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Ordre de Malte / Ordine di Malta
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Historique

Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique




1710-1729


-1710, France : comme en 1703, l'Ordre parvient à être exempté d'une taxe spéciale que vient de lever un royaume surendetté du fait de ses guerres incessantes. A chaque fois, les Hospitaliers négocient leur privilège en se prévalant de leur rôle de défense de la chrétienté tout en acceptant secrètement de payer une somme forfaitaire pour solde de tout compte. A mesure qu'ils perdent de leur importance militaire, ils tendent cependant à être de plus en plus perçus comme de simples prestataires de services, des diplomates ou des administrateurs coloniaux destinés à former une sorte de corps de fonctionnaires outre-mer.
 
-1711-1763, France : le Conseil de l'Ordre à Paris devient permanent et se charge de défendre les intérêts des Hospitaliers auprès de la Cour de Versailles. En 1763, il prend le titre de " Conseil provincial " afin d'inclure des chevaliers d'autres nationalités et, à partir de 1751, il élargit ses pouvoirs à la gestion économique des biens de Malte sur le territoire de la Couronne. Relais essentiel de la politique étrangère des Hospitaliers à travers toute l'Europe, il consacre ainsi l'influence de la Cour de Versailles. A l'époque, relève en effet Alain Blondy, les " langues " françaises et italienne fournissent près des quatre cinquièmes des membres de l'Ordre. Avec celui de Castille, le prieuré de France est aussi le plus riche. A elles seules, les trois " langues " d'Auvergne, de Provence et de France alimentent la moitié des revenus de l'Ordre. Autrefois plus riches, les " langues " de Castille et d'Aragon sont en revanche tombées au niveau de celle d'Italie, qui est-elle même fragilisée par la multiplicité des Etats sur la péninsule.
 
-1720, France : assumant la double fonction militaire et hospitalière de l'Ordre, le chef d'escadre des galères de Malte en escale à Marseille est nommé gouverneur de la ville pour y juguler une épidémie de peste.
 
-1722, Malte : à la suite de Ramón Perellós y Roccafull en 1697 et Marc'Antonio Zondadradi en 1720, Antonio Manoel de Vilhena est élu grand maître de l'Ordre, fonction qu'il gardera jusqu'à sa mort en 1736. A l'époque, le régime des chevaliers tend à s'étatiser sous la coupe d'une sorte de gouvernement " transnational " où chaque " Langue " dispose d'un poste attitré. Aux côtés du grand-maître, qui est élu à vie, le " pilier " de Provence joue ainsi le rôle de premier ministre en charge, plus particulièrement, des finances, tandis que le chef de la Langue d'Auvergne dirige les armées de terre et de mer. Grand Hospitalier de l'Infirmerie, le pilier de France, lui, est responsable des œuvres sanitaires de l'Ordre. Celui d'Italie, l'Amiral, préside aux destinées de la marine de guerre. Respectivement désignés sous le nom de Drapier, de Turcopilier et de Grand Bailli, ses homologues de l'Aragon, de l'Angleterre et de l'Allemagne s'occupent, qui de l'intendance, qui de la cavalerie légère et des défenses côtières, qui de la justice. Le pilier de Castille, enfin, est le secrétaire général de l'administration. En pratique, cependant, l'Ordre de Malte n'est jamais qu'un Etat de pacotille qui dépend de plus en plus de la bonne volonté de ses protecteurs et qui a dû renoncer à ses rêves d'universalité alors que les prétentions nationales ne cessent de s'affirmer, que les tensions centrifuges se développent parfois jusqu'au schisme et que les rois à la tête des monarchies d'Europe cherchent à s'emparer du revenu des commanderies en nommant leurs bâtards à la tête des " Langues ".
 
-1723, France : le roi Louis XIV, qui envisage de se rapprocher des Turcs, commence à vouloir restreindre les activités corsaires de l'Ordre, qui ont fini par perturber plus que protéger le commerce maritime en Méditerranée, en particulier au Levant. Cela n'empêche pas les chevaliers de continuer à traiter avec les Arabes en Afrique du Nord. A l'époque, note Malika Ezzahidi, le commerce de rachat des captifs aux mains de l'Ordre, qui est considéré comme une œuvre pieuse de part et d'autre des rives de la Méditerranée, se développe surtout avec les pays musulmans avec qui des accords de paix ont été signés. En effet, les marines des puissances européennes ont moins besoin d'hommes et de galériens à mesure que la navigation à voile fait des progrès et privilégie l'emploi de vaisseaux plus maniables, plus petits, plus rapides et donc moins gourmands en main d'œuvre. En outre, il faut compter sur les préventions grandissantes du clergé et des philosophes des Lumières à l'encontre de l'esclavage.
 
-1724-1759, Malte : suite à des conflits entre les puissances européennes pour la maîtrise de la Sicile, la neutralité du port de La Valette est reconnue par les belligérants en cas de guerre entre princes chrétiens. Signé en 1759, le traité d'Utrecht précise que l'île ne doit jamais admettre plus de quatre vaisseaux de guerre à la fois. L'accord ne fixe cependant pas de limites aux navires marchands et avantage donc les Français, qui n'ont quasiment pas de marine militaire. En pratique, explique l'historien Alain Bondy, la neutralité de l'Ordre est davantage garantie par les intérêts communs des puissances européennes, qui ne souhaitent pas prendre directement en charge la colonisation de Malte car elles trouvent moins onéreux de laisser aux chevaliers le soin de gérer une terre ingrate et une population hétéroclite. A l'époque, qui plus est, l'archipel est surtout envisagé comme un entrepôt et un point de relâche, bien plutôt que comme un site stratégique. La situation évoluera cependant à la fin du siècle, quand Malte deviendra un objet de convoitises et que le royaume de Naples s'engagera contre la République française. Le grand-maître de l'Ordre devra alors recourir à des subterfuges pour essayer de ménager les parties en lice. Désireux de ne pas déplaire aux révolutionnaires, par exemple, il autorisera en 1793 les bâtiments de guerre français à mouiller dans le port de La Valette du moment qu'ils n'arborent pas leur pavillon national. L'Ordre bénéficiera ensuite d'une brève accalmie avec la conclusion, en 1796, d'un armistice en Paris et Naples, peu avant l'invasion napoléonienne de 1798. Signé en 1802 par, entre autres, la France et l'Angleterre, le traité d'Amiens confortera ainsi la neutralité de Malte en prévoyant qu'à l'exception des puissances barbaresques, ses ports soient ouverts à tous, avec des droits égaux et modérés affectés à l'entretien de l'île. Mais la reprise des combats en Europe en 1803 compromettra bientôt ce fragile équilibre alors que les marchands maltais sont depuis longtemps favorables à l'établissement de zones franches.
 
-1728, France : depuis Malte, le grand maître se plaint des coupes sauvages que les chevaliers opèrent dans les commanderies dont ils ont la gestion alors que la vente d'arbres constitue un revenu non négligeable pour renflouer le budget déficitaire de l'Ordre. A priori, il se réjouit donc de la proclamation d'un arrêt royal de 1728 qui, ratifié en 1736, impose une cogestion des bois du pays avec des agents des Eaux et Forêts. Mais le grand maître se méfie aussi des velléités de nationalisation de la monarchie. Dans le cadre de deux bulles prononcées en 1751 puis 1756, il entreprend en conséquence de centraliser la gestion des coupes d'arbres, qui est confiée aux frères servants, au détriment des chevaliers de justice. Les protestations de la noblesse, dessaisie de ses prérogatives, obligent finalement à trouver un compromis avec Malte dans le cadre d'une nouvelle bulle publiée en 1767.