Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique
1589-1609
-1591-1593, Malte : à la suite d'une famine qui a tué près de 3 000 personnes, l'île est frappée par une grave épidémie de peste, ou plus vraisemblablement d'influenza, qui décime 40 chevaliers et environ un millier d'habitants. La catastrophe pousse l'Ordre à organiser la prévention des épidémies. Ses médecins construisent ainsi un premier lazaret pour isoler les malades et commencent à se préoccuper de décontaminer les lieux souillés et de brûler les ordures qui jonchent les rues des villes.
-1592-1604, Malte : suite à la demande de quelques 80 chevaliers qui avaient obtenu en 1581 du pape Grégoire XIII une réforme de la vie monastique des Hospitaliers pour en revenir aux aspirations contemplatives et caritatives des débuts de l'Ordre, un petit monastère est ouvert sur l'île. Celui-ci sera bientôt rattaché aux jésuites et deviendra le premier collège de Malte.
-1596, Malte : un an après l'élection d'un nouveau grand maître, Martin Garzèz, les chevaliers de l'Ordre sont confrontés à une révolte d'esclaves de rame et de terre.
-A partir de 1597, Malte : appelée Chapitre Général, l'Assemblée parlementaire de l'Ordre confirme une décision déjà prise en 1574, à savoir la gratuité des soins dispensés aux femmes enceintes qui vont accoucher à l'hôpital de La Valette. En 1606, les chevaliers s'engagent également à apporter un soutien financier aux veuves de marins qui ont des enfants à charge et dont l'époux est décédé en cours de service sur les " galères de la Religion ". En 1631, enfin, l'Ordre exclut les hommes de ses distributions de médicaments et de nourriture, qui sont désormais réservées aux femmes pauvres, malades ou infirmes. Par extension, les chevaliers commencent aussi à s'occuper des mineurs abandonnés qui errent dans le port. Aménagée dans un mur de la " Sacrée Infirmerie " de La Valette, une ouverture pivotante permet ainsi aux mères démunies de déposer discrètement leur enfant ! Les garçons de plus de 7 ans sont ensuite placés en apprentissage pour apprendre un métier ; les filles de plus de 3 ans, dans un couvent de Mdina pour y être éduquées dans l'attente d'un mariage. Certaines bénéficient d'ailleurs d'une dot financée par les legs des grands maîtres décédés.
-A partir de 1598, Malte : alors que les victoires du siège de 1565 puis de la bataille de Lépante en 1571 attirent de plus en plus de candidats, un chapitre général formalise et codifie les procédures d'enquêtes sur les aspirants qui veulent rentrer dans l'Ordre avec le rang de chevalier. Des questionnaires standardisés sont désormais envoyés aux témoins. Les arbres généalogiques doivent en outre prouver l'existence d'au moins deux siècles de quartiers de noblesse, qui plus est sur la base de documents dument notariés et certifiés à partir de 1603. Il n'y en a pas moins des exceptions. En témoigne le cas d'Alonso de Contreras, un roturier qui s'est illustré par de hauts faits d'armes et qui est promu au rang de chevalier après une intervention auprès du pape Urbain VIII vers 625.
-1601, Malte : Alof de Wignacourt est élu grand maître de l'Ordre et entreprend de consolider les fortifications de La Valette. A l'époque, il dirige en fait un véritable Etat corsaire et commerçant qui s'enrichit en trafiquant des esclaves et en revendant le fruit de ses pillages de part et d'autre des rives de la Méditerranée. Les religieux qui prient en faveur du succès de ses expéditions en mer ont également droit à leur part du butin. La prospérité grandissante de l'île permet alors de compenser la perte de revenus qu'a entraîné la sécession des chevaliers devenus protestants en Allemagne, en Hollande et en Angleterre.
-1602, Malte : contrecoup punitif de la révolte de 1596, l'Ordre promulgue une ordonnance qui interdit aux esclaves de de terre de posséder une activité rémunérée. Mieux traités que les galériens, ces derniers peuvent cependant continuer de vendre le produit de leur travail et travailler pour leur compte dans l'artisanat ou la pêche. A l'occasion, explique Anne Brogini, certains parviennent d'ailleurs à acheter leur liberté. Ils n'en demeurent pas moins des captifs dont la relative liberté de mouvement sur le territoire de l'île vient de ce que l'Ordre s'intéresse moins à leur force de travail qu'à leur valeur pour négocier le rachat de prisonniers auprès des Arabes ou des Turcs.
