Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique
1630-1649
-1631-1644, Malte : un chapitre général précise et renforce les règles de recrutement des candidats qui veulent rentrer dans l'Ordre avec le rang de chevalier. Dans le même ordre d'idées, un tribunal spécial, le tribunal della purità, est établi en 1644 pour vérifier les quartiers de noblesse douteux et, le cas échéant, expulser de l'Ordre les imposteurs admis par erreur. Des manuels de procédure de plus en plus complexes sont également développés.
-1632-1635, Canada : un chevalier de l'Ordre, Isaac de Razilly, est envoyé par le cardinal-duc de Richelieu, Armand Jean du Plessis, gouverner la colonie de l'Acadie de 1632 jusqu'à sa mort en 1635.
-1634, Italie : le pape Urbain VIII précise le rôle des différentes composantes de l'Ordre pour choisir leur grand maître sur un mode sénatorial qui accorde le même poids à chacune des huit " langues ". Chaque nation élit ainsi un triumvirat qui, composé d'un chevalier, d'un chapelain conventuel et d'un frère servant, désigne un autre chevalier qui est lui-même chargé d'en coopter un cinquième. Polyglotte, le corps électoral est donc composé de seize chevaliers pour choisir un grand maître. Reflet de la dérive absolutiste des monarchies européennes, l'Ordre ne convoque cependant aucun chapitre général entre 1631 et 1776. Les " auberges " de chaque " langue ", qui avaient autrefois pu jouer un rôle de contrepouvoir à Rhodes, perdent également de leur influence, tandis que le latin et l'italien s'imposent bientôt au niveau de l'administration centrale.
-1636, Malte : Jean-Baptiste de Lascaris-Castellar devient grand maître de l'Ordre. Il entreprend aussitôt de renforcer la marine de l'île et parvient à obliger les Turcs à lever le siège de Candie (Héraklion) en Crète. A l'époque, les " galères de la Religion ", comme on les appelle, connaissent un prestige grandissant et deviennent une sorte d'école navale européenne en Méditerranée. Beaucoup de chevaliers de Malte sont notamment recrutés dans la marine royale en France. C'est par exemple le cas de Prigent de Bidoux, commandant du port de Marseille puis général des galères dans les années 1520, de Philippe des Gouttes, chef d'escadre et vainqueur de la bataille de Guetaria en 1638, ou du fameux amiral Pierre-André de Suffren à partir de 1780. On estime qu'avant la révolution française, l'avant-poste maltais de l'Ordre permet à la monarchie d'économiser l'équivalent de six vaisseaux en guerroyant contre les pirates barbaresques sur les côtes de l'actuelle Algérie. Les " galères de la Religion " attirent d'autant plus qu'elles permettent à la noblesse de compenser sa perte d'influence au sein des armées de terre, qui connaissent d'importantes réformes.
-1637, Canada : avec des fonds de la commanderie de Troyes, un chevalier de l'Ordre, Noël Brulart de Sillery, établit un hôpital dans la ville de Québec.
-1638-1651, Saint-Christophe-et-Niévès : la Compagnie des Isles d'Amérique et le roi de France attribuent en 1638 la charge de capitaine général de Saint-Christophe (aujourd'hui connue sous le nom de Saint Kitts) à un chevalier de l'Ordre et chef d'escadre en Bretagne, Philippe de Lonvilliers de Poincy. Celui-ci, qui a résidé à Malte pendant cinq ans, finance son expédition grâce aux revenus de ses commanderies d'Oisemont et de Coulours, deux possessions qui appartenaient autrefois aux Templiers et qui se trouvent respectivement dans les baillages d'Abbeville en Picardie et de Sens en Bourgogne. Parti de Dieppe, il arrive en 1639 sur l'île de Saint-Christophe, qui est le berceau de la colonisation des Antilles par la France. Là, il doit composer avec les Huguenots déjà présents sur place et se heurte bientôt aux directeurs de la Compagnie des Isles d'Amérique, qui le répudient en 1645. Mais il profite de sa position pour nommer son neveu Robert de Lonvilliers gouverneur de Saint Martin en 1646. Avant sa mort en 1660, un autre chevalier de Malte, Charles Huault de Montmagny, sera ensuite envoyé en 1651 préparer l'acquisition des îles de Saint-Christophe et Sainte-Croix.
-1640, Malte : le grand maître de l'Ordre, Jean-Baptiste de Lascaris-Castellar, rédige une " Pragmatique " qui reprend les statuts hospitaliers de 1533 et compile les apports du droit sicilien pour fixer les us et coutumes en vigueur sur l'archipel.
-1644-1645, Grèce : au large de Rhodes, les galères de l'Ordre attaquent un vaisseau ottoman et tuent son capitaine, Jean-Baptiste Macedonio, qui s'avère être un chrétien converti à l'Islam. Parmi les prisonniers se trouvent un fils du sultan Ibrahim de Constantinople, qui est emmené à Malte, élevé par les Dominicains de Mdina et finalement baptisé. Reçu à la Cour de Versailles en 1664, il aura de vagues prétentions sur le trône ottoman et mourra de la peste en 1675. Sa conversion suscite l'ire des Turcs… et le mécontentement des Vénitiens, qui craignent des représailles et qui sont effectivement attaqués en Crête à La Canea en 1645.
-1645-1648, Malte : le grand maître Jean-Baptiste de Lascaris-Castellar ordonne que des distributions de pain et de froment complètent les aumônes des chevaliers. L'Ordre confirme ainsi une politique de soutien aux nécessiteux qui répond tout à la fois aux préceptes de la charité chrétienne et à la nécessité de désamorcer d'éventuelles révoltes sociales. Dans les quartiers pauvres du Grand Port de La Valette à la suite d'une épidémie de typhus en 1648, par exemple, les chevaliers entreprennent de faire distribuer des rations alimentaires gratuites afin de rendre les habitants plus résistants à la maladie.
-1648, Allemagne : le traité de Westphalie, qui met fin à la guerre de Trente Ans, laisse aux protestants tous les biens de l'Ordre qui étaient déjà en leur possession en 1621, soit sept commanderies sur treize. Ces dispositions incluent les trois commanderies de Steinfort, au Luxembourg, ainsi que le baillage d'Utrecht et les commanderies d'Arnheim, Nimègue et Haarlem en Hollande. Moyennant le paiement d'une redevance à Malte, les Hospitaliers du grand baillage de Brandebourg reportent alors leur allégeance sur des princes allemands, les marquis, ou margraves, et acquièrent leur indépendance en fondant un Ordre Evangélique de Saint Jean appelé Johanniterorden et basé à Sonnenburg, un château à l'est du fleuve Oder dans le territoire de Neumark. Ils continuent par ailleurs d'élire un chef, le Herrenmeister, qui s'en ira résider à Berlin dans un palais, l'Ordenspalais, achevé en 1738. Dès lors, les tentatives de réunification avec Malte échoueront toutes du fait de l'opposition du pape, malgré un accord de principe conclu en 1764 entre le roi Fréderic II de Prusse et le grand maître de Malte, Manuel Pinto de Fonseca. Dans le cadre de négociations entreprises en 1667, les chevaliers allemands pourront quant à eux récupérer les commanderies d'Arnheim et Nimègue. Mais ils devront se contenter d'un dédommagement pour la perte de Haarlem.
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