Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique
1870-1889
-1870, France, Grande-Bretagne : des chevaliers de Malte français financent des ambulances pour soigner les militaires blessés lors des combats contre l'armée prussienne, en particulier à Epernay sous l'égide du comte Chandon de Briailles. En Grande-Bretagne, un hospitalier anglican de l'Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, John Furley, met quant à lui en place une organisation à l'origine de l'actuelle Croix-Rouge britannique, la NAS (National Society for the Aid to the Sick and Wounded in War). Celle-ci, explique Rebecca Gill, envoie des secouristes civils dans les deux camps. Mais elle a le plus grand mal à superviser la distribution de son aide en France, qui est gérée depuis Amiens et Boulogne-sur-mer par des hommes d'affaires britanniques sans expérience médicale. De plus, la NAS se heurte bientôt au colonel Robert Loyd-Lindsay, un député conservateur et un héros de la guerre de Crimée qui entrera au War Office en 1877. John Furley, qui démissionne de la NAS en 1873, s'oppose en effet à l'amateurisme des aristocrates qui, derrière Robert Loyd-Lindsay, devenu Lord Wantage, refusent de populariser, de professionnaliser et de bureaucratiser leurs activités caritatives. En 1877, il monte en conséquence une Brigade des ambulanciers de Saint-Jean, la Saint John Ambulance Brigade, qui veut pérenniser son mandat en poursuivant des programmes de santé publique en temps de paix. A ce titre, il continue de participer à des réunions du CICR (Comité International de la Croix-Rouge) alors qu'il n'entretient plus de lien institutionnel avec la Croix-Rouge de Robert Loyd-Lindsay, qui s'isole du continent. Les divergences entre les deux hommes tiennent aussi à leurs rapports avec le gouvernement car l'armée cherche bientôt à contrôler et militariser une organisation qui, précisément, avait tenu à garder son indépendance.
-A partir de 1875, Grande-Bretagne : l'Ordre se dote d'une association britannique dont les statuts sont approuvés par Rome le 15 décembre 1875. Son pendant protestant, dont l'origine remonte à 1831, obtient quant à lui une charte royale en 1888 lorsqu'il accepte de renoncer à sa souveraineté et de prêter allégeance à la monarchie anglaise. Placé sous la protection de la reine Alexandra et du prince de Galles, devenus dame de justice et grand bailli depuis 1876 et 1881 respectivement, ce dernier n'intégrera jamais l'institution basée à Rome. Officialisé sous le nom de " Grand prieuré de l'Ordre de l'hôpital de Saint Jean de Jérusalem en Angleterre ", il développe néanmoins des relations suivies avec son homologue allemand et protestant du bailliage de Brandebourg, au grand maître duquel il accorde le titre de chevalier honoraire de justice en la personne du prince Frédéric-Guillaume-Nicolas-Albert de Prusse. En Grande-Bretagne, il est surtout connu du grand public en raison des opérations de premiers secours menées avec la SJA (Saint John Ambulance Association) depuis 1877 et la SJAB (Saint John Ambulance Brigade) depuis 1887. Les deux organisations, qui sont chacune spécialisées dans la formation ou le transport de blessés, fusionneront finalement en 1968 pour former une Fondation en 1974. En attendant, les protestants de l'Ordre de Saint Jean essaiment dans l'Empire, encouragés en cela par une autre charte royale qui, en 1907, les autorise à ouvrir des succursales à l'étranger, notamment dans les dominions. Outre l'Afrique du Sud se mettent ainsi en place des services de premiers secours comme la SJAA (Saint John Ambulance Australia) à Melbourne en 1883 et la SJAC (Saint John Ambulance Canada, ou " Ambulance Saint-Jean Canada ") dans la ville de Québec en 1882. A Hong Kong apparaît également en 1884 une Saint John Ambulance Association puis, en 1916, une Ambulance Brigade qui, fusionnées sous l'égide d'un Conseil en 1949, formeront une organisation complètement indépendante de l'Ordre britannique quand la colonie passera sous le contrôle de la Chine communiste