Ordre de Malte / Ordine di Malta - Historique
1990-2009
-A partir de 1990, Israël/Palestine : la direction internationale de l'Ordre de Malte à Paris ouvre à Bethléem une maternité de la Sainte Famille dans les locaux d'un ancien Hôpital général français qui opère plus de 4 000 accouchements par an. L'organisation reprend ainsi à sa charge un établissement fermé depuis 1985 et fondé en 1885 par les Sœurs de Saint Vincent de Paul, aussi appelées " les Filles de la Charité ". A partir du début des années 2000, la maternité de la Sainte Famille servira aussi de centre de formation pour les écoles d'infirmières, de sage-femmes ou de laborantins rattachées à l'université de Bethléem.
-1991, Russie : monté par le comte Nicolas Bobrinskoy à New York en 1977 et enregistré en 1978 comme une ONG caritative bénéficiant d'exemptions fiscales, " l'Ordre souverain des chevaliers orthodoxes hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem " parvient à obtenir la bénédiction du patriarche de Moscou pour mener des actions humanitaires en Russie après l'effondrement de l'Union soviétique en 1991. L'organisation bénéficie également du soutien des descendants des Russes blancs exilés à Paris et regroupés dans un grand prieuré qui a adoubé le comte Nicolas Bobrinskoy dès 1962.
-A partir de 1992, Allemagne : initialement basé à Bonn, le bailliage de Brandebourg de l'Ordre chevaleresque de Saint-Jean de l'Hôpital de Jérusalem (Die Brandeburg Balley des Ritterlichen Ordens Sankt Johannis vom Spital zu Jerusalem) profite de la réunification de l'Allemagne pour déménager à Berlin. Officiellement placé sous la protection du prince de Prusse, il comprend dix-sept commanderies réparties dans les diverses régions du pays. S'y ajoutent des commanderies française, finlandaise, autrichienne, hongroise et suisse qui, depuis leur fondation, sont restées attachées au bailliage de Brandebourg à défaut de pouvoir reporter leur allégeance sur un prince national de confession réformée. Au niveau mondial, enfin, l'Ordre allemand et protestant de Saint-Jean de l'Hôpital de Jérusalem dispose de subcommanderies dans huit autres pays : l'Australie, la Belgique, le Canada, la Colombie, la Namibie, l'Afrique du Sud, les États-Unis et le Venezuela. Mais la période trouble de la réunification de l'Allemagne voit aussi émerger des chevaliers de pacotille. En 1991, un imposteur du nom de Dieter Schweiger prétend ainsi être un commandeur de l'Ordre pour lever des fonds et persuader les autorités de lui céder à titre gracieux des équipements médicaux en provenance des forces armées de la défunte Allemagne de l'Est, en principe pour les donner à Djibouti, en réalité pour les vendre aux Iraniens. Il obtient même du ministère des Affaires étrangères à Bonn une subvention afin de l'aider à transporter le matériel alors que, pendant ce temps, le gouvernement allemand refuse de financer l'ONG de secours de l'Ordre, Malteser Hilfsdienst, et son nouveau corps d'urgence (Emergency Corps of the Order of Malta), créé en 1992, pour convoyer des vivres vers les pays baltes. Dieter Schweiger sera finalement appréhendé et condamné pour avoir détourné l'équivalent de 5,7 millions de Deutsche Marks.
-1994, Etats-Unis : la résolution 48/625 en date du 24 août 1994 accorde à l'Ordre de Malte un statut d'observateur à l'Assemblée générale des Nations Unies, à l'instar du CICR (Comité International de la Croix-Rouge) quatre ans auparavant. Ce processus de reconnaissance a été ralenti par le fait que l'Ordre était déjà considéré comme un Etat et non comme une organisation internationale ou un mouvement de libération nationale.
-1995-2007, Bosnie-Herzégovine : avec l'implosion de l'ex-Yougoslavie, l'Ordre de Malte intervient brièvement auprès des victimes de guerre à Banja Luka de janvier à mai 1995. Mais il lui faut attendre la signature des accords de paix de Dayton en novembre suivant pour y reprendre ses activités à partir de mai 1996 et étendre ses programmes à Bihac, Travnik, Livno, Mostar, Trebinje et Sarajevo. La branche humanitaire de l'Ordre de Malte, Malteser International, se retirera finalement de Banja Luka en mars 2007.
