicaux aux armées sicilienne et napolitaine en campagne contre le corsaire turc Turgut Reis, dit "Dragut".
-1551, Libye : après leur victoire contre les Hospitaliers à Alger, les commandants de la flotte ottomane, à savoir le corsaire Turgut Reis (dit " Dragut ") et l'amiral Sinan Pasha, entreprennent de s'emparer de Tripoli, qui tombe vite entre leurs mains le 14 août 1551. Confiée à l'Ordre en 1543 et officiellement propriété des Espagnols de Charles Quint depuis 1510, la garnison était en l'occurrence mal défendue et son ravitaillement pâtissait du détournement des subsides que le vice-roi de Sicile était censé lui reverser. Bien que responsable de la défaite, le grand maître de l'Ordre à Malte, Juan de Homedes y Coscón, accuse alors de trahison son lieutenant en la place, Gaspard de Vallier, qu'il fait défroquer, emprisonner et menacer de la peine capitale avant qu'il ne soit réhabilité par Jean de La Valette Parisot.
-1552, Libye : les chevaliers de l'Ordre essaient en vain de reprendre possession de Tripoli, un point stratégique et le seul port où l'on peut mouiller à des centaines de kilomètres à la ronde dans une région autrefois chrétienne. L'expédition, un désastre, échoue à Zuara, une localité voisine. Sans même parler des soldats du rang, quelques 98 chevaliers sont tués ou réduits en esclavage par les hommes de Mûrad Aghâ, venus de Tajura. L'année suivante, un chevalier, Pierre de la Roche, sera alors chargé de prélever en Europe le montant nécessaire au rachat des prisonniers, dont Jean de La Valette Parisot.
-1553, Malte : à sa mort, le grand maître de l'Ordre, l'Espagnol Juan de Homedes y Coscón, cède la place à un Français, Claude de La Sengle. Celui-ci confirme un mode de gouvernance qui dessaisit la noblesse maltaise de ses prérogatives en transférant ses charges politiques aux municipalités, essentiellement en matière de police et d'approvisionnement. Dans le même ordre d'idées, l'organe représentatif des notables locaux, le Consiglio popolare, voit son rôle limité ; à partir du XVIIe siècle, il ne se réunira plus qu'une fois par an, alternativement à Mdina et La Valette. Les zones portuaires, elles, sont soumises à l'administration directe des chevaliers, tout comme l'île de Gozo, dont le Capitaine de la Verge a été remplacé en 1551 par un Gouverneur recruté parmi les Hospitaliers.
-1554, Malte : échaudé par ses revers en Libye, le Conseil de l'Ordre vote à l'unanimité contre la proposition de Charles Quint d'aller prendre possession de Mahdia, ville portuaire que son armée vient de conquérir en Tunisie. Les chevaliers arguent qu'ils n'ont pas les moyens de tenir deux forteresses à la fois.
-A partir de 1555, Malte : l'Ordre décide de mettre en commun tous les livres des chevaliers décédés. Cette règle, qui ne sera vraiment appliquée qu'à partir de 1649, pose les bases d'un fonds qui s'enrichit considérablement avec le legs en 1763 de 1 700 volumes en possession du bailli Louis Guérin de Tencin, ambassadeur de Malte à Rome. La bibliothèque Tanseana souffrira cependant de l'occupation des troupes françaises de Napoléon Bonaparte et ne comptera plus que 30 000 livres en 1801, contre 80 000 en 1798. Les Anglais, qui rouvriront l'établissement en 1812, en feront ensuite la bibliothèque nationale de Malte, sa dénomination officielle depuis 1976. Celle-ci abrite à présent 300 000 volumes, ainsi que les archives de l'Ordre.
-1556-1560, Brésil : un chevalier de l'Ordre, Nicolas Durand de Villegagnon (1510-1571), tente d'établir dans la baie de Guanabara une éphémère colonie pour le compte du roi Henri II, la " France antarctique ". Arrivé quelques mois auparavant, il entreprend début 1556 de faire construire un fort sur l'île de Serigipe. En dépit de l'expérience militaire acquise en participant à des expéditions contre Alger en 1541 puis Tripoli en 1551, il voit cependant son autorité contestée par les Indiens puis par les Calvinistes qui débarquent à leur tour au Brésil en 1557. Egalement en proie à des problèmes de ravitaillement, Nicolas Durand de Villegagnon finira par repartir en France en 1559 et deviendra un héros d'un roman de l'écrivain Jean-Christophe Rufin. Le fort qu'il avait fait construire tombera quanrt à lui aux mains des Portugais en 1560.
