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Ordre de Malte / Ordine di Malta
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Historique

Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique




1970-1989


-1971, Belgique, Espagne : l'Ordre parvient à obtenir la condamnation par un tribunal de Bruxelles d'un Belge né au Congo, Alex Brieyer, qui revendiquait la Couronne de Sicile et qui prétendait avoir établi un " grand prieuré de Castille et de Léon des chevaliers œcuméniques de Malte ". Se faisant pompeusement appeler " prince " Alejandro d'Anjou de Bourbon-Condé Romanov-Dolgorouky, celui-ci écope de 18 mois de prison pour fraude et usurpation de nom. Mais en 1984, un de ses fidèles parvient à établir en Espagne un Orden Soberana y Militar de San Juan de Jerusalem, Caballeros Hospitalarios Ecumenicos de Rodas y Malta, qui est enregistré à Barcelone. Après s'être rapproché d'un autre escroc américain, Robert Bassaraba de Brancovan Khimchiachvili, Alex Brieyer continue pour sa part de sévir. En Espagne, il est très proche de l'extrême droite franquiste et des avocats qui ont défendu les auteurs d'une tentative de coup d'Etat à Madrid en 1981, notamment un certain Gerardo Quintana, qui finira à son tour par faire sécession et par s'autoproclamer " grand maître ". En 1992, Alex Brieyer se rapproche également des nationalistes serbes de Vojislav Seselj, un chef de milice et le président d'un parti radical qui promet de l'aider à monter sur le trône à Belgrade s'il parvient au pouvoir. L'affaire ne s'arrête pas là. Avant de mourrir du sida, Alex Brieyer trouve encore le moyen, en 1993, d'essayer d'acheter au large des côtes de Grande-Bretagne une île artificielle qui avait été construite pendant la Seconde Guerre mondiale et transformée par son précédent propriétaire en " principauté de Sealand ".
 
-1972, Bangladesh : au moment de la guerre d'indépendance, l'Ordre de Malte, rapporte Xavier Emmanuelli, veut aider les victimes du conflit mais organise des largages aériens de médicaments qui sont inutilisables parce qu'ils s'écrasent au sol.
 
-1974, Grande-Bretagne : les catholiques de la British Association of the Sovereign Military Order of Malta (BASMOM) établissent en février 1974 un groupement de volontaires, l'Order of Malta Volunteers, qui se charge d'éveiller la spiritualité des jeunes et d'organiser leur pèlerinage à Lourdes.
 
-A partir de 1976, Brésil : des chevaliers établissent une société de la Croix de Malte, la SCM (Sociedade da Cruz de Malta), dont les activités caritatives couvrent le district de Brasilia ainsi que les Etats du Minas Gerais et de Piauí. Dans un cadre fédéral, celle-ci vient compléter les travaux de deux autres associations créées plus au sud en 1956 et en 1957, la première centrée sur Sao Paulo, la seconde sur Rio de Janeiro. S'y ajoute une autre organisation lancée dans le nord du pays en 1984, l'Associação de Brasília e Brasil Setentrional. Ces quatre associations décideront finalement de mieux coordonner leurs efforts sous la coupe d'un Conseil national créé en 2004, le Conselho Nacional das Associações Brasileiras da Soberana e Militar Ordem de Malta.
 
-A partir de 1977, Italie : Arnaldo Petrucci reprend le titre de grand maître d'un ordre de chevalerie factice à la suite du décès de son père, Basilio, un escroc qui se faisait appeler " prince de Vacone et Siena " et qui a plusieurs fois été condamné par la justice italienne. A Rome, le véritable Ordre de Malte a beau dénoncer une imposture en 1980, le fils continue d'émettre des faux passeports et tente en vain d'établir des relations diplomatiques avec le gouvernement de Corazon Aquino aux Philippines en 1986. Son chauffeur, Umberto Stefanizzi, réussit pour sa part à tromper des éclésiastiques naïfs en se faisant donner un couvent par un cardinal du Brésil, Vielar Avelar Brandae, en 1978. Fort de son succès, il monte ensuite sa propre ONG caritative à New York en 1983. Basé dans l'Etat de Géorgie, un autre associé d'Arnaldo Petrucci, David Hallman, fera quant à lui l'objet en 1999 d'une enquête de la police américaine pour avoir convoyé vers le Bénin des fonds importants à bord d'un avion canadien, en principe pour de l'aide humanitaire, en réalité pour placer de l'argent dans des banques offshore. De son côté, Arnaldo Petrucci (1944-2017) n'en reste pas là. Grâce à la complicité d'un fonctionnaire onusien du Burkina Faso, il se fera passer pour un officiel des Nations-Unies afin d'obtenir des financements de la part d'un riche homme d'affaires japonais, Tamaki Sasaki, qui voulait obtenir un titre d'ambassadeur pour importer des produits sans droits de douane et qui parviendra à être accrédité auprès de la République de Vanuatu en 1986.
 
