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Ordre de Malte / Ordine di Malta
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Historique

Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique




1770-1789


-1770, France : alors que la Corse vient de passer sous le giron de la monarchie française, un projet inabouti prévoit d'y créer six commanderies, une pour chacune des six Langues de l'Ordre. Les Hospitaliers sont aussi censés bénéficier d'une vaste concession autour de Porto Vecchio en exploitant l'île avec des populations maltaises.
 
-1773-1775, Malte : élu grand maître de l'Ordre en 1773, Francisco Ximenes de Texada entreprend de moderniser les finances et la législation de l'Etat au moment où, précisément, la population commence à ressentir les effets d'une dépression économique. Ses velléités de réformes et son approche absolutiste suscitent des troubles, notamment lorsqu'il interdit la pratique de la chasse au clergé. L'abbé Gaetano Mannarino entraîne alors la noblesse locale dans une révolte qui réclame le rétablissement des conseils populaires en place du temps de Charles Quint. L'insurrection, qui parvient à s'emparer brièvement du fort Saint-Elme en 1775, exprime en l'occurrence les protestations de la bourgeoisie maltaise contre les privilèges aristocratiques des chevaliers. Elle est vite réprimée et se conclut par l'emprisonnement de quelques prêtres et la condamnation à mort des principaux conjurés. Francisco Ximenes de Texada reste cependant très impopulaire jusqu'à sa mort et son remplacement en 1775 par Emmanuel de Rohan-Polduc, un Breton autrefois exilé en Espagne.
 
-1775, France : à l'instar de l'Aragon et de l'Italie, une ordonnance royale réserve la direction des commanderies hospitalières aux chevaliers de la noblesse, excluant les chapelains et les frères servants. Les nombreuses possessions d'un ordre religieux en voie d'extinction, Saint-Antoine en Viennois, sont par ailleurs reversées aux Maltais. En pareil cas, le droit canonique privilégie en effet des ordres aux missions semblables. Or les chevaliers de Saint-Antoine en Viennois étaient spécialisés dans le traitement des victimes du " mal des ardents ", qui était lié à la consommation de seigle ergoté. Malgré l'opposition du clergé français, la fusion entre les deux Ordres est alors actée par le pape Pie VI en 1776 puis. En contrepartie, les chevaliers de Malte doivent prendre en charge la création d'un hôpital pour les insensés, les aliénés et les épileptiques. Sur le plan financier, l'affaire est d'autant moins rentable que les Hospitaliers sont également contraints de verser une pension à vie aux derniers membres de l'Ordre de Saint-Antoine en Viennois. N'ayant procédé à aucune estimation prélable des biens et des dettes qui leur reviennent, ils se sont en outre attirés l'inimitié du clergé français, qui ne bénéficie pas des mêmes privilèges fiscaux d'extraterritorialité.
 
-1776, Allemagne : pour la première fois depuis longtemps, des Hospitaliers protestants du grand baillage de Brandebourg envoient des délégués participer au " Chapitre général " (Parlement) de l'Ordre de Malte catholique, à qui ils continuent de verser des rentes. Mais la tentative de réconciliation se heurte de nouveau à un refus absolu du pape.
 
-1777-1784, Malte : l'Ordre établit en 1777 un Tribunal collégial qui vise à humaniser une justice pour le moins arbitraire. Après la révolte de 1775, ces efforts de modernisation permettent de renouer avec la prospérité économique et d'apaiser une population qui accepte de moins en moins la puissance tutélaire des chevaliers. Le grand maître, Emmanuel de Rohan-Polduc, rédige ainsi un code qui est publié en 1784 et qui constitue les fondements des règles de l'Ordre jusqu'à aujourd'hui. Sa réforme judiciaire institue un Protecteur des Prisonniers et un Avocat d'office pour défendre gratuitement les pauvres. Elle abolit également la torture pour obtenir des preuves, à l'exception des complots contre l'Etat, des parricides et de certains crimes de sang.
 
-1780-1793, Allemagne : en terre catholique, l'électeur de Bavière cède des biens à l'Ordre afin de reconstituer un grand prieuré qui, avec l'accord du roi George III d'Angleterre, permet de former une langue dite " anglo-bavaroise " en 1781. Mais les chevaliers de Malte perdent de nouveau une partie de leurs possessions du prieuré de Bavière lorsque la Lituanie repasse sous la domination de l'empire russe au moment du deuxième partage de la Pologne en 1793. La création d'une " Langue anglo-bavaroise " incite également les Italiens à demander la reconaissance d'un prieuré de Lombardie afin d'obtenir davantage de voix au moment de l'élection du grand-maître.
 
-1781-1832, Pologne : après la création d'un grand prieuré de Pologne en 1775, Andrzej Marcin Miaskowski est nommé commandant de Pozna? par Emmanuel de Rohan-Polduc en 1781. Mais la présence des chevaliers de Malte souffre de la partition du pays entre les Allemands et les Russes en 1793. Le grand prieuré est alors dissous. En 1810, enfin, le gouvernement prussien confisque les propriétés polonaises de l'Ordre et récupère le domaine de Pozna? à la mort d'Andrzej Marcin Miaskowski en 1832.
 
