>
Ordre de Malte / Ordine di Malta
>
Historique

Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique




1750-1769


-1752, Italie : le grand prieuré de l'Ordre à Rome passe entièrement sous le contrôle du pape et ne verse plus aucune contribution à Malte.
 
-1753, Etats-Unis : un vague projet prévoit d'associer l'Ordre de Malte au peuplement de la Louisiane avec des esclaves capturés en Méditerrannée. L'idée, soumise au roi de France, ne connaît pas de suites. Menacé par les troubles révolutionnairers qui ravagent l'Europe à partir de 1789, l'Ordre essaiera ensuite de démarcher le gouvernement américain pour se trouver un nouveau protecteur. En 1794, un diplomate de Malte proposera ainsi, en vain, une protection militaire et une franchise de pavillon pour les bâtiments de commerce américains en Méditerranée, ceci en échange de terrains incultes permettant de fonder de nouvelles commanderies au Far West.
 
-1754, France : après avoir débarrassé la Corse du joug de Gênes, Pascal Paoli cherche à obtenir la protection de l'Ordre, qui lui fait cadeau d'un petit bateau, en l'occurrence un chébec. Mais le projet d'une souveraineté maltaise sur l'île n'aboutit pas du fait de l'opposition des indépendantistes corses et du grand maître lui-même, Manuel Pinto de Fonseca.
 
-1756-1767, Malte, Grande-Bretagne : après la perte de Minorque et de leur base navale de Port-Mahon en 1756, les Britanniques marguent un regain d'intérêt pour Malte, où ils disposent d'un nouveau consul depuis 1749. Les Hospitaliers ne sont cependant pas favorables aux Anglais car ceux-ci affranchissent les esclaves se réfugiant sur leurs bateaux. Sous l'influence de la France, ils vont donc restreindre l'accès de leur île aux navires battant pavillon britannique. Le consul de Londres à La Valette, lui, est destitué en 1762 et emprisonné jusqu'en 1767.
 
-1758, Espagne : autrefois exempté, l'Ordre commence à devoir payer des impôts dans le cadre d'un indult perpétuel du pape Benoît XIV qui autorise la monarchie espagnole à taxer les biens des ecclésiastiques.
 
-1761, Malte : l'Ordre doit émettre un emprunt pour combler un budget structurellement déficitaire depuis 1631.
 
-1762, Malte : un auteur anonyme publie un manuscrit sur les " Usages et étiquettes observées à la cour du Grand Maître " de l'Ordre. Son livre témoigne bien de la décadence et de l'oisiveté de chevaliers dont la vie s'est considérablement adoucie à mesure que s'éloignait le risque d'une attaque turque. Le grand-maître, Manuel Pinto de Fonseca, est lui-même suspecté de détourner de l'argent, de pratiquer l'alchimie et de s'adonner à la magie noire quand il reçoit la visite en 1766 du fameux comte de Cagliostro, Joseph Balsamo, avec l'espoir de trouver un élixir de longévité. En Europe se multiplient par ailleurs des esclandres où des chevaliers sont mêlés à des affaires d'homosexualité, d'abus financiers, de beuveries et de duels. A l'époque, relate Claire-Eliane Engel dans un article paru en 1953, les Hospitaliers n'incarnent plus le parangon littéraire des vertus chevaleresques. Au contraire, ils font plutôt figure d'aventuriers sans morale et plus ou moins exotiques, des séducteurs impénitents qui vivent parfois ouvertement avec leurs maîtresses mais qui ne reconnaissent jamais leur progéniture parce qu'ils sont officiellement contraints au célibat, voire à la chasteté. Se prévalant de leur statut tantôt d'Etat souverain, tantôt d'ordre religieux, qui plus est, les Hospitaliers donnent le sentiment de vouloir systématiquement se soustraire à la justice pour esquiver les règlements et les condamnations judiciaires en jouant sur les deux tableaux à la fois et en multipliant les conflits de juridiction d'un pays à l'autre. C'est particulièrement vrai en France. Ainsi, certains chevaliers se prévalent d'un arrêt du roi Henri II qui, en 1555, les a obligé à traiter devant les tribunaux de l'Ordre les litiges concernant des biens situés sur le territoire de la Couronne. D'autres, en revanche, substituent des parents comme plaignants pour échapper aux châtiments des Hospitaliers. Dans tous les cas, les chevaliers offrent le spectacle d'une noblesse très divisée et d'abord intéressée par l'argent. La justice n'est guère plus assurée à Malte. Après avoir tué un de ses camarades en duel à l'âge de dix-huit ans, par exemple, le chevalier Dieudonné Sylvain Guy Tancrède Gratet de Dolomieu s'en tire avec seulement neuf mois de prison avant d'être gracié grâce à l'intervention de ses supérieurs en 1766. De même, un abbé auvergnat célèbre pour ses escroqueries, Claude-François Boyer, échappe aux poursuites en s'enfuyant à Cuba et à St Domingue, où il s'endette et gagne la confiance de donateurs en faisant croire qu'il est missioné par l'Ordre pour créer une nouvelle Langue. Arrêté et transféré à Malte, où il est condamné à la prison à vie, il est finalement réintégré en 1779 grâce à l'entremise de puissants protecteurs.
 