-1980, Ouganda : après la chute de la dictature d'Idi Amin Dada, l'Ordre de Malte envoie des secours alors que se développe une famine. Les Hospitaliers britanniques, en particulier, sont très actifs. En effet, ils connaissent bien le pays, ancienne colonie de Londres où ils avaient participé à la fondation d'une léproserie à Nyenga en 1932.
 
-A partir de 1981, Thaïlande : en pleine guerre froide, l'Ordre de Malte assiste les réfugiés khmers qui ont franchi la frontière après l'invasion vietnamienne et la chute du régime de Pol Pot. Mais il ne tente pas de travailler au Cambodge, qui est soutenu par l'Union soviétique. En Thaïlande, les chevaliers financent notamment les équipes de Médecins du Monde dans un centre monté par un psychiatre, Jean-Pierre Hiegel. Après le départ des troupes vietnamiennes et le retour des réfugiés au Cambodge au début des années 1990, l'Ordre de Malte continue ensuite de mener divers projets en Thaïlande. Suite au tsunami de 2004, il entreprend ainsi d'assister les nomades Moklen, un peuple de " gitans des mers " que le gouvernement considère comme " attardé " et qu'il souhaite sédentariser pour le scolariser et l'insérer dans une économie moderne. Maxime Boutry et Olivier Ferrari dénoncent à ce propos une vision condescendante et un projet susceptible d'étouffer des coutumes locales que les chevaliers de Malte ne cherchent même pas à comprendre. En effet, les actions menées privilégient le progrès de l'individu au détriment de la sauvegarde de la communauté, par exemple en obligeant les Moklen à se détourner de la pêche à la méduse, qui est très lucrative et qui n'a lieu qu'un mois par an. Les sanitaires fermés que l'Ordre de Malte fait construire par les villageois de Tung Dap en novembre 2005 sont assez typiques à cet égard, car ils ne correspondent pas aux demandes de la population. En pratique, les Moklen refusent de prendre des douches et continuent de se laver vêtus d'un sarong pour éviter que les mauvais esprits voient leur nudité.
 
-A partir de 1982, Guatemala : l'Ordre de Malte participe au regroupement militaire des paysans dans des " hameaux stratégiques " qui visent à isoler l'insurrection de guérilleros marxistes. Ce faisant, les chevaliers contribuent à lutter contre les influences communistes et à renforcer une dictature alliée à Washington. Près de trente ans auparavant, leur grand prieur à New York, le cardinal Francis Joseph Spellman, avait d'ailleurs facilité la visite aux Etats-Unis de l'archevêque du Guatemala, Mariano Rossell, pour dénoncer les réformes socialistes du régime de Jacobo Arbenz, renversé peu après, en 1954, avec l'appui de la CIA (Central Intelligence Agency).
 
-A partir de 1983, Salvador : dans un pays allié aux Etats-Unis et ravagé par la guerre civile, les chevaliers de Malte distribuent des vivres et des médicaments qui sont convoyés par la marine américaine, transportés sur place par l'armée salvadorienne et financés par l'ONG Americares et l'agence de coopération USAID. L'Ordre travaille également avec des clubs de vétérans américains comme l'Air Commando Association de Fort Walton Beach. Ses actions rentrent bien dans le cadre de la stratégie contre-insurrectionnelle des conseillers militaires de Washington, qui veulent endiguer la pénétration des idées marxistes en gagnant " les cœurs et les esprits " des populations les plus pauvres. Cité par Tom Barry et Deb Preusch, le directeur local de l'Ordre de Malte, Gerard Coughlin, ne s'en cache pas : " si vous avez faim et qu'une organisation privée vous apporte de la nourriture, vous êtes moins tentés de rejoindre une guérilla ". Ce dernier, qui représente aussi les intérêts des milieux d'affaires américains dans le pays, se vante ainsi de savoir comment repérer les insurgés parmi les populations déplacées par le conflit. D'après Tom Barry et Deb Preusch, ses propos laissent clairement entendre qu'il entend d'exclure de ses programmes alimentaires les personnes soupçonnées de sympathies gauchistes.
 
