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Ordre de Malte / Ordine di Malta
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Historique

Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique




1810-1829


-1810-1811, Allemagne : pour financer l'indemnité de guerre imposée par les troupes de Napoléon Bonaparte, le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse sécularise et confisque les biens des Eglises et du Grand Bailliage de Brandebourg, qui s'étend jusqu'en Hollande. En vertu d'un édit en date du 15 octobre 1810, l'équivalent protestant de l'Ordre de Malte est alors dissous et les pouvoirs de son grand maître, le Herrenmeister, sont transférés à la Couronne. Cette décision entérine la disparition du grand prieuré d'Allemagne qui, sur intervention de Napoléon Bonaparte, avait dû être supprimé par un acte de la Confédération du Rhin le 12 juillet 1806, puis par un décret du roi de Bavière le 8 septembre 1808. Dès décembre 1805 avaient ainsi été mises sous séquestre les commanderies protestantes de Villingen, Rotterweilund et Affeltrach dans le Würtemberg, de Heitersheim dans le prieuré de Bade et de Hemmendorf et Detzingen en Souabe. Les commanderies catholiques du sud de l'Allemagne, elles, avaient connu le même sort en dépit de la protection purement formelle proposée par le roi de Bavière en janvier 1806. Dans le cadre d'une ordonnance datée du 23 janvier 1811, l'Ordre de Malte n'existe plus que sur le papier, en l'occurrence sous la forme d'un ordre du mérite dont la décoration équivaut au " Max bleu " (Blauer Max), la plus haute distinction militaire de l'armée prussienne jusqu'en 1918. Afin d'assurer une certaine continuité historique avec les chevaliers d'antan, son premier grand maître sera le Herrenmeister du bailliage de Brandebourg, le prince Auguste Ferdinand de Prusse.
 
-1811, Italie : pour combler le déficit de ses finances, la Couronne des Deux-Siciles essaie de s'emparer des revenus des commanderies de l'Ordre sur son territoire. Le 14 février 1811, deux édits du roi Ferdinand III visent ainsi à vendre aux enchères les possessions des chevaliers, qui parviennent cependant à obtenir des dédommagements et à limiter leurs pertes au seul fief de Saint-Georges dans la commanderie de Modica et Randazzo.
 
-1813, Autriche : faute de chevaliers, un décret du 20 mars 1813 prévoit de supprimer le prieuré de Bohême, le seul qui reste à l'Ordre avec celui de Messine en Sicile. Comme pour les Teutoniques, il est prévu que les biens ainsi récupérés soient reversés à l'Ordre de Marie-Thérèse. Mais le décret ne sera finalement pas appliqué.
 
-1814-1815, Autriche : le lieutenant André Di Giovanni-Centelles, qui a succédé à Innico-Maria Guevara-Suardo, décédé en avril 1814, ne parvient pas à faire progresser les revendications maltaises de l'Ordre au congrès de Vienne, qui fixe les frontières de l'Europe au sortir des guerres napoléoniennes. La conférence, qui s'ouvre en novembre 1814, s'achève en juin 1815 sans obtenir la moindre concession de la part des Anglais devenus maîtres de l'île. Au contraire, l'article 7 du traité de Paris, signé le 30 mai 1814, a entériné la souveraineté britannique sur l'ensemble du territoire. La défaite et le départ des troupes napoléoniennes permettent seulement aux chevaliers de reprendre possession de nombreuses commanderies en Allemagne, en Bohême, en Italie, en Espagne et au Portugal.
 
-1815, France : avec la chute du Premier Empire et le retour au pouvoir de la dynastie des Bourbons, une Commission des langues françaises de l'Ordre est rétablie sous l'égide du grand-prieur d'Aquitaine et comte Camille de Rohan, puis du bailli Jean-Baptiste de Lasteyrie du Saillant à partir de 1816. Le traité de Paris du 30 mai 1814 a en effet rendu caduc les dispositions de la paix d'Amiens qui, signée le 25 mars 1802, interdisaient aux Hospitaliers de recruter des chevaliers français ou anglais. La Restauration laisse alors espérer aux dignitaires de l'Ordre qu'ils vont pouvoir négocier la restitution de leur domaine en tant que représentants d'un Etat étranger et non de l'Eglise francaise. Dans la foulée, des chevaliers français essaient aussi de récupérer les biens des Hospitaliers en Italie et d'obtenir de l'Espagne le prêt d'une base sur l'île de Majorque en échange de leurs services pour aider Madrid à reprendre possession de ses colonies africaines et à lutter contre la contrebande de tabac. Malgré son ressentiment contre la présence britannique à Malte et Gibraltar, la monarchie espagnole ne va cependant pas donner suite à leurs demandes.
 
-1816-1817, France : dans une déclaration en date du 31 janvier 1816, la Chambre des députés reconnaît la souveraineté de l'Ordre et interdit la vente de ses biens qui n'ont pas encore été liquidés du temps de la Révolution. Cette décision est confirmée par la Chambre des pairs le 11 janvier 1817. Mais la monarchie n'entreprend pas de restituer aux Hospitaliers les domaines qu'ils possédaient avant 1789.
 