-1782, Malte : le grand maître, Emmanuel de Rohan-Polduc, établit une école de mathématiques et de sciences nautiques qui vise à confirmer le développement d'une marine désormais occupée à lutter contre les Barbaresques et non plus les Turcs.
 
-1783, Italie : les chevaliers de Malte envoient des secours aux rescapés d'un tremblement de terre qui a ravagé Messine en Sicile. Arrivés à bord de quatre galères, ils entreprennent de rechercher les survivants dans les décombres, de distribuer des vivres, de reconstruire des logements, de soigner les blessés et d'enterrer les morts. Mais leur popularité grandissante inquiète les notables de la ville, qui les chassent au bout de trois semaines.
 
-1785-1786, Belgique : sur la base d'un argument qu'il reprendra pendant la Révolution française, l'Ordre veille à ce que son domaine ne soit pas assimilé aux propriétés du clergé, ceci pour échapper à un décret de 1785 qui ordonne le démantèlement des biens ecclésiastiques et qui est signé depuis Vienne par l'Empereur Joseph II, à l'époque suzerain de la Hollande et de l'actuelle Belgique. Situées à la Braque, Caestre, Chantraine, Piéton, Slype, Tirlemont, Vaillampont, Villers-au-Liège et Haute-Avesnes, les commanderies de la région comptent en l'occurrence parmi les plus riches de la " Langue " de France. En Espagne, l'Ordre ne parvient cependant pas à empêcher que son prieuré de Castille soit sécularisé par le roi en 1785. Lors de la réunion des états-généraux en France en 1788, il est également menacé d'être assimilé au clergé, même s'il parvient finalement à faire admettre que ses chevaliers et ses frères servants relèvent respectivement de la noblesse et du tiers-état.
 
-1788, Malte : la pénétration des idées maçonniques se confirme depuis qu'une première loge a été établie à Msida grâce à un don du bailli de Brandebourg, Philip Guttenburg, en 1730. A La Valette, notamment, est créée en 1788 une loge dite de " Saint-Jean du Secret et de l'Harmonie ", qui est affiliée à Marseille et Toulon. Le phénomène prend alors de l'ampleur au moment de la Révolution française. Des grands maîtres de l'Ordre, Ferdinand von Hompesch en 1797 puis Giovanni Battista Tommasi en 1803, seront ainsi initiés aux idées maçonniques lors de déplacements à l'étranger. Le succès grandissant des loges va cependant à l'encontre des interdictions du Saint-Siège, qui a condamné la franc-maçonnerie en 1738. Dès 1641, le grand maître Manuel Pinto de Fonseca avait par exemple dû expulser six chevaliers francs-maçons. En 1776, une enquête officielle avait ensuite été ouverte sous la conduite de l'inquisiteur Antonio Lante. Sans doute décidée à l'initiative des autorités ecclésiastiques de l'île pour contrecarrer l'indépendance de l'Ordre de Malte, elle ne devait certes pas aboutir. Son rapport fut opportunément égaré et ses conclusions ne furent jamais publiées, ni même communiquées à Rome. En effet, explique Pierre Mollier, l'enquête révélait à quel point les notables de l'île étaient impliqués à tous les niveaux. A l'époque, la franc-maçonnerie comptait dans ses rangs des chanoines de la cathédrale de La Valette, trois proches de l'inquisiteur Antonio Lante et le grand maître lui-même, Emmanuel de Rohan-Polduc, qui avait été initié à Parme en 1756.
 
-1789-1790, France : la chute de la Bastille et les troubles révolutionnaires compromettent gravement les activités de l'Ordre. En vertu d'un décret du 11 août 1789, l'Assemblée nationale supprime les dîmes et les rentes des Hospitaliers, puis les oblige à reverser une " contribution patriotique " équivalant à un quart de tous leurs revenus. Pour essayer de se concilier les révolutionnaires, le grand prieuré de France s'acquitte de sa redevance avec deux ans d'avance sur les échéances fixées par les députés. De son côté, Malte propose d'escorter gratuitement les navires tricolores attaqués par les pirates barbaresques. L'Ordre argue que ses services maritimes coûtent moins chers et que la taxation de ses biens ne permettrait pas véritablement de financer l'armement d'une marine nationale. Au contraire, la disparition des chevaliers de Malte risquerait de faire tomber l'archipel dans l'escarcelle de puissances hostiles à la France. En vain. Comme pour le clergé avec le décret du 2 novembre 1789, l'Assemblée nationale décide, le 26 octobre 1790, d'exproprier l'Ordre et de nationaliser ses biens. Devant les protestations que cela suscite, elle doit cependant suspendre ses saisies et momentanément considérer l'Ordre de Malte comme une puissance étrangère dont les possessions françaises sont lourdement taxées.