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Ordre de Malte / Ordine di Malta
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Historique

Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique




1910-1929


-1910, Italie : à Maggianico dans la province de Lecce, l'Ordre ouvre un hospice pour enfants qui sera remplacé en 1937 par un Institut orthopédique à Naples.
 
-1911, Libye : les secouristes militaires de l'Ordre, le Corpo Militare, gèrent un navire-hôpital de la marine italienne lors de la campagne contre les Turcs en Libye. Celui-ci traite plus de milles blessés qui sont rapatriés en Italie.
 
-1912, Grèce : après le débarquement de troupes italiennes et le départ des Turcs, l'Ordre ne profite guère de la prise de Rhodes pour réclamer la restauration de sa souveraineté sur l'île. L'occupation romaine lui permettra simplement de négocier en 1928 la restitution des églises et des biens immobiliers qu'il y possédait autrefois.
 
-1914-1924, France : quant démarre la Grande Guerre contre l'Allemagne en août 1914, les volontaires de l'association française de l'Ordre de Malte se déploient sur la ligne de Saint-Mihiel à Verdun, où ils installent une formation sanitaire à Ancemont et un hôpital de campagne dans le château de Monthairon. Sur ordre du commandement militaire, cependant, ils doivent vite évacuer les lieux du fait des bombardements et de la proximité du fort de Génicourt, qui les empêchent de sécuriser l'accueil des blessés. En septembre 1914, ils sont d'abord transférés dans le couvent des Dames de la congrégation de Saint-Augustin à Châlons sur Marne. Par la suite, ils doivent déménager à Moulins avant d'être autorisés à revenir sur Châlons en juin 1915, puis, de nouveau, évacués en juin 1918, cette fois vers Vitry-le-François. La formation sanitaire de l'Ordre, qui ferme définitivement ses portes en décembre suivant, aura acueilli un total de 1 235 blessés pendant la durée des hostilités. Elle y gagne la reconnaissance des autorités. Pourvu de nouveaux statuts en date du 3 juin 1920, l'association française de l'Ordre de Malte peut alors continuer de se développer tandis que ses chevaliers retrouvent le droit de porter leurs propres insignes en vertu d'un décret du 28 mai 1924.
 
-1915, Italie : le Corpo Militare de l'Ordre met en place des hôpitaux de campagne quand Rome entre en guerre contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie. Il se dote également de quatre trains sanitaires qui vont transporter plus de 148 000 blessés au cours des hostilités. Le développement de ses activités va de pair avec une militarisation poussée de l'organisation. En vertu d'un décret royal du 25 décembre 1915, les chevaliers de Malte sont ainsi mobilisés par l'armée italienne avec des grades équivalents à ceux de leur propre hiérarchie. Dans le même ordre d'idées, une décision du ministère de la marine en date du 21 décembre 1916 les autorise à porter leurs insignes sans avoir besoin de demander la permission à l'autorité militaire.
 
-A partir de 1917, Russie, France : la révolution bolchévique et la chute du tsar poussent à l'exil des Russes Blancs dont certains prétendent descendre des chevaliers du grand prieuré établi par le tsar Paul Ier en 1798. A Paris en 1928, douze d'entre eux montent ainsi une " Union des descendants des commandeurs héréditaires du grand prieuré russe de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem " qui débouche l'année suivante sur la création d'une " association philanthropique ". Celle-ci, qui réclame vainement la reconnaissance et la permission du grand-maître à Rome pour recréer une branche orthodoxe, se place sous la protection du grand-duc Alexandre Mikhaïlovitch Romanov, qui réside en France jusqu'à sa mort en 1933. Sous l'égide de son successeur le grand-duc Andreï Vladimirovitch Romanov, un ancien général et commandant de la cavalerie du tsar qui vit également à Paris, " l'association philanthropique des descendants des commandeurs héréditaires du grand prieuré russe de l'Ordre souverain de Malte " commence alors à fonctionner de façon autonome en adoubant ses propres chevaliers. En 1955, elle est officiellement enregistrée en préfecture comme " grand prieuré russe de Saint-Jean de Jérusalem ". Ses statuts stipulent qu'il ne s'agit pas d'une simple représentation diplomatique mais de l'organisation du grand prieuré en territoire français. Elle sombre cependant dans l'oubli après la mort en 1956 d'Andreï Vladimirovitch Romanov, auquel succède un autre grand-duc de la Maison des Romanov, Vladimir Kirillovitch. Ce sont les exilés russes des Etats-Unis qui la ranimeront en rétablissant en 2006 un conseil provisoire du grand prieuré orthodoxe en France, en l'occurrence sous l'égide du comte Nicolas Bobrinskoy.
 
