Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique
1930-1949
-1930, Belgique : l'Ordre de Malte se dote d'une association qui sécularise progressivement ses activités caritatives. Lors de l'entrée en guerre contre l'Allemagne nazie en 1939, il mettra ainsi sa clinique de Bruxelles, Saint Etienne, à la disposition de la Croix-Rouge belge.
-A partir de 1931, Italie : à la suite du lieutenant par intérim Pio Franchi de Cavalieri, qui remplaçait Galeas von Thun und Hohenstein, malade depuis 1929, Ludovico Chigi Albani della Rovere devient grand maître de l'Ordre et le demeure pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale. En 1936, il supervise notamment la rédaction d'une nouvelle Constitution dont l'article 75 oblige l'institution à rendre des comptes au Vatican tous les cinq ans. En pratique, cette disposition n'est pas vraiment appliquée. Mais la Constitution de 1936 n'est guère démocratique et ne prévoit même plus de réunion du Chapitre général, le Parlement de l'organisation, qui porte désormais le titre d'Hôpital Sacré de Saint-Jean de Jérusalem et d'Ordre militaire du Saint-Sépulcre de Notre-Seigneur.
-A partir de 1932, Allemagne : chevalier de Malte issu de la noblesse catholique de Westphalie, Franz von Papen devient chancelier avec le soutien des nazis. Après avoir dissous le Reichstag et organisé de nouvelles élections, il facilite l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler l'année suivante. Il en sera brièvement le vice-chancelier. Nommé ambassadeur en Autriche avant l'Anschluss de 1938, puis en Turquie pendant la Seconde Guerre mondiale, il sera ensuite acquitté lors des procès de Nuremberg. Sa collaboration avec les nazis témoigne bien de la profonde hostilité de l'Ordre de Malte à l'égard des communistes. Pour autant, l'ancienne noblesse allemande s'accommode mal de l'idéologie national-socialiste. Le parti nazi le lui rend bien et interdit à ses membres et à leurs familles d'appartenir à des ordres de chevalerie. Lorsque l'Allemagne entre en guerre en 1939, encore, les autorités empêchent la circulation des trains sanitaires de l'Ordre, qui ne peuvent soigner aucun blessé. Des chevaliers de Malte seront par ailleurs condamnés et pendus pour leur participation à la tentative d'assassinat d'Adolf Hitler en 1944.
-1933, Roumanie : l'Ordre ouvre un hôpital.
-1934, France, Italie : pour faciliter l'évangélisation de l'Afrique, l'Ordre de Malte établit à Paris un institut de médecine missionnaire assez équivalent à celui créé à la même époque dans l'hôpital de Saint Jacques à Rome.
-1936, Ethiopie : lorsque les troupes fascistes envahissent l'Abyssinie et mettent à bas la monarchie du Négus, l'Ordre de Malte envoie une unité sanitaire du côté italien mais ne cherche pas à secourir les Africains. A Selaclacà près d'Adoua, il entreprend également de construire en altitude un centre de cure pour les victimes de la lèpre, l'Institut Augustin Chigi, dont les travaux seront définitivement interrompus par la Seconde Guerre mondiale.
-1937-1939, Espagne : alors que les combats font rage entre les nationalistes et les républicains, les " Rouges " s'en prennent à l'Ordre de Malte. En Aragon, le couvent des Hospitaliers de Sigena, près de Huesca, est brûlé et les tombes de religieuses sont profanées. A Tortosa, des sœurs de Saint-Jean-de-Jérusalem sont par ailleurs torturées. A Barcelone, enfin, les occupants du couvent de l'Ordre sont expulsés. Depuis l'Italie fasciste, où ils accueillent des réfugiés nationalistes, les chevaliers de Malte envoient cependant des équipes monter deux hôpitaux de campagne. Ils sont clairement identifiés au camp de Francisco Franco, qui est lui-même grand bailli de l'Ordre et qui rétablit des relations diplomatiques avec le grand maître à Rome en 1939.
-1938, Tchécoslovaquie : avec l'Anschluss, l'annexion de l'Autriche à l'Allemagne oblige les chevaliers de Malte à couper en deux leur prieuré d'Autriche et de Bohême. Ce dernier ne résistera pas à l'occupation nazie puis soviétique et disparaitra de facto à la mort en 1941 de son dernier prieur, le cardinal Karlo Boromejský Kaspar.