-1763, France : un chevalier de l'Ordre, Etienne-François Turgot, est nommé gouverneur de la Guyane française avec l'idée de peupler le territoire avec des familles venues de Malte. Mais le grand-maître, Manuel Pinto de Fonseca, ne donne pas suite à la proposition.
 
-1768, Malte : l'Ordre doit expulser les Jésuites de l'île sur instruction de la monarchie sicilienne, qui vient de les chasser de son propre territoire à un moment où les ecclésiastiques de la Compagnie de Jésus sont pourchassés par les jansénistes à travers toute l'Europe catholique. Bien qu'elle constitue un diocèse distinct, la Sicile marque ainsi la souveraineté assez théorique qu'elle entend conserver sur Malte depuis 1530. A l'époque, les deux Etats entretiennent d'ailleurs des relations souvent tendues. Suite à des conflits de préséance, la monarchie a par exemple entrepris en 1754 d'asphixier l'économie de l'Ordre en suspendant le commerce avec l'archipel, en interdisant à ses ressortissants de voyager sous pavillon maltais et en séquestrant les biens des Hospitaliers dans les possessions napolitaines et siciliennes.
 
-1769-1799, Malte, Russie : à la recherche de débouchés maritimes pour sa flotte de guerre, l'impératrice Catherine II de Russie écrit au grand-maître Manuel Pinto de Fonseca et argue d'un combat commun contre l'ennemi turc pour lui demander un droit de mouillage permanent dans le port de La Valette. Celui-ci esquive afin de ne pas compromettre la neutralité de l'Ordre et les intérêts français en Méditerranée. Selon Alain Blondy, l'envoyé spécial de Catherine II à La Valette, Georges André, marquis de Cavalcabo, est alors prié de quitter le territoire car suspecté d'avoir suscité des troubles dans l'île en 1774-1775. Le grand-maître de l'Ordre essaie néanmoins de maintenir des liens diplomatiques avec la Russie en envoyant à Saint-Pétersbourg un chevalier italien, le bailli Giulio Litta, qui est chargé de réorganiser la flotte baltique de l'impératrice et qui, promu général puis contre-amiral, bat les Suédois à la bataille de Rochenselm en 1789. Mais la monarchie tsariste ne renonce pas à vouloir s'emparer de Malte. Malgré la Révolution française et la prise de l'île par Napoléon Bonaparte en 1798, elle y soutient un prêtre du cru, Dun Mikiel Xerri, et un mercenaire corse, Guglielmo Lorenzi, pour fomenter début 1799 un soulèvement qui est aussitôt déjoué. Nommé à la tête de l'Ordre en 1798, le tsar Paul Ier envoie même un conseiller spécial pour essayer d'administrer le territoire en son nom et se concilier la population locale en annonçant la création d'un prieuré maltais dont la gestion serait exclusivement confiée aux autochtones. Le projet ne connaît pas de suites. Brouillé avec Londres pour des questions de concurrence maritime, le tsar Paul Ier se rapproche brièvement de Napoléon Bonaparte, qui lui offre gracieusement l'île… après son occupation par les Britanniques en 1800 !