-1918, Allemagne : la fin de la guerre consacre les limites caritatives d'une organisation qui, depuis son installation à Malte en 1530, se prévalait traditionnellement d'une neutralité historique dans les conflits entre les puissances chrétiennes. Devenus entretemps citoyens des pays belligérants, les chevaliers de l'Ordre ont en réalité eu beaucoup de difficultés à travailler de part de d'autre des lignes de front car ils ont été mobilisés dans les armées en lice pendant toute la durée des hostilités. Marqués de la croix de Malte, leurs trains sanitaires ont certes réussi à circuler en Italie, en Belgique, en Bohême et en Autriche, deux pays où leurs huit convois auraient transporté près de 400 000 blessés. Au total, on estime qu'au cours des hostilités, les diverses associations de l'Ordre de Malte ont hospitalisé quelques 800 000 hommes, tant du côté français qu'italien et allemand. Mais leurs activités sont restées bien en deça des opérations menées par le mouvement de la Croix-Rouge. Au sortir de la guerre, qui plus est, l'effondrement des monarchies d'Europe centrale a sérieusement ébranlé leur assise, par exemple en Allemagne, où l'article 109 de la Constitution de la République Weimar, promulguée le 11 août 1919, allait supprimer les ordres de chevalerie.
 
-1920, Suède : basé à Stockholm et appelé Johanniterorden, l'Ordre de Malte local, d'obédience protestante, se réforme avant de prêter allégeance au roi en 1945 et de se séparer de son équivalent allemand en 1946.
 
-A partir de 1921, Italie : l'Ordre, qui révise ses statuts le 12 avril 1921, voit plutôt d'un bon œil l'arrivée au pouvoir des fascistes de Benito Mussolini l'année suivante. Selon Michel de Pierredon, il entretient des relations " de plus en plus cordiales " avec le régime. Tandis que Benito Mussolini est nommé bailli de l'Ordre le 21 avril 1923, les chevaliers de Malte voient alors leurs prérogatives et leurs droits de préséance reconnus par un décret du 28 novembre 1929. Dans le même ordre d'idées, un arrêt de la Cour de Cassation en date du 18 mars 1935 confirme la possibilité qu'ils ont d'acquérir en Italie des biens immeubles sans requérir l'autorisation du gouvernement. L'Ordre demeure ainsi le troisième propriétaire foncier du pays. Pour se ménager des amitiés politiques, explique Henri-Charles de Zeininger, les chevaliers de Malte n'hésitent pas non plus à se compromettre encore davantage et bradent leurs distinctions honorifiques auprès des notables du régime en accordant dix fois plus de croix magistrales en 1941 qu'en 1921. Leurs œuvres caritatives ne cessent pas pour autant. Ils ouvrent par exemple un asile pour des orphelines arméniennes à Rome en 1926, un hospice pour enfants à Chignolo-Po dans la province de Pavie en 1936 et une maison de cure dans les thermes de Chianciano en 1937.
 