en 1997, avec une ONG placée directement sous la responsabilité du chef du gouvernement du territoire. Dans le même ordre d'idées, la branche de la SJAA établie en 1885 à Christchurch en Nouvelle Zélande deviendra un grand prieuré en 1945 et, une fois débarrassée de sa structure militaire, se recentrera sur des fonctions civiles en fournissant jusqu'à 90% des services d'ambulance du pays. La Saint John Ambulance Association de Ceylan, qui date de 1906, suivra une trajectoire similaire sous l'égide d'un Conseil National constitué en 1967, peu avant que le pays, indépendant depuis 1948, ne prenne le nom de Sri Lanka en 1972. En Malaisie, encore, une loi fédérale de 1972 entérinera la fusion de la SJAA (Saint John Ambulance Association), formée par des médecins militaires britanniques en 1908, et de la SJAB (Saint John Ambulance Brigade), établie en 1938 par les autorités coloniales en prévision de la Seconde Guerre mondiale. Quant aux secouristes de la SJAC, ils finiront par créer un grand prieuré à Ottawa en 1946 et s'affranchiront progressivement de la tutelle de l'armée canadienne, dont ils ont longtemps dû porter l'uniforme lorsqu'ils étaient déployés en opérations extérieures.
-1876-1878, Bulgarie : composées aux deux tiers de volontaires de la NAS (National Society for the Aid to the Sick and Wounded in War) et pour un tiers d'ambulanciers de l'équivalent protestant de l'Ordre de Malte en Angleterre, des équipes de secouristes britanniques entreprennent d'assister les victimes chrétiennes des guerres qui opposent les pays balkaniques aux musulmans de l'Empire ottoman. Sur le terrain s'illustre notamment Lady Emily Anne Strangford, une des premières femmes à obtenir la grade de commandeur chez les Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem en Grande-Bretagne. Veuve d'un diplomate britannique en poste à Constantinople, celle-ci devient célèbre et rivalise bientôt avec la figure de la fameuse infirmière Florence Nightingale, héroïne de la guerre de Crimée (1853-1856).
-1877, France : en novembre 1877, l'Ordre commence à mettre en place des trains hôpitaux sous l'impulsion du baron Louis Elizé de Montagnac, qui dirige les ambulances de la Croix-Rouge dans les Ardennes et veut créer une association pour secourir les militaires malades en temps de paix ou blessés en temps de guerre.
-A partir de 1879, Italie : une bulle papale du 29 mars 1879 restaure la fonction de grand maître, vacante depuis juin 1805, et permet l'élection de Giovanni Battista Ceschi di Santa Croce, qui était déjà lieutenant de l'Ordre depuis février 1871. Un autre bref du 12 juin 1888 l'élève ensuite au rang de cardinal. Dans le même temps, l'Ordre entreprend de consolider son assise laïque et se dote d'une association dont les statuts ont officiellement été approuvés le 10 juin 1876. Une convention passée avec l'Etat italien le 20 novembre 1884 encadre également ses activités caritatives auprès des armées en campagne en temps de guerre.
-1881-1891, Espagne : l'Ordre se dote en 1881 d'une association qui permet de restaurer officiellement la " langue " d'Espagne en 1885 et de la réunifier avec le grand magistère à Rome. L'initiative en revient pour beaucoup à Don Eduardo Palou y Flores, un sénateur et un chevalier membre du comité exécutif de la Croix-Rouge espagnole. Sous sa direction, l'association s'étend depuis Madrid vers Cádiz, Séville et Barcelone. Elle ouvre également un hôpital dans la capitale, Notre Dame d'Atocha, et entreprend de récupérer les biens saisis lors de la proclamation d'une république en 1873. Le fait que l'association soit indépendante du Saint-Siège rassure quelque peu les autorités, qui l'obligent à modifier son logo pour mieux la distinguer de l'Ordre de Malte placé sous la tutelle directe de la Couronne espagnole. Confirmés par un décret du roi Alphonse XII le 4 septembre 1885, ses statuts sont approuvés par le pape le 2 mars 1891 et autorisent le grand-maître à Rome à nommer lui-même des chevaliers dans les Langues de Castille et d'Aragon.