-1557, Malte : à la suite de Claude de La Sengle, au pouvoir depuis 1553, un autre Français, Jean Parisot de La Valette, est élu grand maître de l'Ordre, en l'occurrence à l'unanimité. Celui-ci, qui laissera son nom à la capitale du pays, va alors jouer un grand rôle en développant la défense du site et en affirmant l'autonomie des chevaliers vis-à-vis des pouvoirs séculiers et religieux tout à la fois. Il s'opposera notamment au grand inquisiteur Michele Ghislieri qui, devenu le pape Pie V en 1566, s'appropriera le grand-prieuré de l'Ordre à Rome en y nommant un cardinal sans en référer et sans reverser de droits au grand maître à Malte.
-1561, Malte : le Saint-Siège nomme un grand inquisiteur que les chevaliers, réticents, installent à Birgù et non à La Valette.
-1565, Malte : les chevaliers de l'Ordre sont assiégés pendant trois mois par les armées de Soliman le Magnifique, qui veut venger la capture de navires turcs. Les Ottomans considèrent qu'ils ont été trompés. Au moment de la chute de Rhodes en 1523, ils avaient en effet autorisé les chevaliers de l'Ordre à évacuer l'île sains et saufs en échange de leurs promesses de ne plus capturer de musulmans pour les réduire en esclavage. Ainsi, les combats qui se déroulent plus de quarante ans après en 1565 sont particulièrement féroces. Les parties en lice ne se font pas de quartiers. Tant les Ottomans que les Maltais torturent et décapitent leurs prisonniers, les premiers pour les exposer aux pieds des remparts de la ville, les seconds pour s'en servir de boulets de canon ! Pris d'assaut par les 30 000 hommes du général Kara Mustafa, dont 6 000 janissaires, les 600 chevaliers de l'Ordre, appuyés par quelques 6 000 mercenaires étrangers et miliciens maltais, ne parviennent pas empêcher la chute du Fort Saint-Elme. Mais ils ne cèdent pas le château de Saint-Ange et sont bientôt secourus par des renforts venus de France, de Sicile et, surtout, d'Espagne. Les Turcs décrochent alors et reprennent la mer le 7 septembre, à la veille de la célébration de la Nativité de la Vierge, qui deviendra le jour de la fête nationale de Malte.
-A partir de 1566, Malte : devenus des héros de la chrétienté, les chevaliers entreprennent de réparer le fort Saint-Elme et de construire une nouvelle ville mieux défendue, La Valette, dont les travaux s'achèveront en 1571. Ces efforts d'aménagement s'étendent au reste de l'île, par exemple dans la bourgade de Qormi, qui, en 1743, obtiendra un statut municipal et prendra le titre officiel de Città Pinto en hommage au grand maître de l'Ordre au pouvoir à l'époque, Manuel Pinto de Fonseca. En 1777, le village de ?ebbu?, lui, sera rebaptisé Città de Rohan, du nom d'un autre grand maître, Emmanuel de Rohan-Polduc.
-1568-1581, Malte : à la suite du décès de Jean de La Valette Parisot, un Italien, Pietro Cocchi del Monte San Savino, est élu grand maître de l'Ordre. Il est ensuite remplacé en 1572 par un Auvergnat, Jean l'Evesque de la Cassière, qui rentre vite en conflit avec l'évêque de Malte, la République de Venise et la monarchie espagnole tout à la fois. Controversé, celui-ci est bientôt accusé par les chevaliers de les avoir mal défendus face aux interférences des pouvoirs séculiers et spirituels. La protestation tourne à la mutinerie en 1581 quand Jean l'Evesque de la Cassière est enfermé par ses pairs au fort Saint Ange et remplacé par l'ancien grand prieur de Toulouse, Mathurin d'Aux de Lescout " Romegas ", le héros de plusieurs batailles navales et un lieutenant à la tête du magistère depuis 1577. Le pape Grégoire XIII dépêche alors à Malte un envoyé spécial, Gaspare Visconti, qui est chargé de gérer les affaires courantes pendant que les deux prétendants au trône sont convoqués à Rome. Mathurin d'Aux de Lescout n'y survit pas et meurt peu après, fin 1581. Acquitté des charges qui pesaient contre lui, Jean l'Evesque de la Cassière est rétabli dans ses fonctions mais meurt à son tour fin 1581, avant d'avoir pu rentrer à Malte.
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