-A partir de 1984, Honduras, Nicaragua : sur la frontière du Nicaragua, l'Ordre de Malte ravitaille des Indiens Miskitos et des Contras, l'opposition armée aux Sandinistes d'obédience marxiste, au pouvoir à Managua depuis 1979. Sont ainsi distribués des vivres envoyés par Americares, une ONG marquée à droite et fondée par des chevaliers de Malte comme Joseph Peter Grace et William Simon. Les financements, eux, proviennent du Fonds pour la Liberté du Nicaragua (Nicaragua Freedom Fund), un centre de collecte de fonds lancé aux Etats-Unis par le Washington Times du Révérend Sun Myung Moon et des personnalités viscéralement anticommunistes telles que l'écrivain Michael Novak, la diplomate républicaine Jeane Kirkpatrick, la journaliste néoconservatrice Midge Decter (égérie du Committe for a Free World), l'acteur Charlton Heston (président du lobby des partisans de l'autodéfense, la National Rifle Association) et le colonel Bo Hi Pak (un ancien agent des services secrets sud-coréens). A l'époque, le fonctionnement de cette structure, où l'on retrouve William Simon, n'est d'ailleurs pas sans évoquer les opérations clandestines des " sous-marins humanitaires " de la CIA (Central Intelligence Agency) contre les régimes inféodés à Moscou en Europe de l'Est. A la fin de la guerre de la guerre froide, l'Ordre de Malte commence cependant à travailler directement au Nicaragua. A Managua, par exemple, son ambassade sert à entreposer des vivres envoyés par Americares pour une valeur de cinq millions de dollars en 1994. Les distributions à la population sont ensuite organisées officiellement sous l'égide d'une commission de l'archidiocèse, la COPROSA (Comisión de Promoción Arquidiocesana), qui est reconnue par les autorités depuis 1981.
 
-A partir de 1985, Etats-Unis : l'association américaine de l'Ordre de Malte, le SMOM (Sovereign Military Order of Malta), continue de lutter contre la prolifération d'organisations homonymes et plus ou moins frauduleuses. En 1985, c'est un psychiatre de West Palm Beach, George Cook Lyon, qui s'autoproclame archevêque à la tête d'un éphémère Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Trois ans plus tard à Kansas City dans le Missouri, un certain Joseph Anton Walter établit quant à lui une Fédération autonome des prieurés de Malte (Federation of Autonomous Priories of The Order of Saint John of Jerusalem - Knights of Malta) qui se dit d'obédience bénédictine et qui adoube ses propres chevaliers. En 1991, l'archiduchesse Michaela von Habsburg d'Autriche et un homme d'affaires japonais d'origine douteuse, Tamaki Sasaki, s'associent pour leur part afin de monter un Ordo Sancti Joannis Hospitalis Hierosolymitani qui est enregistré à New York. En 1994 apparaît ensuite en Floride une ONG caritative qui prétend aider les victimes de l'Ouragan Andrew et qui porte le nom des Hospitaliers d'un obscur Sovereign Order of the Knights Hospitaller of Saint John of Jerusalem. En 2006, encore, un Ordre des chevaliers coptes de Malte (Sovereign Order Of St. John Of Jerusalem Knights Of Malta Catholic Copts Inc.) obtient le statut d'une ONG qui est enregistrée à New York et dont on ne sait pas grand chose.
 
-A partir de 1986, Inde : les Français de l'Ordre de Malte et de l'OHFOM établissent une léproserie à Mannivakam près de Chennai (Madras) dans l'Etat du Tamil Nadu. En 1989, ils commencent ensuite à assurer gratuitement des consultations de dépistage de la lèpre dans le dispensaire-école de Shadipur, un bidonville de la grande banlieue ouest de New Delhi. Mais leurs actions ne se limitent pas à la lutte contre la maladie. Suite au tsunami de 2004, les volontaires de l'OHFOM envoient également des secours aux rescapés de la catastrophe sur les côtes du Tamil Nadu.
 
-1988, Italie : rompant avec une longue tradition d'alternance entre Allemands et Italiens, un Britannique, Andrew Willoughby Ninian Bertie, est pour la première fois élu grand maître le 8 avril 1988 et prend la place de Jean Charles Pallavicini, un intérim nommé pour gérer les affaires courantes pendant qu'Angelo de Mojana di Cologna achevait de mourir. Depuis Rome, la nouvelle direction de l'Ordre peut alors reprendre en mains un mouvement qui continue de pâtir de son éparpillement et de la prolifération de nombreuses organisations homonymes et frauduleuses. Signée le 14 octobre 1987 par le grand maître Angelo de Mojana di Cologna, une déclaration commune a notamment confirmé le rapprochement entre les Hospitaliers catholiques et protestants pour lutter ensemble contre les usurpateurs. En effet, l'Italie n'est pas épargnée par un problème qui touche aussi des pays comme les Etats-Unis, la Belgique, l'Espagne et la France. Un mafieux convaincu de fraude dans son propre pays, Giovanni Mario Ricci, a par exemple réussi à établir un Ordre des chevaliers coptes de Malte, le Sovereign Order of the Coptic Catholic Knights of Malta, pour se faire accréditer ambassadeur aux Seychelles en 1984 avec la bénédiction du patriarche d'Alexandrie, Stéphanos I Sidarouss. Avant d'être expulsé de l'île en 1986, son passeport diplomatique lui a permis de monter des escroqueries d'ampleur internationale et de commercer avec le régime raciste de l'apartheid en violation des sanctions de l'ONU contre l'Afrique du Sud.
 
-1989, Malte : l'Ordre est ré-établi sur l'île en vertu d'un accord signé en octobre 1989. Neuf ans plus tard, il retrouve également la jouissance du fort Saint-Ange à La Valette.