-1939, Grande-Bretagne : comme en août 1914, l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem doit intégrer ses activités aux programmes déjà menés par la BRCS (British Red Cross Society) lors du déclenchement des hostilités contre l'Allemagne nazie en septembre 1939. Ce rapprochement institutionnel avait en réalité été initié dès 1935 sous la coupe du ministère de l'Intérieur, initialement pour préparer la défense civile du pays, puis pour assister les forces armées en opérations extérieures. Dès août 1939, explique George Kinnaird, la Saint John Ambulance Brigade fournit ainsi un millier de réservistes qui sont chargés de surveiller les entrepôts de la marine nationale. Le mois suivant, 700 volontaires sont envoyés en France travailler pour les services de santé de l'armée de terre. Ils sont plus de 2 000 avant la fin de l'année, avec un nombre équivalent d'infirmières dans des hôpitaux militaires. Sur le terrain, le partage des tâches, qui va perdurer jusqu'en mai 1947, est assez clair. A l'étranger, l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem doit désormais coopérer avec la BRCS, y compris dans les camps de prisonniers de guerre britanniques en Allemagne. En Grande-Bretagne, en revanche, il peut continuer de diriger ses propres programmes. Il participe notamment à l'organisation de la défense civile en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord, à l'exception de l'Ecosse, où il n'est plus présent. Avec la Saint John Ambulance Brigade, il assiste par exemple les victimes de bombardements allemands à Londres et mobilise jusqu'à 53 000 volontaires dans la défense civile en décembre 1941. L'Ordre se préoccupe également d'entraîner des auxiliaires médicaux pour les secours de première urgence et forme jusqu'à 298 000 personnes en 1940, contre 285 000 en 1939, 74 000 en 1938 et 49 000 en 1937. Ses efforts connaissent un grand succès, à tel point que le gouvernement finit par lui confier la mission de délivrer des certificats d'aptitude aux volontaires susceptibles de jouer le rôle d'infirmiers. Mais le nombre de " diplômés " diminue ensuite quand les autorités commencent en 1942 à recruter des auxiliaires médicaux qui n'ont pas reçu les formations de l'Ordre. Il passe de 143 000 personnes en 1941 et 1942 à 150 000 en 1943… et 92 000 en 1944, quasiment son niveau d'avant-guerre.
-1940-1947, Italie : l'Ordre de Malte met en place un train hôpital qui part sur le front fin juillet 1940. D'autres convois circulent ensuite en Albanie, en Grèce et jusqu'en Ukraine. Au total, on estime qu'ils transportent près de 13 000 blessés pendant toute la durée du conflit. En Italie, l'Ordre de Malte met par ailleurs en place en 1940 un corps d'infirmiers volontaires de l'ACISMOM (Associazione dei Cavalieri Italiani del Sovrano Militare Ordine di Malta) pour aider l'armée à organiser la défense civile de Naples et Rome. Mais les choses se compliquent après le débarquement américain en Sicile et l'armistice de septembre 1943. Ainsi, le personnel d'un train hôpital de l'Ordre est emprisonné par les Allemands, qui occupent désormais le nord de l'Italie. L'affaire provoque une protestation officielle du CICR (Comité International de la Croix-Rouge) à Genève. A Rome, l'Ordre doit aussi s'adapter au changement de régime après le départ des facistes et l'abolition de la monarchie, même si ses prérogatives et ses droits de préséance sont confirmés par des arrêts de la Cour de Cassation le 25 juin 1945 puis du Tribunal de la République le 26 juillet 1947. A l'heure de la Libération, les chevaliers de Malte participent alors à la reconstruction du pays et s'occupent par exemple d'aider des déplacés réfugiés dans la capitale, en particulier dans le quartier du Trastevere.
-1941-1945, Hongrie : l'association locale des chevaliers de Malte finance des hôpitaux et secourt des réfugiés polonais qui ont fui leur pays envahi par les Allemands en 1939. A peine nommé évêque de Gyor en 1941, un chevalier de l'Ordre, Vilmos Apor, entreprend pour sa part de cacher les Juifs qui sont bientôt pourchassés par les Nazis. En 1945, il refuse ensuite de livrer à l'Armée Rouge des jeunes femmes réfugiées dans son église. Il est alors abattu à bout portant par un officier soviétique et sera béatifié par le pape en 1997. L'association hongroise de l'Ordre de Malte sera quant à elle dissoute par les communistes. Son équivalent protestant, le Johannitarend Magyar Tagozata, se reconstituera quant à lui en exil.