-1604-1608, France : succédant en 1599 à Aymard de Clermont de Chaste, qui avait été nommé en 1593 et qui s'était surtout préoccupé de coloniser le Canada, Jean-Charles de Gayand est le dernier chevalier de Malte à diriger l'Ordre de Saint-Lazare depuis la commanderie de Boigny. Sa position permettait aux Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem de sauver les apparences d'une souveraineté formelle pour revendiquer les biens qu'une bulle du pape Innocent VIII leur avait donnés en 1489 et dont ils n'avaient jamais réussi à s'emparer. Mais en 1604, Aymard de Clermont de Chaste démissionne pour protester contre la confirmation par le Saint-Siège en 1603 d'une charge héréditaire qui est confiée à la Maison de Savoie pour diriger les possessions françaises de l'Ordre de Saint-Lazare. Approuvé dès 1574 par le roi Charles IX, un tel système achève de déposséder les chevaliers de Malte de leurs domaines lazaristes, qui ont progressivement été nationalisés et placés sous le contrôle de la Couronne de France. Une bulle de 1608 entérine ainsi la mainmise du roi Henri IV, qui, fin 1604, a préféré nommer Philibert de Nérestang à la tête de l'Ordre de Saint-Lazare plutôt que d'accepter la tutelle savoyarde et papale d'un grand maître installé à Turin. Pour ne pas perdre la face, le Saint-Siège préfère alors dissoudre l'Ordre de Saint-Lazare, et le remplacer par un autre Ordre, Notre Dame du Mont Carmel, dont le grand-maître peut officiellement être nommé par la Couronne de France. Confirmée par le roi Louis XIV en 1668, la fusion des deux ordres met définitivement un terme aux revendications des chevaliers de Malte, tandis qu'une bulle papale de 1772 entérine la laïcisation progressive des possessions lazaristes de France. La Langue française des chevaliers de Malte, quant à elle, renoncera définitivement à ses revendications en 1773. Les griefs n'en resteront pas moins vifs. Dans une décision datée du 5 mai 1950, le Souverain Conseil de l'Ordre de Malte interdira formellement à ses membres de s'affilier à l'Ordre de Saint-Lazare, qui commence à se reconstituer en France à partir de 1910.
-1605-1607, Malte : établit un tribunal des armements pour réglementer ses activités de corsaire en définissant les routes à suivre, les marchandises à rapporter dans l'île et le mode de partage des butins. Deux ans plus tard, le grand maître Alof de Wignacourt crée ensuite une institution spécialisée dans le rachat des esclaves chrétiens, le Mont de Rédemtion. En pratique, cependant, les Hospitaliers ne combattent pas seulement les pirates turcs mais aussi chrétiens quand ces derniers n'ont pas de patente royale les autorisant à prendre des navires d'assaut. Depuis 1548, qui plus est, les chevaliers de Malte sont les seuls autorisés à posséder des esclaves de rames et les capitaines des galères doivent obtenir leur approbation pour équiper leurs bâtiments.
-1607, Malte : accusé de meurtre à la suite d'un duel en 1606, le fameux peintre Michelangelo Merisi, dit Le Caravage, est poussé par ses protecteurs à quitter Rome et à aller trouver refuge auprès de l'Ordre, pour qui il exécute quelques toiles avec la bénédiction du pape. Admis à titre honorifique comme chevalier d'obédience en 1608, il est bientôt radié car il se querelle avec les habitants et fuit l'île pour échapper aux tribunaux de Malte.
-1609, Malte : le grand maître l'Ordre, Alof de Wignacourt, nomme une commission pour mettre en conformité la monnaie hospitalière avec les nouvelles règlementations de l'institut d'émission monétaire du royaume de Sicile à Messine. La devise de Malte, l'écu, est divisé en douze tarins de deux carlins chacun, valant eux-mêmes vingt grains. L'Ordre bat des pièces de monnaie en or, en argent et en cuivre avec, respectivement, des sequins (équivalant à 4 écus 3 tarins), des carlins et des sous, ou cinquina, valant 5 grains.
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