-A partir de 1997, France : l'Ordre ouvre un centre pour adultes handicapés qui est baptisé Maison d'Accueil Spécialisée Saint-Jean-de-Malte et qui se situe rue d'Hautpoul dans le 19ème arrondissement de Paris. Deux ans plus tard, l'organisation inaugure ensuite un centre d'hébergement d'urgence dans une péniche, Le Fleuron Saint-Jean II, qui est amarrée dans le 15ème arrondissement de la capitale. Des initiatives similaires sont également développées en province, de pair avec des maraudes pour distribuer de la nourriture aux plus démunis.
-1998, Honduras : créé par les Allemands en 1992, le corps d'urgence de l'ordre de Malte, l'ECOM (Emergency Corps of the Order of Malta), envoie des secours aux victimes de l'Ouragan Mitch. Après avoir ouvert des bureaux à Ferizaj et Gjakova pendant la guerre au Kosovo en 1999, il interviendra également à la suite de tremblements de terre au Pérou en 2001 et en Iran en 2003.
-1999, Italie : appelé " Chapitre Général ", le Parlement de l'Ordre établit un Conseil de gouvernement qui vise à démocratiser son fonctionnement.
-2000, Cameroun : l'association française de l'Ordre de Malte récupère un hôpital de la Compagnie fruitière, qui l'avait initialement monté pour les travailleurs de ses plantations de banane et qui va continuer de participer à son entretien. Dans le domaine médical, l'OHFOM collabore également avec la Fondation Chantal Biya, l'épouse d'un président au pouvoir depuis 1982 dans le cadre d'un régime autoritaire et corrompu.
-2001-2008, Birmanie : l'Ordre de Malte démarre des programmes de santé qui lui permettent de réagir rapidement pour envoyer des secours aux victimes du cyclone Nargis sept ans plus tard. Sur place, il peut par exemple ouvrir très vite une clinique provisoire à Laputta afin d'assister les rescapés d'un typhon qui a fait environ 133 000 morts dans les régions de Rangoon et du delta d'Irrawaddy le 3 mai 2008. L'organisation, qui entretient plutôt de bonnes relations avec les militaires au pouvoir, parvient également à aider quelques-unes des victimes des divers conflits armés qui déchirent le pays. Dans un documentaire réalisé par Antoine de Meaux en 2010 et diffusé sur la chaîne de télévision TV5 Monde, l'Ordre de Malte se targue ainsi d'être la seule ONG catholique qui soit autorisée à travailler en Birmanie tout en assistant les réfugiés de la rébellion karen en Thaïlande.
-2002-2006, Afghanistan : suite à l'intervention militaire des Etats-Unis et au renversement du régime des talibans fin 2001, le corps d'urgence de l'Ordre de Malte, l'ECOM (Emergency Corps of the Order of Malta), intervient aux côtés du HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés) afin de faciliter le rapatriement des réfugiés. Mais deux employés locaux des Allemands de Malteser, Mohammed Idrees Sadiq et Emal Abdul Samad, sont assassinés près de Zormat dans la province de Paktia au sud-est de Kaboul le 3 août 2004. L'organisation, qui comptait 20 expatriés et 250 collaborateurs afghans, décide en conséquence de suspendre ses opérations dans le pays. Le 12 mai 2006, encore, un responsable médical de Malteser International, le Docteur Ezmeray Azizi, est tué avec son chauffeur dans une embuscade entre Hérat et Qala-e-Nau. L'organisation se retire alors du pays.
-2003, Irak : le département d'urgence de l'Ordre, ECOM (Emergency Corps of the Order of Malta), envoie des secours après l'intervention de l'armée américaine qui met à bas le régime de Saddam Hussein. Sur place, l'organisation pâtit cependant d'une réputation ternie par son rôle historique dans les croisades, d'une part, et par les allégations selon lesquelles le fondateur de la compagnie militaire privée Blackwater, Erik Prince, serait lui-même devenu un chevalier de Malte après s'être converti au catholicisme en 1992, d'autre part. Très controversé, ce dernier est à la tête d'anciens Marines qui commettent des violences contre les civils en Irak. La presse arabe les qualifie de mercenaires et les accuse de constituer l'armée " noire " de l'Ordre.