-1942-1945, Italie, Malte : arguant de sa neutralité historique dans les conflits entre les puissances chrétiennes, l'Ordre de Malte est théoriquement autorisé à intervenir dans tous les camps en présence pendant la Seconde Guerre mondiale. En pratique, cependant, ses associations nationales se heurtent à d'importantes limites et ne peuvent pas se déployer partout. Les Britanniques sont sans doute les plus actifs. En effet, ils s'occupent non seulement de la défense civile en Angleterre, mais aussi de programmes de secours dans les colonies de l'Empire. En Inde, des volontaires de la Saint John Ambulance Brigade assistent ainsi les victimes d'une famine au Bengale en 1943 puis d'une explosion sur les docks de Bombay en 1944. Ironie de l'histoire, ils participent également à la défense de l'île de Malte contre les raids aériens des puissances de l'Axe. Lorsque les troupes allemandes commencent à se replier, enfin, ils suivent la reconquête du Moyen Orient et de l'Italie dans les fourgons de l'armée britannique, avant de contribuer à faciliter le rapatriement de prisonniers de guerre après 1945.
-A partir de 1943, Malte : autrefois siège de l'Ordre, le fort Saint Ange fait l'objet de bombardements qui en détruisent une bonne partie. Occupé par la marine britannique jusqu'en 1979, il sera ensuite reconverti en hôtel puis restauré pour être ouvert au public. Dans le cadre d'un accord négocié en 1991 et signé avec le gouvernement maltais en 1998, la gestion de son palais et de la chappelle Sainte Anne sera alors confiée aux chevaliers de l'Ordre en vertu d'un bail de location de 99 ans.
-1945-1947, Allemagne : un officier français et représentant de l'Ordre de Malte issu des rangs de la résistance, le général Jean Teissier de Marguerittes, dit " colonel Lizé " (1882-1958), est chargé de mission auprès du commandement allié pour hospitaliser un millier de réfugiés dans les zones d'occupation française et américaine entre 1945 et 1947. De leur côté, des chevaliers britanniques et protestants établissent des brigades de Saint Jean avec les Allemands du Johanniterorden.
-A partir de 1946, Etats-Unis : en pleine guerre froide, l'Ordre de Malte s'engage pleinement dans la lutte contre le communisme. Le président de son association sur la côte Est, un patron de l'industrie chimique du nom de Joseph Peter Grace, supervise notamment une Opération appelée Paperclip afin d'empêcher les Soviétiques de bénéficier de la technologie des scientifiques allemands exfiltrés vers les Etats-Unis en dépit de leur participation aux crimes de guerre nazis. Parmi ces derniers, on compte par exemple le directeur des usines Farben, le chimiste Otto Ambros, qui a exploité la main d'œuvre juive du camp d'Auschwitz et qui a été relâché sous la pression des Américains malgré sa condamnation à huit ans de prison par le Tribunal de Nuremberg pour meurtres de masse et travaux forcés. Dans le même ordre d'idées, Joseph Peter Grace participe en 1950 à la création d'un " Comité américain pour la libération du bolchévisme " (American Committee for Liberation from Bolshevism), qui est à l'origine de la création de Radio Liberty en Europe de l'Est. Il préside également un institut, l'American Institute for Free Labor Development, qui a organisé l'accueil aux Etats-Unis de quelques 900 scientifiques nazis.
-A partir de 1947, Allemagne : sous l'égide de Leo-Ferdinand Graf Henckel von Donnersmark, des chevaliers silésiens de la version protestante de l'Ordre de Malte, le Johanniterorden, s'occupent à Ulm d'un camp qui abrite jusqu'à 134 000 réfugiés en provenance d'Europe de l'Est en 1951. Afin de formaliser leurs activités, certains d'entre eux se dotent alors en 1952 d'une association caritative et laïque qui est appelée Johanniter-Unfall-Hilfe. En 1953, leurs pendants catholiques de Rhénanie-Westphalie établissent pour leur part une ONG de secours, Malteser Hilfsdienst, qui est enregistrée à Münster en 1955 et qui s'étend à Cologne en 1956. Reconnue d'utilité publique, celle-ci comprend de nombreux réfugiés venus de Silésie et coexiste avec l'organisation religieuse des chevaliers de Malte, initialement établie en 1867. Travaillant en étroite collaboration avec la Caritas, dont elle finit par rejoindre le réseau, elle profite également du soutien des autorités et de leur désaffection à l'égard de la Croix-Rouge, qui avait été complètement nazifiée pendant la Seconde Guerre mondiale.
-1948, Italie : l'Ordre de Malte décore un ancien responsable des services secrets d'Adolf Hitler sur le front soviétique, le général Reinhard Gehlen.
-1949, Israël/Palestine : présent en terre Sainte depuis que son association italienne a ouvert un hôpital près de Jérusalem en 1876, l'Ordre de Malte fournit des secours aux réfugiés arabes qui ont fui la création de l'Etat d'Israël en 1948.
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