Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique
1570-1589
-1571, Grèce : alliés aux Vénitiens, aux Napolitains, aux Siciliens et aux Espagnols, les Hospitaliers remportent la bataille de Lépante (Naupaktos) et écrasent la flotte ottomane dans le golfe de Corinthe. Leur victoire permet de délivrer 12 000 esclaves chrétiens mais coûte la vie à 73 chevaliers de Malte, 2 000 Espagnols, 4 800 Vénitiens, 800 marins de la papauté et 30 à 40 000 Turcs. Elle est décisive car elle connaît un grand retentissement et marque un coup d'arrêt à l'expansion ottomane en Europe. De plus, elle permet d'effacer le déshonneur de la chute de Chypre en 1570 et consacre le décentrement des activités maritimes de l'Ordre, qui devient une sorte de police des mers contre les Barbaresques du Maghreb.
-1574, Malte : à La Valette, le Tribunal des Chevaliers devient le siège de l'Inquisition, qui est introduite par le pape Grégoire XIII. Cette juridiction de droit canonique était autrefois du ressort de l'évêque. Mais elle est désormais dirigée par un ancien vice-chancelier espagnol de l'Ordre, Monseigneur Martin Royas, qui ne veut rendre de comptes qu'au Saint-Siège. Le grand maître Jean l'Evesque de la Cassière, un Français, doit en conséquence négocier avec le pape pour que les pouvoirs exclusifs d'inquisition soient remis entre les mains de son propre légat, Pietro Dusina, un Dominicain et un Italien qui se révèle tout aussi impitoyable. Une telle recomposition bouleverse la hiérarchie protocolaire de l'Ordre. Le grand inquisiteur se hisse au deuxième rang et finit même par l'emporter sur l'évêque, juste avant le grand maître.
-1575-1584, Italie : l'Ordre saisit la cargaison d'un bateau vénitien qui transportait les biens de marchands juifs. A l'occasion, les chevaliers arraisonnent en effet des navires occidentaux, soit par " erreur ", soit délibérément pour en piller le butin et s'approvisionner en esclaves, surtout quand ceux-ci ne sont pas chrétiens. Mais l'affaire témoigne surtout de la rivalité grandissante entre la République de Venise et Malte, dont les attaques incessantes perturbent le commerce avec l'Empire ottoman. Il faut l'intervention du pape pour désamorcer le conflit et obliger le grand maître, Jean l'Evesque de la Cassière, à verser des compensations aux Vénitiens. Mais ces derniers veulent se venger. En 1584, ils décident d'expulser les Hospitaliers de leurs terres et de confisquer tous les biens de l'Ordre, qui sont déjà sous séquestres. Une telle position aboutit à une interruption complète des relations commerciales et diplomatiques entre les deux Etats.
-1577, Espagne : le roi Philippe II nomme le fils d'un cousin, l'archiduc Wenceslaus d'Autriche, à la tête du grand prieuré de Castille et de Léon, ainsi que du baillage de Lora. Attachés à leur droit d'élection, les chevaliers castillans de l'Ordre n'acceptent pas la décision royale et protestent officiellement contre les interférences de la monarchie. Accusés d'insubordination, ils sont alors réprimandés par le pape, qui les humilie en les obligeant à aller demander publiquement le pardon du grand maître Jean l'Evesque de la Cassière à Malte.
-A partir de 1578, Malte : le grand maître doit rappeler en 1578 puis 1582 que, sous peine d'amende ou de confiscation, le personnel servile des Hospitaliers doit aussi passer la nuit et dormir en prison, une obligation d'abord limitée aux rameurs des galères en 1539 puis étendue aux esclaves de terre en 1574, aux domestiques en 1597, aux jeunes de plus de quinze ans en 1676 et, enfin, aux esclaves baptisés ou convertis en 1749. Depuis 1539, qui plus est, les captifs mis au travail sont contraints de porter des pantalons courts afin de laisser visible l'anneau de fer qui enserre leurs chevilles avec des boulets d'un poids fixe d'une demi-livre.