-1922-1941, Pologne : créée en juin 1920 et enregistrée à Pozna? deux mois après, l'association polonaise des chevaliers de Malte (Zwiazek Polskich Kawalerów Malta?skich) tient sa première assemblée générale en juin 1922 pour essayer de restaurer le grand prieuré qui existait au 18ème siècle. Elu en mai 1926, son président, le comte Bogdan Hutten-Czapski, obtient la reconnaissance de son organisation par le grand maître Galeas von Thun und Hohenstein en juin 1927. L'association bénéficie également de la protection des autorités sous l'égide du maréchal Josef Pilsudski et du président de la République, Ignacy Moscicki, qu'elle honore du titre de grands baillis de la Croix de Malte. Malgré la faiblesse de ses effectifs, une quarantaine de membres, elle entreprend alors de racheter aux chevaliers de Silésie des hôpitaux à Rychtal en 1927 puis Rybnik en 1932. Mais la montée des tensions avec l'Allemagne nazie vient troubler son développement. En mai 1939, d'abord, son corps sanitaire et ses services sociaux sont intégrés à la Croix-Rouge polonaise. Au moment de l'invasion allemande, en septembre, elle s'occupe ensuite de la défense civile de Varsovie, où elle parvient pendant un temps à maintenir en fonction un hôpital qui passe bientôt sous le contrôle de la Wehrmacht et qui devient un établissement purement militaire à partir de 1941. Parti en exil avec l'accord du grand maître, l'association polonaise des chevaliers de Malte se réorganisera en conséquence à Londres sous l'égide du prince Olgierd Czartoryski.
 
-A partir de 1923, Grèce : en vertu d'un décret passé à Rome le 7 octobre 1923, les chevaliers italiens de l'Ordre de Malte sont officiellement chargés de s'occuper des réfugiés grecs et arméniens qui ont fui la Turquie vers Corfou et l'Asie mineure. Sur place, ils bénéficient également d'une subvention gouvernementale de 10 millions de lire pour indemniser les victimes civiles des bombardements de l'Italie fasciste lors d'un incident avec la Grèce sur l'île de Corfou.
 
-1927, Etats-Unis : à la demande du pape Pie XI, l'Ordre de Malte supervise à New York la création d'une association américaine, le SMOM (Sovereign Military Order of Malta). A la différence de ses homologues européennes, celle-ci admet en son sein des hommes d'affaires qui sont souvent d'origine irlandaise et qui n'ont pas de quartiers de noblesse ; ses statuts ne prévoient d'ailleurs pas d'adouber des chevaliers de justice. Placée sous la protection spirituelle du cardinal Francis Joseph Spellman pendant la Seconde Guerre mondiale, on y trouve notamment des patrons de l'industrie chimique, Joseph Peter Grace, de l'automobile, John Jakob Raskob, et de l'acier, John Farrell. La plupart d'entre eux sont très conservateurs. John Jakob Raskob, par exemple, est le fondateur d'un groupe, l'American Liberty League, qui sera accusé de comploter contre le gouvernement démocrate de Franklin Roosevelt en 1934. Les femmes, elles, seront exclues de l'association jusqu'en 1986.
 
-A partir de 1928, France : un an après sa création, l'association des Œuvres Hospitalières Françaises de l'Ordre de Malte (OHFOM) est reconnue d'utilité publique par les autorités. Les chevaliers, qui laissaient traditionnellement le traitement de la lèpre aux bons soins des lazaristes, inaugurent alors un pavillon pour les lépreux à l'hôpital Saint-Louis de Paris en 1928. Ils continuent par ailleurs de gérer des formations sanitaires qui seront mobilisées en 1939 lors de l'entrée en guerre contre l'Allemagne nazie. L'hôpital de campagne qu'ils établissent dans le château Dulamon, près de Bordeaux, sera ainsi réquisitionné par l'amirauté.
 
-1929, Suisse : à l'occasion de l'adoption d'un code des prisonniers de guerre, la révision des Conventions de Genève permet au Vatican d'obtenir des puissances signataires que ses institutions humanitaires soient autorisées à intervenir aux côtés des Croix Rouges en cas de conflit armé. Ces dispositions intègrent donc les associations nationales de l'Ordre de Malte. Deux ans plus tôt à la Société des Nations, celui-ci a d'ailleurs participé à la fondation à Genève d'une Union internationale de secours (International Relief Union) avec qui il signe en 1936 un accord régulant sa contribution financière et la gratuité de ses services dans les situations de catastrophes naturelles. En 1949, les chevaliers ne participeront cependant pas à la rédaction et à la signature des quatre Conventions de Genève qui, encore aujourd'hui, encadrent le droit de la guerre.