-1882, Palestine : après les Italiens en 1876, les Britanniques de l'Ordre (protestant) de Saint Jean négocient avec le gouvernement ottoman pour établir à Jérusalem un hôpital ophtalmologique qui est placé sous les auspices du prince de Galles. Inauguré en avril 1882, cet établissement sera réquisitionné en décembre 1914 par les Turcs, transformé en dépôt de munitions et partiellement détruit, avant d'être réhabilité par les troupes britanniques à la suite de leur entrée dans la ville sainte en décembre 1917.
-1884, Soudan : depuis Londres, l'Ordre de l'hôpital de Saint Jean de Jérusalem envoie une petite équipe médicale sous les auspices d'un de ses membres, Sir Vincent Kennett-Barrington, pour monter un hôpital de campagne dans le port de Suakin et soigner les soldats britanniques blessés par les combattants mahdistes à Khartoum.
-1885-1914, Grande-Bretagne : l'Ordre des chevaliers anglais de Malte, qui a repris en 1860 un hôpital de Londres géré par les Sœurs de Miséricorde, Saint Jean et Sainte Elisabeth, dispute à la NAS (National Society for the Aid to the Sick and Wounded in War) le contrôle de la Croix-Rouge britannique, la BRCS (British Red Cross Society). Placée sous la coupe du gouvernement en 1899, cette dernière se résout à absorber les équipes médicales des deux entités en 1905. Mais la fusion est difficile. Les chevaliers de l'Ordre de Saint Jean, explique Rebecca Gill, revendiquent en effet l'antériorité de leur organisation en matière médicale relativement au CICR (Comité International de la Croix-Rouge) de Genève, qui date de 1863 et qui est supecté de tendances " socialistes " car il est plus démocratique et plébéien. La BRCS est également en concurrence avec la SJAB (Saint John Ambulance Brigade) pour obtenir des financements et fournir des volontaires en uniforme au ministère de la Guerre. Les deux organisations doivent alors se regrouper sous la pression des autorités et du journal The Times, qui refuse de publier deux appels différents pour collecter des fonds auprès du public au moment de l'entrée en guerre contre l'Allemagne en 1914.
-1886-1952, Irlande : après avoir établi un premier centre de secours à Dublin en 1881, la SJAB (Saint John Ambulance Brigade) s'étend à Belfast en 1886 et commence à mobiliser des ambulanciers en uniforme, uniquement des hommes. A partir de 1892, elle monte également des formations de pompiers et, en 1909, s'ouvre au recrutement de femmes infirmières. Elle est notamment active lors des grèves de Dublin en 1913, de l'Insurrection de Pâques en 1916 puis de la guerre civile qui aboutit à l'indépendance de l'Irlande du Sud en 1923. Considérée jusqu'en 1914 comme une division " Nord-Ouest " de la SJAB britannique, l'organisation de Dublin s'affranchit alors de la tutelle de Londres et de la BRCS (British Red Cross Society). En 1939, la formation d'une société nationale de la Croix-Rouge irlandaise confirme la scission, que consacre la fusion en 1945 de l'association et de la brigade des ambulanciers de Saint Jean, réunies sous l'égide d'une Saint John Ambulance Brigade of Ireland. Désormais, les Irlandais du Sud n'entretiennent plus que des rapports lointains avec les chevaliers anglais et protestants de Malte. Au Nord, la SJAB se restructure quant à elle dans le cadre d'une région séparée, l'Ulster, tandis que la commanderie d'Ards s'autonomise à partir de 1952.
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