-2004, Allemagne : depuis Rome, l'Ordre de Malte valide la création d'une structure, Malteser International, afin d'unifier les interventions de ses différentes sections nationales lors de catastrophes naturelles. La nouvelle organisation remplace l'ECOM (Emergency Corps of the Order of Malta), qui datait de 1992, et vise à mieux coordonner les efforts humanitaires des diverses associations nationales du mouvement en réponse au tsunami asiatique de 2004. Elle est basée à Cologne car les urgentistes allemands de l'ONG Auslandsdienst ont compté parmi les plus actifs dans les activités de secours à l'étranger. A Washington en 2005, la section américaine monte cependant sa propre structure, Order of Malta Worldwide Relief - Malteser International Americas.
-2005, Indonésie : l'association française OHFOM entreprend d'aider les victimes du tsunami de la fin 2004. Dans le cadre de l'Opération Beryx, elle utilise notamment la logistique de l'armée française pour acheminer les secours auprès de villageois isolés par le raz-de-marée.
-A partir de 2006, Liban : après la guerre qui a opposé le Hezbollah aux forces israéliennes, l'Ordre de Malte intervient dans le sud à Siddikine et y gère un centre médico-social en étroite concertation avec les chiites de la Fondation de l'Imam Moussa Sader (1928-1978).
-A partir de 2007, Sud-Soudan : Malteser International intervient pour aider les victimes d'une épidémie de choléra dans la région de Yei. Parallèlement, l'organisation développe des programmes de lutte contre la lèptre, le sida et la tuberculose dans le district de Mundri.
-2008, Italie : Matthew Festing est élu grand maître à la suite de l'intérim de Giacomo Dalla Torre del Tempio di Sanguinetto, qui s'achève en mars 2008. Sa nomination intervient en pleine crise alors que le grand aumônier de l'Ordre de Malte au Vatican, Tommasso Stenico, a été suspendu en octobre 2007 pour avoir publiquement revendiqué son homosexualité à la télévision italienne.
-A partir de 2009, France : face à un afflux de migrants clandestins, l'Ordre de Malte fait partie des rares ONG qui acceptent de répondre à un appel d'offres du ministère de l'Intérieur pour intervenir dans les centres de rétention administrative. Les protestants de la CIMADE (Comité inter-mouvements auprès des évacués), qui ont l'habitude d'apporter une aide juridique aux étrangers sans papiers en attente d'une expulsion, dénoncent alors la " logique de soumission " d'une organisation au service des pouvoirs publics. Le Comité, dont les critiques à répétition ont heurté le ministre de l'immigration Brice Hortefeux, a en effet perdu son accès privilégié aux centres de rétention en vertu d'un décret d'août 2008. Il s'inquiète en conséquence d'une " mise en concurrence des associations " qui vise à diviser pour mieux régner. Selon son secrétaire général Laurent Giovannoni, cité dans Le Monde du 26 juillet 2008, le nouveau dispositif reviendra à " émietter le soutien des personnes en rétention " en interdisant " toute vision d'ensemble du processus d'éloignement des étrangers ". Sous prétexte de casser une " situation de monopole ", il est également susceptible de réduire le rôle des intervenants extérieurs à une simple fonction d'information et non d'aide juridique. Soumises à un devoir de réserve et encadrées par des contrôles administratifs à répétition, sous peine de perdre leurs contrats sans versement d'indemnités, les associations pourraient désormais se voir priver du droit de témoigner et de publier des rapports sur l'état des centres de rétention, comme le faisait la CIMADE tous les ans. Soucieuses de ne pas entrer en concurrence avec d'autres ONG, la Croix-Rouge française et le Secours catholique ont d'ailleurs refusé d'être candidates à l'appel d'offres du ministère de l'immigration, contrairement à l'Ordre de Malte. Suite à une plainte de la Ligue des droits de l'homme, le tribunal administratif de Paris obligera quant à lui le gouvernement à revoir ses critères de sélection des associations. L'appel d'offres auquel avait répondu l'Ordre de Malte sera finalement annulé en janvier 2009.
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