-1581, Allemagne : élu depuis 1569, le Herrenmeister de Brandebourg, Martin von Hohenstein, refuse de se rendre à Malte pour répondre à une convocation du grand maître Jean l'Evesque de la Cassière. Il est alors expulsé de l'Ordre mais continue de gouverner son bailliage jusqu'à sa mort en 1609. L'affaire consacre la scission des chevaliers allemands protestants, même si ceux-ci continuent de verser des rentes à Malte, d'envoyer des chevaliers combattre les Turcs en Hongrie et d'annoncer le résultat de leurs élections au pape, allant jusqu'à choisir un Herrenmeister catholique en 1641, le comte Adam von Schwartzenberg, qui mourra néanmoins en prison, enfermé par les princes protestants en 1641.
-1582, Italie : le Français Hugues de Loubens de Verdalle est élu grand maître de l'Ordre à la suite d'un complot espagnol qui, l'année précédente, a réussi à obtenir la déposition de Jean l'Evesque de la Cassière. Celui-ci a brièvement été remplacé par un lieutenant, Mathurin de Lescout Romegas, que les Habsbourg d'Espagne avaient bien l'intention de manipuler pour assurer leur mainmise sur les Hospitaliers. Mais la France, qui ne l'entendait pas ainsi, a alors menacé de séquestrer les commanderies du royaume qui assuraient la majeure partie des revenus de l'Ordre. C'est le pape Grégoire XIII qui a finalement imposé son candidat, Hugues de Loubens de Verdalle, en lui accordant les pleins pouvoirs. L'intervention du pontife, en l'occurrence, ne met pas seulement un terme à un conflit qui oppose deux pays catholiques. Selon Alain Blondy, elle consacre également une conception monarchique de l'Ordre qui suit la dérive absolutiste des Etats européens au détriment de la tradition collégiale des chevaliers réunis en conseil. Dans le même temps, elle vise à garantir l'indépendance des Hospitaliers en les invitant à redresser et centraliser leurs finances, qui proviennent essentiellement des bénéfices de la course contre les Barbaraesques en Méditerranée et de leur quote-part sur les revenus des commanderies en Europe.
-1583, Malte : l'Ordre arrête la valeur de ses domaines à travers l'Europe pour fixer la part de revenu que ceux-ci doivent lui remettre. Les Hospitaliers se financent également grâce aux annates, la contribution que les chevaliers sont tenus de leur verser lorsqu'ils obtiennent la charge d'une commanderie. Les sommes que procurent l'admission de nouveaux membres poussent alors à augmenter les effectifs des cadets, au risque de produire une classe dangereuse d'hommes en armes déœuvrés et sans espérance de promotion. Au fil du temps, la gouvernance de l'Ordre, qui compte jusqu'à 1 500 chevaliers au 18è siècle, va ainsi finir par dériver vers le népotisme. Pour être élu, par exemple, le grand-maître devra acheter des voix puis, une fois arrivé au pouvoir, redistribuer des faveurs à ses soutiens sans oublier de se rembourser les emprunts contractés pendant sa campagne électorale.
-A partir de 1584, Malte : doté de quatre galères, l'Ordre élargit progressivement sa flotte et acquiert de nouveaux bâtiments en 1625 puis 1651. Cercle vicieux, l'entretien de ces bâtiments grève cependant le budget des Hospitaliers et les pousse à développer encore davantage les activités de corsaires pour renflouer leur Trésor. Une ordonnance de 1660, explique Anne Brogini, les invite ainsi à capturer le plus grand nombre possible d'infidèles afin de ravitailler les chiourmes de leurs galères. Parallèlement, des prisons d'esclaves sont construites à Vittoriosa en 1539, à La Valette en 1571 puis à Senglea en 1629.
-1587, Italie : le grand maître de l'Ordre, Hugues de Loubens de Verdalle, est fait cardinal par le pape Sixte V. Sa nomination provoque des tensions dans le clergé aussi bien que chez les chevaliers, qui veulent préserver leur indépendance au sein de l'Eglise.
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