Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique
1730-1749
-1736, Malte : un chevalier, Sébastien de Choiseul, propose en vain de créer une nouvelle monnaie. Pour toucher sa part des revenus de ses commanderies en Europe, l'Ordre perd en effet beaucoup d'argent du fait d'un taux de change qui lui est très défavorable avec la pistole d'Espagne, son unité de compte. Autrefois équivalente au ducat de Venise et à l'écu espagnol de 10 réaux, soit un peu moins de 35 livres tournois, la devise de Malte souffre de l'inflation et d'une parité fixe qui, maintenue jusqu'en 1776, ne prend pas en compte l'érosion des autres monnaies. Selon l'historien Alain Blondy, les pertes que cela entraîne représentent plus de 40% de la valeur des revenus issus des commanderies de l'Ordre au 17ème siècle et jusqu'à 60% au 18ème siècle. Mais les problèmes ne s'arrêtent pas là. N'ayant pas réuni de chapitre général depuis 1631, les Hospitaliers ne sont pas non plus en mesure de procéder à une réévaluation de leurs biens. Jusqu'en 1776, les contributions (responsions) de leurs commanderies continuent ainsi d'être calculées sur une base initialement fixée en 1533 puis 1583.
-1737-1776, Malte : l'Ordre établit une Chambre de commerce qui vise à soutenir ses exportations de coton mais qui ferme ses portes dès 1741. A l'époque, l'idée du grand maître Antonio Manoel de Vilhena, mort en 1736, est de transformer La Valette en zone franche pour en faire un avant-port de Marseille. Malte se voit désormais comme un grand carrefour commercial alors que se réduisent ses activités de corsaire. Un règlement de 1723 impose ainsi des droits de douane six fois plus élevés pour les marchandises destinées à être vendues sur place plutôt que pour celles en transit après avoir été mises en quarantaine. Mais une telle politique mécontente les importateurs, les marchands urbains et les consommateurs locaux. En 1776, l'Ordre ouvre donc une nouvelle Chambre de commerce qui vise cette fois à aider les fermiers et les propriétaires agricoles, notamment les cultivateurs de coton, afin de prévenir d'éventuelles révoltes paysanes au vu des difficutés de ravitaillement auxquelles l'île est régulièrement confrontée.
-1741-1762, Italie : le Sénat de la République de Venise, qui a confisqué toutes les propriétés des Hospitaliers en 1584, ordonne de tirer sur tout navire arborant le pavillon maltais car les attaques des chevaliers perturbent le commerce avec l'Orient. L'Ordre réplique l'année suivante en interdisant l'admission de patriciens vénitiens dans ses rangs, un décret annulé par le pape en 1747. En 1750, la Sérénissime, qui veut affirmer sa suprématie dans l'Adriatique, décide également de fermer les consulats de La Valette à Corfou et Zante, où les bâtiments des corsaires ont l'habitude d'aller s'abriter. Après le rappel du consul de Malte à Venise en 1752, un accord de 1754 permet néanmoins de désamorcer les tensions entre les deux Etats chrétiens. Le commandeur Massimiliano Buzzaccatini Gonzaga est alors le premier ambassadeur vénitien accrédité à La Valette. En 1762, la mise en place de tarifs préférentiels entre les deux Etats scelle la réconciliation.
-1749, Malte : élu en 1741 à la suite de Raymond Despuig y Martinez de Marcilla, le grand maître de l'Ordre, Manuel Pinto de Fonseca, parvient en 1749 à juguler une révolte que des esclaves musulmans avaient fomentée avec un de ses gardes du corps et l'appui de Mustafa Pacha, un ancien gouverneur turc de Rhodes fait prisonnier puis libéré par les Hospitaliers. Une fois capturés, les meneurs sont punis et écartelés par quatre galères dans le port de Malte après avoir eu les os brisés et la chair arrachée au fer rouge. En augmentant les impôts et en créant de nouveaux titres, Manuel Pinto de Fonseca ne s'attire pas moins l'hostilité de la noblesse locale, ceci sans parler des Jésuites, qu'il finit par expulser de l'île en 1768. L'équilibre est fragile, sachant que les chevaliers disposent de 200 hommes en armes contre 12 000 dans la milice maltaise.
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