-1817, Russie : suite à une résolution du conseil des ministres approuvée le 20 janvier 1817 par le tsar Alexandre Ier, la monarchie supprime l'Ordre et saisit les biens de ses deux grands prieurés afin de financer son effort militaire. Les chevaliers de Malte n'ont plus aucune existence légale dans l'Empire et le port de leurs insignes n'est même plus autorisé.
 
-1818, Allemagne : la Commission des langues françaises de l'Ordre essaie de participer au Congrès d'Aix-la-Chapelle qui, du 29 septembre au 14 novembre 1818, organise le départ des armées de la coalition en vue de mettre fin à leur occupation de la France. Mais les manœuvres des chevaliers envoyés par Paris heurtent la sensibilité des chefs hospitaliers en Sicile, seuls habilités à envoyer des ministres plénipotentiaires.
 
-1819, Italie : les chevaliers ne donnent pas suite au projet d'un comte français, Pierre Louis Rigaud de Vaudreuil, qui, dans un livre publié à Paris en 1818, propose de créer vingt-neuf " Langues " et d'installer l'Ordre sur les côtes maghrébines de l'Afrique pour y fonder des colonies militaires avec une triple mission hospitalière, agricole et navale, les Arabes étant repoussés dans les hinterlands.
 
-1822, Italie : le congrès de Vérone, qui s'ouvre le 15 octobre 1822, reconnaît la légitimité des revendications maltaises de l'Ordre et de son lieutenant nommé en juillet 1821, Antoine Busca. En pratique, cependant, les diplomates entérinent l'occupation britannique de l'île et la fin des prétentions des chevaliers quant à un retour à La Valette. Les négociations en vue de confier à l'Ordre les îles de Majorque, de Lissa, d'Elbe ou du Quarnero n'aboutissent pas non plus.
 
-1823, Grèce : peut-être encouragées par l'écrivain François-René de Chateaubriand, à l'époque ministre français des Affaires étrangères, des négociations sont engagées à Paris en juillet 1823 avec des représentants du gouvernement provisoire grec et de leur ministre de la police, le comte André Metaxa, pour restaurer la souveraineté de l'Ordre sur l'île de Rhodes en échange d'un prêt, d'une expédition militaire et d'une alliance avec les insurgés contre les Ottomans. Le projet ne connaît pas de suite du fait, entre autres, des réticences de l'Autriche, qui souhaite maintenir de bonnes relations avec la Turquie. De plus, le traité envisagé dérogeait aux règles de l'Ordre en prévoyant d'autoriser le recrutement de chevaliers grecs de rite orthodoxe. A Catane, enfin, le lieutenant Antoine Busca désapprouve formellement les démarches entreprises à son insu par les chevaliers français pour contracter un emprunt de 640 000 livres sterling à Londres. En 1827, il s'abstiendra également de répondre aux sollicitations visant à impliquer l'Ordre aux côtés des marines française, anglaise et russe dans la bataille navale de Navarin pour aider les Grecs à s'affranchir de la tutelle des Turcs.
 
-1824, France : soucieux de préserver son monopole sur l'attribution de décorations et de médailles, le roi Louis XVIII édicte une ordonnance qui, le 16 avril 1824, revient à récuser tout à la fois le lieutenant de l'Ordre, à Catane, et la Commission des chevaliers de langue française, à Paris. Selon Michel de Pierredon, il est possible que la monarchie ait ainsi voulu réprimander Antoine Busca, qui avait fait échouer les négociations appuyées par la France et entreprises avec la Grèce pour restaurer la souveraineté de l'institution sur l'île de Rhodes. Depuis Catane, le lieutenant de l'Ordre obtient néanmoins une reconnaissance de son magistère et la dissolution formelle de la Commission des chevaliers de langue française, dont il avait désapprouvé les initiatives intempestives. Dorénavant, le roi Louis XVIII et son successeur Charles X se réservent le droit exclusif d'autoriser leurs sujets à porter la croix de Malte après avoir obtenu l'assentiment du chef de l'Ordre en Italie.
 
-A partir de 1826, Grande-Bretagne : reconstituée en 1826 sous l'égide du bailli Charles-François de Calonne d'Avesnes, la Commission des chevaliers de langues françaises tente de nouveau de contracter un emprunt à Londres contre l'avis du chef de l'Ordre en Italie. Dans la foulée, elle cherche à rétablir un grand prieuré d'Angleterre qui comprendrait l'Irlande catholique et qui suivrait le modèle autonome du Grand Baillage protestant de Brandebourg en Allemagne. Bien qu'ils n'en aient pas l'autorité, des chevaliers français adoubent alors quelques Anglicans qui, sous l'égide du chapelain Robert Peat à partir de 1831 puis Henry Dymoke en 1837, se dotent de statuts en 1841 et essaient vainement d'être reconnus par Rome avant d'y renoncer en 1843 et de proclamer leur indépendance en 1858.
 
-1827, Italie : le pape Léon XII donne à l'Ordre un couvent et une église à Ferrare, où l'institution vient de transférer son siège. Les chevaliers s'enracinent ainsi en Italie malgré quelques velléités des Français à participer à la colonisation de l'Algérie pour s'emparer d'Oran. En 1830, l'indépendance de la Grèce et la prise d'Alger les obligent de toute façon à renoncer à un retour sur Rhodes et à la lutte contre les pirates barbaresques pour justifier la restitution de leur souveraineté sur Malte.